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Hématomes, yeux crevés, visages mutilés. Tel est le bilan sordide de l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) par les forces de l’ordre françaises. Chaque manifestation de « gilets jaunes » s’accompagne de son lot de blessés par des tirs de LBD, une arme qui a remplacé les Flash-Ball.

L'inquiétude croissante face à l'usage des LBD

Comme nous vous en parlions dans nos colonnes au mois de mai dernier, c’est maintenant l’ONU elle-même qui s’inquiète du « maintien de l’ordre à la française ». Alors que l’ONU dénonçait la « répression disproportionnée » du mouvement des Gilets jaunes, voilà donc Libération qui nous apprend qu’en connaissance de cause, la hiérarchie policière et le ministère de l’intérieur n’ont rien fait pour limiter la dangerosité de l’usage des LBD.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a réitéré jeudi dernier sa demande de suspension des LBD, en raison de leur 'dangerosité'. L’ACAT et d’autres associations l'ont également demandé.

Le LBD40 : Une arme controversée

À partir de l’année 2016, en France, les illustres Flash-ball, premiers modèles de lanceurs de balles de défense, sont progressivement remplacés par un nouveau format réputé plus précis : le LBD40. Le terme est resté bien que le flash ball n’équipe plus la police en France depuis 2016. Le calibre de cette arme est de 40 mm. L’équivalent d’une balle de ping-pong. Il a une portée plus importante que son prédécesseur. Il est également censé être plus précis.

Si le terme générique de Flash-Ball continue d’être employé, c’est pourtant une nouvelle génération de gomme-cognes qui, progressivement depuis trois ans, équipe les forces de l’ordre. De fabrication suisse, le LBD-40 est d’ailleurs censé remédier au manque de précision du Flash-Ball français. Plus puissant, avec une portée 30 à 40 mètres , il est également muni d’un viseur électronique.

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En France, la doctrine du maintien de l’ordre a pour principe d’éviter l’affrontement direct avec les manifestants en cas de dérapage. En les tenant à distance notamment. D’où l’utilisation de grenades lacrymogènes, de grenades détonantes et de lanceurs de balles de défenses.

Les statistiques et les blessures

Mille sept cents manifestants blessés et autour d’un millier de policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement des "Gilets jaunes'. Ce sont les derniers chiffres avancés par le ministère de l’Intérieur. Auditionné mardi dernier devant les députés, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a indiqué que quatre personnes ont été gravement blessées à l'œil à la suite d'interventions policières depuis le début du mouvement.

Des statistiques contestées par le collectif militant 'Désarmons-les !', engagé contre "les violences policières' qui évalue 'plutôt entre 2.000 et 3.000 le nombre de manifestants blessés'. Et une centaine de blessés graves, par des grenades et des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD), dont une quinzaine ont perdu un œil.

Selon une source policière, au moins cinq personnes ont encore été grièvement blessées samedi dernier, « vraisemblablement » victime de lanceurs de balles de défense (LBD).

La police a admis six cas de manifestants victimes d'infirmités permanentes, révèlent ce mercredi RTL et BFMTV. Une source policière haut placée citée par la radio fait état de quatre personnes ayant perdu l'usage d'un oeil et de deux ayant eu la main arrachée, des blessures pouvant être causées par un tir de LBD ou l'explosion d'une grenade.

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Le collectif "Désarmons-les", affirme que 17 manifestants ont été éborgnés par un tir de LBD 40 et que quatre autres ont eu la main arrachée. Selon leur calcul, une personne a également perdu définitivement l'audition.

L'équipe de Checknews, de Libération, avance d'autres chiffres encore. Elle a analysé les différents calculs en se basant sur les cas relayés sur internet et a retenu 82 "blessés graves", qu'ils conservent une infirmité à vie ou des cicatrices. "Sur les 82 blessés graves (dont 10 femmes) soixante déclarent avoir été touchés par des tirs de lanceur de balles de défense, dans la grande majorité des cas à la tête, occasionnant dans plus de dix cas la perte d'un oeil", écrit Checknews.

Le ministère de l'Intérieur avait de son côté évoqué une cinquantaine de blessés graves, sans détailler la nature de leurs blessures, ni les circonstances de ces dernières.

Statistiques des blessures lors des manifestations des Gilets Jaunes
Source Manifestants blessés Forces de l'ordre blessées Blessés graves (perte d'un œil, main arrachée, etc.)
Ministère de l'Intérieur 1700 ~1000 4 (blessés à l'œil)
Collectif "Désarmons-les" 2000-3000 - ~100 (dont 15 pertes d'un œil)
Checknews (Libération) - - 82 (60 par LBD, plus de 10 pertes d'un œil)

Le cadre légal et les consignes

Les forces de sécurité intérieure ont été fortement mobilisées dans le cadre du mouvement des « gilets jaunes », dont la particularité tient à une hausse de la violence à la fois au sein des manifestations déclarées, mais aussi en marge de ces manifestations à travers l'organisation d'attroupements non déclarés à vocation virulente.

Il convient de rappeler que le maintien de l'ordre s'inscrit dans les principes légaux et réglementaires, prévus notamment par le code de la sécurité intérieure (CSI), dans le but de garantir la liberté d'expression de tout citoyen, ainsi que la sécurité des personnes et des biens.

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Eric Morvan, le directeur général de la Police nationale, a par ailleurs "demandé" aux policiers "de veiller rigoureusement au respect des conditions opérationnelles" dans le cadre de l'usage du LBD 40. "Les intervalles de distance [...] doivent être respectés." Le policier qui manipule ce lanceur "ne doit être porteur que d'un seul type de munition".

Les controverses et les alternatives

Dès 1995, les forces de l’ordre sont équipées du Flash-Ball Super Pro, fabriqué par l’entreprise française Verney-Carron, de la famille des lanceurs de balles de défense. Celui-ci est alors surtout utilisé dans l’antiterrorisme puis, très vite, en sécurité publique dans les quartiers populaires.

Pour la majorité des syndicats de policiers, elle est indispensable pour éviter dans les situations extrêmes de recourir à une arme à feu. Selon eux, le bilan aurait été pire sur le plan humain, sans ces armes.

L’ACAT et d’autres associations demandent une réflexion sur d’autres méthodes de maintiens de l’ordre.

Le schéma national du maintien de l'ordre annoncé par le ministre de l'Intérieur développe une doctrine ferme avec les auteurs de violence et protectrice pour les manifestants.

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