Envie de participer ?
Bandeau

Le propos de cet article n’est pas de retracer les péripéties militaires de l’expédition alliée multiforme en Méditerranée orientale mais plutôt d’aborder l’appréhension de l’Orient méditerranéen par les soldats français transbordés dans cette région à partir du printemps 1915.

This article does not deal with the military history of the allied expedition in the Eastern Mediterranean and the Dardanelles, but aims at exploring the perception of the Eastern Mediterranean by French soldiers through the analysis of their testimonies, journals and memories.

Confrontés au piétinement de la guerre sur le front occidental et soucieux de soulager les Russes en grande difficulté, Français et Britanniques se rallient en janvier 1915 à l’idée proposée par le premier lord de l’Amirauté, Winston Churchill, de forcer les détroits turcs par une attaque navale brusquée.

L’échec de cette entreprise, en février, puis en mars, conduit les Alliés à entreprendre un débarquement terrestre pour s’emparer des forts défendant les Dardanelles.

C’est dans ce contexte que la France accepte l’envoi d’un corps expéditionnaire français en Méditerranée orientale ; mais l’assaut lancé le 25 avril 1915 sur la presqu’île de Gallipoli ne permet pas d’aboutir au but recherché ; des mois durant, les hommes s’accrochent au terrain et creusent des tranchées.

Lire aussi: Guide d'achat : cartouchière en cuir pour carabine

Malgré d’autres attaques très meurtrières, les forts du détroit restent aux mains des Turcs.

Finalement, le projet est abandonné à l’automne et le corps expéditionnaire est transporté en Macédoine.

Des milliers d’hommes débarquent alors à Salonique et s’installent au camp international de Zeïtenlick situé aux alentours de la ville.

Certains sont immédiatement envoyés au secours de la Serbie, alors assaillie par les armées autrichiennes et bulgares, et participent aux derniers combats très éprouvants qui ponctuent, sous la neige, la déroute totale de l’allié serbe.

Le propos n’est cependant pas de retracer l’histoire militaire de cette expédition alliée multiforme en Méditerranée orientale mais plutôt d’aborder l’appréhension de l’Orient méditerranéen par les soldats français transbordés dans cette région à partir du printemps 1915.

Lire aussi: Cartouchière de ceinture pour balles de carabine : ce qu'il faut savoir

Difficultés liées aux témoignages

Une première difficulté se pose au chercheur désireux d’approcher les combattants français du Front d’Orient.

Les témoignages disponibles sont en effet beaucoup moins nombreux que ceux concernant le front occidental.

Notre corpus de témoignages est donc fort limité ; il souffre en outre d’une écrasante surreprésentation des officiers par rapport aux simples soldats ; et outre le fait que les officiers et les médecins sont souvent plus dotés culturellement parlant que la moyenne, ils bénéficient d’un accès plus aisé à l’écrit et à l’édition ; aussi ce corpus ne peut-il revendiquer de proposer une quelconque représentativité des images et représentations de l’Orient chez les soldats français.

Force est d’admettre que ce corpus est avant tout représentatif de lui-même, c’est-à-dire de ses composantes.

Vouloir tendre vers certaines généralisations exigerait de mobiliser d’autres sources, notamment les correspondances échangées par les soldats les plus modestes et leur famille ; de ce point de vue, les archives du Contrôle postal pourraient sans doute fournir d’utiles mentions complémentaires.

Lire aussi: Cartouchière Fait Main : Guide Complet

Autant dire que ce qui suit ne peut constituer qu’une première ébauche d’une étude plus ample qu’il reste à conduire.

Toutefois, et malgré son caractère limité, le corpus de témoignages rassemblés n’est pas muet sur la rencontre de l’altérité et la définition de soi.

Il est croisé avec le dépouillement de L’Illustration pour l’année 1915, les articles d’Albert Londres rédigés pour le compte du Petit Journal, ainsi qu’avec ceux publiés par la Revue franco-macédonienne courant 1916 et rassemblés dans la revue La France en Macédoine l’année suivante.

Quels que soient leur statut et leur rôle, ces témoins ont en commun de découvrir l’Orient et d’en rendre compte.

Le premier contact avec l'Orient

Pour le plus grand nombre, le premier contact avec l’Orient s’effectue en rade de Salonique.

Chez tous ces hommes confrontés à la découverte de l’autre, les premiers regards sont à la fois passionnément attentifs et lourdement lestés d’imaginaires.

Certains, particulièrement formés aux humanités classiques, au grec et au latin, mobilisent leur répertoire de référents culturels et sont en quête de correspondances entre leurs visions et leur savoir livresque ; mais ils ne sont pas les seuls à avoir façonné des représentations de l’Orient ; à tous, la traversée de la Méditerranée depuis Marseille a permis d’anticiper par la pensée ce qu’ils allaient découvrir.

Au moment d’accoster, un grand nombre de clichés et de stéréotypes, diffusés tant par les tableaux ou reproductions de tableaux de peintres orientalistes que par les écrivains - Pierre Loti particulièrement - et la presse illustrée, accompagnent les soldats de la France.

Les représentations picturales et romanesques occidentales de l’Orient ont assurément façonné, et au sens premier du terme, impressionné les regards.

À Salonique et en Macédoine, dans une certaine mesure, l’Occident rencontre l’Orient… Qu’advient-il de cette rencontre entre un Orient construit d’Occident et l’Orient réel ? Et puis, peut-on parler de l’Orient au singulier ? En effet, n’y aurait-il pas autant d’Orients qu’il y a d’Occidentaux ?

Nous arrivons en vue de Salonique le 5 octobre 1915 au lever du jour, rapporte le brigadier Stocanne.

[…] La ville est là s’étendant en amphithéâtre le long de la baie, et montrant sous le soleil ses immeubles aux couleurs tendres et variées partiellement cachés dans la verdure des arbres.

De nombreux minarets blancs émergent.

Au fond du golfe où elle s’étage, la ville convoitée apparaissait.

On voyait petit à petit grandir ses cinquante minarets, ses maisons bleues et ses arbres verts.

Sur le haut de la colline, les magnifiques et vieux remparts turcs qui, de près, ne sont pas plus que des nids de cigognes, grâce à l’éloignement, prenaient un air de forteresses.

Le soleil, en descendant, touchait les bords de l’Olympe derrière lequel il se couche chaque soir.

Arrivé quelques semaines plus tard après l’artilleur Stocanne, le capitaine de chasseurs Libermann retrouve quasiment les mots de son prédécesseur ; il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir été ébloui par le premier regard.

Et lorsqu’après son retour en France, en 1916, il cherche à retranscrire ses premières visions, images et mots se bousculent sous sa plume.

Dans son ensemble, au premier coup d’œil, c’est bien la ville féérique des légendes arabes, la perle de la Chalcidique, la reine de l’Égée.

Inversement, on peut mesurer la déception des soldats français ayant eu la malchance de découvrir la rade sous un temps maussade, plus breton que grec : « Les minarets paraissaient dépaysés sous le crachin », se souvient ainsi le capitaine Constantin-Weyer, quelque peu désabusé.

Il suffit que le soleil soit caché pour que les attentes d’Orient des soldats français soient quelque peu frustrées ; l’image anticipée de Salonique, porte de l’Orient, ne coïncide alors pas avec la vue découverte au terme de leur voyage.

La rencontre avec les habitants du port

Mais la confrontation de l’Orient rêvé avec l’Orient réel ne s’arrête pas au premier regard.

En effet, avant même que ne commencent les opérations de débarquement surviennent les premières rencontres avec une partie des habitants du port, et notamment les marchands ambulants fortement intéressés par l’arrivée de cette nouvelle clientèle militaire.

Les commentaires sont généralement peu amènes à leur égard et se recoupent généralement pour noter la « cupidité », et la « saleté » de ces commerçants.

La traversée de Salonique

La traversée de la ville pour rejoindre le camp de Zeïtenlick, dévolu aux troupes alliées à la périphérie de Salonique, est souvent l’occasion de compléter les premières sensations et de confronter plus avant son Orient imaginaire à l’Orient abordé puis foulé.

Plusieurs témoins distinguent alors au moins deux Salonique : l’une apparaît « comme une ville européenne, avec ses maisons hautes, ses tramways, l’encombrement de la rue où l’on trouvait en dehors de l’élément militaire […] une population en bonne partie habillée à l’européenne.

Quelques femmes portaient le costume national aux soies voyantes et pittoresques » ; la soie, les couleurs vives et le pittoresque renvoient à l’Orient imaginaire des soldats français.

Quelle stupéfaction en arrivant à terre !

Les quais grouillent de gens de toutes les races, toutes les langues se croisent.

L’opulence côtoie la sordidité.

[…] Nous traversons la cité des réfugiés logés dans les petites casernes grecques.

C’est un tableau lamentable.

Dans ces intérieurs sordides, les familles couchent pêle-mêle dans des grabats infects.

On n’aperçoit que des faces souffreteuses, ­ravagées par la jaunisse et la petite vérole.

Dans son témoignage, le capitaine Constantin-Weyer dénonce « la saleté asiatique de l’intérieur de la ville » qui contraste fortement et « agréablement » avec la rue Venezilos et le quai de la Liberté.

tags: #cla #cartouchiere #des #poilus #definition

Post popolari: