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Le mouvement des gilets jaunes a marqué un tournant dans l'histoire récente de la France, notamment en raison des blessures graves infligées aux manifestants par les lanceurs de balles de défense (LBD), communément appelés flashballs.

C'était il y a cinq ans jour pour jour (le 17 novembre 2018) : première manifestation de gilets jaunes en France. S'en étaient suivis de nombreux samedis de manifestations partout en France. Au Pays basque, les rassemblements ont dans l’ensemble été calmes, mais il y a eu aussi des drames.

Le Cas de Lola Villabriga

C’est ce qui est arrivé à Lola Villabriga le 18 décembre 2018 à Biarritz. Alors âgée de 19 ans et étudiante à l'école des arts de Biarritz, elle assiste à une manifestation des gilets jaunes au cours de laquelle elle reçoit un tir de flashball en plein visage. En cette date anniversaire du début du mouvement, elle dit sans détour que cet accident a profondément bouleversé sa vie.

"Cinq ans plus tard, on essaie toujours de remonter la pente. Il y a toujours des papiers, des procédures, voir des médecins, mais bon, ça va quand même mieux, mais le chemin est encore long."

Lola est de retour au Pays basque depuis un an maintenant pour mener sa vie professionnelle et peut-être entamer une nouvelle formation. Elle s'efforce d'aller vers l’avant. "Aujourd’hui, je suis sorti de la colère que j'ai pu avoir à un moment donné, ça va de mieux en mieux, mais c'est quand même long."

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La Colère Face à l'État

La colère, elle était contre l'État français tout d’abord : *"S**ubir des violences de la part de son pays, c'est hyper violent. Les institutions, on est censé pouvoir se reposer dessus, et là, on se fait tirer dessus au sens propre. *Je me sentis mise en danger par des décisions de mon propre pays."

La jeune femme s’estime chanceuse car "dans les cas de violences policières, ça arrive très peu souvent que les fonctionnaires soient condamnés", mais elle ne digère pas la condamnation à une "simple" amende alors qu'elle a été défigurée. "J'attendais une punition plus symbolique, comme une interdiction de port d'arme pendant un certain temps ou qu'il n'ait plus le droit d'être fonctionnaire et payé par nos impôts. On prend une amende quand on brûle un stop, pas quand on blesse quelqu'un."

Un Engagement Politique Renforcé

Aujourd’hui, Lola reste une militante active. Elle reconnaît que son engagement politique s’est accentué sans pour autant adhérer à une association, un syndicat ou un parti, sauf au collectif "Les mutilés pour l'exemple", qui soutient les blessés dans leurs démarches médicales, juridiques ou qui ont besoin d’une écoute.

Le mouvement des gilets jaunes, Lola dit l’avoir "dans le cœur", "parce que finalement, c'était quelque chose. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de gens qui se rendent compte que ces gens-là avaient raison de s'exprimer, parce qu'on voit qu'en fait la situation est encore pire aujourd'hui… soit on finit tous pauvres, soit il faut que ça reparte."

L'Usage des LBD et les Blessures Graves

Lors des manifestations des Gilets jaunes, plusieurs personnes ont été grièvement blessées par des tirs de LBD 40, ce lanceur de balles de défense qui a remplacé le flash-ball.

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Lors de la manifestation parisienne du 1er décembre, David, tailleur de pierre de 31 ans, avait été atteint à la mâchoire par un tir de LBD 40. David Deléarde GILETS JAUNES - Il en a pour deux ans de reconstruction faciale.

Selon son récit de la journée, le gilet jaune assure être "tombé" sur des CRS alors qu'il tentait de quitter les lieux avec sa compagne et que la tension "montait" dans les rues de Paris.

Dans son appel aux dons, il raconte : "Arrivés à vue d'œil à environ 10 mètres des CRS, l'un d'eux me fait un tir avec une balle LBD 40x46mm en pleine mâchoire", détaille David, alors qu'un tireur de flashball devrait viser le torse ou les membres supérieurs, mais jamais la tête.

Selon une enquête d'Envoyé spécial diffusée le 13 décembre dernier, David a décidé de "saisir la justice" contre l'État avec l'aide d'une avocate qui milite pour l'interdiction des balles en caoutchouc et des grenades GLI-F4, un autre engin policier responsable de mutilations.

Depuis un mois, le flashball, aussi appelé "lanceur de balles de défense (LBD)", a provoqué de nombreuses blessures au cours des manifestations de gilets jaunes, ou en marge de la mobilisation des lycéens.

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Le Cadre Légal et les Controverses

L’usage de ces armes dites de force intermédiaire, car non létales, dans les opérations de maintien de l’ordre est encadré par la loi. Le principe défini par le code de la sécurité intérieure est celui d’un usage « en cas d’absolue nécessité et de manière strictement proportionnée ».

Des instructions signées du directeur général de la police nationale et du directeur général de la gendarmerie nationale précisent que les lanceurs de balles de défense peuvent être utilisés lors d’un attroupement susceptible de troubler l’ordre public « en cas de violences ou voies de fait commises à l’encontre des forces de l’ordre ou si les forces de l’ordre ne peuvent défendre autrement le terrain qu’elles occupent ».

Dans ce cas, il n’est pas nécessaire de faire des sommations. Néanmoins, le tireur est censé « s’assurer que les tiers éventuellement présents se trouvent hors d’atteinte afin de limiter les risques de dommages collatéraux ». Enfin, le tireur doit viser le torse ou les membres supérieurs. Jamais la tête.

Dans un rapport remis le 10 janvier au président de l’Assemblée nationale, le Défenseur des droits a recommandé l’interdiction des lanceurs de balles de défense dans des opérations de maintien de l’ordre en raison des risques liés à la nature même d’une manifestation où les personnes sont groupées et mobiles. « Le point visé ne sera pas nécessairement le point touché et la personne visée pourra ne pas être celle atteinte », écrit-il.

Le risque est de blesser grièvement une personne, et donc d’engager la responsabilité du tireur.

Condamnations et Réactions Judiciaires

Sept ans après les faits, un policier a été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir tiré au LBD-40 dans la tête d’un Gilet jaune en 2018, le blessant grièvement à la mâchoire.

Dans une décision « très mûrement réfléchie et débattue », le tribunal a tenu à rappeler que « l’atteinte à l’intégrité physique dans une manifestation ne peut être légalement justifiée que par un recours à la force strictement nécessaire et proportionné ».

Or, le LBD « constitue une arme de défense visant non pas une foule mais un individu particulier » tandis que « la menace représentée par David D. [n’a pas été] démontrée ».

Les circonstances particulières du tir qu’a défendu le policier, notamment « l’insuffisance d’effectifs » et le « manque de munitions », ont cependant poussé le tribunal à prononcer une peine « d’avertissement » afin « de ne pas entraver la poursuite de sa carrière. » L’agent Romain P. a donc été condamné à six mois de prison avec sursis.

Le LBD 40 : Spécificités et Usage

Le lanceur de balles de défense actuellement utilisé par la plupart des policiers et des gendarmes est le LBD 40, qui a peu à peu remplacé le flash-ball depuis début 2018, même si celui-ci est encore en circulation. Comme les autres lanceurs de balles de défense, il fait partie des armes non létales, dites de "force intermédiaire".

Voici les spécificités du LBD 40 :

  • Contrairement au flash-ball, le LBD se porte à l'épaule, comme un fusil. Il est de fait muni d'un viseur.
  • Ses balles sont de calibre 40 mm, contre 44 pour le flash-ball.
  • La portée de ses balles semi-rigides est plus longue.

Elle peut être employée en cas d'"attroupement" susceptible de troubler l'ordre public, "en cas de violences ou voies de fait commises à l'encontre des forces de l'ordre ou si elles ne peuvent défendre autrement le terrain qu'elles occupent". Le lanceur de balles de défense "peut constituer une réponse adaptée pour dissuader ou neutraliser une personne violente et/ou dangereuse".

Bilan des Blessures

Il n'existe pas de bilan officiel du nombre de blessés par LBD dans les manifestations des Gilets jaunes.

D'après le décompte du service de fact-checking de Libération , qui s'appuie sur les travaux du collectif militant "Désarmons-les", au moins 69 "gilets jaunes" ou journalistes ont été blessés par des tirs de LBD depuis le début de la mobilisation et au moins 14 d'entre eux ont perdu l'usage d'un oeil.

Tableau Récapitulatif des Blessures et Conséquences

Type de Blessure Conséquences Exemples
Fracture de la mâchoire Difficulté à s'alimenter, douleurs chroniques David D.
Perte d'un œil Handicap visuel permanent, troubles psychologiques Jérôme Rodrigues
Arrachement de la main Handicap physique permanent, perte d'autonomie Antoine (Bordeaux)
Blessures au visage Cicatrices permanentes, troubles esthétiques et psychologiques Lola Villabriga

Ces chiffres et témoignages soulignent la gravité des blessures causées par les LBD lors des manifestations des gilets jaunes et posent des questions importantes sur l'usage de ces armes par les forces de l'ordre.

tags: #flashball #gilet #jaune

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