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Le groupe Cybergun, qui a pris le contrôle de l’entreprise familiale stéphanoise début 2022, se trouve actuellement au cœur de plusieurs actualités concernant ses contrats d'armement et la situation financière de sa filiale Verney-Carron.

Redressement Judiciaire de Verney-Carron

Le groupe Cybergun a annoncé avoir sollicité l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Saint-Etienne le 11 février pour sa filiale Verney-Carron. Contactée, sa direction assure qu’il s’agit avant tout d’une étape préalable d’un processus visant à concrétiser l’entrée majoritaire dans le capital de Verney-Carron d’un « acteur mondial » de l’armement de petit calibre.

Le « gérant » Cybergun et « représentant de la gérance » de Verney-Carron, Hugo Brugière, est catégorique : la sollicitation d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire ce mardi 11 février auprès du Tribunal de commerce de Saint-Etienne est, au contraire, à interpréter comme une avancée décisive dans l’objectif de concrétiser l’entrée au capital d’un industriel majeur, capable d’assumer les ambitions de développement qu’il porte à Verney-Carron.

Acquisition de Verney-Carron par Cybergun

En rachetant Verney-Carron, Cybergun a ainsi repris le plus ancien manufacturier d’armes en France et la « dernière entreprise française à posséder en son sein tous les savoir-faire et capacités pour concevoir et fabriquer des armes de petits calibres ». C’est-à-dire les fusils d’assaut individuels équipant l’Armée dont la souveraineté de production, auto-détruite par l’Etat au tournant des années 1980 / 1990 - Saint-Etienne et ses Manuchards en savent quelque chose - puis totalement négligée pendant des décennies est brusquement réapparue comme pertinente aux yeux des décideurs publics début 2022 (précisons que le processus de rachat de Verney-Carron avait été activé par Cybergun avant la guerre en Ukraine).

Avec une activité traditionnellement très tournée vers les fusils de chasse, les armes de collection puis de sécurité, son orientation vers les fusils militaires sortis de sa R&D (UCD 15, et l’UCD 10 dit de précision) n’avait pas obtenu les marchés espérés, ceux de de la France, par exemple. L’Etat arguant, non du manque de qualité des armes, mais d’une capacité de production trop faible quand l’entreprise stéphanoise rétorque qu’une commande ferme aurait justement permis ces investissements nécessaires…

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De quoi contribuer fortement à la procédure de sauvegarde de l’entreprise fin 2021 dont le chiffre d’affaires était tombé à un peu moins de 8 M€ à la clôture de l’exercice février 2021 / février 2022 contre 16 M€ en 2016, juste avant d’être finalement rachetée par Cybergun.

Contrat avec l'Ukraine

Cybergun, acteur mondial du tir de loisir, vient d’annoncer que sa filiale Verney-Carron, plus ancien manufacturier d’armes français, a signé un contrat-cadre avec la société d'État ukrainienne Ukrspecexport d’un montant record de 36 millions d’euros. Ce contrat-cadre prévoit la fourniture par Verney-Carron de 10 000 fusils d’assaut, 2 000 fusils de précision et 400 lance-grenades. Cet accord témoigne du renforcement continu des relations bilatérales entre la France et l'Ukraine en matière de coopération en défense.

Les livraisons de lots de qualification sont prévues début 2024. Les premières livraisons en série sont prévues six mois après l’exécution du contrat-cadre, sous réserve de l’obtention par Verney-Carron des autorisations d’import-export nécessaires entre la France et l’Ukraine dans le domaine des armes. Le processus de livraison s’étalera pendant dix mois, permettant à l’entreprise stéphanoise d’adapter son outil de production aux volumes engagés.

Hugo Brugière, PDG de Cybergun et représentant de Verney-Carron Développement, déclare : « Je tiens, au nom de l’ensemble des équipes de Verney-Carron et de Cybergun à exprimer ma profonde gratitude envers le ministère des Armées, le député de la Loire Quentin Bataillon, le député du Rhône Thomas Gassilloud, Président de la Commission de la défense nationale et des forces armées, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’ensemble des services de l‘État qui ont contribué de manière significative à la conclusion de cet accord historique. Cette collaboration témoigne de l’engagement des sociétés Verney-Carron et Cybergun envers la sécurité internationale et la coopération entre les nations. »

Cependant, le contrat attend l’activation de Kiev selon Cybergun. Or, en attendant d’éventuelles commandes de l’Etat français qui ne tombent toujours pas, la vente sous son parrainage (et co-financement), de 12 000 fusils à l’Ukraine aurait dû mettre au fabricant le pied à l’étrier en 2024. Un contrat qu’Hugo Brugière disait « en danger » auprès de nos confrères du Progrès il y a un an et le début d’une brouille plus ou moins grave avec la DGA dont il pointait dans ces colonnes l’insuffisance de soutien.

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Et comme il y a 7 mois, Hugo Brugière nous confirme que la balle est toujours en attente de rebond dans le camp du gouvernement ukrainien, le contrat étant prêt à être activé dès que Kiev aura donné son feu vert. Hugo Brugière, le PDG de Cybergun craint même l’annulation du contrat. Dans un article de La Tribune du 21 février, il évoque un manque de soutien de la DGA (Direction générale de l’armement), aux dires de ses contacts ukrainiens.

La DGA signale dans son courrier que le ministère de la Défense ukrainien n’a jamais demandé la prise en charge de ce contrat par le fonds de soutien national. «Il n’a même jamais abordé ce sujet, ni fait figurer les armes de petit calibre dans ses listes de priorité qu’il nous adresse régulièrement ».

Difficultés Financières et Recherche de Partenaires

Ce n’est pourtant pas faute d’investir via un plan à 20 M€ dont 12 M€ ont été consommés à ce jour, nous précise Hugo Brugière. Cela afin d’éponger en partie les dettes (elles s’élevaient originellement à un total de 10 M€ dans le cadre du plan de sauvegarde hors de celles dites « courantes » liées à l’activité en soi) mais aussi moderniser l’appareil de production et recréer du stock.

Hélas, ni l’usine, ni cet objectif de chiffre d’affaires n’ont été concrétisés à ce jour. Et le dernier CA connu - celui 2023 - de Verney-Carron tenue à l’exigence de la discrétion, cotation boursière oblige, restait stationnaire à 5,45 M€ avec des pertes s’élevant à plusieurs millions.

« Dans un projet économique, les choses ne se passent pas toujours comme on l’espère, comme on tente de le faire, selon les objectifs initiaux posés. Et oui, Verney-Carron perd de l’argent chaque mois. Mais ce contrat n’est pas annulé pour autant, pas plus que notre volonté de relance, nos ambitions et l’idée d’une nouvelle usine, assure le dirigeant. »

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Un processus de recherche a en effet été lancé il y a plusieurs mois, « ciblant exclusivement des acteurs industriels. L’objectif est de doter l’entreprise des moyens industriels en plus de ceux financiers de soutenir une stratégie à long terme, dans le prolongement de son héritage séculaire, et d’une expertise complémentaire. Les fonds d’investissements ont ainsi été écartés du processus », indique le communiqué.

Parmi les nombreux candidats identifiés, trois ont été présélectionnés et les discussions se concentrent aujourd’hui avec un acteur majeur de l’armement de petit calibre au niveau mondial.

Selon les articles de plusieurs de nos confrères, il s’agirait du Belge FN Browning Group (ex FN Herstal Group), d’une toute autre dimension avec ses 3 000 collaborateurs et 908 M€ de CA (75 M€ de bénéfice) en 2023, déjà acquéreur du fabricant français de munitions de chasse Sofisport en novembre dernier. La Région wallonne de l’Etat fédéral belge en est l’unique actionnaire via Wallonie Entreprendre.

Résultats Semestriels de Cybergun

CYBERGUN, acteur mondial du tir de loisir, publie ses résultats semestriels 2024 non audités. Afin de donner une vision analytique de son activité et de sa performance économique, CYBERGUN ventile son chiffre d'affaires et son résultat d'exploitation en 3 pôles.

Le chiffre d'affaires consolidé ressort à 24,0 MEUR, contre 28,3 MEUR au 1er semestre 2023, le retrait d'activité du pôle Civil (cession en cours) et de VERNEY-CARRON (attente de l'exécution du contrat-cadre ukrainien) étant partiellement compensé par la croissance d'ARKANIA. Le résultat d'exploitation annuel ressort à -5,2 M€, contre -2 M€ au 1er semestre 2023, là encore du fait des contre-performances du pôle Civil et de VERNEY-CARRON.

A fin juin 2024, CYBERGUN affichait des capitaux propres de 14,0 MEUR et une dette financière brute de 8,6 MEUR composée à 75% d'obligations ou d'engagements devant être remboursés en actions.

Hugo BRUGIÈRE, Gérant de CYBERGUN, déclare : « Nous avons énormément travaillé au cours de ce semestre à définir le potentiel et l'enjeu stratégique pour chacune de nos activités. La cession du pôle Civil constitue une première étape fondamentale qui démontre que la valeur de nos actifs est très largement sous-estimée.

Tableau des Résultats par Pôle

En KEUR, non audité S1 2023 S1 2024
Pôle Civil
Chiffre d'affaires 17 193 11 843
Résultat d'exploitation (589) (2 911)
ARKANIA
Chiffre d'affaires 8 553 10 432
Résultat d'exploitation (915) 691
VERNEY-CARRON
Chiffre d'affaires 2 548 1 700
Résultat d'exploitation (495) (2 952)

Convention de Partenariat avec la DGA et l'Armée de Terre

VERNEY-CARRON, la DGA et l'armée de Terre ont signé une convention de partenariat destinée à enrichir la réserve industrielle de défense (RID). Dans ce cadre, 12 intentions à servir dans la réserve ont été signées avec des réservistes identifiés par le groupe CYBERGUN et mobilisables en cas de besoin.

tags: #contrat #armement #Cybergun #actualités

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