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Les ventes d'armes à l'Arabie saoudite ont toujours été un sujet sensible, suscitant des débats passionnés et des controverses internationales. Au cœur des discussions, on retrouve des sommes colossales, des équipements militaires de pointe et des enjeux géopolitiques majeurs. Cet article se penche sur les détails de ces contrats, en mettant en lumière les acteurs clés, les chiffres et les implications de ces transactions.

L'accord de 142 Milliards de Dollars : Un Contrat Historique

Un communiqué de la Maison-Blanche a révélé un contrat de ventes d’armes avec l’Arabie saoudite d'un montant de 142 milliards de dollars. Mohamed ben Salmane, dit MBS, revendique ce contrat. Selon le communiqué, le contrat de défense va permettre à la monarchie saoudienne de se procurer "des équipements militaires de pointe auprès d’une douzaine d’entreprises de défense américaines", en particulier dans les missiles, la sécurité maritime, les systèmes de communication et la défense aérienne. Ce serait "le plus grand contrat d’armement de l’histoire".

Cet accord fait partie d’un ensemble plus vaste de promesses d’investissement, d’un montant avancé de 600 milliards de dollars, entre les deux pays amis.

Cependant, Bruce Riedel, ancien analyste à la CIA et conseiller à la Brookings Institution, observe que "C’est une excellente publicité, qui donne l’impression que ce voyage a été un succès spectaculaire". "Mais les chiffres ne concordent pas", poursuit le professeur.

Comparaison avec les Dépenses Militaires Saoudiennes

Les dépenses militaires saoudiennes en 2024 étaient de 80,3 milliards de dollars, selon des estimations de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Le royaume se place au 7e rang mondial en termes de budget alloué à la défense.

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Les Chiffres Vertigineux des Contrats d'Armement

Pour le premier déplacement à l’étranger du second mandat de Donald Trump, en dehors des funérailles du pape François, les annonces de contrats pleuvent. 20 milliards de dollars investis par la société saoudienne DataVolt sur l’intelligence artificielle aux Etats-Unis, ou encore 80 milliards de dollars de contrats technologiques impliquant Google, Uber, les éditeurs de logiciels Oracle et Salesforce et le fabricant de semi-conducteurs AMD.

MBS, de "paria" à partenaire "Il n’y a jamais eu de tournée pouvant rapporter, au total, 3 500 à 4 000 milliards de dollars en seulement quatre ou cinq jours", s’est vanté le président des Etats-Unis ce jeudi, lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise à Doha, la capitale du Qatar, où il poursuivait sa visite dans la région.

210 avions (160 et 50 en option) du constructeur américain Boeing ont été commandés par la compagnie Qatar Airways, pour une valeur de 96 milliards de dollars, annonçait la Maison-Blanche ce mercredi. Quelques heures avant, Donald Trump parlait de "200 milliards pour 160 avions". Une illustration du flou sur les chiffres exacts.

Historique des Engagements et Réalisations

Lors de son premier voyage présidentiel en 2017, en Arabie saoudite, le milliardaire républicain avait signé avec MBS un engagement pour 110 milliards de dollars de dépenses saoudiennes en armes américaines. Une trentaine de milliards de dollars de ventes militaires à Riyad ont pour l’instant découlé de cet accord, d’après une fiche d’information du 20 janvier dernier du département d’Etat.

En 2021, Joe Biden prononçait un arrêt de la vente d’armes à l’Etat du Golfe. Le démocrate avait promis de traiter le royaume en "paria", notamment en raison de l’assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi. De retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump s’est empressé de rétablir une relation (très) étroite avec le prince héritier saoudien.

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La France et l'Arabie Saoudite : Une Relation Complexe

Accusée de commettre des crimes de guerre au Yémen, l’Arabie saoudite est devenue une obsession de la République française, version François Hollande. Un rapide coup d’œil aux visites bilatérales démontre l’activisme forcené de l’équipe de l’actuel président depuis son élection : sur 39 visites bilatérales depuis 1926 et la reconnaissance d’Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud, fondateur du Royaume, 15 se sont déroulées entre novembre 2012 et la fin de l’année 2014, date à laquelle, sans doute lassée, l’ambassade de France à Riyad a arrêté sa comptabilité.

À lui seul, le président de la République française a honoré le Royaume de deux visites d’État, en 2012 et 2013, et une troisième le 24 janvier 2015, au lendemain de l’annonce du décès du roi Abdallah. En fin d’année dernière, Manuel Valls s’est encore rendu à Riyad.

Les Contrats de 2017 et leurs Suites

Il y a exactement huit ans, à la faveur d’une visite du président Trump à Riyad, l’Arabie saoudite avait pris l’engagement d’acquérir des équipements militaires américains pour un montant, record, de 109 milliards de dollars. Cet accord marquait un retour aux fondamentaux de la politique étrangère américaine, l’administration Obama [2009-17] ayant fait le choix d’adopter une attitude plus souple à l’égard de l’Iran, quitte à inquiéter, si ce n’est à mécontenter, les monarchies sunnites du golfe Persique.

Cependant, l’année suivante, l’engagement militaire saoudien au Yémen et, surtout, l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, suscitèrent une certaine hostilité du Congrès à l’endroit de Riyad. Puis, en 2021, l’administration Biden imposa au royaume un embargo sur les ventes d’armes « offensives »… Embargo qui ne fut levé qu’en août 2024, les réalités politiques ayant fini par prendre le dessus.

Aussi, sur les 109 milliards de dollars d’achats annoncés en 2017, seulement 14,5 milliards purent effectivement se concrétiser. Et l’attitude de Washington poussa Riyad à considérer d’autres fournisseurs potentiels, comme la France [avec une commande potentielle de 54 Rafale], la Corée du Sud [acquisition du système de défense aérienne Cheongung II pour 3,2 milliards de dollars] et… la Chine.

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Le Retour de Donald Trump et les Nouvelles Perspectives

De retour à la Maison Blanche, M. Trump a visiblement repris les affaires là où il les avait laissées en janvier 2021. Fin avril, l’agence Reuters avança que les États-Unis s’apprêtaient à proposer à l’Arabie saoudite des contrats d’armement pour plus de 100 milliards de dollars. Ce montant était loin du compte.

En effet, ce 13 mai, lors d’une nouvelle visite de M. Trump à Riyad dans le cadre d’une tournée diplomatique au Moyen-Orient, la Maison Blanche a annoncé que les États-Unis et l’Arabie saoudite venaient de conclure le « plus important accord de vente d’équipements militaires de l’histoire », avec un montant ayant atteint les 142 milliards de dollars.

« Les ventes que nous avons l’intention de réaliser se répartissent en cinq grandes catégories, à savoir : le développement des forces aériennes et des capacités spatiales, la défense aérienne et antimissile, la sécurité maritime et côtière, la sécurité des frontières et la modernisation des forces terrestres ainsi que la mise à niveau des systèmes d’information et de communication », a indiqué la présidence américaine, sans préciser la nature des équipements vendus.

Cette liste est, peu ou prou, la même que celle qui avait été donnée en 2017, à la différence qu’elle ne mentionne pas la « lutte contre le terrorisme ». Ces contrats d’armement s’inscrivent dans un « accord de partenariat stratégique et économique » d’un montant total de 600 milliards de dollars.

Équipements Potentiellement Concernés

Parmi les équipements susceptibles d’être commandés par Riyad, il est probable que les drones MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] MQ-9B SkyGuardian [ou SeaGuardian] de General Atomics en fassent partie étant donné qu’il a été question, pendant un temps, d’un possible contrat d’une valeur de 20 milliards de dollars. Le F-15EX [ou Eagle II] pourrait être sur la liste, cet appareil ayant été proposé à la Force aérienne royale saoudienne [RSAF] par Boeing en mai 2024. De même que le chasseur-bombardier F-35A de Lockheed Martin.

Des sources de l’agence Reuters ont fait état de « discussions » sur une possible commande saoudienne… mais rien ne dit qu’elles aboutiront, en raison du « Qualitative Military Edge » [QME, avantage militaire qualitatif], lequel impose aux États-Unis de garantir à Israël la supériorité militaire au Moyen-Orient.

Pour le moment, l’une des rares certitudes est que l’Arabie saoudite obtiendra un lot de 1 000 missiles air-air AIM-120C8 AMRAAM pour un coût estimé à 3,5 milliards de dollars, un avis autorisant cette vente potentielle ayant été émis par la Defense Security Cooperation Agency [DSCA, chargée des exportations d’équipements militaires américains, ndlr] le 2 mai.

Les Critiques et Controverses Autour des Ventes d'Armes

Le Parlement européen a voté à deux reprises pour l’interdiction de vente d’armes à l’Arabie saoudite. Le Canada suspend toute nouvelle demande d’exportation d’armes vers Riyad, et réfléchit à suspendre un contrat de véhicules blindés légers.

Cette guerre à la fois civile et régionale a contraint des millions de Yéménites à devenir des réfugiés dans leur propre pays, les jetant dans l’insécurité alimentaire et autres privations désastreuses, dues notamment au blocus de fait imposé par la coalition - au prétexte de lutter contre les trafics d’armes - qui a surtout eu pour effet d’entraver le commerce maritime ou aérien en produits de première nécessité.

Malgré cela, des gouvernements - principalement les États-Unis, la France et le Royaume-Uni - poursuivent non seulement la vente de tout type de matériel de guerre en direction des pays de la coalition, mais également des activités de maintenance et de conseil sur le terrain.

Le dit gouvernement français ne reconnaît pas pour autant au tribunal administratif de droit de regard quelconque sur la régularité et la conformité des procédures d’exportation d’armes.

Interrogé le 12 octobre dernier, Emmanuel Macron avait déclaré qu’il était « faux de dire que l’Arabie saoudite est un grand client aujourd’hui de la France », et parlé de « démagogie » à propos des demandes de suspension des ventes françaises. S’il est vrai que les relations franco-saoudiennes ont connu quelques difficultés ces dernières années, le royaume est resté de fait le deuxième plus gros client des entreprises de défense françaises, après l’Inde.

Ceci explique, selon le Stockholm international peace research institute (SIPRI), que Paris cherche à se re-positionner sur ce marché, en « ne prenant pas en considération certaines caractéristiques du régime ». Des négociations sont en cours notamment pour la vente de cinq corvettes type Gowind (un marché de 1,5 milliard d’euros pour Naval group). Des stagiaires de la Royal Saudi Air force sont en formation, en France, en analyse d’images, pour progresser en matière de ciblage.

Auditionnée le 18 octobre dernier par la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, la ministre des armées Florence Parly avait fait valoir à propos des ventes d’armes en général qu’elles « font l’objet d’une analyse au millimètre près (…) qui prend en compte des critères très nombreux parmi lesquels la nature des matériels exportés, le respect des droits de l’homme, la préservation de la paix et de la stabilité régionale (…). Elles concourent aussi à notre autonomie stratégique (…). De plus en plus, notre base industrielle et de défense a besoin de ces exportations d’armements ».

Et de préciser : « On ne peut pas faire totalement abstraction de tout l’impact que tout ceci a sur nos industries de défense et nos emplois ».

Bruno Le Maire, ministre français de l’économie, estime de son côté que ce n’est « pas la peine de produire [tous ces équipements] si ce n’est pas pour les vendre ».

La ministre Florence Parly expliquait ainsi en février 2018 que « l’utilisation des armes, une fois livrée, est normalement encadrée, mais les conflits peuvent évoluer (…). Beaucoup de pays sont confrontés à cette situation : avoir livré des armes à d’autres pays alors que ces armes n’étaient pas censées être utilisées [au Yémen] ».

Tableau Récapitulatif des Contrats et Engagements

Année Événement Montant (en milliards de dollars) Détails
2017 Visite de Donald Trump à Riyad 109 Engagement d'acquisition d'équipements militaires américains
Mai 2017 Signature de contrats d'armement >100 Contre-terrorisme, sécurité maritime, forces aériennes, défense antimissile et cybersécurité
Mai 2024 Proposition de contrats d'armement 100 Proposition de contrats d'armement par les États-Unis
13 Mai Nouvelle visite de Donald Trump à Riyad 142 Accord de vente d'équipements militaires
N/A Qatar Airways 96 Commande de 210 avions Boeing
N/A Corée du Sud 3.2 Acquisition du système de défense aérienne Cheongung II

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