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Le fusil mitrailleur, une arme à feu dont la cadence de tir permet de faucher une charge de cavalerie ou un assaut d’infanterie à une portée pratique d’environ 600 m, a marqué l'histoire militaire. Ces armes pesantes imposent, pour les déplacer, un attelage de chevaux. L'évolution de cette arme a connu plusieurs étapes clés et différents modèles emblématiques.

Les Premières Mitrailleuses

Hiram Maxim (1840-1916), inventeur américain, brevette en 1884 la première mitrailleuse transportable par deux ou trois hommes et tirant, en mode automatique, la même munition que le fusil d’infanterie. En Allemagne, les mitrailleuses Maxim sont introduites dans les Dragons de la Garde du Kaiser dès 1888. L’armée russe, qui a employé la Vickers-Maxim britannique durant la guerre russo-japonaise, met au point sa propre version du système Maxim : la PM 1905 (Pulemet Maxima Obrazets) puis la PM 1910. La France, contrairement aux autres puissances, ne choisit pas un système de refroidissement à eau, mais à air, avec le modèle 1905 de l’arsenal de Puteaux. Son défaut demeure l’échauffement de la bouche : d’où usure, évasement et perte de précision. La manufacture d’armes de Saint-Étienne apporte des améliorations (mécanisme à emprunt de gaz) et la Saint-Étienne modèle 1907 est mise en service à partir de 1909.

Le Fusil Mitrailleur Lahti en Finlande

La Finlande, nouvellement indépendante du giron russe depuis 1918, doit à tout prix s’armer et devenir indépendante militairement. En 1925, il est décidé de faire un concours afin d’adopter un fusil-mitrailleur national. C’est l’invention de l’inventeur Lahti qui a remporté le concours. Il s’agit d’un fusil-mitrailleur entièrement usiné, composé de 118 pièces, compliqué à construire et dont le prix de revient est élevé. Il fonctionne par court recul de canon, la culasse se déverrouille par un loquet faisant liaison avec un rail de la carcasse. Il était muni d’un bipied et d’un manchon perforé. L’arme pouvait avoir des chargeurs courbés de 20 cartouches ou 75 cartouches en tambour de 7.62 Mosin-Nagant. L’arme devait être constamment bien entretenue, au risque d’avoir des incidents de tir. Pour cela, l’état-major finlandais avait conçu une huile de graissage spéciale résistant au froid extrême finlandais. Si le soldat faisait attention à l’entretien de son arme, l’arme était fiable. Durant la guerre d’Hiver et de Continuation, les soldats finlandais préféraient le DP-28 soviétique, beaucoup plus facile à opérer. La Finlande produira environ 6200 unités par la société VKT.

Le Pistolet Mitrailleur Bergmann MP18

Le Bergmann MP18/1 fut le premier pistolet mitrailleur allemand utilisé en grande quantité, en 1918, durant la fin de la Première Guerre mondiale. La précision de cette arme individuelle demeure valable à environ 100 mètres, avec possibilité de réaliser des tirs de saturation à 200 mètres (portée max. du projectile de 9 mm para : +/- 1.700 m). La Première Guerre mondiale, entrée à l'automne 1914 dans une phase statique, les lignes de défense sont figées. Les assauts, brefs et violents, se concentrent sur des zones de tranchées adverses réduites. Les barrages d'artillerie étant suspendus au moment des attaques, et, les mitrailleuses trop lourdes à emporter pour suivre les troupes en mouvement afin de les couvrir, la nécessité d'une nouvelle arme à haute capacité de feu s'est très vite fait sentir, - autour d'une munition d'arme de poing qui s'est rapidement imposée face aux puissants et encombrants fusils ou mitrailleuses, mais encore au regard des pistolets ou revolvers faibles en capacité (munitions) -, pour le nettoyage de tranchée, mais aussi, lors d'autres combats rapprochés (maisons, rues...).

Le premier véritable pistolet mitrailleur est le Maschinenpistole (MP) 18 fabriqué sous la direction de son inventeur Theodor Bergmann, également fabriquant de voitures. L'arme se présente sous la forme d'une petite carabine, avec une crosse en bois à poignée semi-pistolet et un fût court. La carcasse est cylindrique et contient une culasse mobile non calée mise sous pression par un ressort hélicoïdal non guidé, avec un levier d'armement en forme de croc, placé longitudinalement sur le côté droit de l'arme. Afin de transporter la mitraillette en position de sécurité, il est possible d'engager le levier d'armement dans l'encoche prévue à cet effet, en haut et en retrait ; en butée de mortaise de glissière. Certains modèles, après guerre, comporteront en sus, une sûreté additionnelle placée à gauche, et à l'arrière du couloir d'alimentation. Un sélecteur de tir est situé à hauteur du pontet. Poussé vers la gauche, ce sélecteur (poussoir transversal) permet le tir en rafales, dirigé sur la droite, il autorise le tir au coup par coup. Le canon est entouré d'un gainage isolant (manchon) perforé. L'alimentation en munition s'effectue au moyen d'un chargeur droit ou de type "escargot" placé horizontalement sur le côté gauche de l'arme.

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Les organes de visée sont formés d'un guidon non protégé par un tunnel et d'un cran de mire situé dans une hausse tangentielle à curseur, réglable de 100 à 1.000 mètres. Le MP18, surnommé "Grabenfeger", -littéralement "nettoyeur de tranchées"-, fut, pour cette raison, interdit de production par l'Allemagne, lors du Traité de Versailles (1919). La Suisse en assurera la fabrication à partir de 1920 (SIG Bergmann).

Le Fusil d'Assaut et l'AK-47

Le fusil d’assaut est l’objet par excellence de l’ultra-violence contemporaine. L’historienne Sabine Dullin raconte sa terrible odyssée dans Le magasin du monde, le livre qui nous sert de référence pour ces chroniques radiophoniques. Le fusil d’assaut est conçu par les armuriers allemands du IIIe Reich entre 1938 et 1943 pour remplacer le Mauser K 98 dont la puissance de feu peine à s’imposer sur le front de l’Est. L’ingénieur Hugo Schmeisser invente une nouvelle arme hybride, entre le pistolet-mitrailleur et le fusil, qui séduit Adolf Hitler. En 1944, cet objet est rebaptisé Sturmgewehr, littéralement « fusil d’assaut ». Il correspond aux exigences de la guerre totale, où le front s’efface au profit des combats urbains qui deviennent décisifs. Mais malgré son efficacité et sa précision de tir, le Sturmgewehr sombre dans l’oubli avec la défaite nazie. Et l’histoire officielle a retenu une autre origine pour le fusil d’assaut, russe cette fois, et un nom : Mikhail Timofeevitch Kalachnikov.

Ce paysan autodidacte est repéré pour ses talents d’inventeur et envoyé suivre une formation d’ingénierie militaire à Moscou et Leningrad. Grièvement blessé en 1941 par les Allemands, il se consacre dès lors à la conception de l’objet qui pourra servir au mieux la cause patriotique. Ce nouveau fusil d’assaut se dénomme l’AK 47 acronyme d’Avtomat Kalachnikova année 1947. Le régime soviétique consacre Mikhail Kalachnikov de son vivant, en lui dédiant un musée. Les éventuelles racines allemandes de ce fusil russe ont été totalement oblitérées. Tout juste sait-on que l’armurier Hugo Schmeisser a été déporté en 1946 dans l’Oural, dans les usines d’armement soviétique, où l’on a commencé à fabriquer l’AK 47 deux ans plus tard… Pendant la guerre froide, la Kalachnikov devient rapidement l’instrument de la lutte contre l’impérialisme. Car, contrairement aux autres fusils, l’AK 47 est un bien commun : Kalachnikov et ses descendants ne reçoivent aucune royaltie malgré le succès phénoménal de son invention. Les pays frères du bloc communiste détiennent dès 1956 la licence afin de produire des AK47 : les Chinois, les Polonais, les Allemands de l’Est, les Bulgares, les Coréens du Nord et les Yougoslaves fabriquent leur propre version. En 1957, les Etats-Unis créent de leur côté le M16, qui équipe les GIs pendant la guerre du Vietnam. Mais c’est bien la kalash soviétique, utilisée par les Vietcong, qui occupe la première place du podium. Et c’est dans la jungle vietnamienne que naît la légende de l’AK 47 qui ne s’enraye jamais quelles que soient les conditions climatiques.

À partir des années 1970, après avoir rompu avec l’URSS, la Chine communiste devient le premier fournisseur d’AK47 dans le monde. Au début des années 1980, en Afghanistan et au Pakistan, les Mudjahiddin ont été armés d’AK 47 chinoises par le président Reagan et la CIA, dans leur guerre contre l’occupant soviétique. Puis ces trois millions de fusils d’assaut ont été en partie recyclés par les réseaux terroristes. Vingt ans après, Ben Laden et Al-Qaïda retournent ces armes contre les États-Unis. La dissémination des fusils d’assaut s’est en effet accélérée à partir des années 1990 avec l’intensification de la mondialisation et l’effondrement du bloc soviétique. Les trafiquants d’armes prospèrent en vendant les nouvelles productions comme l’AK100 mais surtout en refourguant les 100 millions d’AK47 produites depuis 1947, qui continuent bien souvent de servir aujourd’hui. Car cette arme est durable, sans obsolescence programmée. Finalement, l’AK s’est imposé partout, équipant les gangs comme les polices, les terroristes comme les armées régulières, les braconniers comme les gardes des réserves naturels…le fusil d’assaut est devenu l’objet ordinaire des violences contemporaines.

La Mitraillette Thompson

L’inventeur de l’arme qui allait être connue sous le nom de mitraillette Thompson est John T. Thompson. Lorsque la Première Guerre mondiale a commencé en Europe en 1914, John Thompson avait de fortes sympathies pour la cause alliée. Mais étant donné que les États-Unis n’étaient pas entrés immédiatement dans la guerre et parce qu’il reconnaissait un besoin important d’armes légères en Europe (ainsi qu’une opportunité de faire un profit substantiel), Thompson prit sa retraite de l’armée en novembre 1914 et accepta un emploi comme Ingénieur en chef de la Remington Arms Company. Avec cette société, il a supervisé la construction de l’usine Eddystone à Chester, en Pennsylvanie, alors la plus grande usine d’armes légères au monde. Lorsque les États-Unis sont finalement entrés dans la guerre en 1917, Thompson est retourné à l’armée et a été promu au rang de brigadier général. Il a occupé le poste de directeur des arsenaux pendant toute la durée de la guerre, dans la mesure où il supervisait toute la production d’armes légères pour l’armée. Thompson a décidé d’utiliser les mêmes munitions de calibre 45 dans la mitrailleuse Thompson que celles qu’il avait examiné pour être utilisées dans le Colt M1911. L’arme a été brevetée en 1920, mais la principale source de contrats s’est tarie avec l’armistice. Thompson a donc commercialisé l’arme aux forces de maintien de l’ordre, qui l’ont acheté dans des quantités respectables.

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Entre 1921 et 1922, la Colt’s Firearms Manufacturing Company, à Hartford, Connecticut a fabriqué 15 000 Thompson Model 1921A pour l’Auto-Ordnance Corporation. Les crosses et les poignées étaient fabriquées par Remington U.M.C. En 1923, sort un second modèle sous la dénomination M1923 et il s’agit d’une tentative ratée d’accroitre la portée de l’arme en le dotant d’un canon plus long, d’un bipied et d’une munition dédiée plus puissante, le .45 Remington-Thompson. A partir de 1926 le M1921A sera suivi du M1921AC, un modèle équipé d’un frein de bouche (Cutts Compensator) afin de réduire les effets du recul et le relèvement de l’arme dans le cas de tir en rafale. L’arme est elle toujours dotée d’une crosse d’épaule amovible et d’une seconde poignée pistolet placée sous la garde. En 1927, une version semi-automatique (c’est à dire ne pouvant pas tirer en rafale !) dérivée du modèle M1921 en quelques exemplaires, sort pour alimenter le marché civil sous le nom de M1927. En fait, il s’agit d’un M1921 modifié, et il était facile de faire la modification inverse pour en faire une arme capable de tirer en automatique en changeant le mécanisme interne.

Avec le modèle 1928 (M1928) il s’agit de la première fois que la Thompson sera largement utilisée par les forces militaires, avec la Marine américaine (US Navy) et le Corps des marines américain (US Marines Corp) comme acheteurs principaux dans les années 1930. Le Modèle 1928 original était un modèle 1921 avec une cadence de tir ralentie, une exigence de la marine américaine. Sur ces armes, le numéro de modèle « 1921 » a été mis à jour en ajoutant un « 8 » sur le dernier « 1 ». En 1928, « Federal Laboratories Inc » a repris la distribution des Thompson. Les modèles M1921A ont été vendus en petites quantités à l’United States Postal Inspection Service (pour protéger le courrier) et au corps des Marines. Les Marines utilisaient leurs Thompsons dans les Banana Wars… le nom est rigolo, la réalité l’est moins) et en Chine. L’arme était populaire auprès des Marines comme une arme de défense ponctuelle pour contrer les embuscade des guérilleros nicaraguayens. Ainsi une équipe de quatre hommes avait autant de puissance de feu qu’une équipe de neuf hommes armés de fusils.

Certains des premiers lots de Thompsons ont été achetés en Amérique par des agents de la République d’Irlande, notamment Harry Boland. Le premier test d’une Thompson en Irlande a été effectué par le commandant de la brigade West Cork, Tom Barry, en présence du leader de l’IRA, Michael Collins. Au total, 653 armes ont été achetées, mais 495 ont été saisis par les autorités douanières américaines à New York en juin 1921. Les autres ont fait leur chemin vers l’armée républicaine irlandaise via Liverpool et ont été utilisées au cours du dernier mois de la guerre d’indépendance irlandaise ( 1919-21). Après une trêve avec les Britanniques en juillet 1921, l’IRA a importé plus de Thompsons et elles ont été utilisés dans la guerre civile irlandaise suivante (1922-23).

En 1929, Auto-Ordnance était au bord de la liquidation. La société avait vendu seulement 10300 armes et avait plus de 2 millions de dollars de dettes. L’affaire n’a été sauvée que par le refus obstiné du fils de Thompson de fermer. John Thompson est décédé le 21 juin 1940. Quelques semaines plus tard, le gouvernement des États-Unis a effectué les plus grandes commandes jamais enregistrées pour l’arme. Avec l’Europe déjà en guerre et l’entrée de l’Amérique dans le conflit, Washington avait besoin de dizaines de milliers d’armes à feu pour ses GI. Dans les années 20 et 30, il semble évident que la Thompson est un arme emblématique. Si l’arme n’est pas une arme courante, elle est néanmoins déjà célèbre. L’investigateur qui achète une Thompson est donc soit un agent des forces de l’ordre, soit un criminel… et avec des moyens financiers suffisants.

Le Browning Automatic Rifle (BAR)

En février 1917, Browning présente les premiers prototypes de ce qui deviendra le Browning Automatic Rifle. L’armée américaine adopte le fusil-mitrailleur l’année même mais la production ne sera en masse qu’à partir de l’été 1918 et les premiers fusils-mitrailleurs arriveront en Europe qu’à partir de septembre. L’arme continuera d’évoluer après la Première Guerre mondiale et la variante 1918A2 sera la plus produite et la plus utilisée.

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