Cette étude historique sur le début et le développement des armes à feu couvre l'ensemble des connaissances de cette époque, depuis l'invention des premiers canons à main, arquebuses ou mousquets jusqu'aux armes à percussion, aux armes rayées ou même les revolvers. Répétiteur à l'École de Saint-Cyr, l'auteur connaît bien le sujet et le montre à travers un texte concis, agréable à lire et suffisamment détaillé, sans tomber dans des descriptions fastidieuses.
C'est donc avec plaisir et intérêt que le lecteur découvrira cet ouvrage qui permet de suivre et comprendre l'évolution des armes à feu, en France mais également à l'étranger. Du fusil 1777 qui symbolise aussi bien la prise de la Bastille que la révolte vendéenne, au Lebel, qui incarne la Grande Guerre, du pistolet-mitrailleur MAT 49 qui dit tant aux anciens d’Algérie au Famas en cours de remplacement, les armes ont développées un visage militaire lié à de nombreux conflits.
Outil du soldat, ce dernier entretient des relations complexes avec l’arme. Mais l’imprégnation de la société civile par les armes à feu mérite aussi d’être appréhendé de manière novatrice. La chasse joue encore un rôle économique et culturel non négligeable (2 Millions de chasseurs), les clubs de tir sportif (150 000 licenciés) et les magazines consacrés à l’armement sont nombreux et dynamiques (à commencer par la fameuse Gazette des armes).
Régulièrement l’opinion et les médias s’émeuvent du trafic d’armes de guerre et de la circulation croissante de kalachnikov dans le Milieu (5000 armes à feu saisies chaque année) ou dans les « quartiers ». Devant le nombre élevé de morts par arme à feu en France (environ 1600 par an, y compris les suicides), certains réclament des réglementations plus contraignantes. Dans la société moderne pacifiée, l’arme à feu et l’image de virilité potentiellement agressive qu’elle paraît véhiculer, dérange.
Ce colloque a souhaité éclairer cette particularité française (jusque-là largement délaissée par les chercheurs) en l’inscrivant dans une perspective historique. Il s’agissait d’étudier, sur un temps long remontant à la Révolution et s’écoulant jusqu’à nos jours, comment ce modèle français du rapport à l’arme à feu s’est construit dans la durée.
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Des émeutiers (artisans et commerçants) se rendent à l'hôtel des Invalides en quête d'armes. A St-Etienne, les ouvriers s'emparent de 5612 fusils et vont libérer Claude Odde, agitateur emprisonné à Montbrison. En Charente-Inférieure, la femme Chamil quitte son mari à la suite de maltraitance. Armé d'un fusil, il l'attend sur un chemin afin de la convaincre de retourner au domicile conjugal.
P. Lucas tire 2 coups de revolver sur L. Louis Jouin, n°2 de la sûreté nationale qui est chargé de l'affaire, perquisitionne à Ivry-sur-Seine au domicile d'un sympathisant anarchiste. Haber et son épouse Clara se disputent. Hitler arrive à la pension Hanselbauer à Bad Wiessee où les SA séjournent pour leurs vacances. Le colonel de la Garde civile, Tejero Molina, fait irruption à la tribune du Palais du congrès où sont réunis les députés espagnols pour élire le nouveau chef du Gvt. Devin Kelley tire au fusil dans une église de Sutherland Springs, pendant l'office dominical, faisant 27 morts. Un enfant de 2a tue sa mère d'une balle dans la tête pendant une réunion Zoom.
Le rôle des armes et technologies militaires dans le développement des empires européens constitue un sujet d’étude consacré à la fin des années 1980 par les travaux de l’historien Geoffrey Parker. Selon lui, l’amélioration des capacités de tir au canon sur mer, l’apparition du mousquet et d’une artillerie de campagne plus efficace, et la construction de forteresses entre 1500 et 1800 avaient été à l’origine d’une véritable « révolution militaire ». C’est cette « révolution » qui aurait donné aux Européens les moyens de la conquête impériale [1].
La première partie de l’ouvrage se concentre sur l’arrière-plan politique et économique de la production d’armes en Angleterre au XVIIe siècle. Au cours de ce siècle, la fabrication d’armes à feu augmente tout d’abord pour satisfaire les besoins de l’échange colonial. Dans les Amériques, aux Indes et en Afrique, les Anglais offrent des fusils aux populations locales et les troquent contre des esclaves afin de s’en faire des alliées politiques.
La production d’armes s’accroît ensuite dans le contexte des guerres qui opposent les Européens entre eux, telles que la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), la guerre de Sept Ans (1756-1763), la guerre d’indépendance en Amérique du Nord (1775-1783) et les guerres napoléoniennes (1803-1815). Pour les Britanniques, les enjeux de ces conflits sont surtout liés à la conservation ou l’agrandissement du domaine colonial.
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La production d’armes est vue comme nécessaire à la protection des intérêts britanniques : « Les Britanniques ordinaires font le lien entre l’industrialisation et l’urbanisation ambiante et l’implication plus étroite de leur nation dans l’économie mondiale ; d’où leur volonté de payer pour le développement des moyens de défendre leurs intérêts à l’étranger » (p. 175). Lorsqu’il commande du matériel militaire, l’État n’est pas perçu comme un parasite mais comme un agent actif du changement économique. Pour le dire autrement, les commandes militaires constituent des opportunités économiques pour l’industrie.
C’est dans ces circonstances guerrières qu’émerge une industrie dispersée qui opère sous la houlette de l’État, alors que la production tend à reposer sur des processus et composants de plus en plus standardisés [2]. La main de l’État est incarnée par l’Ordnance Office, qui coordonne avec souplesse des fonderies privées, des armureries soutenues publiquement, des quais d’embarquement à Woolwich, des organismes en charge de la recherche à Minories et Vauxhall ou encore des bureaux administratifs basés à la Tour de Londres.
Coordination en métropole, mais prohibition de la production dans les colonies, comme le relève l’historienne. Une législation adoptée au cours du XVIIIe siècle a pour objectif d’empêcher les colons américains de produire des armes, car les Britanniques craignent l’arrivée de rivaux sur un marché déjà engorgé. Priya Satia s’intéresse ensuite à ce qu’elle nomme « la vie sociale des armes », qui recouvre les rôles de plus en plus nombreux conférés aux armes, en métropole et dans les colonies.
On remarquera d’emblée que le sens et l’utilité sociale des armes ne sont pas partout les mêmes. Dans les colonies d’Afrique de l’Ouest, où les armes à feu exportées sont souvent de qualité moindre, les armes ne jouent pas qu’un rôle guerrier : ce sont des objets cérémoniaux, des emblèmes de pouvoir et une monnaie d’échange, notamment pour acheter des esclaves. Ce processus n’est pas sans conséquence sur le développement des États africains : « L’augmentation des expéditions européennes de fusils a été corrélée à l’augmentation des exportations d’esclaves après 1750. Le rassemblement d’esclaves a provoqué la montée d’« États esclavagistes » hautement militarisés » (p. 186).
Cela étant, le rôle de ces armes dans les guerres locales reste limité, car la faible qualité, le manque de précision et l’obsolescence rapide qui les caractérise (souvent moins d’un an) réduit leur utilité. Ceci explique d’ailleurs pourquoi plusieurs millions de ces armes ont été distribuées et vendues dans ces régions. En métropole, l’image sociale de l’arme à feu est très différente. Elle est associée à l’idée d’auto-défense et de refus de la violence : l’arme à feu permet à l’individu de rester à distance de ce qu’il appréhende comme une menace.
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La violence de l’arme à feu est perçue comme impersonnelle et ce d’autant plus que le manque de précision des armes à feu rend difficile d’atteindre la personne visée. En appuyant sur la détente, le tireur déclenche des mécanismes dont l’effet ultime est difficile à prédire. Le tireur va-t-il tuer, blesser ou « simplement » effrayer ? Au niveau des représentations sociales, cette imprévisibilité se traduit par l’idée selon laquelle le tireur n’est pas totalement responsable des effets qu’il cause. L’arme à feu est en ce sens le revers du couteau, arme du crime passionnel ou du règlement de compte.
À la violence froide de l’arme à feu s’opposerait la violence chaude du couteau qui ne manque pas sa cible. Pour ces raisons, l’arme à feu, selon la vision qu’on en a au XVIIIe siècle, est plus « humaine ». Ces représentations doivent se comprendre à la lueur du clivage possédants-travailleurs au sein de la société britannique. La possession d’armes à feu devient un privilège réservé aux nobles, aux riches et à ceux qui les servent. Avec les clous, les charnières et les serrures, les armes à feu sont une technologie au service de la protection de la propriété.
À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, les autorités vont aussi mettre en place une législation destinée à restreindre la possession d’armes par la population par crainte de leur usage lors de révoltes. Ces lois concernent non seulement les Anglais mais aussi les Écossais et les Irlandais entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle. L’ouvrage jette ici une lumière supplémentaire sur la « guerre aux pauvres » menée par les « élites » aux XVIIe et au XVIIIe siècles et qui a fait l’objet d’analyses par Edward P. Thompson, Marcus Rediker et Peter Linebaugh [4].
Le développement économique de l’Angleterre a reposé sur l’aptitude des possédants à discipliner des masses de travailleurs. Chassées des campagnes, elles ont été contraintes de bâtir les infrastructures nécessaires au projet impérial (navires, ports et canaux). Ponctuellement, ces travailleurs pauvres se révoltent, générant de grandes inquiétudes parmi les propriétaires. Les armes à feu sont employées pour les terroriser et les mettre au pas. Comme le montre Priya Satia, les armes à feu conservent néanmoins une image « humanitaire ».
La violence des foules, qui n’utilisent quasiment jamais d’armes à feu dans l’histoire britannique, est perçue comme « vulgaire » tandis que la brutalité des possédants, équipés en armes à feu, est « polie » ou « honorable ». De nos jours, les armes « non létales » - gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement, canons à son ou encore « Lanceurs de Balles de Défense » (LBD) - occupent dans un certain imaginaire sécuritaire une place équivalente aux armes à feu d’alors [5].
Au sein des forces armées, des changements surviennent également aux XVIIIe et XIXe siècles. L’élévation de la cadence de tir, plus que la précision, est au cœur des règlements tactiques, français puis européens, produits à partir des guerres napoléoniennes. Il en résulte une augmentation de la mortalité par armes à feu sur les champs de bataille. Au même moment, on assiste à une augmentation du nombre d’homicides causés par armes à feu dans la société civile, ce qui pose la question d’une brutalisation de la société britannique liée à l’expérience des guerres de la Révolution [6].
Entre 1810 et 1815, dans la région de Londres, 12 % des accusations de meurtres renvoyaient à des décès provoqués par des armes à feu. Selon Priya Satia, c’était : « une proportion plus élevée que jamais. Les guerres massives qui avaient commencé en 1793 avaient également changé la façon dont les armes étaient utilisées dans les actes de violence entre des civils. Toute une génération était capable de violence impersonnelle par arme à feu, sans lien avec la propriété, à laquelle elle avait été familiarisée » (p. 252).
Après cette évocation du rôle des armes en Europe, Priya Satia revient sur le cas des colonies, où ces armes servent la mise en place d’un régime de propriété favorable aux Britanniques. Chez Daniel Defoe, le personnage de Robinson Crusoé, « propriétaire » de son île, équipé de son fusil face aux « sauvages », met en exergue le lien unissant le récit colonial paranoïaque de la recherche de sécurité absolue et la détention d’armes à feu.
Du fait de la disponibilité d’armes de meilleure qualité que celles fabriquées aux XVIIe siècle, les luttes entre les colons et les communautés indigènes deviennent plus âpres, notamment dans les Amériques. En Océanie, les armes à feu aux mains des colons servent aussi à mener des chasses à l’homme qui se terminent par des homicides d’aborigènes [7]. Les armes sont par ailleurs utilisées dans des conflits qui opposent les colons entre eux [8]. Priya Satia nuance cependant ses conclusions générales à propos des conséquences de la circulation des armes à feu dans les colonies.
L’essor des ventes d’armes à feu, à destination des forces armées et des colons, s’accompagne aussi de la construction de justifications parmi les producteurs. L’ouvrage se focalise ici sur les membres de la secte des Quakers au cours du XVIIIe siècle. On trouve dans cette communauté, composée d’individus ayant fait vœu de non-recours à la violence, des fabricants d’armes à qui il va être demandé, par leurs pairs, d’expliquer en quoi leur activité est compatible avec leurs convictions morales.
Cela débouche sur une conception libérale et limitée de la responsabilité, qui fait écho à celle de la Theory of Moral Sentiments (1759) d’Adam Smith. Cette conception ne tient compte que des douleurs et souffrances locales dont les effets sont visibles là où ils émergent. Selon cette logique, le fabricant d’armes n’a pas à se considérer responsable des usages, potentiellement lointains, qui seront faits de son arme. Pour Priya Satia, ce raisonnement libéral à une fonction de « gestion de la culpabilité » (guilt management).
Il repose en dernière instance sur un rejet d’un mode de pensée systémique, comme celui que l’on retrouve dans la réflexion de Karl Marx ou d’Henry David Thoreau. L’approche libérale, pour le dire autrement, rend impossible d’envisager la production des armes sous l’angle d’un « mal structurel » (systemic wrong) - angle que Priya Satia privilégie pour sa part.
Au cours du XIXe siècle, un changement s’opère dans la politique britannique de contrôle des armes. La Grande-Bretagne cherche à consolider sa position impériale dominante et son intérêt consiste parfois à ne pas vendre d’armes à l’étranger pour ne pas mettre de l’huile sur le feu de conflits locaux déstabilisants. C’est dans ce cadre qu’une législation plus restrictive est adoptée : « Les frictions continues avec l’Espagne aboutissent à l’adoption du Foreign Enlistment Act en 1819, qui interdit la vente de navires de guerre aux États étrangers et empêchant aussi de leur vendre des d’armes légères. En 1827, l’Égypte doit acheter des navires et des armes à Marseille, Trieste et Venise, alors qu’elle espérait les obtenir de l’Angleterre. Un décret de 1825 empêche les fabricants d’armes britanniques de fournir la Grèce et l’Empire ottoman qui sont en conflit et les autorités saisissent sur la Tamise des armes destinées aux Grecs. Le commerce imprudent du siècle précédent, lorsque la Grande-Bretagne était un empire en devenir, cède la place à la prudence afin de préserver les relations diplomatiques et maintenir le prestige moral, même aux dépens de l’industrie et du commerce intérieurs » (p.
Cette politique plus prudente s’avère malgré tout difficile à pérenniser face aux pressions de l’industrie. La concurrence persistante d’autres États - comme la Belgique - incite la Grande-Bretagne et d’autres puissances coloniales à développer des normes communes afin de réguler le commerce des armes. La première initiative internationale d’envergure en la matière est la conférence de Bruxelles de 1890 pendant laquelle les puissances adoptent une convention qui porte sur le commerce des armes à destination de l’Afrique.
Ce commerce fait ensuite l’objet de discussions en 1908, 1913, 1919 et 1925, notamment dans le contexte de la Société des Nations. On y évoque l’élargissement du champ d’application, notamment à l’Asie, des mesures adoptées à Bruxelles en 1890. Mais les puissances ne parviennent pas à s’entendre et aucune nouvelle convention ne verra le jour. Cette partie de l’ouvrage de Priya Satia fait écho à l’étude de Sokhna Sané sur Le contrôle des armes à feu en Afrique occidentale française, 1834-1958, qui montrait que la France a d’abord toléré la possession d’armes par les populations africaines, pour consolider des alliances avec les chefs locaux [10].
Au début du XIXe siècle, ces armes sont issues des surplus européens d’après les guerres napoléoniennes et sont reconditionnées, notamment à Liège, pour diminuer leurs performances. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, les autorités françaises commencent à durcir le contrôle. Prenant donc place dans une historiographie multilingue en développement rapide, Empire of Guns contribue à la compréhension de l’histoire sociale des armes, sur la période des XVIIe-XIXe siècle.
En complétant et nuançant l’analyse jadis menée par Geoffrey Parker sur la « révolution militaire », il permet de mieux appréhender les mécanismes par lesquels les États européens sont parvenus à s’imposer dans les colonies. Il met en contexte la problématique de la prolifération et du contrôle des armes légères et de petits calibres, pour reprendre une expression contemporaine, montrant que celle-ci anticipe l’apparition des mitrailleuses et des fusils d’assaut, telle que la Kalashnikov [11].
L’histoire globale s’intéresse tout particulièrement aux techniques, qu’elles concernent la production, les transports, l’armement, le commerce ou la finance. Il s’agit d’abord évidemment de savoir où ces techniques ont été inventées et, le cas échéant, se sont mues en innovations en donnant lieu à un usage massif et standardisé. Il s’agit aussi d’analyser leur diffusion ultérieure ou, alternativement, leur mise au point indépendante en différents lieux de la planète et à des époques semblables. Il s’agit enfin de comprendre leurs améliorations et modifications successives par d’autres sociétés que celles qui leur ont donné le jour.
Ce point est peut-être le plus important : beaucoup de techniques en effet sont radicalement transformées dès lors qu’elles circulent, prennent alors une importance toute nouvelle, voire sont retournées contre leur sociétés d’origine. La poudre semble avoir été connue en Chine, au moins dès le 9ème siècle de l’ère conventionnelle, comme un sous-produit des recherches menées initialement par les alchimistes. Dès le 11ème siècle, les formules de la poudre sont codifiées mais celle-ci n’est utilisée que dans des projectiles incendiaires ou à explosion feutrée, par ailleurs mécaniquement catapultés.
Ce n’est qu’au début du 12ème siècle que la proportion minimale de salpêtre pour obtenir une détonation brutale est acquise, permettant d’abord de catapulter des bombes réellement explosives, mais aussi d’envisager de tirer plus efficacement n’importe quel projectile. Les bombes explosives sont transmises aux Mongols vers 1241, puis développées par les Arabes et utilisées contre les croisés en 1249. Parallèlement les armées musulmanes développent l’usage du lance-flammes, lui aussi d’origine chinoise, et consistant à incendier une poudre située à la sortie d’un fût métallique monté sur un axe en bois.
C’est en 1288 que les Mongols apparaissent pour la première fois sur le champ de bataille avec une véritable arme à feu, sorte de lance flammes mais avec ignition de la poudre à la base du fût et projection de flèches ou d’autres projectiles. Les conquêtes mongoles ne sont donc pas seulement dues à la légendaire habileté de leurs cavaliers mais à la possession de ces tout premiers « fusils »… Et l’on comprend alors que ce type d’arme soit passé en Europe via la Russie et la Scandinavie, sur les traces des Mongols. Dès 1326 à Florence, il se transforme en véritable canon à tirer des projectiles métalliques.
Mais parallèlement à ces transferts spectaculaires, aller et retour, entre l’Est et l’Ouest, c’est dans la Turquie ottomane que le développement des armes à feu sera le plus significatif. Se basant aussi sur des expérimentations anciennes dans le monde musulman, les Turcs deviennent producteurs et exportateurs d’armement à poudre dès les années 1360. Lors de la prise de Constantinople par ces derniers (1453) il apparaît évident que « le canon est devenu une arme de siège des plus efficaces » [Pacey, 1996, p.74]. Parallèlement le mousquet à mèche, arme manuelle, progresse de façon similaire en Turquie et en Europe, avec semble-t-il un avantage à la première pour ce qui est des techniques de mise à feu [ibid., p.75].
Au 16ème siècle, la diffusion des mêmes armes performantes dans l’empire Moghol en Inde (1526-1756), l’empire Ottoman (1299-1922) et la Perse Safavide (1501-1722) crée une certaine homogénéité de puissance entre ces trois pouvoirs. Hodgson [1975] considère que ces « empires de la poudre à canon » ont en conséquence été incités à centraliser le pouvoir afin de trouver les ressources en cuivre et en étain, contrôler leurs arsenaux, financer leurs unités d’artillerie. Autrement dit, la technologie militaire exercerait un certain déterminisme sur les structures du pouvoir et la modernisation de l’Etat.
Au-delà de cette thèse discutable, force est de reconnaître l’avance prise par ces trois puissances à l’époque : ainsi l’Inde est-elle la première à réaliser des fûts en laiton, matériau idéal pour les petits canons ; ce même pays produit le wootz, acier de grande qualité, tandis que la Turquie développe la fabrication de tubes de mousquets dans ce matériau. Au total, pour ce qui concerne les techniques destructives, l’Europe constitue pour les orientaux, et notamment les « empires de la poudre à canon », un partenaire utile certes, un lieu évident de perfectionnement d’innovations (cas de Florence au début du 14ème siècle), mais surtout un pâle concurrent qui reste longtemps à la traîne et ne se hissera que lentement aux standards requis.
| Période | Événement Clé | Conséquence |
|---|---|---|
| 9ème siècle | Découverte de la poudre à canon en Chine | Utilisation initiale dans des projectiles incendiaires. |
| 12ème siècle | Détonation brutale de la poudre | Catapultage de bombes explosives et développement de projectiles. |
| 13ème siècle | Mongols utilisent des armes à feu | Expansion de la technologie des armes à feu en Europe. |
| 14ème siècle | Turquie ottomane développe la production d'armes | Les canons deviennent des armes de siège efficaces. |
| 16ème siècle | Diffusion des armes performantes dans les empires Moghol, Ottoman et Safavide | Homogénéisation de la puissance et centralisation du pouvoir. |
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