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Max Liebermann est né le 20 juillet 1847 à Berlin dans un milieu aisé. Son père est industriel. La famille Liebermann est apparentée aux Rathenau. Emil Rathenau (1838-1915), ingénieur et fondateur du groupe AEG, est le cousin de Max Liebermann. Walther Rathenau (1867-1922), ministre sous la République de Weimar et neveu de Max Liebermann, fut assassiné par des nationalistes antisémites. La vie familiale se déroule dans un vaste hôtel particulier de la Pariser Platz de Berlin.
Le goût pour le dessin et la peinture apparaît dès l’enfance chez Max Liebermann. Après des études secondaires moyennes, Max Liebermann commence, sous l’influence familiale, des études de chimie à l’université Humboldt de Berlin. Mais il ne s’intéresse nullement à la chimie, s’absente des cours pour assister Carl Steffeck et finit par être renvoyé de l’université.
Il entre alors à l’Académie des Beaux-arts (Großherzoglich-Sächsische Kunstschule) de Weimar où il devient l’élève du peintre d’histoire belge Ferdinand Pauwels (1830-1904) qui lui fait découvrir Rembrandt.
La guerre franco-prussienne éclate en juillet 1870 et durera jusqu’à janvier 1871. Par patriotisme, Liebermann s’enrôle dans l’armée et est affecté au service de santé près de Metz. Courant 1871, il se rend pour la première fois aux Pays-Bas où il visite Amsterdam et Scheveningen. A son retour, il réalise son premier grand tableau, Les plumeuses d’oies, très mal accueilli par la critique, qui utilise à propos de Liebermann l’expression « apôtre du laid ».
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L’académisme régnait encore largement à cette époque et la peinture d’histoire restait en Allemagne le goût dominant. Liebermann persiste cependant dans la veine réaliste. Pendant quelques années, il représentera des hommes et des femmes au travail.
Le rejet de ses œuvres en Allemagne conduit le peintre à s’installer à Paris en 1873. Il loue un atelier à Montmartre, mais la récente guerre franco-allemande rend les rapports avec le milieu artistique français problématiques. Au cours de l’été 1874, il se rend à Barbizon pour étudier la peinture réaliste de paysage. Ce séjour lui permettra de diversifier sa thématique vers les peintures de plein air, tout en restant dans le réalisme.
Au cours des années suivantes, plusieurs voyages élargissent sa culture artistique. En 1875 et en 1876, il découvre les tableaux de Franz Hals à Zandvoort, qui auront une grande influence sur son art de portraitiste. En 1878, il voyage en Italie et en particulier à Venise où il rencontre un groupe de peintres munichois appartenant à l’école naturaliste bavaroise. C’est dans cette ville qu’il réalise en 1879 son tableau Jésus à douze ans au temple, qui suscite des protestations dans toute l’Allemagne. Les propos antisémites ne sont pas rares. Cette peinture ayant été réalisée sur la base de dessins pris sur le vif dans des synagogues, Jésus y apparaît comme un jeune garçon juif entouré de ses coreligionnaires.
Le tableau est très bien accueilli au Salon de 1880 à Paris. Il participe à nouveau au Salon officiel parisien en 1882 avec des tableaux impressionnistes. Les souvenirs de la guerre s’éloignant, le milieu artistique français le consacre enfin comme un grand artiste du courant impressionniste. En 1884, Liebermann quitte Munich pour retrouver Berlin, sa ville natale. En septembre de cette même année, il épouse Martha Mackwald, la sœur de sa propre belle-sœur. La fille unique du couple naît en août 1885.
En 1889, se tient à Paris une Exposition universelle célébrant le centenaire de la Révolution de 1789. Max Liebermann et deux autres peintres allemands sont désignés comme membres du jury. Cette participation soulève de vives protestations à Berlin où la Révolution française est appréhendée négativement. La plupart des monarchies européennes refusent d’ailleurs de participer à l’évènement, qu’il s’agisse des britanniques, des austro-hongrois ou des russes. Liebermann souhaite présenter à Paris les grands noms de la peinture allemande et se faire connaître à cette occasion d’un public français beaucoup plus large. La mère de Max Liebermann meurt en 1892 et son père en 1894.
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En 1892, onze peintres berlinois fondent un groupe qui aboutira en 1898 à la Sécession Berlinoise (Berliner Secession), association souhaitant remettre en cause la peinture académique qui dominait largement l’art allemand. Max Liebermann joue un rôle de premier plan au sein de ce mouvement, aux côtés de Paul Cassirer (1871-1926), critique d’art. Pendant cette période, Liebermann réalise des toiles de tendance impressionniste mais également de nombreux portraits. Il devient le peintre le plus en vue à Berlin et même les milieux officiels le reconnaissent. En 1897, pour son cinquantième anniversaire, l’Académie des Beaux-arts lui consacre une exposition : trente toiles et de nombreux dessins et gravures sont présentés.
La première exposition de la Sécession Berlinoise a lieu en 1899. Les débats font rage à Berlin entre les partisans des tendances artistiques émergentes et les conservateurs. De l’imagination en peinture (Die Phantasie in der Malerei), premier article de Liebermann en tant que professeur à l’Académie des Beaux-arts de Berlin, paraît en 1903. Pour Liebermann, la création doit provenir de l’observation du réel. Il rejette donc toute évolution vers l’art abstrait et en particulier l’expressionnisme. Cette prise de position met en évidence les oppositions internes à la Sécession Berlinoise. Elle débouchera en 1910 sur la scission du mouvement entre impressionnistes et expressionnistes. Emil Nolde (1867-1956) sera le chef de file du courant expressionniste et Liebermann le leader du courant impressionniste.
Malgré des prises de position très tranchées de Nolde contre Liebermann (« Son œuvre s’effrite et s’effondre ; il essaie de la sauver, devient nerveux et emphatique. »), Liebermann votera en 1910 contre l’exclusion de Nolde de la Sécession. Mais celle-ci est acquise par quarante voix contre deux. Après son départ de la Sécession, Liebermann s’absente de plus en plus souvent de Berlin pour vivre dans sa maison de campagne, sur les rives de lac Wannsee, non loin de Berlin.
Pendant la Première Guerre mondiale, il se comporte en patriote et collabore par des illustrations à l’hebdomadaire de Paul Cassirer, Kriegszeit - Künstlerflugblätter. Au début de la guerre, il rejoint la Société allemande, association de tendance libérale conservatrice. Il devient également de plus en plus le portraitiste de la haute société berlinoise. En 1916, il développe son article De l’imagination en peinture (Die Phantasie in der Malerei) pour le publier sous forme d’un essai. Les troubles révolutionnaires qui secouent l’Allemagne après la guerre inquiètent beaucoup Liebermann qui est un humaniste libéral.
En 1920, Liebermann est nommé Président de l’Académie des Beaux-arts. Bien que n’appréciant pas l’expressionnisme, son esprit libéral le conduit à lui faire une place. En 1922, son neveu Walther Rathenau, qui était la cible des groupuscules violents d’extrême-droite et d’extrême-gauche, est assassiné par des membres du groupe terroriste d’extrême-droite Consul. Liebermann est profondément bouleversé par cet évènement. En 1924, il perd son frère cadet Felix et un ami proche, Hugo Preuß, juriste et homme politique. Il privilégie dès lors une vie plus retirée.
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En 1927, son 80e anniversaire est célébré par une exposition d’une centaine de ses peintures. Albert Einstein et Thomas Mann font son éloge. Gravement malade en 1932, il quitte son poste de Président de l’Académie et devient Président d’honneur. Il retrouve la santé, mais assiste en 1933 à la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes et voient les vainqueurs défiler devant son domicile de la Pariser Platz. Il prononce alors cette phrase en dialecte berlinois : « Je ne pourrai jamais assez manger pour vomir autant que je le souhaite. »
Le 10 mai 1933, dans Berlin et 21 autres villes, des dizaines de milliers de livres sont brûlés sur des buchers organisés par des membres du parti national-socialiste dans le cadre d’une action voulue par Hitler contre « l’esprit non allemand ». Il décède le 8 février 1934 dans son hôtel particulier de la Pariser Platz. Les médias, sous contrôle nazi, évoquent à peine son décès. L’Académie refuse d’honorer son ancien Président. Son épouse Martha se suicidera en 1943, alors qu’elle devait être envoyée dans un camp de concentration. Les tableaux de Liebermann appartiennent à ce que les nazis appelaient « art dégénéré ».
Max Liebermann est considéré, avec Max Slevogt (1868-1932) et Lovis Corinth (1858-1925), comme l’un des principaux représentants de l’impressionnisme allemand. La première influence artistique vient de la peinture hollandaise. Liebermann est un admirateur de Rembrandt et de Franz Hals. Les portraits de ce dernier auront une influence importante sur les siens. Le réalisme de ses débuts se situe donc historiquement dans le sillage de la peinture flamande et néerlandaise. Il choisit pour thèmes le travail manuel des hommes, qu’ils soient paysans, artisans ou ouvriers, donnant ainsi une connotation sociale à sa peinture. Le rejet dont il fut victime à ses débuts tient au choix de cette thématique, qui heurtait la prééminence de l’art académique allemand orienté vers la peinture d’histoire. Une toile aussi grande que Les plumeuses d’oies (119 × 170 cm) n’était admise en 1872 que pour l’histoire, la religion et la mythologie, mais en aucun cas pour une scène de genre paysanne.
La découverte de l’impressionnisme français dans la décennie 1870 infléchit son style, mais il conserve une prédilection pour les scènes de genre consacrées au travail. A la fin du 19e siècle, la Sécession Berlinoise, dont il prendra la tête, le conforte dans sa recherche de la représentation subjective d’un instant de la réalité extérieure. Il exclut toute orientation vers une peinture de l’intériorité rejetant l’observation exacte du réel.
Les thèmes sociaux de sa jeunesse cèdent la place à partir de la décennie 1890 à une peinture des loisirs de la bourgeoisie (promenades, restaurants, plages, courses de chevaux, etc.). Il devient le grand peintre des scènes de plein air comportant souvent des effets de lumière à travers le feuillage des arbres. Mais un second aspect de son œuvre prend également de l’importance : le portrait. Grand bourgeois libéral par ses origines et son mode de vie, Max Liebermann, travailleur acharné, est devenu un peintre maîtrisant un vaste registre : scènes de genre, paysages, portraits, dessins, lithographies.
En 1871, Liebermann rencontre le peintre hongrois Mihály Munkácsy (1844-1900). L’un des tableaux du peintre, représentant des femmes filant la laine, séduit particulièrement Liebermann. Au cours de la même année, il séjourne aux Pays-Bas (Amsterdam, Scheveningen) où il peut observer des scènes de travail de la paysannerie locale.
Pendant toute sa jeunesse, Liebermann privilégie une thématique sociale : artisans, ouvriers, paysans au travail. L’évolution stylistique est notable par rapport à la première toile ci-dessus. Liebermann s’est en effet installé à Paris et a visité Barbizon, lieu de naissance du réalisme français au 19e siècle.
L’influence de l’impressionnisme français s’accentue ici, bien que l’artiste reste attaché aux thèmes sociaux. D’une part, le projet pictural concerne la représentation de la lumière, qui pénètre dans la pièce de façon atténuée par de grandes fenêtres. D’autre part, les gestes des couturières sont suggérés avec une grande habileté, mais les figures restent floues et ne constituent en réalité qu’un ensemble de taches blanches, ocre, roses et noires, parfaitement agencées pour produire un effet d’ensemble saisissant.
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