Cet article explore le lexique onomastique des arquebusiers et armuriers, mettant en lumière des créations inédites et des aspects moins connus de l'arquebuserie. Un nom mythique dans l'arquebuserie et plus précisément dans l'arme de chasse.
Dans un précédent ouvrage, l'auteur a fait l'étude détaillée de ces armes de renom issues de l'esprit génial de Régis Darne. Mais, moins connues sont les armes de chasse créées par son fils aîné, Francisque, car, le plus souvent, dans l'esprit du public, elles ne sont pas différenciées mais englobées dans les « productions Darne ». Pourtant, sous un aspect parfois identique, il s'agit de créations absolument inédites, relevant même de la perfection.
À l'exemple de l'extraordinaire modèle « Platines » relevant l'incroyable défi d'être monté sans axes ni vis. Une prouesse technique doublée d'un vrai chef-d'oeuvre d'arquebuserie. Pièce qui, à son époque, était plus cotée que le célèbre « Idéal d'Art » de la Manufacture d'Armes de Chasse et de Tir de Saint-Étienne.
À l'opposé de ces armes de prestige, Francisque Darne a estimé que tout chasseur, même le plus modeste, devait pouvoir se procurer un fusil de qualité d'un coût abordable. Il a donc créé un fusil à un coup absolument unique qui, présentement, est quasiment inconnu. Dans cet ouvrage, l'auteur s'est attaché à faire l'étude de chacune de ces pièces rares avec beaucoup de minutie. Mettant en exergue chaque particularité de tous les différents modèles.
Le déroulé des événements qui précèdent montre que dans les situations défensives, les Bretons étaient capables de se lever en masse pour s’opposer aux descentes ennemies avec une certaine efficacité. Ils se sont portés plusieurs fois et par milliers sur les rivages menacés du Conquet (10 000 en 1512, 12 000 en 1513, 9 000 en 1558, etc.), de Camaret ou de la presqu’île de Rhuys. Mais ces effectifs ainsi globalement estimés par les récits des chroniqueurs et des contemporains restent confus et non discriminés, et la nature, le statut comme l’aptitude aux armes des combattants demeurent imprécis.
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Le populaire, bourgeois ou paysans de conditions très hétérogènes, était assurément concerné. Le maréchal de Rieux, selon les Additions d’Alain Bouchart, s’est opposé à la descente anglaise de Penmarch « avec l’aide de la commune ». Les galères de Prégent de Bidoux sont secourues par les « gens du pays ». Lors de la descente des Anglo-Flamands, Guillaume du Chastel-Kersimon, simple capitaine du ban, avait réuni en quelques heures 8 000 à 9 000 hommes nécessairement dans un rayon assez limité. Leur nombre suggère la présence de paysans armés de bâtons ferrés et de leurs outils quotidiens, faux, faucilles et fléaux comme les villageois du xviie siècle venant « à la rescousse » présentés par Jean Nicolas. Leur arsenal pouvait aussi comporter lances et arbalètes. Ce sont les « piques et traits » tirés du rivage par le « commun du pays » qui aident Prégent à se sortir d’affaire. Lorsque les anglo-flamands attaquent le Conquet, « le peuple s’estant assemblé et conduict par les gentilshommes du pays les allèrent hardiment assaillir avec des arbalestes et fourches de fer dont ils s’aident au dict pays et sans guères de pertes des leurs, defirent les ennemis ». C’est le souvenir conservé de cette affaire, une quinzaine d’années plus tard, par G. de La Vigne, gentilhomme breton. Il est vrai que le terme même de commune/commun peut recouvrir des statuts individuels variés, mais tous leurs membres sont « du pays » et surtout du « plat pays ». L’efficacité de ces paysans en armes ne doit pas être négligée.
La mobilisation limitée à une petite ville côtière et à son arrière-pays pouvait se révéler à l’occasion rapide et efficace. Le 4 mai 1557, douze galions et chaloupes font une descente à cinq heures du matin en la côte de Guérande en un lieu nommé Chefmoullin, à une lieue de la ville. Les soldats ennemis « ayant forcé la garde » courent et pillent cinq ou six villages et brûlent « trois maisons prochaines du lieu de leur descente ». Une heure plus tard, l’alarme est sonnée à Guérande. Les opérations sont alors prises en main par le sénéchal de la ville. Avant huit heures du matin, il est sur les lieux à la tête d’environ trois cents arquebusiers de la ville et faubourgs et de « mille boais longs », à savoir d’hommes armés de piques et hallebardes. « Et pour ce que sans cesse leurs tirions harquebuzades d’une montaigne qui leur commandoit, écrit le sénéchal, les assaillants se sont repliés à une heure de l’après midi hors la portée de l’arquebuse, après avoir perdu cinq ou six de leurs gens pour le moins et nous avoir canonnez sans perte des nostres. » Quelques arquebuses à croc, « qui toutesfois n’eussent sceu tirer à leur bord », ayant été apportées par des charrettes, les ennemis, craignant que ce fût « quelque longue couleuvrine ou canon » choisissent de se retirer et lèvent l’ancre vers cinq heures du soir. La présence de « mille bois longs » fait penser qu’une bonne partie des défenseurs était venue des paroisses alentour.
Se pose à cette occasion la question du degré d’armement des populations rurales, et plus particulièrement de celles côtières en première ligne des actions défensives. Les lettres de rémission des années 1530-1550 montrent que le populaire possédait des armes : arbalètes, hallebardes, pertuisanes, autant que « fourches de fer » et « bastons ferrés aux deux bouts ». Souvent même des gens du commun se promènent avec une épée. Il n’est pas sûr cependant que cet armement ait suffi pour repousser des troupes professionnelles aguerries et mieux équipés. Mais l’enquête menée après l’attaque contre Le Conquet et sa région en 1558, nous apprend que les habitants des paroisses côtières sinistrées n’étaient pas démunis d’armement plus moderne du type « bouches à feu » puisqu’ils déclarent avoir perdu dans l’affaire « l’artillerie et les munitions qu’ils avoient à terre, tant pour la garde de leurs costes, que pour équiper leurs navires, de manière que les habitans ont bien perdu 300 pièces de fer et de fonte, comme arquebuses à croc, mousquets, passe-volants et fauconneaux ». Estimation fort plausible. Les navires de pêche étaient fournis en artillerie. Le Jacques de Penmarch, jaugeant 90 à 100 tx, qui se prépare pour le voyage de Terre-Neuve en février 1538 est muni pour sa défense de quatre grosses pièces, de trois passe-volants et de huit « pièces à lanterne ».
La dissémination des armes de guerre portatives hors de la classe nobiliaire, consécutive aux menaces d’invasion des années 1512-1514, avait même engendré un développement excessif de la chasse prohibée. En mars 1516, le roi ayant été avisé des pilleries et abus que faisaient dans les forêts de Bretagne les gens du commun, officiers comme paysans, armés d’« arbalestres, escopectes, hacquebutes et arcs », renouvelle les interdictions de chasser dans les forêts et garennes « bestes rousses, noires, cognis (lapins), faisans, perdrix », et déclare réserver ces armes aux propriétaires des châteaux et maisons fortes et de défense. Mais afin que le pays ne fût dégarni d’arbalètes, « ceux qui en avoint ou qui en voudroint avoir pour leur défense et celle du pays les pourroint tenir, avoir et bailler en garde au plus prochain chasteau de leurs maisons ». Les autorités se préoccupent aussi de récupérer l’armement distribué à l’occasion d’attaques ennemies. Un mandement est adressé en ce sens par la chancellerie, le 19 juillet 1518, au capitaine Montdragon, sénéchal de Hennebont, afin de restituer au trésorier de l’artillerie de France les canons remis, « pour servir à la défense de ce pays, entre les mains d’aucuns capitaines et autres de ce pays dont ils en avoint baillé obligation de les rendre ».
Effet d’un contrôle efficace des autorités, ou de la diffusion restreinte des armes à feu en raison de leur coût, si les lettres royales de rémission confirment l’usage très répandu dans tous les milieux, aristocratiques ou populaires, des armes de défense et de combat rapproché, elles signalent bien plus rarement dans les années suivantes celui des « bouches à feu ». Après l’ordonnance de Charles VIII n’autorisant le port d’armes qu’aux « nobles, militaires, officiers et habitants vivant près du littoral », celle de François Ier en 1532 interdit à toute personne, de quelque état ou qualité, « de faire assemblée et ports d’armes, ni porter ne faire porter par eux, ni par leurs gens et serviteurs, harnois, haquebutes, ni autres bastons que leurs espées et poignards », sous peine de « confiscation de corps et de biens » et d’être « punis corporellement comme séditieux ». De modestes gentilshommes détiennent cependant des armes à feu parfois conservées d’alertes précédentes. En juillet 1561, pour faire la nique à un compère qui se vantait de posséder « un beau pistolet à feu », Guillaume de Keroulas ne fait pas faute de montrer à son tour « un beau et bon pistolet » rapporté « de la dernière guerre où il avait servi aux garnisons et affaires de guerre ». En le manipulant malencontreusement et l’ignorant chargé, il tue une femme, ce qui ne plaide pas pour son habileté à manier une telle arme. Il venait de le récupérer chez l’armurier qui l’avait « curé et nettoyé pour ce qu’il estoit rouillé pour n’avoir esté tiré puis les dernières guerres ». Certains petits gentilshommes étaient cependant capables à l’occasion, pour régler une affaire locale ou un compte personnel, d’armer fort convenablement une petite troupe, à l’exemple de ce Boisgency, de la région d’Ancenis, qui peut, vers cette époque, assembler « numbre de gens en armes garniz de haquebutes, haquebouses, javelines, partisanes [pertuisanes], piques et autres bastons invasifs ».
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En 1532 encore, la milice bourgeoise nantaise n’était armée que d’épées et de piques. Les arquebuses, il est vrai, étaient rares et d’un poids qui rendait leur usage difficile ; l’armurier de la ville employa 432 livres de cuivre pour en fondre douze pour la ville. Cela représentait au moins « trente-six livres par arquebuse, la monture de bois et le bassinet non compris ». À mesure qu’augmente la menace intérieure, les édits défendant le port d’armes, en particulier des « bouches à feu », deviennent encore plus contraignants. En 1567, les Nantais n’obtiennent l’autorisation de reprendre l’exercice du papegaut qu’à la condition expresse que « les harquebuses seront gardées et rapportées en tel lieu sûr qu’il sera avisé, sans pouvoir les porter es maisons des particuliers ».
L’artillerie plus puissante du type arquebuses à croc, couleuvrines ou canons était répartie sur les places côtières, mais aussi dans les villes fortes parfois éloignées des zones menacées. Ces collectivités urbaines qui le plus souvent l’avaient acquise sur leurs deniers, ne la cédaient qu’à l’injonction expresse de la reine-duchesse ou du lieutenant général, et encore avec beaucoup de réticences. Le cas de Rennes est sur ce point révélateur. Plusieurs fois sollicités durant cette période de fournir leurs bouches à feu, les édiles rennais ne le font jamais sans atermoiements : leur premier argument, traditionnellement invoqué, met en avant la sécurité de la ville jamais pourtant réellement menacée durant ce demi-siècle. Le 7 mars 1528, le Conseil de ville délibérant sur la demande du comte de Laval de fournir « 3 ou 4 pièces de canon pour les conduire à Vannes menacée par la flotte espagnole », Georges Escoufflart exprime l’opinion d’une partie de l’assemblée en disant « n’estre requis desgarnir la ville et que l’on pourroit bailler ce faisant le baston dont on pouroit estre baptu et que charité comance à soy mesmes ». L’autre motif souvent avancé est la crainte de ne pouvoir récupérer ces armes. Fabriquées à l’initiative et aux frais de la communauté, elles lui appartenaient, et pour bien affirmer leur pleine propriété sur ces canons, les Rennais, tiennent à les marquer aux armes de la ville. En décembre 1512, ils justifient aussi leurs réticences à satisfaire une demande émanant de la reine Anne elle-même, en rappelant les précédents fâcheux qui avaient coûté la perte de leurs grosses pièces fournies à plusieurs villes et au « capitaine missire Jacques Guybé pour le voyaige de Methelin ».
En janvier 1512, devant la montée des tensions internationales, Rennes songe à doter son parc d’artillerie de dix grosses pièces :
| Nature de la pièce | Nbr de pièces | Poids unitaire | Longueur (pied de France) | Poids du boulet | Charge de poudre |
|---|---|---|---|---|---|
| Canon | 2 | 3 500 L | 10 pieds ½ | 25 à 30 L | 36 à 38 L |
| Grande couleuvrine | 2 | 2 600 L | 11 pieds | 8 à 9 L | 10 L |
| Couleuvrine | 2 | 1 500 à 1 600 L | 9 pieds | 4 L ½ | 6 à 7 L |
| Couleuvrine bâtarde | 4 | 1 200 L | 8 pieds ½ | 3 L | 5 L |
Cette artillerie était en bronze puisque furent commandés pour sa fabrication trois milliers de mintraille (pièces de fer) et un millier d’estaign (étain). Mais les boulets semblent encore de pierre (« et tireront pierre ») et leur calibre loin d’être aux normes des « six calibres de France » (2, 4, 8, 16, 32 et 64 livres) établis à la fin du xve. La quantité de poudre nécessaire pour chaque tir est aussi bien au-dessus des « trois quart du poids du boulet » à laquelle on évaluera, par la suite, la charge requise. Cela ne plaide ni pour la modernité de cette artillerie ni pour son efficacité. Quant à son coût, compris l’achat du fer et de l’étain, le salaire du fondeur, et les frais annexes comme l’aménagement du four et des engins de levage nécessaires pour cette délicate opération, il dépassait les 1000 L.
Certains notables bourgeois autorisés pouvaient aussi détenir des bouches à feu portatives du type arquebuse ou même couleuvrine. À Rennes, en mars 1525, le sieur Hamonnaye possédait deux couleuvrines, Jean Bouestard et Bertrand de Rivière, chacun une aussi ; le père de Noël Pépin détenait une « hacquebute », comme le sieur Hayemery et probablement aussi Paris Boussemel et Pierre Couriolle qui déclarent disposer de « plusieurs bastons ». Mais cela semble peu au regard des quarante-huit notables du Conseil interrogés lors de cet inventaire. Il est probable cependant que d’autres bouches à feu étaient conservées en la ville soit dans un arsenal soit, comme il semble, distribués à des particuliers ayant un rôle dans la défense. Plusieurs des édiles ainsi interrogés se déclarent d’ailleurs volontaire pour en posséder une : comme le lieutenant et le procureur, « Julien Lamy veut avoir hacquebute, Françoys Leduc aussi ». Certains cependant déclinent l’offre : Guillaume Bouscher « dit qu’il ne sauroit jouer de la hacquebute » et Raoult Georgin « n’a à débattre d’avoir hacquebute ». Ils n’en fournissent pas la raison, mais on peut présumer que leur âge ou leur état de santé ne leur permettait pas de manier aisément une arme comme l’arquebuse à croc qui pesait encore de 50 à 60 livres et exigeait deux hommes pour son transport et pour son service. Le 23 janvier 1514, le conseil débat - malheureusement sans reproduire la pièce concernée - de « certain inventaire faisant mention du nombre de l’artillerie de la ville » et « contenant en escripture quinze feuillets de parchemin ». Un double en est baillé à Vincent Levallays « pour respondre s’il a tout le nombre d’artillerie rapporté en iceluy ce qu’il fera en teste d’un chaincun article d’iceluy et oultre fera raport des noms des personnes à qui les pieczes ont esté baillées ». La détention de « bouches » ou « bâtons à feu », probablement gérée par les cinquanteniers ou dizainiers de la ville, concernait donc une population plus large que les membres du Conseil.
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Cette gestion domestique des armes à feu par les bonnes villes de l’intérieur rend problématique le secours qu’elles étaient susceptibles d’apporter en matière d’armement aux places côtières attaquées. D’autant que le transport nécessairement lent de lourdes pièces jusqu’aux rivages maritimes où désormais se concentre la menace, né...
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