C’est un local discret, niché au cœur d’une zone d’activités de l’agglomération de Caen (Calvados). Les 15 démineurs du centre de déminage de Normandie y reçoivent chaque année un millier de demandes pour neutraliser des explosifs, sur les quatre départements qu’ils couvrent (Calvados, Manche, Orne, Seine-Maritime). « Il s’agit quasi exclusivement de munitions de la Deuxième guerre mondiale« , indique le chef du centre.
Dès 1945, le Ministère de la Reconstruction a créé un service de déminage, chargé d’enlever les mines - antipersonnel ou antichar - posées par l’occupant allemand. « Le premier travail des démineurs, au moment de la découverte, est d’identifier la munition, explique le chef du centre de déminage. Sa nationalité, son type (obus, bombe, mortier…). Cela nous permet de déterminer sa charge explosive et son système de mise à feu, pour ensuite prendre une décision : est-elle transportable ?
Les démineurs ont pu établir qu’il s’agissait d’une bombe d’aviation anglaise de 500 livres (213 kilos), contenant 70 kg d’explosif. Ce dimanche, ils vont donc la désamorcer, en détruisant le détonateur. Pour éviter tout risque de frottement, qui pourrait engendrer une réaction chimique au cas où la bombe contienne du phosphore, comme cela arrive parfois, le pas de vis est constamment lubrifié le temps de l’intervention. Pour désamorcer un obus, les démineurs ôtent le système de mise à feu, dissimulé à l'intérieur de l'ogive.
Le centre de déminage de Caen recèle une importante quantité de munitions, démilitarisées, bien sûr. « Nous en conservons un certain nombre pour la formation des jeunes démineurs », note le chef du centre. Sur les étagères du couloir se côtoient des obus de toutes dimensions, de 13 mm de diamètre, pour les plus petits, des projectiles anti-aériens, jusqu’à 75 mm. Des munitions de la Deuxième guerre, en grande majorité, mais aussi quelques-unes qui datent de la Première. « On en retrouve parfois dans les souvenirs de famille. De nombreux Poilus en avaient ramené ».
Les déchets de guerre n’ont pas de filière. Les vieilles munitions tuent, polluent et sont les ennemis de la biodiversité. L’inventaire de Robin des Bois n’est pas exhaustif. Les découvertes ne font pas systématiquement l’objet de communiqués ou de relations dans la presse. - l’information préventive sur les dangers des déchets de guerre est sous dimensionnée. - les démineurs de la Sécurité civile ne sont pas assez nombreux. - la corporation des démineurs de la Sécurité civile est vieillissante. - dans l’état de la réglementation, une vieille munition abandonnée n’est pas considérée comme un déchet. Son brûlage ou « pétardage » à l’air libre se fait sans étude d’impact.
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Le Ministère de l’Ecologie souhaite en finir avec cette habitude. Le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Défense, de leur côté, ne veulent pas en entendre parler. - l’immersion des munitions ne pouvant être éliminées à terre sans présenter des risques graves est autorisée par le Code de l’environnement. La prolongation potentielle de cette pratique prohibée et condamnée dans le monde entier s’explique par l’incapacité technique et surtout financière de la France à se doter d’une usine de destruction des armes chimiques. Le projet Secoia (Site d’Elimination et de Chargements d’Objets Identifiés Anciens) est constamment différé. Dans la plus optimiste des hypothèses, Secoia pourrait être opérationnel à la fin de cette décennie. - Robin des Bois n’a pas obtenu de réponse à son courrier de mai 2003 aux ministres de la Défense, de l’Intérieur et de l’Ecologie demandant un rapport public annuel exhaustif et cartographié sur les récupérations des vestiges de guerre. Bien au contraire le verrou s’est encore refermé grâce à un amendement qui s’est glissé dans la loi de 2008 sur les archives.
Les combattants ont utilisé des quantités incalculables de munitions innovantes, performantes, perforantes, insidieuses et polluantes. Dans le nord et l’est de la France, un milliard d’obus de tous calibres équivalant à 15 millions de tonnes de métaux ont été tirés entre 1914 et 1918. Un quart de ces obus n’ont pas explosé et 6% contenaient des gaz de combat. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 1.700 communes françaises ont été bombardées. 14% des bombes anglaises et 16% des bombes allemandes n’ont pas explosé et ont pénétré pour la majorité d’entre elles jusqu’à 4 mètres de profondeur, pour 20% jusqu’à 6 mètres, pour 10% jusqu’à 7 mètres et 1% au-delà de 9 mètres de profondeur.
« A chaque printemps, dans un secteur que l’on croyait nettoyé, les grenades, les obus repoussent, sortent du sol, font ça et là quelques victimes peu glorieuses. En temps de paix, l’éclatement d’un obus s’appelle un accident du travail » (Pierre Mac Orlan). En avril 2007, deux démineurs de la Sécurité civile de Metz ont été tués dans l’explosion du dépôt de vieilles munitions de Ressaincourt. Ils étaient en train de manipuler des obus datant de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Deux démineurs de la Sécurité civile de Marseille ont été au mois de mai de cette année 2012 très gravement blessés et mutilés dans une carrière du Vaucluse.
Les munitions chimiques ne sont pas les seules à polluer. Dans le nord de la France, les concentrations élevées de sels de perchlorate dans l’eau du robinet sont attribuées aux effets différés des munitions enfouies dans les sols. Une corrélation est relevée entre les teneurs maximales et les régions les plus sinistrées par les deux dernières guerres. Les autres munitions dégradées et rouillées ou leurs fragments enfouis dans le sol contiennent des explosifs ou des résidus d’explosifs comme le trinitrotoluène (TNT), le dinitronaphtalène et le trinitrophénol ou acide picrique. En cours de dégradation, ils libèrent dans l’environnement des substances toxiques, écotoxiques, herbicides, insecticides, biocides, solubles dans l’eau.
Les études sur les pollutions résiduelles et les effets de la guerre sur les espèces animales et végétales autour de Verdun sont rares. Les naturalistes luxembourgeois estiment que « la Zone Rouge de Verdun n’est pas sans rappeler l’exemple souvent cité de l’île de Guam dans l’archipel des Mariannes où la dizaine d’espèces de l’avifaune endémique avait survécu au bombardement de l’île pendant la Seconde Guerre mondiale et fut décimée plus tard après l’introduction du serpent brun importé d’Australie pour éliminer les rats de plantation ».
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Dans le Territoire de Belfort, un promeneur découvre sous les branches mortes « dans une forêt du pays sous-vosgien que nous éviterons de localiser pour éviter aux petits malins d’essayer de retrouver le site une caisse de 26 obus et une caisse de poudre ». En juin 2008, sous la surveillance des services de déminage de Colmar, le cours de la Feschotte fait l’objet de curages précautionneux. 150 détections ressemblant à des munitions viennent d’être repérées à l’occasion de travaux de voirie. Plusieurs fois auparavant des obus avaient été retrouvés à cet endroit.
Saulnot (70). Un conducteur de tractopelle découvre un obus de 155 mm « en parfait état de conservation » alors qu’il travaillait aux fondations d’une maison au lieu-dit Roselychamp. C’est la 4ème fois en 25 ans que des vestiges de guerre sont défouis dans la commune. Nevy-lès-Dole (39). Les agents de la société d’autoroute procèdent à un débroussaillage sous des arbres et découvrent une grenade offensive datant de la Seconde Guerre Mondiale. L’aire d’autoroute de la Vouivre est restée ouverte au public sous la surveillance de la gendarmerie et dans l’attente de l’intervention d’urgence des démineurs. Ils arrivent de Lyon.
| Lieu | Type de Munition | Date de Découverte |
|---|---|---|
| Territoire de Belfort | Caisse de 26 obus et une caisse de poudre | Inconnue |
| Feschotte, Colmar | 150 détections ressemblant à des munitions | Juin 2008 |
| Saulnot (70) | Obus de 155 mm | Inconnue |
| Nevy-lès-Dole (39) | Grenade offensive | Inconnue |
Retranchée depuis 1815 derrière sa neutralité, la Suisse n'a pas estimé utile pendant longtemps de développer une véritable politique de fortification de son territoire. Ce n'est que vers la fin du 19e siècle qu'apparaissent les premiers ouvrages dignes de ce nom. C'est surtout à la fin des années 1930, durant le conflit de 1939-1945 et pendant la période de la Guerre froide de 1947 à 1990 que la fortification prendra en Suisse un développement considérable, avec une densité, une puissance et une qualité inégalées au monde. Un terrain de montagnes élevées et de vallées encaissées constituant une grande partie de son territoire allait être un élément et un atout particulièrement favorables.
L'urgence de la fin des années 1930 verra la construction simultanée et d'ouvrages importants normalisés et d'ouvrages plus sommaires réalisés par la troupe. Les premiers forts étaient armés de 2 à 4 canons de 75 de forteresse mais dès le début des années 1940 apparaîtront des pièces de 105 et de puissants canons de 150 en casemate. Réalisés le plus souvent en montagne donc sous roc, ces ouvrages disposeront d'importantes infrastructures souterraines telles que magasins à munitions, atelier, casernements, infirmerie, cuisines, salle des machines avec groupes électrogènes et ventilation filtrée, ainsi que des réserves d'eau et de vivres, et bien entendu un poste de commandement et des moyens de transmissions.
Les plus importants (ouvrages d'infanterie) étaient calqués sur les ouvrages d'artillerie mais en réduction. Possédant de une à plusieurs casemates armées de mitrailleuses et de canons antichars, ils avaient aussi des locaux de repos et généralement au moins un groupe électrogène. Ils avaient pour mission le flanquement d'ouvrages proches, la défense de positions de barrage, l'interdiction d'axes routiers ou ferroviaires, etc. Un grand nombre de casemates et blockhaus d'infanterie - appelés fortins en Suisse - ont également été édifiés, en particulier sur les frontières et en défense rapprochée des ouvrages d'artillerie.
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