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Comment Jérôme Rodrigues a-t-il été blessé place de la Bastille, lors de la 11e journée de mobilisation des gilets jaunes dans la capitale ? Blessé gravement à l’œil droit alors qu’il faisait face aux forces de l’ordre, Jérôme Rodrigues a-t-il vraiment été touché par un éclat de grenade de désencerclement, comme l’évoquent ces derniers jours les autorités ? Ou bien la blessure vient-elle d’un projectile de LBD (Lanceur de Balle de Défense), comme l’affirme la figure des gilets jaunes ?

Les versions officielles et leurs contradictions

Du côté du gouvernement, alors que Laurent Nuñez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, affirmait dimanche n’avoir « aucun élément » lui permettant « de dire qu'il y a eu un usage d'un LBD qui aurait touché M. Rodrigues », tout en appelant à rester « prudent », Christophe Castaner parlait encore mardi de « l’envoi d'une grenade de désencerclement » comme « le seul fait constaté » lors de l’incident.

Multiplication des preuves d'un tir de LBD

Mais contrairement à ce qu’affirment jusqu’ici les forces de l’ordre, les éléments tendant à prouver l’hypothèse d’un tir de LBD se multiplient. Selon Le Parisien, d’abord, un policier en poste dans une compagnie de sécurisation et d'intervention (CSI) a finalement reconnu s'être servi de son lanceur au moment où Jérôme Rodrigues a été blessé.

Si l’enquête de l’IGPN - la « police des polices » - visant à clarifier les faits est toujours en cours, plusieurs témoignages de manifestants confirment l’usage d’un LBD. L’un des gilets jaunes derrière la page des « gaulois reporteurs », qui a filmé en personne la scène, en fait partie.

Vous étiez à proximité de Jérôme Rodrigues lorsqu’il a été blessé au visage. Je filmais avec mon téléphone, lorsque c’est arrivé. J’ai entendu deux explosions : une grenade, plus un tir de flashball. C’était un bruit creux, typique des flashballs, impossible de se tromper. Et j’ai vu deux personnes tomber. La première a été atteinte par la grenade et a été portée à bout de bras. Le second, c’était Jérôme.

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Les autorités ont longtemps parlé d’un éclat de grenade de désencerclement pour expliquer la blessure de Jérôme Rodrigues, mais de nombreux témoignages, comme le vôtre, montrent qu’un tir de LBD a bien eu lieu. Non, pas du tout. Les tirs de flashball sont censés être directement signalés, avec des rapports faits dans l’heure, et la police a accès à plein de sources d’images différentes.

Et vu le nombre de personnes présentes sur place, il faut vraiment arrêter de nous prendre pour des cons. Le gouvernement n’est pas crédible, ils réagissent toujours en retard. Les faits se sont déroulés en pleine polémique autour des LBD et des violences policières.

Eh bien juste après l’incident, un agent s’est mis à viser tout le monde avec son flashball. Il ciblait clairement au niveau de la tête. A un moment, il s’est mis à pointer du doigt un jeune qui portait un appareil photo, puis il l’a visé avec son flashball.

Depuis la mi-novembre, j’ai été témoin d’au moins cinq ou six personnes touchées par des balles de flashball. Juste après la blessure de Jérôme, à 30 mètres à peine, toujours à Bastille, j’ai même vu un manifestant se prendre une balle dans le dos. J’ai récupéré le projectile d’ailleurs, comme souvenir. Et personnellement, j’ai failli me prendre une balle dans la tête une fois, sur la place de l’Etoile ; j’ai entendu siffler à côté de mon oreille.

L'enquête et les éléments nouveaux

Selon nos informations, il est établi formellement qu'un fonctionnaire a bien fait usage d'un LBD, samedi dernier, place de la Bastille (Paris XIe), au moment même où le Gilet jaune Jérôme Rodrigues était grièvement blessé à l'œil. Cette conclusion est fondée sur deux nouveaux éléments :

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  • L'exploitation des vidéos, tournées par les manifestants, ainsi que celles de la préfecture de police de Paris.
  • Le rapport du policier à l'origine du tir qui s'est déclaré.

Il s'agit d'un gardien de la paix rattaché à la compagnie de sécurisation et d'intervention (CSI) des Hauts-de-Seine. Dans ce document, rendu mardi soir à sa hiérarchie puis transmis à l'IGPN, il reconnaît avoir tiré sur un manifestant, mais pas sur Rodrigues.

Très tôt, Jérôme Rodrigues, 39 ans, une figure du mouvement, avait indiqué avoir été visé par un jet de grenade de « désencerclement » puis, quasi simultanément, par un tir de « flashball ». Il imputait à la seconde arme la responsabilité de sa blessure. Version que le ministère de l'Intérieur semblait jusqu'à présent remettre en cause, ne confirmant que le lancer de grenade.

« C'est le seul fait constaté », déclarait Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur sur BFMTV mardi matin.

« Il y a eu une remontée d'informations tardive », déplore aujourd'hui une source proche du dossier pour expliquer un tel flottement. Selon des sources policières concordantes, le fonctionnaire responsable du tir de LBD l'avait bien signalé, comme l'impose la procédure (dix-huit usages de LBD ont été recensés samedi sur la seule place de la Bastille). Mais le policier n'aurait pas mentionné le bon horaire, rendant difficile le rapprochement avec la blessure de Jérôme Rodrigues. Le décalage est d'une demi-heure.

Toujours est-il que, trois jours plus tard, ce même policier rendait un rapport, beaucoup plus précis, à sa hiérarchie. Rapport aujourd'hui entre les mains de la police des polices qui devra entendre le fonctionnaire. De nouvelles vidéos, prises sous un autre angle place de la Bastille, confirment d'ailleurs qu'il a bien fait usage de son LBD. Le bruit caractéristique de cette arme de force intermédiaire est entendu. Une séquence diffusée mardi soir par l'émission « Quotidien », a notamment été saisie par l'IGPN.

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La version du ministère de l'Intérieur

Pour autant, « à cette heure, aucun élément de l'enquête ne permet d'affirmer que la blessure de Jérôme Rodrigues est causée par le tir de LBD, maintient une source au ministère de l'Intérieur. Les séquences montrent au contraire que le policier effectue un tir latéral pour viser un groupe de casseurs, pas le manifestant. » Au moment où le fonctionnaire fait usage de son lanceur de balles de défense, la compagnie d'intervention des Hauts-de-Seine vient en effet d'essuyer un jet de projectiles.

Dans son rapport, le policier auteur du tir de LBD indique d'ailleurs avoir touché un manifestant au ventre, qui aurait participé aux jets de projectiles, et non le visage de Jérôme Rodrigues.

Réactions et suites

Le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé dimanche 27 janvier qu’il n’y avait « aucun élément » permettant d’affirmer que Jérôme Rodrigues, une figure des « gilets jaunes » blessée samedi à l’œil à Paris au cours de l’acte XI des manifestants, avait été touché par un tir de lanceur de balle de défense (LBD). Il a en revanche confirmé l’utilisation d’une grenade de désencerclement au même moment, s’appuyant sur le rapport d’un policier ayant lancé ce projectile.

De son côté, l’avocat de Jérôme Rodrigues, Philippe de Veulle, « réfute complètement » l’hypothèse d’une blessure due à une grenade de désencerclement, et affirme avoir « des éléments matériels » montrant que « c’est un tir de flash-ball ». La balle du LBD a été « ramassée » par des témoins et mise à disposition de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour l’enquête, a déclaré Me de Veulle.

Depuis l’hôpital Cochin, où il est soigné, Jérôme Rodrigues a expliqué dimanche à la presse s’être entretenu avec l’IGPN pendant près de deux heures. « L’IGPN m’a confirmé que sur les vidéos qui ont été vues il y a bien le “boom” de la grenade et le “poc”, qui suit derrière, du tir de LBD », a-t-il dit. Il a déclaré avoir porté plainte contre X, contre Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, et contre le chef de l’Etat Emmanuel Macron.

Sur la vidéo qu’il a postée sur le réseau social, ce quadragénaire à la longue barbe poivre et sel incite à plusieurs reprises des « gilets jaunes » à « partir » de la place de la Bastille car « les black blocs vont attaquer [la police] ». Resté immobile près de la colonne de la Bastille, au cœur de la place, Jérôme Rodrigues fait face à d’autres forces de l’ordre, positionnées à une dizaine de mètres. Un projectile est lancé dans sa direction. L’homme s’effondre, vite entouré par des « street medics », des secouristes bénévoles.

« J’ai subi deux attaques : une grenade en bas des pieds qui m’étourdit et, trois secondes après, l’impact de la LBD 40 qui m’arrive à l’œil ». « Je tiens à préciser qu’une grenade, ça déchiquette. Je n’ai pas l’œil en lambeaux, j’ai un impact de balle sur l’œil », a détaillé Jérôme Rodrigues.

Il a aussi précisé s’être mis d’accord avec Eric Drouet, autre figure du mouvement, pour lancer « un appel au calme » mais « renforcer les actions, sans violence ».

Revenant sur l’utilisation des LBD par les forces de l’ordre samedi à Paris, Laurent Nuñez a souligné que 32 tirs avaient été réalisés ce jour-là, « uniquement dans les endroits où il y a eu des violences ». « Les 32 tirs ont été filmés, y compris les 18 qui ont eu lieu sur la place de la Bastille », a-t-il précisé.

Gouvernement, policiers et gendarmes se savent sous surveillance, après la polémique qui s’est développée sur l’usage des « lanceurs de balles de défense » (LBD) et les blessures que ces armes infligent. Les forces de l’ordre expérimentaient pour la première fois ce samedi l’utilisation de LBD par des binômes, dont un des deux membres est porteur d’une caméra-piéton filmant l’utilisation de cette arme et le contexte. Cela doit permettre de « réunir des preuves s’il y avait une contestation de l’usage du LBD », avait prévenu Laurent Nuñez.

Il a défendu son utilisation dimanche sur LCI : « Le LBD est absolument indispensable à un maintien de l’ordre républicain ». « C’est une arme intermédiaire que nous utilisons en cas de guerilla urbaine, on l’utilise assez peu dans le cadre de maintien de l’ordre habituellement », a-t-il ajouté, précisant que « pour la manifestation d’hier tout a été filmé ».

Le secrétaire d’Etat a également affirmé que 101 enquêtes menées par l’IGPN étaient en cours. Il a précisé que 1 900 « gilets jaunes » avaient été blessés depuis le début du mouvement, le 17 novembre 2018, mais que cela n’avait « parfois rien à voir avec l’action de la police ». Il a souligné que 1 200 policiers et gendarmes avaient aussi été blessés.

Jérôme Rodrigues, l'une des figures du mouvement des "gilets jaunes" grièvement blessé à l'oeil samedi à Paris, a été touché par "un tir de Flash-ball", a affirmé dimanche son avocat Philippe de Veulle sur BFMTV.

Jérôme Rodrigues, toujours hospitalisé, a de son côté indiqué à LCI que l'un des projectiles qui l'a touché, tiré selon lui par un lanceur de balles de défense (LBD), avait été "ramassé" par des témoins.

"Tout se passe très vite. On me lance une grenade et je me prends une balle. J'ai été doublement attaqué. Une grenade au pied et la balle", assure M. Rodrigues, accusant les autorités d'"abattage dans les règles de l'art".

Cette blessure est intervenue le jour où face à la polémique sur les lésions graves causées par les LBD 40 - qui ont remplacé les Flash-balls dans l'arsenal policier - le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait décidé d'équiper pour la première fois de caméras-piétons les forces de l'ordre dotées de ces armes dites "intermédiaires".

"Il n'y avait pas de caméras (piétons), ni de sommations. "Il est sous le choc. Il va être handicapé à vie.

Jérôme Rodrigues va devoir rester 5 jours à l’hôpital pour éviter une infection à l’œil. « Il faut attendre que l’hématome se résorbe pour déterminer si ma vision est toujours opérationnelle ou pas », a-t-il expliqué.

Dans cette vidéo, il expliquait aussi le principe de la mobilisation de ce samedi, qui avait pour particularité de devoir se prolonger toute la nuit avec une “nuit jaune” : “L’idée de la nocturne, c’était de faire flipper le gouvernement, et ça a dix fois mieux marché que ce qu’on espérait (...), on a créé un stress chez eux, on joue sur la communication, sur le terrain des médias”, ajoutait-il.

Jusqu’à sa blessure, Jérôme Rodrigues jouait en effet largement le jeu des médias, s’exprimant régulièrement devant les micros et caméras. C’est précisément ce qu’il faisait à 16h45 samedi, place de la Bastille, quand ceux qui suivaient son “live” ont vu une chute, puis plus rien. Dix minutes plus tôt, selon les constatations de l’AFP, il appelait les manifestants à quitter la place car “les black blocks vont attaquer”.

Quelques heures plus tard, lors d'une conférence de presse, Jérôme Rodrigues a pourtant précisé s'être mis d'accord avec Eric Drouet pour lancer "un appel au calme" tout en "renforçant les actions, sans violence".

Si une cagnotte Leetchi a été ouverte puis fermée dans la foulée, on compte désormais de très nombreux appels à un “Acte XII” des Gilets Jaunes en hommage “aux morts et aux blessés” de la mobilisation.

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