Le retour de la haute intensité sur le continent européen impose un changement de paradigme en matière de stocks.
Si la guerre froide s’est caractérisée par une course aux armements non seulement nucléaires mais également conventionnels, la chute du Mur de Berlin - et, avec lui, du bloc soviétique - a entraîné une diminution drastique des dépenses militaires en Europe de l’Ouest.
Avec la professionnalisation des armées (1996) puis les réductions drastiques de format des armées, directions et services décidées dans le cadre de la revue générale des politiques publiques (2007), les armées françaises ont été contraintes et forcées de procéder à un déstockage massif de leurs munitions - le soutien, la logistique et la maintenance ayant été les premières cibles des déflations imposées.
En janvier puis en novembre 2015, les tragiques attentats terroristes islamistes commis sur le sol français entraînent une rupture dans le mouvement de réduction des formats d’armée : la fin de l’Histoire n’aura pas lieu. Le politique prend conscience de la nécessité d’une remontée en puissance des forces armées françaises et, logiquement, de leurs stocks.
Le premier, le plus évident, est que la constitution de stocks permet de faire face à un taux élevé d’attrition, caractéristique de la haute intensité. Comme le soulignait le lieutenant-colonel Briant ([9]) dès avant le conflit ukrainien, « l’intensité d’une opération varie dans le temps : les premiers jours sont souvent caractérisés par une consommation importante de munitions, avec au premier rang les armements technologiques de haut de spectre utilisés pour les frappes dans la profondeur (missiles de croisière) et les missions de neutralisation des défenses sol-air.
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Drones, missiles, bombardiers, obus... Le scénario catastrophe d'une invasion chinoise de Taïwan impliquerait une attaque massive contre les infrastructures de l'île indépendantiste, à même de paralyser les forces armées et l'économie de Taïpei. Les défenses antiaériennes taïwanaises, principalement assurées par des Patriot américains et la famille de missiles Tien Kung, auraient fort à faire pour intercepter ce déluge de munitions visant à empêcher toute riposte. De quoi pousser le président taïwanais, Lai Ching-te, à dévoiler un projet ambitieux : un système d'interception multicouche à même de changer la donne en cas d'assaut de la Chine contre le territoire taïwanais.
"Nous allons accélérer la construction du T-Dome, établir un rigoureux système de défense antiaérienne, avec une défense multicouche, des détections avancées, des interceptions efficaces, et tisser un filet de sécurité pour Taïwan afin de protéger les vies et propriétés des citoyens", a affirmé le président taïwanais Lai Ching-te le 10 octobre, jour de la fête nationale de la République de Chine. Selon Reuters, un officiel du cabinet présidentiel a affirmé que les dépenses du T-Dome feraient partie d'un budget spécial pour les dépenses militaires, qui doit être présenté d'ici la fin de l'année. "L'augmentation de nos dépenses de défense a un but : il s'agit d'une nécessité claire pour contrer des menaces ennemies et d'une force motrice pour le développement de nos industries de défense", a pour sa part affirmé le chef d'État de l'île indépendantiste.
Ces distinctions en tête, la reconstitution des stocks suppose la prise en compte par les armées d’enjeux stratégiques, capacitaires et logistiques globaux. Les enjeux capacitaires, d’abord, sont corrélés aux ambitions stratégiques de la France : la reconstitution des stocks doit se faire en harmonie avec les hypothèses d’engagement envisagées et avec l’accroissement des besoins dus à l’intensification de la préparation opérationnelle.
Devant permettre aux forces, sous faible préavis, de prendre l’ascendant opérationnel sur l’adversaire, les stocks assument surtout un rôle de tampon permettant à la production industrielle de prendre rapidement le relais au soutien des armées. L’enjeu est donc d’adapter la base industrielle et technologique de défense française aux exigences d’un champ de bataille durci : c’est l’objet de l’économie de guerre.
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