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Le fusil Chassepot, modèle 1866, est une arme emblématique de l'histoire militaire française. Son adoption par l'armée impériale a marqué une étape importante dans la modernisation de l'infanterie. Retour sur l'histoire et le fonctionnement de ce fusil à aiguille novateur.

Genèse et Développement du Fusil Chassepot

Dès 1814, des travaux portant sur des armes d’épaule à chargement par la culasse ont été menés en France, notamment par le Sieur PAULY. Cependant, ces initiatives étaient prématurées pour les responsables de l’armée chargés de l’étude des matériels.

Un certain nombre de chercheurs français ont continué à étudier le principe d’un chargement par la culasse, notamment après l'adoption par l'armée prussienne du fusil à « aiguille » DREYSE en 1836. Parmi eux, Alphonse Antoine CHASSEPOT conçoit en 1855 un système qui attire l’attention. Une première arme est fabriquée dès 1855 sans donner entièrement satisfaction, et est modifiée en 1862. Toutefois, le système d’amorçage « séparé » utilisé ne convient pas totalement pour une arme vraiment « moderne ».

L’élément déclencheur sera finalement la défaite écrasante de l’armée autrichienne, équipée de fusils à chargement par la bouche face à l’armée prussienne équipée de ses fameux fusils « Dreyse » à « aiguille » et chargement « par la culasse », le 03 Juillet 1866. L’Empereur Napoléon III décide alors que l’armée française doit se moderniser sans plus de délai. La toute dernière version du fusil mis au point par CHASSEPOT convainc enfin les responsables du « Comité de l’Artillerie ».

Cependant, malgré la demande de l’Empereur de conserver la cartouche métallique initialement prévue par l’inventeur, il sera adapté pour utiliser une cartouche « papier » et non « métallique » car cette dernière est jugée trop onéreuse par l’armée, qui craint également une pénurie de munition.

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Adoption et Production du Fusil Chassepot

Dès 1866, des essais comparatifs se font au « Camp de Châlons », et le CHASSEPOT finit de convaincre de son efficacité. Plusieurs modèles de baïonnettes seront également testés pour accompagner l’arme. Dès mars 1867, toute la Garde Impériale est équipée du nouveau fusil. L’Empereur ordonne que 400 000 armes soient livrées aux troupes avant le 1er Janvier 1868 !

Cette arme est arrivée à tirer jusque 40 coups en 4 minutes aux essais ! Pour l’époque, et pour une arme réglementaire de ligne, c’est une belle performance. A tel point que le système d’armement est modifié pour ralentir la cadence de tir, en revenant à un système d’armement préalable du chien avec le pouce au lieu de l’armement automatique lors de la manœuvre du levier de culasse car l’Etat-Major craint un gaspillage des munitions…

Caractéristiques Techniques du Fusil Chassepot

Le Chassepot, fleuron de l'armement français, présente des caractéristiques techniques remarquables pour son époque:

  • Portée: Elle peut tirer jusque 1000 mètres, et plus.
  • Précision: Sa munition de 11mm se révèle très précise (elle se révèlera aussi très meurtrière à l’usage…).
  • Vitesse Initiale: Elle a une vitesse initiale de 436 m/seconde.
  • Dimensions: L’arme fait 1,30 m de longueur totale, et presque 1,88 m avec sa baïonnette, dans sa version « standard ».
  • Hausse: La hausse est graduée jusque 1200m.

Elle est déclinée en plusieurs versions, de longueurs différentes, comme c’est l’usage dans l’armée française, en fonction des différentes « armes » qu’elle doit équiper : cavalerie, gendarmerie à cheval, à pied, dragons, infanterie, artillerie, etc… Son efficacité par rapport aux armes équivalentes de l’époque (dont le DREYSE) est due entre autre à son système d’étanchéité de la culasse, obtenu par l’adjonction d’une « rondelle » de caoutchouc vulcanisé. Cette pièce, ainsi que l’aiguille « percuteur » devait être remplacée plus ou moins régulièrement.

Fonctionnement et Munitions du Fusil Chassepot

Doté d’une cartouche en papier, le Chassepot est un « fusil à aiguille ». La culasse mobile dite « à verrou » voit son avant s’emboîter dans l’arrière de la boîte de culasse, l’absence d’un obturateur assurant l’étanchéité fait que des crachements de gaz vers l’arrière, sont inévitables. Le génie de Chassepot consiste à remédier à cet inconvénient de la manière la plus simple qui soit : une rondelle de caoutchouc placée en tête de la culasse mobile s’écrase sur le pourtour de la boîte de culasse quand la tête de culasse recule sous la pression des gaz au départ du coup. La culasse comporte une position de sûreté ; après chargement, il suffit de remonter le levier de manœuvre à 45°, puis de raccompagner la partie arrière vers l’avant tout en pressant la détente, l’arme chargée est alors dans l’incapacité de faire feu.

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La cartouche modèle 1866 se compose essentiellement d’une balle de plomb de 25 grammes, d’une charge de 5,5 grammes de poudre noire et d’une amorce au fulminate. Un étui à poudre, en papier recouvert de gaze de soie, porte l’amorce à sa base. Une rondelle en carton ferme l’étui à la partie supérieure ; la balle maintenue dans sur un cône en papier roulé et collé, est placée sur l’étui de façon à ce qu’elle repose sur la rondelle. La munition ainsi réalisée était, bien entendu, très fragile. Afin de pallier à cela, les cartouches étaient soigneusement empaquetées par 9 dans de petites boites en carton.

La Baïonnette du Fusil Chassepot

Plusieurs modèles de baïonnettes ont été testés pour accompagner le fusil Chassepot. La version finale, à poignée laiton, combinée à la lame de la version initiale à poignée bois, est devenue emblématique du fusil CHASSEPOT, avec sa longue lame en forme de Yatagan. Cette double courbure n’est pas un simple effet esthétique. Il trouve sa raison d’être dans la nécessité de passer régulièrement la baguette de nettoyage dans le canon lors de tirs prolongés, la poudre noire encrassant rapidement celui-ci.

Fabrication et Marquages

Certaines baïonnettes Chassepot ont été fabriquées à Mutzig en 1868. La première baïonnette pouvait être attribuée à un fusil et numérotée avec le même numéro sur la croisière que sur le fourreau. D'autres n'étaient pas numérotées, mais portaient des marquages au dos de la lame et des poinçons de réception, indiquant qu'elles étaient destinées au remplacement et stockées dans les armureries régimentaires.

Les lames étaient marquées d’un petit poinçon de contrôle qualité et de la marque d’acceptation militaire appelée Contrôleur Poinçons (tampons des contrôleurs). Il y avait trois types différents de marques d’acceptation utilisées : Directeur de Manufacture, Contrôleur Généraux Principaux et Contrôleur de 1ère, 2ème et 3ème Classe.

Le marquage sur le quillon et le fourreau indique le numéro de série du fusil auquel la baïonnette était associée. Par exemple, "J 16890" correspond au numéro de distribution du fusil et de la baïonnette. La lettre "J" représente la série, tandis que le numéro identifie le fusil spécifique.

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Caractéristiques Techniques

Cette baïonnette « dite ergonomique », avec son système de fixation innovant, permet au militaire d’utiliser qu’une seule main, lors de la mise en place sur l’arme. La lame au départ de section ronde était rendue cruciforme par forgeage à chaud, c’était pour l’époque une innovation. Sa conception est le résultat d’études réalisées au cours de la guerre civile américaine et la guerre franco-prussienne qui a démontré que les sabres-baïonnettes de type Chassepot modèle 1866, sauf dans des mains d’experts, étaient rarement efficaces en cas de combat rapproché.

La lame yatagan en acier poli, à un tranchant et large gorge. La croisière avec quillon recourbé à l'extrémité emboulée et bague. La poignée en laiton monobloc à 15 cannelures et ressort de verrouillage extérieur.

Évolution et Modifications

Les sabres-baïonnettes Chassepot sont restés longtemps en dotation, même après l'arrivée du modèle Gras 1874. La majorité des modèles 1866 que l'on trouve ont leur fourreau bronzé. Le fourreau du sabre-baïonnette modèle 1866 n'a été bronzé qu'après février 1883, pour les baïonnettes destinées aux mousquetons Gras, aux carabines de gendarmes à pied Gras et pour celles de la série Z.

Le fourreau utilisé avec les premières baïonnettes à soie courte est en tôle d’acier reliée par brasure, ce mode de fabrication a été utilisé jusqu’en 1893. La poignée de cette variante, modifiée à partir de mai 1890, est maintenue à la soie grâce à un écrou à deux ergots. La lame d’aspect identique au modèle à soie courte est munie d’une soie longue avec extrémité filetée.

Le fourreau utilisé avec la baïonnette à soie longue, peut être en tôle d’acier brasée ou à partir de 1893 fabriqué par emboutissage ceci afin d’améliorer la solidité du corps. Il arrive de rencontrer des baïonnettes modèle 1866, 1886-15 dont la lame a été raccourcie aux alentours de 35 cm. Dans la majorité des cas, ces armes raccourcies sont des armes qui ont été appointées, fournissant ainsi un poignard de tranchée fort convenable.

Production Externe et Baïonnettes pour Fusils Remington

Avant 1870, les entreprises nationales françaises étaient incapables de produire l'énorme quantité d'armes nécessaires pour l'armée française. Des fusils, mais aussi des baïonnettes, ont donc été commandés dans le privé, mais aussi à l'étranger. Après le désastre de Sedan et le siège de Metz, la France avait virtuellement perdu la guerre. L'Empire s'est effondré. Décision est aussitôt prise de faire fabriquer des baïonnettes pour ces armes en utilisant des pièces de baïonnettes de Chassepots.

Plusieurs entreprises étrangères ont participé à la production de ces baïonnettes, notamment en Allemagne. Bleckeman, Kirschbaum, Funcke, Höller, Felix, Gustave Kratz, Schnitzler ont été ainsi des fabricants de baïonnettes Chassepot. Weyersberg a été le fabricant le plus productif avec Coppel. Les Pays-Bas, l'Autriche, l'Italie, l'Angleterre et l'Espagne en ont également produit. Une baïonnette Chassepot a été retrouvée avec une origine de fabrication Weyersberg (Allemagne).

Après le désastre de Sedan et le siège de Metz, la France avait virtuellement perdu la guerre. L'Empire s'est effondré. Décision est aussitôt prise de faire fabriquer des baïonnettes pour ces armes en utilisant des pièces de baïonnettes de Chassepots.

Parmi les lots d'armes qui arrivent en France, 60.000 fusils Remington Model 1867 calibre 43, armes désignées comme "fusils Egyptiens" puisque faisant partie d'un lot acheté par l'Egypte, mais qui n'avait pas été payé … Ces fusils système "rolling block" sont - à ce moment précis - les plus modernes du monde, car ils tirent une puissante cartouche métallique et à percussion centrale de 11 mm.

Mais ces fusils sont arrivés sans leurs baïonnettes … livrées séparément, puis égarées ou oubliées … Décision est aussitôt prise de faire fabriquer des baïonnettes pour ces armes en utilisant des pièces de baïonnettes de Chassepots. En effet, leurs dimensions sont très proches et leur système d'accrochage et de verrouillage est quasiment identique.

Numérotation et Homogénéité

L'assemblage fusil/baïonnette était fait en manufacture avec attribution du même numéro de série. L’accouplement fusil-baïonnette a cessé au lendemain de la défaite.

C'est sur le Chassepot (et sa baïonnette) que pour la première fois on frappe un numéro matricule composé d'une ou deux initiales et d'un numéro au moins à 4 chiffres. Les initiales du n° matricule permettent d'ailleurs de vérifier si une arme est homogène ou recomposée et d'identifier la manufacture. Par exemple un n° avec initiale D sur le canon et mention St Etienne sur la boîte de culasse = remontage d'un canon de Mutzig sur une boite de culasse de St Etienne.

Sur le Chassepot, le n° de série est frappé :

  • sur la directrice de baïonnette
  • sur le canon, gauche sous la hausse
  • sur la culasse : cylindre et chien
  • sur la crosse à gauche
  • sur la croisière et le fourreau de la baïonnette

Actuellement, un Chassepot impérial homogène AVEC sa baïonnette et son fourreau au numéro ... hors de prix.

Entretien et Tir avec le Chassepot

Même à l'époque, les cartouches causaient de l'encrassement. Toute cartouche sortie de sa boîte se détériorait dans la giberne et devenait impropre au tir. A la fin de la guerre, par temps humide, même dans leur boîte non ouverte, les cartouches prenaient l'humidité, la colle et le papier fondaient, les cartouches étaient bonnes à jeter.

Ce qui a fait la "légende noire" du Chassepot, c'est l'absence d'instruction sur le Chassepot des mobiles de l'hiver 1870-71. Ce sont aussi les cartouches de mauvaises fabrications faites en urgence dans des ateliers ou l'ardeur patriotique à la Gambetta était sensée produire des merveilles. Je ne parle même pas des tirs faits hors de portée ou mal ajustés par des jeunes mobiles mal encadrés.

Les soldats bien formés, et surtout bien encadrés, ne se sont jamais plaints de la fiabilité ni de l'encrassement de leurs fusils. La plupart du temps, ils n'ont du cesser leurs tirs qu'après avoir épuisé leurs munitions. En cas d'incident de tir, ils étaient entraînés à changer les éléments de la culasse : joint, aiguille et tête mobile.

Il faut passer la brosse dans la chambre après chaque coup et ca se passe bien. C'est à dire veiller à la propreté de la chambre et de la culasse. Comme les soldats le faisaient sur le terrain. Écouvillonner la chambre, ca se fait en 10 secondes sans déculasser. Retourner le fusil et secouer pour faire tomber les quelques résidus. Au tir, j'ai très peu de gros résidus, parfois une rondelle de caoutchouc et un bout d'amorce ... le reste, c'est poudreux.

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