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Avec l’automne, aussi sûrement que les champignons poussent dans les sous-bois et que les bogues tombent des châtaigniers, revient la saison de la chasse. Les chrétiens, qui voient dans la Création l’œuvre de Dieu, peuvent-ils, dans un contexte d’effondrement de la biodiversité, prendre part à un loisir qui consiste à tuer un animal, sans nécessité de se nourrir ?

Certes, l’explosion du nombre de grands gibiers dans notre pays, et les dégâts causés par eux, rend nécessaire leur régulation. « Trois courlis cendrés ont déjà été abattus en France depuis l’ouverture de la chasse au gibier d’eau, alors qu’il s’agit d’une espèce vulnérable dont la chasse est interdite depuis 2020. Que peut-il y avoir de chrétien dans le fait de tuer volontairement un animal dont la population est en forte baisse ? », déplore le naturaliste Johannes Herrmann, soulignant le « coût exorbitant du point de vue écologique » de ce loisir.

Cependant, loin de rechercher le tableau de chasse le plus garni possible, certains chasseurs décrivent un tout autre rapport à cette pratique. « Comme le pêcheur ou le cueilleur, le chasseur fréquente la nature en s’intéressant à ce qu’elle produit elle-même, et en y prélevant quelque chose de sauvage », souligne le père Patrick Guinnepain, curé d’une paroisse de la Brenne, dans le diocèse de Bourges.

La Chasse: Une Tradition Familiale et un Lien avec la Nature

Issu d’une famille d’agriculteurs, « dans laquelle on a toujours chassé », pratiquant la chasse à tir au petit gibier, il décrit « un rapport nuancé à la nature, qui n’est pas une terre que je peux exploiter à outrance pour lui faire rendre tout ce qu’elle peut donner. » La chasse est précisément le lieu qui lui permet « d’entretenir un lien affectif à la nature », au point qu’elle a nourri chez lui une « spiritualité de l’offertoire » : « Le fruit de la terre et du travail des hommes devient source de salut, expose le père Guinnepain. Comment notre manière d’habiter, de cultiver, d’organiser et d’aménager la Création n’est pas occasion d’égoïsme, d’abus de pouvoir, de violence et de maltraitance, y compris vis-à-vis des générations à venir, mais pensé et vécu en vue du salut de tous ? »

« J’aime voir les animaux sauvages, les plantes, j’aime la nature comme elle est, poursuit le prêtre chasseur. Pendant tout l’été, alors que la faune sauvage était confrontée à la sécheresse, nous avons passé du temps à égrainer et abreuver, cela fait aussi partie de l’activité des chasseurs, hors période de chasse ».

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Le père Guinnepain revendique aussi « une dimension sociale pas du tout négligeable » : « Le grand plaisir de la chasse, c’est la quête du gibier, le fait de faire travailler mon chien… On rate beaucoup ! Mais si on est doué, on prélève un gibier, un poisson, un champignon… Et après il y a le plaisir de cuisiner, de partager, poursuit celui qui reconnaît ne presque jamais acheter de viande. J’ai des paroissiens qui tuent leur cochon, ou leur vache, je fais beaucoup de troc avec mes terrines ! »

Évolution de la Chasse: De la Culture Locale au Sport

« Dans une société majoritairement rurale, chasser a longtemps fait partie de la culture locale commune », analyse Dominique Lang, prêtre assomptionniste et animateur du blog Églises et Écologies. Dans l’histoire française, après avoir été le privilège d’une élite, le droit de chasse a été libéralisé, devenant un acquis révolutionnaire, et par là une expression de la liberté et de l'égalité des individus.

« Mais avec l’évolution de la société, la chasse est aussi devenue une pratique sportive, de loisir, ce qui fait émerger d’autres questions, souligne Dominique Lang. Aujourd’hui, beaucoup d’animaux chassés sont issus de l’élevage et sont tirés dans les jours qui suivent leur remise en liberté. Quel est le sens de cette pratique ? »

Une Prise de Conscience Écologique

Ces questions ne sont pas absentes de l’esprit d’Agnès Bonnet. C’est en revenant, au moment de la retraite, dans la région de ses grands-parents, que cette paroissienne engagée a décidé de passer le permis de chasse. Pour cette femme de 66 ans, vivant en bordure de la forêt domaniale de Tronçais (Allier), cette activité va de pair avec une prise de conscience écologique.

« J’ai beaucoup réduit ma consommation de viande, refusant d’acheter de la viande d’élevages industriels, tuée à la chaîne dans des abattoirs industriels intensifs, raconte-t-elle. Aujourd’hui, la viande que je mange est soit achetée chez un producteur local, soit issue de la chasse. » En cohérence avec ce choix, Agnès, qui chasse notamment le chevreuil et le sanglier, ne goûte guère au tir aux faisans élevés en captivité.

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« Quand mon grand-père allait chasser, il disait : ’’on se sert, et on arrête’’, se souvient-elle, prônant la modération dans le prélèvement. On n’est pas au stand de tir et on n’est pas là pour faire du tableau. »

« Dans l’Ancien Testament, on trouve des appels à la modération dans le prélèvement des espèces naturelles, rappelle de son côté Johannes Herrmann. Dans la même idée que le jubilé, qui est le repos de la terre, on peut appeler à un arrêt de la chasse pour que les écosystèmes se ressourcent. »

Perspectives Bibliques et Enjeux Contemporains

« Jésus pêchait des poissons, mangeait de l’agneau, souligne Dominique Lang. Sur la pratique de gens enracinés sur un territoire et pour qui la chasse, la pêche, l'élevage font partie de l'économie locale, il n’y a, dans l'absolu, pas grand-chose à dire. Mais il ne faut pas se cacher derrière une vision idyllique de la chasse pour dire qu’elle n’est aujourd'hui que cela. » Être capable, sans idéologie, de regarder en face les pratiques moralement peu défendables comme la chasse en enclos ou le trafic mondial d'animaux sauvages, est essentiel, selon le religieux assomptionniste.

« Du coup, c'est d'autant plus important, dans la suite de Laudato si’, d'ouvrir de nouveaux espaces de dialogue pour permettre des conversions intérieures. Par exemple, en organisant, dans une paroisse, des rencontres où des personnes qui pratiquent la chasse et ceux qui ne la pratiquent pas puissent s'écouter, repartir de valeurs communes et ainsi dépasser les clivages stériles pour défendre des combats urgents communs contre les excès dégradants et les dérives matérialistes. »

Saint Hubert et la Valeur Propre des Animaux

  • Saint Hubert († 727), patron des chasseurs, doit sa conversion, selon la tradition, à la rencontre avec un cerf, un Vendredi Saint où sa passion pour la chasse l’avait fait délaisser l’office.
  • « Hubert ! Jusqu’à quand poursuivras-tu les bêtes dans les forêts ? Jusqu’à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le salut de ton âme ? », aurait-il entendu.
  • Choisissant alors la vie religieuse, il devint évêque de Liège-Maastricht et Tongres.

Dans l’encyclique Laudato si’, le pape François aborde à de nombreuses reprises la question de la valeur propre des animaux :

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  • « En même temps que nous pouvons faire un usage responsable des choses, nous sommes appelés à reconnaître que les autres êtres vivants ont une valeur propre devant Dieu et ‘par leur simple existence ils le bénissent et lui rendent gloire’, puisque ‘le Seigneur se réjouit en ses œuvres’ (Ps 104, 31) » (n° 69)
  • « Aujourd’hui, l’Église ne dit pas seulement que les autres créatures sont complètement subordonnées au bien de l’homme, comme si elles n’avaient aucune valeur en elles-mêmes et que nous pouvions en disposer à volonté » (n° 69)
  • « Quand on lit dans l’Évangile que Jésus parle des oiseaux, et dit qu’« aucun d’eux n’est oublié au regard de Dieu » (Lc 12, 6) : pourra-t-on encore les maltraiter ou leur faire du mal ? » (n°221).

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