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Le retour de la haute intensité sur le continent européen impose un changement de paradigme en matière de stocks.

I. L'Évolution des Stocks de Munitions

Si la guerre froide s’est caractérisée par une course aux armements non seulement nucléaires mais également conventionnels, la chute du Mur de Berlin - et, avec lui, du bloc soviétique - a entraîné une diminution drastique des dépenses militaires en Europe de l’Ouest.

A. La Réduction des Stocks et ses Conséquences

Avec la professionnalisation des armées (1996) puis les réductions drastiques de format des armées, directions et services décidées dans le cadre de la revue générale des politiques publiques (2007), les armées françaises ont été contraintes et forcées de procéder à un déstockage massif de leurs munitions - le soutien, la logistique et la maintenance ayant été les premières cibles des déflations imposées.

  1. Au lendemain de la guerre froide, les principales puissances militaires mondiales se trouvent en possession de vastes arsenaux de munitions.
  2. Parallèlement à la réduction des crédits budgétaires alloués aux munitions, on assiste à un phénomène de renchérissement du coût unitaire de celles-ci - en particulier de celui des munitions complexes - qui s’explique par leur sophistication croissante, elle-même liée à l’essor de l’électronique et de la numérisation.

B. Le Tournant de 2015 et la Reconstitution des Stocks

En janvier puis en novembre 2015, les tragiques attentats terroristes islamistes commis sur le sol français entraînent une rupture dans le mouvement de réduction des formats d’armée : la fin de l’Histoire n’aura pas lieu. Le politique prend conscience de la nécessité d’une remontée en puissance des forces armées françaises et, logiquement, de leurs stocks.

  1. En décembre de la même année, les députés Nicolas Bays et Nicolas Dhuicq, membres de la commission de la Défense nationale et des forces armées, se disent ([7]) « conscients de la place déterminante qu’occupent les munitions dans l’action militaire et, dans le même temps, inquiets quant à la place qui leur est accordée ».
  2. La crise sanitaire de 2020 et en particulier l’épisode de pénurie de masques respiratoires de protection, met en lumière les limites de l’approche privilégiée depuis dix ans de suppression des stocks au profit d’un modèle d’approvisionnement en flux tendus, c’est-à-dire « juste à temps ».
  3. L’état-major des armées indique aux rapporteurs que « les actions entreprises depuis 2017, notamment dans le cadre de la loi de programmation militaire pour 2019-2025 ont permis d’inverser la trajectoire à la baisse des stocks de munitions des armées.

C. Les Atouts Stratégiques de la Constitution de Stocks

Le premier, le plus évident, est que la constitution de stocks permet de faire face à un taux élevé d’attrition, caractéristique de la haute intensité. Comme le soulignait le lieutenant-colonel Briant ([9]) dès avant le conflit ukrainien, « l’intensité d’une opération varie dans le temps : les premiers jours sont souvent caractérisés par une consommation importante de munitions, avec au premier rang les armements technologiques de haut de spectre utilisés pour les frappes dans la profondeur (missiles de croisière) et les missions de neutralisation des défenses sol-air.

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  1. Le conflit ukrainien a malheureusement fait redécouvrir la réalité des attritions - en hommes comme en équipement et en munitions - enregistrées dans le cadre d’un conflit de haute intensité.
  2. Si la constitution de stocks permet de tenir face au choc de la haute intensité, elle constitue aussi un atout diplomatique et militaire.
  3. Enfin, autre avantage, la possession de stocks constitue un facteur de stabilisation dans un contexte de compétition : « Soutenir massivement un allié attaqué grâce à des stocks est également un facteur de stabilisation dans un contexte de compétition : l’exemple ukrainien incite un potentiel État agresseur à prendre en compte la possibilité d’un soutien matériel massif auprès de son adversaire.

D. Le T-Dome : Un Système de Défense Multicouche pour Taïwan

Drones, missiles, bombardiers, obus... Le scénario catastrophe d'une invasion chinoise de Taïwan impliquerait une attaque massive contre les infrastructures de l'île indépendantiste, à même de paralyser les forces armées et l'économie de Taïpei. Les défenses antiaériennes taïwanaises, principalement assurées par des Patriot américains et la famille de missiles Tien Kung, auraient fort à faire pour intercepter ce déluge de munitions visant à empêcher toute riposte. De quoi pousser le président taïwanais, Lai Ching-te, à dévoiler un projet ambitieux : un système d'interception multicouche à même de changer la donne en cas d'assaut de la Chine contre le territoire taïwanais.

"Nous allons accélérer la construction du T-Dome, établir un rigoureux système de défense antiaérienne, avec une défense multicouche, des détections avancées, des interceptions efficaces, et tisser un filet de sécurité pour Taïwan afin de protéger les vies et propriétés des citoyens", a affirmé le président taïwanais Lai Ching-te le 10 octobre, jour de la fête nationale de la République de Chine. Selon Reuters, un officiel du cabinet présidentiel a affirmé que les dépenses du T-Dome feraient partie d'un budget spécial pour les dépenses militaires, qui doit être présenté d'ici la fin de l'année. "L'augmentation de nos dépenses de défense a un but : il s'agit d'une nécessité claire pour contrer des menaces ennemies et d'une force motrice pour le développement de nos industries de défense", a pour sa part affirmé le chef d'État de l'île indépendantiste.

II. Les Enjeux de la Reconstitution des Stocks de Munitions

A. Enjeux Stratégiques et Capacitaires

Ces distinctions en tête, la reconstitution des stocks suppose la prise en compte par les armées d’enjeux stratégiques, capacitaires et logistiques globaux. Les enjeux capacitaires, d’abord, sont corrélés aux ambitions stratégiques de la France : la reconstitution des stocks doit se faire en harmonie avec les hypothèses d’engagement envisagées et avec l’accroissement des besoins dus à l’intensification de la préparation opérationnelle.

  1. La reconstitution des stocks doit ensuite tenir compte d’une certaine cohérence capacitaire entre les trois armées, entre les couples vecteurs-munitions ou encore entre le haut et le bas du spectre - équilibre que nous appellerons panachage.
  2. Si la politique de remontée des stocks relève des armées, l’intensification des flux de production en est un complément indispensable : le besoin de masse et d’épaisseur rendu évident par le retour d’expérience du champ de bataille met en lumière l’indispensable continuité entre stocks et flux.

B. L'Économie de Guerre et la Soutenabilité des Entreprises Munitionnaires

Devant permettre aux forces, sous faible préavis, de prendre l’ascendant opérationnel sur l’adversaire, les stocks assument surtout un rôle de tampon permettant à la production industrielle de prendre rapidement le relais au soutien des armées. L’enjeu est donc d’adapter la base industrielle et technologique de défense française aux exigences d’un champ de bataille durci : c’est l’objet de l’économie de guerre.

  1. Dans cette perspective, garantir la soutenabilité économique des entreprises munitionnaires - mises à l’épreuve par les dividendes de la paix - en assurant la visibilité et la régularité des commandes est un préalable.
  2. Il est en outre indispensable d’actionner tous les leviers de l’économie de guerre pour accélérer une montée en cadence - simplifier les normes et les exigences, sécuriser les approvisionnements, consolider les ressources humaines.
  3. Dans le même temps, il importe de ne pas sacrifier à l’urgence du recomplètement des stocks une indispensable préparation de l’avenir, dont la maturation requiert, elle aussi, une forte anticipation.

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