La peur s’est installée chez de nombreux manifestants en France, exacerbée par des incidents de violence lors des manifestations. Karine, 50 ans, exprime un sentiment de perte de respect envers les forces de l’ordre, suite à sa participation à plusieurs mobilisations cette année : « J’avais du respect pour les forces de l’ordre auparavant, mais ça s’est envolé. Je vais maintenant aux manifestations la peur au ventre, peur de me faire tabasser, fracasser le crâne ou perdre un œil ». L’ ONU, le Parlement européen, et le Conseil de l'Europe ont d’ailleurs alerté sur la stratégie du maintien de l’ordre.
Dans ce contexte tendu, et à la veille de nouvelles journées de mobilisation, de nombreux témoignages mettent en lumière la peur ressentie par les manifestants en raison de ces violences.
Depuis plusieurs mois, les cortèges sont le lieu d’affrontements entre policiers et black blocs. Mais sur la centaine de messages reçue, la quasi-totalité pointe du doigt l’attitude des forces de l’ordre plutôt que celle des personnes masquées. Fabien témoigne : « Évidemment que j’ai peur, pour moi et pour mes parents. Dans les manifestations, j’ai toujours fait attention. Avant, je me tenais loin des personnes avec des capuches, habillées en noir, alcoolisées. Maintenant, la première chose que je regarde, c’est où se trouve la police et je me tiens le plus loin possible d’elle. C’est devenu un réflexe, notamment depuis une manifestation à Nîmes où des gens se sont fait gazer et une mamie a été blessée au visage. Je n’ai plus aucune confiance ». Aymeric partage cette défiance : « Les black blocs cassent les banques, s’en prennent au mobilier urbain et aux flics. Il suffit de les éviter. Les policiers en revanche me font peur. Lorsqu’ils reçoivent un projectile, ils ripostent au hasard, et tant pis pour le malheureux manifestant ou badaud qui se trouve là ».
Clovis nuance : « Le bon déroulement d’une manifestation dépend de l’état d’esprit du cortège ».
De nombreux internautes accusent plus directement les policiers de violences. Pauline, 27 ans, raconte : « Le 16 mars à Paris, j’essayais de protéger une dame blessée par un flash-ball, on faisait un cordon de sécurité pour protéger les medics, et la BAC [brigade anti-criminalité] est venue nous dégager à coups de matraque. Lors d’une autre manifestation, en février, j’étais dans la foule et j’ai pris une grenade lacrymo sur le crâne. J’en garde d’ailleurs une bosse sur le front ». La « gilet jaune » d’Amiens (Picardie) reste pourtant mobilisée. « On y va toujours avec la crainte, l’esprit pas serein. On n’est pas à l’abri d’être gravement blessé, par un tir de LBD ou un pavé, car ça peut venir des deux côtés ».
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Loïc, street medic de Lorraine, constate : « Avec les colonnes de CRS à l’arrêt, on trouve moyen de discuter. Certains nous ont même protégés avec leurs boucliers pour évacuer une dame qui faisait une crise de panique, mais d’autres abusent de la violence et me font peur, notamment au sein de la Brav [brigade de répression de l’action violente] ». L’infirmier de 23 ans raconte sa crainte lorsqu’il couvre des manifestations. « Le climat des cortèges a changé. Le 16 novembre, j’étais en train de m’occuper d’une personne en détresse respiratoire place d’Italie, lorsque à une vingtaine de mètres, un jeune journaliste indépendant a été blessé au visage par un tir de grenade… J’ai également vu une main arrachée l’année dernière. Les blessures que l’on voit ne sont pas de petites écorchures mais parfois dignes de blessures de guerre ».
Ces blessures, dont les images sont relayées massivement sur les réseaux sociaux, incitent même certains internautes à rester chez eux le jour des mobilisations. La peur d’être touché à l’œil par un tir de LBD est souvent citée. Florian avance ainsi : « J’ai participé aux premières manifestations de "gilets jaunes", mais comme beaucoup je n’y vais plus. J’ai vu des personnes perdre un œil à côté de moi, je suis complètement effrayé rien que d’y penser ». Guillaume déplore : « Aller manifester aujourd’hui c’est risquer de devenir infirme à cause de la police ».
Une étude menée auprès des CHU de France et publiée dans la revue médicale britannique The Lancet, fait état de 25 cas de blessures oculaires en 2018 et 15 sur la période étudiée en 2019. Pierre confie : « Les nombreux témoignages de manifestants pacifiques, qui se font charger ou viser par des tirs de LBD ou de grenades me font clairement rester chez moi. D’autant que certains corps de police semblent avoir carte blanche ».
Plusieurs témoignages accusent la police de couvrir ce qu’ils considèrent comme des bavures. Alessandro critique : « L’IGPN semble couvrir ces actes et tourner au ralenti lors des enquêtes. Dans un pays démocratique, c’est très inquiétant ». Au total, 372 procédures judiciaires ont été enregistrées en France après des plaintes contre des forces de l’ordre, selon un décompte mi-novembre du ministère de la Justice* : 109 ont été classées sans suite et 29 ont fait l’objet de l’ouverture d’une information judiciaire. Trois renvois en correctionnelle de fonctionnaires - dont un CRS jugé à Paris - ont été ordonnés.
Malgré tout, certains, comme Aurélie, continueront à battre le pavé ces prochains jours. « Même avec la peur de se prendre un tir de LBD, une grenade, ou du gaz à n’en plus pouvoir respirer, je continuerai à me mobiliser », assure l’habitante de Sens (Yonne). Jean-Paul, retraité de 62 ans, affirme d’ailleurs se sentir davantage en sécurité dans les cortèges contre les retraites, « grâce à l’expérience des syndicats et à leur service d’ordre ».
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Roland, 65 ans, n'est pas aussi rassuré. La famille de Sofiane affirme que ce jeune Compiégnois a été blessé par un tir de flash-ball, après la finale de l’Euro. L’adolescent a été opéré, hier, à Amiens. Sorti du bloc opératoire hier, Sofiane devrait être entendu par le médecin légiste, aujourd’hui. Demain, ce sera au tour de l’Inspection général de la police national (IGPN) d’entendre ce jeune Compiégnois de 16 ans.
La police des polices a été chargée d’enquêter, suite à une plainte déposée par la mère de Sofiane. Ce dernier a été blessé au visage, dimanche 10 juillet, au cours des débordements qu’a connus le centre-ville de Compiègne, après la finale de l’Euro. Les photos montrent sa figure tuméfiée. Le jeune homme et sa famille affirment que les blessures - fractures des os malaire et maxillaire - ont été causées suite à un tir de flash-ball. Selon la mère de Sofiane, « Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait ».
Le parquet de Compiègne a ouvert une enquête pour des faits de violence volontaire. La police nationale a bien fait usage du flash-ball, dimanche soir, alors qu’elle était la cible de jets de pétards et de bouteilles. Les investigations devront déterminer si les blessures de Sofiane ont été causées par un flash-ball et si c’est le cas, dans quelles circonstances.
Les Gilets Jaunes subissent depuis deux mois une répression sans précédent. Du premier acte au septième s’est révélé le caractère répressif du régime Macron-UE-MEDEF. Plus le peuple maintenait de front son opposition à la casse des droits sociaux, plus l’autoritarisme capitaliste frappait. Semaine après semaine, le nombre d’interpellations n’a pas cessé d’augmenter, passant de 157 interpellations lors de l’acte II à 2.000 interpellations - pour un nombre faramineux de mille trois cent mises en garde à vue - au terme du sixième acte.
Énormément de nos compatriotes ont été visés à la tête par des tirs de flash-ball et des tirs de grenades, mutilés ou éborgnés. Un grand nombre de gilets jaunes ont perdu la vue. D'autres ont subi des blessures graves aux mains et aux bras. On décompte au total 1 407 manifestants blessés, dont plus de 70 grièvement.
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Édouard Philippe a annoncé qu’un nouveau dispositif sécuritaire serait mis en place pour permettre un « durcissement de la législation pénale dans un certain nombre de circonstances », en réalité, le gouvernement va appliquer aux gilets jaunes le même arsenal juridique (Loi sur le renseignement) qui avait été appliqué pour traiter le problème des hooligans - amalgamés avec les Ultras - on connaît donc le résultat : les gilets jaunes, comme les supporters ultras, subiront des mises en quarantaine préventives arbitraires des périmètres de manifestations, appelées des "IAM" (interdiction administrative de manifester).
Le Sénat a adopté une loi liberticide qui intègre de manière définitive l’intervention préventive de manifester dans le droit commun. Une sorte de maccarthysme démophobe s’installe progressivement.
| Type de blessure | Nombre de cas | Exemples |
|---|---|---|
| Perte de la vue | Plusieurs cas | Vanessa, Fiorina, Arthur, Franck |
| Main arrachée | 2 | Ayhan, Gabriel |
| Main fracturée | 3 | Hichem, Marien, Nicolas |
| Blessures aux jambes | Plusieurs cas | Sabrina, Mickael, Steve, Corentin, Micka |
Une voiture incendiée au pied d'un immeuble, à Amiens (Somme), le 14 août 2012. FAITS-DIVERS - Trois heures d'échauffourées : la nuit du lundi au mardi 14 août a été très agitée à Amiens (Somme), pour la deuxième soirée consécutive. Ces violences ont éclaté dans le quartier nord de la ville, une des 15 zones de sécurité prioritaires françaises définies par le gouvernement, à la suite d'un contrôle de police qui a dégénéré, dimanche soir. Seize policiers ont été blessés, lundi.
Que s'est-il passé ? Dimanche soir, des heurts violents ont eu lieu à Amiens-Nord après que des fonctionnaires de la BAC (brigade anticriminalité) ont procédé au contrôle routier d'un automobiliste remontant une rue en sens interdit. Selon les pompiers, l'école maternelle Voltaire située à Amiens-Nord ne pourra pas accueillir d'enfants en septembre.
Plus tôt dans la semaine, des heurts entre émeutiers et forces de l'ordre avaient déjà eu lieu. Selon Le Courrier Picard, les policiers ont mis la main, dimanche, "sur une vingtaine de bouteilles vides et un jerricane rempli d'essence. Il y avait, par rapport aux violences de la semaine dernière, une opération coordonnée, préméditée", affirme au quotidien le directeur de cabinet du préfet. Dimanche soir, la famille et les proches d'un jeune homme de 20 ans, mort jeudi dans un accident de moto, étaient réunis à proximité pour une cérémonie de deuil. Ils ont dit "avoir été indisposés par des gaz lacrymogènes et ont jugé l'action de police excessive au regard des circonstances". Lundi après-midi, une marche blanche s'est tenue devant la préfecture de la ville pour rendre hommage au jeune tué dans cet accident. Une manifestation "sous tension", selon France 3 Picardie. Une enquête administrative interne a été diligentée "afin d'établir avec précision la chronologie des faits et le rôle que chacun y a tenu".
Le classement du quartier d'Amiens-Nord en zone de sécurité prioritaire était attendu par les autorités comme par un grand nombre d'habitants, relève Le Courrier Picard. "Manifestement, les demandes répétées de la mairie pour obtenir des renforts policiers ont porté leurs fruits, sachant que les violences urbaines se multiplient depuis plusieurs années (+72% en deux ans)", indique le journal.
À Besançon, un neurochirurgien dénonce la gravité des blessures occasionnées par les armes des forces de l’ordre. Mais sa démarche est isolée, le corps médical reste prudent. Dans les hôpitaux, que constatent les médecins ? Sont-ils choqués par la gravité des blessures ? Dix semaines de mobilisation, 1 900 blessés selon le ministère de l’intérieur et 359 signalements de blessures à la suite de violences policières, selon le décompte du journaliste indépendant David Dufresne.
Une magistrate a été blessée hier matin à son domicile de Versailles dans les Yvelines. D'après nos informations, deux hommes casqués, déguisés en faux livreurs sonnent à l'interphone du pavillon situé dans une petite ruelle isolée. La magistrate de 54 ans ouvre une fenêtre et c'est à ce moment-là que ses agresseurs lui tirent dessus avec une arme de type flash-ball. Blessée à l’œil, la victime est rapidement transportée à l’hôpital. Opérée avec succès son pronostic vital n'est pas engagé.
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