La ville de Bourg-lès-Valence a été le théâtre de nombreuses actions de la Résistance, et la cartoucherie de Bourg-lès-Valence constituait une cible privilégiée pour la Résistance.
L’armistice de juin 1940 privait quasiment la France de tout moyen de défense militaire. La fabrication traditionnelle de munitions est interdite et les machines spéciales nécessaires pour la réalisation de cartouches sont mises sous scellés.
D’autant qu’à l’intérieur, parmi les ouvriers s’est créé, avec notamment Paul Cézanne, Edouard Croze, André Cros, Marcel Pignon, Pierre Millet qui sont en liaison avec le corps-franc de Roger Maisonny, un groupe particulièrement actif qui ne tardera pas à apprendre que le directeur de l’établissement lui-même, le général Henri Gabotse, 56 ans, ingénieur en chef, est membre d’un réseau de Résistance (il sera tué pendant les combats de la Libération à Marseille en août 1944).
Cet effectif réduit reste cependant combattif et engage rapidement des initiatives marquant son opposition à la politique du gouvernement vichyste.
La ville de Bourg-lès-Valence est donc le théâtre de nombreuses actions de la Résistance : tracts, papillons, manifestations, sabotages, vols d’armes.
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Si bien que, en juillet 1941, un mouchard, « une personne très honorable de Valence », dénonce l’établissement et ses employés au commandant de gendarmerie, qui transmet à Vichy au titre des « informations sur l'activité communiste » : « Deux établissements militaires sont particulièrement gangrenés : la cartoucherie de Valence et le parc d'Artillerie. À la Cartoucherie, la Direction laisse complètement le champ libre à ceux qui travaillent contre le gouvernement, et ferme systématiquement les yeux sur tout ce qui s'y fait. La maîtrise, elle-même, est composée de gens adhérents au mouvement communo-gaulliste. Les membres du syndicat sont tous les mêmes qui militaient autrefois pour le Front populaire et les révolutionnaires espagnols. Conséquence : les bons éléments sont terrorisés et n'osent se montrer. Les affiches de propagande que la Légion avait fait apposer dans les ateliers ont été immédiatement lacérées. Faucilles et marteaux - Croix de Lorraine - V Gaullistes, pullulent sur les murs. Personne ne dit rien.
Quant au directeur, [...] son autorité morale est absolument nulle ». Et le dénonciateur donne une liste de 21 personnes qu’elle classe « parmi les individus les plus dangereux ».
Les équipes locales de Résistance s’occupent particulièrement des usines, comme la MGM (Manufacture générale de munitions), les Grands Moulins, la Boulonnerie, Crouzet, Marion, Toussaint et, bien sûr, la Cartoucherie.
Le 13 juillet 1942, Henri Faure constate vers 4 h du matin que les tracts distribués par ses hommes durant la nuit ont été ramassés et que les ouvriers les lisent et les commentent favorablement.
En octobre 1942, alors que des carabinieri italiens, occupants de notre zone, gardent la Cartoucherie, Chapoutier et Rey s’emparent habilement de 10 000 cartouches de 9 mm.
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Deux mois plus tard, le directeur de la Cartoucherie décide de mettre à l'abri de l'occupant les aciers spéciaux stockés dans son magasin général. Des ouvriers, surtout les plus jeunes, sont requis pour charger les plaques dans les wagonnets à plate-forme d’une voie ferrée étroite genre Decauville et les déménager en lieu sûr. L’opération nécessita une dizaine de jours, mais les occupants ne purent jamais utiliser cette matière, qui retrouva sa place après la Libération.
Le 6 décembre 1943, une importante opération est mise sur pied. Grâce à Paul Maisonny, employé à la cartoucherie. père de Roger, chef d’un corps-franc, une quinzaine de résistants pénètre au début de la nuit dans la Cartoucherie et subtilise environ une tonne d’armes.
Le rapport n° 1916 de deux gendarmes de la brigade de Valence qui, sachant que « les autorités allemandes procédaient à l’enquête », ne se sont rendus sur place que le 8 décembre à 9 h 30, reproduit la déclaration du directeur Gabotse qui explique que « le poste des surveillants de la Cartoucherie a été attaqué par des hommes masqués, armés de mitraillettes et de pistolets automatiques. Quatre surveillants se trouvaient dans le poste à ce moment ; trois d'entre eux ont été tenus en respect par les hommes masqués et sommés de rendre leurs armes. Le quatrième est parvenu à s'échapper et est couru au poste de garde distant de 200 mètres pour demander du renfort. Pendant son absence, le téléphone était rendu inutilisable et les assaillants après s'être emparés de 5 revolvers 1873 chargés et de deux caisses contenant des pièces de rechange de fusil et de mitrailleuse se trouvant dans une armoire fermée à clef, ont ouvert la porte de la rue et ont disparu dans la nuit.
Prévenu aussitôt, je me suis rendu sur les lieux où j’ai trouvé mes surveillants, mal remis de leur émotion et le renfort de 6 hommes et de leur chef venus du poste de garde. Après avoir constaté les dégâts et dans l’impossibilité de communiquer avec la ville, puisque le téléphone était coupé, et en raison du couvre-feu, j’ai donné l’ordre à chacun de rejoindre son poste et de redoubler de vigilance ».
Sachant l’appartenance du directeur à la Résistance, on peut douter quelque peu de l’exactitude de cette déclaration, bien préparée pour innocenter les employés de la Cartoucherie et lui-même. Conformément aux instructions en rigueur, il a alerté les Allemands à Grenoble et la Feldgendarmerie est venue procéder à une enquête. Il a aussi avisé toutes les autorités prévues, ainsi que la Direction.
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L’inventaire effectué a démontré qu'il avait été dérobé 31 fusils de 7 mm 5, 4 fusils de 8 mm, 3 fusils modèle I874, 2 fusils de 6 mm et 7 mm, 4 fusils étrangers, 6 pistolets mitrailleurs et 4 automatiques, 2 carabines de 7 mm 65, 10 mitrailleuses diverses, 1 fusil-mitrailleur, 5 revolvers modèle 1873, soit un total de 72 armes.
Cependant, après son enquête, la Feldgendarmerie procède à l'arrestation du directeur, du sous-directeur et de quelques ouvriers. Selon le témoignage de Pierre Millet, « sont appelés en même temps : Paul Cézanne, Edouard Croze, André Cros et Marcel Pignon [André Cros avait déjà été interné au camp de Loriol du 14 janvier au 11 février 1941]. Il s'agit exactement de ceux qui forment le noyau de la Résistance dans l'atelier central. Ils étaient bien connus car malheureusement la discrétion n'était pas de rigueur dans ce milieu plutôt favorable parmi la centaine d'ouvriers de cet atelier. Les conciliabules et les réunions dans l'atelier de chaudronnerie de Paul Cézanne étaient fréquents. Il y avait eu dénonciation ».
Les hommes arrêtés sont transférés à Lyon, à la prison Montluc. Une dizaine de jours plus tard, Paul Cézanne, père de six enfants, a été libéré. Les trois autres ont été déportés à Buchenwald, dont ils ont pu revenir en vie, mais « dans un état physique lamentable ».
En dépit de ces arrestations, la Résistance continue son travail. Des armes des maquis de l’Ardèche y sont introduites pour réparation. Pierre Millet, avec l’aide de camarades, réussit à pénétrer dans le magasin à munitions par une petite fenêtre et, au prix de multiples expéditions, à sortir des cartouches. Sa cachette est découverte, mais il est discrètement prévenu et échappe à l’arrestation.
Après la fin de la deuxième guerre mondiale, un courrier administratif est adressé à la Sté MGM: « l'Arrêté du 21/11/1938 ne portait autorisation que pour la fabrication des cartouches de chasse à amorces de fulminate et contenant généralement de la poudre pyroxylée ou de la poudre noire. Je citerai parmi les fabrications non autorisées à l’heure actuelle. - les cartouches des pistolets de scellement, les détonateurs de mines, les amorces électriques, les tubes porte-amorces, les cartouches et relais pour charges propulsives de mortiers.
Pendant la guerre de 1914 à 1918, ce furent 5 000 travailleurs autant femmes qu’hommes qui produisirent, au Bouchet, des quantités énormes de poudre et de munitions pour les besoins du front.
De 1920 à 1940, sans pour autant interrompre totalement la fabrication de munitions classiques, l’établissement orienta une grande partie de son activité vers de nouvelles technologies liées à l’hypothèse d’un conflit où seraient mis en œuvre des procédés chimiques, biologiques et bactériologiques.
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