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Au début d'avril, l'artillerie d'assaut vient d'affirmer, en trente combats et deux batailles rangées, sa haute valeur offensive. Ratifiant le suffrage unanime de l'infanterie qui fit, dès le premier jour, à ses nouveaux frères d'armes une part de gloire dont ils garderont la fierté, le commandant en chef adresse à tous ses félicitations.

I. La Genèse de l'Artillerie d'Assaut

Quand nos vaillants frères d'armes de l'armée britannique, les Anglais, à la bravoure froide et souriante à la fois, lancèrent un matin de septembre 1916, sur le champ de bataille de Bapaume, contre le front barbelé des Boches, cet engin automobile qui allait lentement et sûr de lui, insensible aux crépitements diaboliques des mitrailleuses déchaînées, et méprisant les tirs de barrage foudroyants que l'artillerie allemande avait spontanément déclanchés à la vue de cette apparition spectrale, l'univers tout entier dont la vie était suspendue depuis deux longues années aux sanglantes péripéties de cette lutte de Titans eut un sursaut de stupéfaction.

Tout d'abord, les cyniques maréchaux du kaiser rouge protestèrent hypocritement contre l'emploi d'une arme aussi traîtresse et barbare! Pensez donc, cette méprisable petite armée anglaise, comme ils l'avaient dédaigneusement qualifiée au début des hostilités, avait osé armer contre eux une escadre de cuirassés terrestres, des tanks monstrueux! Mais en face d'eux, dans les rangs des Alliés, une grande lueur d'espérance en même temps passa : le dogme de l'inviolabilité du front tombait en faillite, le problème de la percée semblait être résolu.

Le coup d'essai des Britanniques - car l'attaque par les tanks à Bapaume ne fut qu'un coup d'essai - fit réaliser en France des projets que, seule, l'ambition de toujours mieux faire avait empêchés d'aboutir depuis plus d'une année. Le 30 septembre 1916, notre artillerie d'assaut était créée. Son berceau fut le camp de Champlieu, près de Compiègne.

A. Les Chars Schneider et Saint-Chamond

La Société Schneider, du Creusof, qui était chargée de construire des chars d'un certain type. y envoyait, le 1er décembre, la première section du premier groupe d'artillerie d'assaut; puis, quelques jours plus tard, c'était la Société des Forges et Aciéries-de Saint-Chamond qui y faisait transporter des chars d'un autre modèle.

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Les caractéristiques de ces deux types de chars étaient les suivantes :

  • CHAR SCHNEIDER : Masse métallique allongée, de 6 mètres de long sur 2 mètres de large et 2m,40 de hauteur, actionnée par un moteur à explosion de la force de 60 chevaux. Armement : Un canon de 75 et deux mitrailleuses Hotchkiss. Équipage : Un officier chef de char, un sous-officier et quatre hommes dont deux mitrailleurs et un canonnier. Poids total : 13 tonnes et demie. Vitesse de marche : 2 à 4 kilomètres à l'heure; pouvant gravir, à la vitesse de 2 kilomètres, des rampes de 55 pour 100. Puissance de franchissement : variant de lm,50 à tm,SQ.
  • CHAR SAINT-CHAMOND : De masse un peu plus forte et d'un poids plus lourd, sa longueur atteignait 7m,91, sa largeur 2m,67,, sa hauteur - 2m,365. Son moteur développait une force de 90 chevaux. Armement : Un canon de 75 et quatre mitrailleuses Hotchkiss. Equipage : Un officier chef de char, un sous-officier chef de pièce et deux hommes pour la manœuvre du canon; un tireur pour chaque mitrailleuse, enfin un mécanicien conducteur; au total 9 hommes. Poids du char en ordre de marche complet : 24 tonnes. Sa vitesse de marche moyenne fournissait 8 kilomètres à l'heure. Il franchissait des coupures de lm, 80 d3 large et escaladait nettement des pentes de 70 à 80 pour 100.

Particularités communes aux deux modèles. - Les appareils moteurs, l'armement et l'équipage étaient enfermés dans un caisson blindé à l'épreuve de la balle perforante, des éclats de grenade et d'obus.

Mais pourquoi, dira-t-on, deux modèles de chars d'assaut dès l'origine? N'était-ce pas compliquer inconsciemment et la construction et l'étude de leur emploi ? De cela on connaît plusieurs raisons dont une au moins peut être dite ici sans inconvénient, et celle-là d'ailleurs fournit une explication plausible; c'est celle qui avait fait adopter, en artillerie, des canons de calibres divers, et, en aéronautique, des avions de formes et de dimensions différentes.

B. L'Inspiration de Léonard de Vinci et du Colonel Estienne

De quoi s'agissait-il en somme? De réaliser cette conception vieille comme l'histoire des peuples dits civilisés et qui apparaît déjà très clairement dans les récits homériques et jusqu'aux temps antiques où triomphait Babylone. La formule, dans son adaptation au char moderne, remonte déjà assez loin, car c'est Léonard de Vinci, le peintre de la Joconde, grand ingénieur à ses heures, qui, vers 1480, écrivit à Ludovic le More, duc de Milan : « Je ferai des chariots couverts et sûrs et inattaquables, s'ils pénétraient dans les rangs ennemis avec leur artillerie, ils rompraient même la troupe la plus nombreuse de gens d'armes. Derrière eux, l'infanterie pourra s'avancer sans péril et sans empêchement. »

Or, le 1er décembre 1915, un officier français adressait à son général en chef, une lettre dont le fond rappelle celle de l'illustre Toscan et que voici : a J'ai eu l'honneur depuis un an d'appeler, à deux reprises, votre haute attention sur l'emploi de cuirassements mobiles pour assurer directement la progression d'infanterie. Après les dernières attaques, je regarde comme possible la réalisation de véhicules à traction mécanique permettant de transporter à travers tous les obstacles et sous le feu, à une vitesse supérieure à 6 kilomètres à l'heure, de l'infanterie avec armes et bagages, et du canon. »

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L'auteur de cette lettre était le colonel Estienne, qui avait été l'un des premiers organisateurs de l'aviation militaire. Et c'est cet officier supérieur que nous retrouvons un peu plus tard, au camp de Champlieu, où le Grand Quartier Général l'a chargé de la création de l'artillerie d'assaut. Sous sa haute direction et la maîtrise de son commandement, en peu de temps, les équipages des chars s'instruisent, les unités se forment, les groupements se constituent, tous s'entraînent et se préparent pour les plus prochains grands combats.

II. La Physionomie du Combat

Pour suivre plus aisément l'action des chars d'assaut dans la dernière guerre, pour saisir sur le vif les raisons qui ont conduit aux règles et méthodes de leur emploi tactique, une physionomie du combat telle qu'il nous a été donné de la voir, ou réellement ou spéculativement, semble devoir être évoquée ici tout d'abord.

A. Description du Terrain

Voici en premier lieu, schématiquement, la description du terrain sur lequel l'action va se dérouler. Les photographies aériennes, les derniers tirages des plans directeurs, les interrogatoires de prisonniers et déserteurs ont permis à l'état-major de préciser jusqu'à un certain point les organisations défensives de l'ennemi.

Échelonnées en profondeur, trois positions successives, la deuxième à 5 ou 6 kilomètres en arrière de la première, la troisième à une distance approximativement égale derrière la deuxième suivant le terrain. L'ossature de chacune de ces positions est constituée par une tranchée de première ligne, ou tranchée de tir, dite parallèle principale; elle est précédée d'un réseau de défenses accessoires, généralement en fil de fer barbelé, plus ou moins épaisses, plus ou moins enchevêtrées, plus ou moins résistantes; elle est la base de toute l'organisation; elle constitue la ligne de résistance des troupes de garde ; elle forme l'obstacle contre les assaillants et le couvert pour les défenseurs; elle est tracée et établie de façon que ses points sensibles puissent le mieux possible échapper ou résister aux efforts destructeurs de l'artillerie adverse, et, par suite, être défilés aux vues dans la mesure où la situation tactique le permet.

Couvrant la parallèle principale, un dispositif de surveillance est établi pour arrêter les patrouilles adverses, prévenir en cas d'attaque. Ce dispositif comporte des postes isolés, qui sont englobés dans le réseau de défenses accessoires, et est relié en arrière avec la parallèle principale par des Loyaux à ciel ouvert, on des communications souterraines, qu'utilisent les guetteurs, au moment de l'attaque, pour se replier sur la ligne principale de résistance A 200 mètres environ en arrière de la parallèle principale, une autre tranchée, dite parallèle de soutien, a pour but d'abriter les troupes de renfort, de constituer à leur profit une ligne de résistance en cas de perte momentanée de la parallèle principale; elle comporte des abris à l'épreuve organisés en vue du combat et garantis contre la surprise.

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Enfin, une troisième ligne qui est plus ou moins distante de la parallèle de soutien, et qui se nomme parallèle des réduits, répondant aux mêmes besoins que la précédente et garantissant en outre la couverture de l'artillerie de la défense.

Toutes ces positions constituent le domaine réservé à l'infanterie avec ses grenades, mitrailleuses, canons légers, mortiers et tous autres engins de tranchée. Des aménagements spéciaux y ont été réalisés pour se prémunir contre l'agression éventuelle des chars d'assaut de l'attaque : obstacles passifs qui immobiliseront les appareils ou canaliseront leur progression vers les zones bien battues par le feu des canons de Ja défense, et, dans les intervalles, des lignes de torpilles enterrées, des champs de mines sur les points de passage, le tout flanqué par des canons antichars, des mitrailleuses spéciales de fort calibre, des fusils antichars tirant une balle perforante de 13mm, etc.

Rien n'est négligé pour combattre les chars d'assaut que les Allemands appellent des « rouleaux de f au )). Ainsi, les trois positions successives, échelonnées sur une profondeur totale de 8 à 10 kilomètres, feront que, lorsque la première sera tombée, une nouvelle attaque devra être montée de toutes pièces pour enlever la deuxième, nécessitant les mêmes moyens d'action, les mêmes efïectijs de combattants, les mêmes efforts que ceux mis en œuvre dans la première phase. Et il devra en être de même pour atteindre la dernière position. la dépasser et poursuivre l'offensive en rase campagne.

B. Les Troupes d'Attaque

Et maintenant considérons, si vous le voulez bien, sur ce terrain fortifié, les troupes d'attaque qui viennent de conquérir la première position. Cette conquête a été extrêmement coûteuse : les colonnes d'assaut sont décimées; les bataillons, réduits à l'état de squelettes, ne projettent plusautour d'eux que des ombres de compagnies, sur un champ de mort qui a pris l'aspect terrifiant d'un bouleversement volcanique et couvert d'épaves misérables, débris de matière et d'humanité, s'entrechoquant horriblement à la surface; ce n'est plus qu'une épouvantable désolation. Et c'est là pourtant que, durant la nuit suivante, venus en renforts de tous les autres points du front, par lourds et longs convois automobiles, se dresseront tout à coup de nouvelles masses d'hommes et d'engins de combat, tout prêts à se jeter à leur tour dans le gouffre béant.

Tel est bien, n'est-il pas vrai, le panorama d'un champ de bataille comme en ont vu nos yeux? Appliquons-lui, par la pensée, le schéma d'un plan d'action théorique.

C. Le Déclenchement de l'Offensive

Le jour a J » est arrivé, l'heure « H » a sonné. Vous connaissez le sens et la portée de ces deux troublantes majuscules. Nous avons appris, en effet, qu'une grande opération demande souvent de longs mois de préparation et que l'on ne peut en préciser longtemps à l'avance ni la date ni l'heure de sa réalisation. L'offensive d'avril 1917, par exemple, celle où ont paru pour la première fois nos chars d'assaut, et qui, à ce titre, doit spécialement arrêter notre attention ici, cette offensive n'avait-elle pas été décidée en novembre 1916, à Chantilly, par tous les chefs des armées alliées réunis en une conférence toute particulière?

Or, fixée tout d'abord au mois de février 1917, elle fut retardée pour diverses causes, et surtout pour ces deux événements imprévus qui renversaient toutes les données du problème : la révolution russe, entraînant la désorganisation définitive des armées - du tsar, et la dérobade de Hindenburg, créant une situation stratégique nouvelle, à laquelle ne répondait plus le projet initial. Ce n'est que le 6 avril, dans le train du président de la République, garé à Compiègne, que l'attaque fut décidée et fixée au 16 avril.

On a prétendu que, trois jours avant, les Allemands savaient qu'ils seraient attaqués devant Brimont le 16, à trois heures du matin. C'est probablement vrai; mais comment l'avaient-ils su? Il nous semble que l'histoire de ce sergent tué dans le voisinage du fort de Brimont et sur lequel les Allemands auraient trouvé, comme par hasard, les dispositifs d'attaque de notre Ve armée, avec l'indication du jour et de l'heure, est bien singulière, pour ne pas dire invraisemblable. Quoi qu'il en soit, elle vient à point pour montrer combien il est sage de n'indiquer, sur un plan d'attaque, le jour et l'heure du déclanchement de l'action, que par les lettres « J » et « H », et de ne remplacer ces lettres par des chiffras qu'a...

Tableau récapitulatif des chars d'assaut français

Caractéristique Char Schneider Char Saint-Chamond
Longueur 6 mètres 7,91 mètres
Largeur 2 mètres 2,67 mètres
Hauteur 2,40 mètres 2,365 mètres
Moteur 60 chevaux 90 chevaux
Armement Canon de 75, 2 mitrailleuses Canon de 75, 4 mitrailleuses
Équipage 6 hommes 9 hommes
Poids 13,5 tonnes 24 tonnes
Vitesse 2 à 4 km/h 8 km/h
Franchissement 1,50 à 1,75 mètres 1,80 mètres
Pente 55% 70 à 80%

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