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La question de l'armement de la police aux États-Unis est un sujet complexe et en constante évolution. Elle est marquée par des initiatives technologiques, des controverses politiques et des débats sur la légitimité du port d'armes.

Les armes connectées : vers une plus grande responsabilisation ?

Plusieurs polices locales américaines testent actuellement des armes connectées, incluant un accéléromètre, un gyroscope et plusieurs technologies sans-fil. Basée en Californie, la start-up Yardarm Technologies a élaboré un capteur télémétrique pour armes, testé actuellement par les polices locales de Santa Cruz en Californie et de Carrollton au Texas. Ce capteur de 9 mm tient dans le manche de l'arme et contient plusieurs composants incluant un accéléromètre, un gyroscope ainsi que des modules GSM et Bluetooth Low Energy.

Le capteur collecte des données concernant les policiers ayant fait usage de leur arme à feu et le moment où il les ont utilisées, et est en mesure de transmettre des informations en temps réel aux officiers et commandants des départements de police. Parmi ces données figurent le moment où l'arme est dégainée, le nombre et la localisation des coups de feu et même la direction vers où le canon est pointé, affirme Yardarm Technologies. Le capteur peut faire remonter ces informations en quelques secondes, sachant que la localisation des policiers est suivie grâce à la liaison Bluetooth du GPS de leur smartphone et par triangulation entre le capteur de leur arme et les antennes téléphoniques.

En transmettant les données en temps réel, les départements de police peuvent ainsi réagir plus rapidement et aider les agents sur le terrain. « Cela améliore la sécurité liée à l'usage des armes à feu et la protection des agents et permet aux officiers de mieux faire leur travail », estime Robert Stewart, cofondateur et CEO de Yardarm. Après les forces de Police, Yardarm-Technologies prévoit d'équiper l'armée mais également les entreprises de sécurité privées.

« Il en résultera une plus grande responsabilisation des agents », a indiqué le sheriff du Comté de Santa Cruz, Phil Wowak. Une douzaine de membres de l'équipe SWAT de la ville ont pu tester les capteurs connectés dans leurs armes moins d'une quinzaine de jours, ce qui a limité la compréhension des données.

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Le programme 1033 : l'équipement militaire pour les forces de police

Comme l’explique Newsweek, « l’Amérique arme discrètement sa police avec du matériel militaire depuis le début des années 1990 ». Confronté à la fois à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue et à des stocks de matériels militaires importants, le Congrès a voté le National Defense Authorization Act, dont la Section 1208 autorise le ministère de la Défense à transférer son matériel militaire vers les agences fédérales et de chaque État.

En 1996, le Congrès a remplacé la Section 1208 par la Section 1033, transformant le « programme 1208 » en « programme 1033 ». Ce dernier a pour devise « du combattant de guerre au combattant contre le crime », l’idée étant que les policiers peuvent réutiliser sur le sol américain l’équipement des soldats sur les lignes de front pour lutter contre les trafiquants de drogue, puis, après le 11-Septembre, contre les terroristes. Grâce à ce programme, où les forces de polices elles-mêmes choisissent ce dont elles pensent avoir besoin pour mener leurs missions à bien, les petites villes ont acquis des lunettes de vision nocturne, des Humvees et des dizaines d’armes automatiques M-16, et celle de Bloomington (Géorgie) s’est elle dotée de quatre lance-grenades.

Selon l’Agence de logistique du Pentagone, l’armée a fourni en 2013 l’équivalent de 450 millions de dollars en matériel militaire aux polices locales américaines.

Comme l’indique la liste -rendue publique par le Pentagone en décembre sous la pression du Marshall Project - du surplus militaire distribué aux 8.000 forces de polices fédérales et locales en 2014, la police du campus de l’université de Louisiane, à Monroe, a elle reçu 12 M-16 pour « protéger » ses quelque 8.000 étudiants, et la ville de Johnston (Rhode Island), où œuvrent 67 agents de police assermentés, a en stock 2 robots démineurs, 10 camions tactiques, 35 fusils d’assaut, et plus de 100 fusils à viseurs à infrarouge.

Alternatives non-létales : une solution aux bavures policières ?

La police de Ferguson, dans l'Etat du Missouri aux Etats-Unis, teste actuellement un nouveau dispositif qui se greffe sur l'arme à feu de ses officiers, et qui pourrait permettre de neutraliser une cible jugée dangereuse, mais sans risquer de lui ôter la vie. Un enjeu crucial, en particulier dans cette ville du Missouri, marquée par de violentes manifestations l'année dernière, à la suite de la mort de Michael Brown, un jeune Noir abattu de plusieurs coups de feu, alors qu'il n'était pas armé, par un policier Blanc.

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Cette nouvelle invention, nommée "l'Alternative", est en réalité d'un embout, de couleur orange, qui se fixe sur une arme de poing. Il s'installe et s'enlève d'une simple pression, permettant à son utilisateur de réagir très rapidement, en trois secondes, selon les concepteurs du dispositif. Quand il est en place, une boule, composée de métal à l'intérieur et de plastique à l'extérieur, obstrue le canon de l'arme. Si un coup de feu est tiré, la balle est grandement amortie par ce qui est décrit comme un airbag par la société Alternative Ballistics, à l'origine du projet.

Sans perdre de sa précision, le projectile est alors bien moins puissant: sa vitesse tombe à 1/5e de celle qu'elle aurait dû être, et ses chances de pénétrer dans le corps de la cible sont grandement réduites par la rondeur de l'embout. En théorie, être touché par un projectile de ce type reviendrait à être frappé par une arme contondante. Comme un "coup de marteau donné par un joueur professionnel de base-ball", ont même comparé les créateurs de l'objet, dans un récent reportage sur CNN.

L'"Alternative" ne sert qu'une fois. Son principe est bel et bien d'offrir une seconde chance, aussi bien à l'officier de police qu'à la personne qui lui fait face. Une fois le premier tir réalisé, l'embout en plastique saute, et si l'arme est de nouveau utilisée, elle tira des balles classiques, donc mortelles.

Programmes de rachat d'armes : une solution à la violence armée ?

Sur la côte est des États-Unis, la ville de Baltimore (600 000 habitants) est considérée comme l’une des plus dangereuses du pays avec environ 300 homicides par an, la plupart par arme à feu. Pour endiguer cette violence, la police rachète les armes à la population, comme d'autres villes américaines le font. Les autorités offrent 100 dollars pour une arme de poing, 500 dollars pour un fusil automatique. L’opération se déroule cette semaine et vise à récupérer un maximum d’armes à feu.

La maire de Baltimore, Catherine Pugh, est à l’origine de cette opération "gun buyback programm" (programme de rachat d'armes à feu), dans une ville gangrenée par la violence et le trafic de drogue. "Il faut qu’on arrive à faire disparaître de nos rues toutes les armes illégales", dit l’élue. "Chaque jour, des innocents sont tués, d’autres se retrouvent sans le vouloir au milieu de fusillades. Une seule vie perdue est une de trop." L’opération vise à récupérer un maximum d’armes illégales mais aussi celles possédées légalement par leur propriétaires : "L’un de nos problèmes", ajoute le commissaire Gary Tuggle, chef de la police de Baltimore, "c’est qu’on a des propriétaires d’armes à feu qui en ont une ou plusieurs chez eux. Avec un permis, tout est en règle. Mais si leur domicile est cambriolé, ces armes seront alors dérobées et on les retrouve dans des affaires criminelles et dans les rues de Baltimore. Donc si chez vous, vous avez une arme acquise légalement mais que vous n’en avez pas besoin, apportez-la. Laissez-nous vous la racheter."

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Cependant, l'efficacité de ces programmes est remise en question. John, qui vient de vendre une arme de poing pour 100 dollars, se montre plus critique : "C’est stupide. Ils ont déjà fait ça dans le passé et ça n’a donné aucun résultat. Du coup, les gens comme moi viennent vendre leurs vieilleries, et se faire un peu d’argent. Moi je pense que tout ceci, c’est juste un moyen pour les politiciens de laisser croire qu’ils font quelque chose contre ce problème. Mais en vérité, ils ne font rien. D’abord, qu’ils remettent le système éducatif en état. Qu’ils ramènent des emplois dans cette ville et dans ce pays ! Et là peut-être qu’on commencera à résoudre ce problème de violence et des armes à feu ! "

L'affaire Charlie Kirk et le débat sur la violence politique

Aux Etats-Unis, les autorités ont annoncé, jeudi 11 septembre, avoir retrouvé l’arme qui aurait été utilisée pour tuer, mercredi, Charlie Kirk, un influenceur conservateur proche de Donald Trump. « Je peux vous dire que nous avons retrouvé ce que nous considérons comme l’arme utilisée hier. C’est un fusil puissant », a déclaré Robert Bohls, le directeur de l’antenne locale du FBI, lors d’une conférence de presse à Orem, dans l’Utah.

« Il s’agit d’un événement ciblé » visant spécifiquement Charlie Kirk, a par ailleurs confirmé M. Bohls. Friand de joutes oratoires avec les étudiants, l’influenceur de 31 ans organisait un événement sur le campus de l’université de la vallée de l’Utah, à Orem, dans l’ouest du pays, lorsqu’il a été pris pour cible.

Dans le camp démocrate, la candidate malheureuse à l’élection de 2024, Kamala Harris, a estimé que « la violence politique n’a[vait] pas de place en Amérique ». L’ancien président Joe Biden a lui appelé à ce que ce type de violence « cesse immédiatement », à l’unisson d’autres figures démocrates, comme Barack Obama, Bernie Sanders ou encore le gouverneur de Californie, Gavin Newsom.

L'armement de la police en France : une comparaison

L’arme administrative dite de service ou encore de dotation est l’arme à feu confiée aux fonctionnaires de la Police nationale à titre individuel pour les besoins du service. Depuis 2002, il s’agit d’un Sig Sauer 2022 semi-automatique conçu en Suisse par SIG (Schweizerische Industrie Gesellschaft) et produit en Allemagne par Sauer, de 9 mm parabellum, 10 ou 15 coups.

Depuis les attentats terroristes de 2015, les policiers sont autorisés à le garder en permanence au lieu de le déposer à la fin de leur service comme cela se faisait depuis 2006. La raison d’être de ce port d’arme qui caractérise le policier est la légitime défense - la sienne ou celle d’autrui - et elle symbolise le monopole de la force légitime confié à la police.

Tableau comparatif : Armement de la police aux États-Unis et en France

Caractéristique États-Unis France
Arme de service Variable selon les départements Sig Sauer 2022 (depuis 2002)
Port d'arme hors service Variable selon les états Autorisé en permanence depuis 2016
Équipement militaire Programme 1033 Non applicable
Réglementation Fédérale et par état Nationale

Le deuxième amendement et le droit de port d'armes

Les fusillades aux États-Unis entretiennent systématiquement le débat sur le droit de posséder et de porter une arme à feu, et soulèvent la question de sa légitimité. Chaque État a une législation différente sur le sujet, et les lois valables chez certains d’entre eux ne traversent pas les frontières des autres. Aux Etats-Unis, le port d’arme est d’abord réglementé au niveau fédéral, puis par chaque état.

La Cour Suprême a décidé qu’« un particulier peut posséder une arme à feu ; mais que ce droit n’est valable que pour se défendre ». Chaque Etat a ses propres lois sur le port d’armes, et décide s’il est nécessaire d’avoir un permis pour en porter et en utiliser une.

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