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La période des années 1800 est remplie d’histoires d’armes à feu, de chasse, et de tir, pour ce pays relativement jeune qu’était l’Amérique. Les armes à feu avaient été des outils de tous les jours pour les premiers colons, le tir à la cible était déjà devenu une tradition américaine, et l’adresse était une qualité que les Américains admiraient et à laquelle ils aspiraient. On apprenait aux femmes à se servir d’une arme pour l’auto-défense, on enseignait aux jeunes garçons les rudiments du maniement des armes en toute sécurité, et on les éduquait constamment pour les perfectionner en matière de précision dans leur façon de tirer. Pour le tireur, pour le chasseur, ou pour l’amateur d’armes, c’était vraiment là une époque formidable pour y vivre et en faire partie.

Le Défi International de Tir

« Aux tireurs d’armes d’épaule des Etats Unis…» Ces mots furent le premier contact de l’Irish Rifle Team aux tireurs américains pour un challenge international en 1873. Le Major Arthur B. LEACH, capitaine de l’équipe du Irish Rifle, avait lancé le défi « aux tireurs d’armes d’épaule des Etats Unis » par une annonce dans le New York Herald, pour tirer un concours en Amérique et créer un championnat du monde !

Entre-temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les tireurs puristes en costume des îles britanniques se mesuraient depuis de nombreuses années dans des compétitions à longue distance. Les Anglais avaient un excellent stand à 1000 yards à Wimbledon, qu’ils utilisaient régulièrement, et en 1862, les Britanniques remirent le Elcho Shield Trophy comme récompense aux Ecossais pour avoir gagné le concours. Ce match à longue distance, qui devint un événement sportif annuel fameux, se jouait à 800, à 900 et à 1000 yards.

En 1873, l’équipe du Irish Rifle Team ne réussit pas non seulement à remporter le Elcho Shield Trophy, mais atteignit un tel score contre l’Angleterre et l’Ecosse, qu’elle exprima l’opinion publique en disant qu’elle était peut-être la meilleure du monde ! Ce n’était pas là une simple petite déclaration, car les matches de Wimbledon étaient considérés par beaucoup comme les démonstrations d’habileté les plus importantes du monde.

C’est pourquoi, l’équipe irlandaise pensait que, si elle devait être LA championne du monde, il lui fallait lancer un défi aux tireurs américains et en sortir victorieuse. En 1873, la N.R.A. ( National Rifle Association of America ) n’avait que deux ans et n’était manifestement pas présente sur la scène des tireurs internationaux, car les Irlandais ne savaient même pas à qui adresser leur défi officiellement. C’est pourquoi, le Major LEACH, ignorant l’existence de la toute nouvelle N.R.A., fit placer une annonce dans le journal New York Herald, dans l’optique d’un effort sincère pour attirer l’esprit sportif de l’Amateur Rifle Club de la ville de New York.

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La N.R.A., apparemment froissée, ignora le défi, mais l’Amateur Rifle Club, dans un élan audacieux, l’accepta en Février 1874. Les bases étaient donc en place pour le premier match international à l’arme longue aux Etats Unis d’Amérique. Les modalités du match et l’ordre de tir étaient les suivants : Les équipes irlandaise et américaine seraient composées chacune de six tireurs. Les tirs s’effectueraient en quinze coups pour chaque équipier, de 800, 900 et 1000 yards, à un endroit et une date à déterminer par l’Amateur Rifle Club de New York.

Le recul est bien sûr un merveilleux chroniqueur dans l’histoire, et cet événement mondial, vu selon nos standards actuels, nous donne un aperçu précis sur l’esprit colonial, sinon la ténacité américaine des premiers jours. En effet, l’année précédente ( 1873 ), le club n’avait tiré que cinq matches à juste 500 yards ! En plus d’un manque d’expérience, de matériel et de réputation en longue distance, les américains avaient encore à choisir l’équipe de leurs représentants nationaux. Rappelez-vous, le match n’était loin que de sept mois !

La presse s’empara immédiatement de l’affaire et s’empressa de tenter de tourner l’événement en ridicule. Il faut garder à l’esprit qu’il y avait beaucoup d’immigrants irlandais en Amérique à cette époque, et leur fierté nationale dépassait de loin leur restants de patriotisme. Dans leur idée, il n’y avait aucune possibilité que l’équipe américaine, dont les membres restaient à choisir, pût vaincre la grande équipe de tir irlandaise.

Après tout, les membres de l’équipe irlandaise étaient des tireurs internationaux confirmés, et ils venaient juste de gagner contre les meilleurs tireurs à longue distance d’Angleterre et d’Ecosse. En plus de cela, l’équipe irlandaise tirait avec des armes fabriquées par l’un d’eux, le fameux John RIGBY. Ces superbes carabines, en calibre .45, étaient équipées d’excellents dioptres réglables à vernier pour la hauteur et, à l’avant, de guidons sous tunnel d’une très haute qualité. Vraiment, les carabines Rigby étaient considérées comme les meilleures armes de match du monde à l’époque.

Si l’esprit de fraternité des tireurs américains fut intimidée par le bagage impressionnant de l’équipe irlandaise, son agressivité et son sérieux ne le montrèrent certainement pas. Mais, comme pour rendre l’événement encore plus difficile, l’équipe de l’Irish Rifle Team posait quelques conditions avant d’entreprendre son voyage à travers l’Atlantique. Premièrement, l’équipe américaine devrait utiliser des armes fabriquées en Amérique. Deuxièmement, tous ses membres devraient être des citoyens Américains nés en Amérique. Et troisièmement, l’équipe des Etats Unis devrait avancer la mise de 100,00 Livres Sterling, soit 500,00 Dollars Américains, en dépôt légal comme assurance que l’équipe irlandaise rencontrerait bien les meilleurs tireurs d’Amérique. L’un après l’autre, toutes les conditions du défi furent remplies pat les américains.

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Les Préparatifs et le Choix des Armes

La firme E. Remington & Sons fut d’accord pour fabriquer des carabines de match capables de précision constante à longue distance, pour la moitié de l’équipe américaine. En plus de cela, elle accepta de faire don de la moitié des 500,00 $ réclamés pour l’enjeu. Pendant tout le printemps et l’été de 1874 , on procéda aux sélections et l’équipe américaine fut formée. Les six membres de l’équipe des Etats Unis furent : Henry FULTON, G.W. YALE, John BODINE, H.A. GILDERSLEEVE, L.L. HEPBURN et T.S. DAKIN.

Le 26 Septembre 1874 fut la date choisie pour le prestigieux événement sportif. Le match se tirerait sur le stand de Creedmoor, sur Long Island. Creedmoor était plutôt un pâturage, en comparaison de Dollymount en Irlande, où l’équipe irlandaise tirait habituellement. La législation de New York de 1871 autorisait l’achat et la construction par promulgation et publication de l’acte. L’Etat de New York acheta le terrain, la National Rifle Association finança cinq mille dollars pour la construction du pas de tir, et la municipalité des villes de New York et de Brooklyn contribuèrent chacune aux dépenses.

Les frères REMINGTON confièrent à leur très compétent Mr. HEPBURN la fabrication d’une carabine pour la longue distance. Lewis L. HEPBURN était le directeur général du service technique, il était aussi un tireur de grande renommée, et il était appelé à devenir l’un des membres de la première équipe américaine à Creedmoor. Comme base pour la carabine de précision Remington, HEPBURN choisit le fameux système à bloc roulant. Il conçut également une combinaison de guidon sous tunnel réglable en latéral pour le vent, et d’un dioptre à vernier à l’arrière. Ces carabines de tir Remington « Rolling block » furent mises en bois avec une crosse munie d’une poignée pistolet pour améliorer la tenue à longue distance.

La contribution de la firme Sharps Rifle Company à la première épreuve de tir internationale de l’Amérique se matérialisa dans la carabine Sharps Modèle 1874, ce qui en fait était une fausse appellation puisque l’arme avait été mise sur le marché en 1871. Cette arme avait surtout été utilisée par les chasseurs de peaux dans l’Ouest. Les chasseurs de bisons connaissaient sa précision pour le tir à moyenne distance, et ils lui donnèrent une telle réputation qu’en 1876, le sobriquet de Old Reliable ( « La vieille sur qui on peut compter à tous les coups » ) fit partie des marquages sur le modèle « 74 Sport ».

Comme la Remington, la Sharps était chambrée pour la cartouche de calibre .44, chargée de 90 à 100 Grains de poudre noire sur une balle de 550 Grains légèrement durcie, probablement à 1 pour 50, avec une douille rallongée de deux pouces et quart à deux pouces cinq huitièmes pour pouvoir contenir le supplément de charge. La carabine Sharps Creedmoor était une superbe pièce de tir, pesant dix bonnes livres, avec un canon de trente quatre pouces équipé à l’avant d’un guidon sous tunnel et d’un niveau à bulle. A l’arrière, le dioptre à vernier était réglable jusqu’à 1300 yards.

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Les carabines destinées à cet événement furent livrées aux compétiteurs au début du printemps de 1874. La révélation au public de ces carabines Creedmoor spécialement faites, attira toute une volée de critiques car, voyez-vous, ces armes que l’on venait de faire se chargeaient par la culasse ! La plupart des tireurs des années 1800 étaient persuadés que seule une arme se chargeant par la bouche serait capable d’atteindre le summum de la précision, si nécessaire au tir de compétition à longue distance.

Faisant fi des railleries, des sarcasmes, et des remarques méprisantes que crachait à chaque fois le public, l’équipe américaine s’entraînait assidûment, espérant tout le temps que leurs efforts donneraient quelque chose de crédible contre la tant redoutée Irish Rifle Team. Ainsi, le scénario était bouclé pour l’un des plus grand évènements en matière de tir dans l’histoire du monde !

Pourtant, il s’agissait là de quelque chose de plus qu’une simple compétition mondiale en matière de standards de qualité, parce que les bases de la compétition étaient connues de tous, que ce soient des tireurs ou du public. D’un côté, nous avions une équipe inconnue de tireurs américains, rassemblée par les simples liens du tir sportif, dont aucun des membres n’avait la moindre expérience en matière de tir à longue distance au niveau international. De l’autre, nous avions la célèbre Irish rifle Team, fraîchement émoulue d’une magnifique victoire. En plus de cela, il y avait beaucoup à dire sur les armes utilisées par chacune des équipes. Les Irlandais étaient équipés des carabines Rigby à chargement par la bouche qui avaient fait leurs preuves, et les Américains avec des Sharps et Remington à chargement par la culasse, d’une qualité nouvelle qui restait à prouver, tout comme d’ailleurs les tireurs eux-même.

« C’est pourquoi ce match fut une compétition opposant , pas seulement des Américains à des Irlandais, mais la carabine à chargement par la culasse contre les armes de tir à longue distance se chargeant par la bouche » dira Ned ROBERTS plus tard. Creedmoor serait le test suprême pour les meilleurs tireurs Américains utilisant des armes américaines se chargeant par la culasse. Perdre cette compétition reviendrait à exposer une défaite aux yeux de meilleurs tireurs venant d’un pays étranger et utilisant du matériel censé être meilleur. De toutes les manières que l’on regardât la chose, c’était la réputation de l’Amérique toute entière qui était en jeu !

L'Attente et l'Entraînement Intense

Attisés par certains articles du New York Herald, les passions s’exacerbaient. Au fur et à mesure que la date de la compétition s’approchait, l’émotion gagnait la confrérie des tireurs, à la fois de ce côté-ci et à la fois de l’autre côté de l’Atlantique. Les tireurs américains, qui admettaient ne pas être trop sûrs de leurs armes à chargement par la culasse, prirent peu à peu confiance en leurs capacités à longue distance et en arrivèrent à respecter le potentiel de précision de leurs Sharps et Remingtons.

Les Américains continuaient à s’entraîner, en essayant du même coup de trouver les charges adéquates pour leurs carabines. Les jours passaient et les tireurs envoyaient d’innombrables coups, en recueillant un vaste catalogue de données, tout en accumulant plus d’expérience sur les réglages du vent et la gestion du mirage, et gagnant confiance en leur capacités à remporter le match.

Les Cibles de Creedmoor

Les cibles utilisées dans ce premier match international de tir à la carabine, furent appelées « Cibles Creedmoor ». Il s’agissait des cibles standard adoptées par la National Rifle Association en 1871 pour le tir à 800, 900 et 1000 yards. De forme rectangulaire, les cibles mesuraient six pieds de haut et douze pieds de long. La « mouche », de couleur noire, se composait d’un carré de trois pieds inscrit dans un carré rayé horizontalement qui mesurait six pieds sur six. Un coup dans la « mouche » comptait quatre points. Un impact dans ce carré rayé de six pieds, dit « centre », comptait trois points. Le « centre » était inscrit dans la partie « extérieure » de la cible « Creedmoor ». La partie « extérieure » s’étendait de deux pieds à gauche et deux pieds à droite du « centre ». De chaque côté du « centre », la partie « extérieure » mesurait donc deux pieds de large et six pieds de haut. Un impact dans la partie « extérieure » comptait deux points. On peut donc se rendre compte que le score le plus haut possible avec 15 coups serait de 60 points.

Quand le soleil commença à se lever dans le ciel rouge de ce matin du 26 Septembre 1874, la foule de supporters passionnés et d’amateurs se massait déjà du côté de Creedmoor. Pas moins de huit mille intéressés remontaient le petit chemin poussiéreux pour assister à cet événement international dont il avait tant été question partout. Depuis des mois, les journaux avaient stimulé les enthousiasmes presque chaque jour, et à présent des télégraphistes se tenaient prêts à envoyer les résultats à travers le reste du pays.

En ce Samedi historique, le temps était clair et assez chaud. Il y avait peu de nuages dans le ciel. Le vent, si peu qu’il y en eût, soufflait de face avec un léger travers vers la droite. Pour l’équipe américaine, ces conditions climatiques étaient idéales. L’absence de vent voulait dire qu’ils n’auraient pas à lutter avec ces désagréables organes de visée, pour lesquels ils manquaient tant d’expérience à ces longues distances. Par contre, la chaleur et l’humi...

Le Rôle du Traducteur Face aux Erreurs d'Origine: Le Cas d'Arno Schmidt

Que fait un traducteur quand, pan !, il se trouve devant une erreur dans l’original ? Certes, j’ai été confronté à cette question avant de me risquer à la traduction en néerlandais de Aus dem Leben eines Fauns, cependant, elle se révèle plus épineuse chez Arno Schmidt que chez d’autres.

Dans Scènes de la vie d’un faune (1953), Arno Schmidt réglait son compte avec le IIIe Reich. Le premier chapitre commence en février 1939, dans l’atmosphère belliqueuse annonçant la Seconde Guerre mondiale. Même si Heinrich Düring ne coïncide pas complètement avec Arno Schmidt, on reconnaît bon nombre d’éléments biographiques de l’auteur dans son personnage.

Arno Schmidt ressentit son travail d’employé de commerce comme une obligation dérangeante qui le détournait de la littérature. Dans une lettre du 24 avril 1935 à son ami de jeunesse Heinz Jerofsky, l’épistolier décrit comment il parvient à échapper au bureau abrutissant : « Je siffle doucement les premières mesures de Eine kleine Nachtmusik et voilà que la pièce a disparu et que lentement je marche dans des knickerbockers de velours noir à travers la fraîcheur nocturne d’un parc plein de bruissements. » Ce qui semble étonnamment analogue à la sortie de secours de la dactylo Krämer à la sous-préfecture de Düring : « la Krämer tira lentement dans le silence une fermeture à glissière et s’éloigna d’un pas métronomique, lointaines gouttes d’eau, sur ses mignons sabots, dans la forêt poudroyante. » Il est intéressant que, dans le commentaire qui suit, Arno Schmidt parle d’un « employé de commerce » (ce qui fait référence à la biographie de l’auteur), et non pas d’un « fonctionnaire » (comme on aurait dû lire dans le monde fictif de Düring !).

Plus tard dans le roman, Arno Schmidt bascule de nouveau du monde de la fiction dans celui de la réalité. Lorsque Heinrich Düring - dans le troisième et dernier chapitre, qui se passe en août/septembre 1944 - remarque que le sous-préfet ne porte plus la croix gammée, ceci est suivi de la parenthèse « pareil que chez nous Häusermann », un ajout qui reste un mystère à l’intérieur du roman, car le nom n’y apparaît nulle part ailleurs - et comme « chez nous » ne peut pas se référer à la préfecture, à quoi donc ? La réponse ne se trouve pas dans la vie de bureau de Heinrich Düring, mais dans celle d’Arno Schmidt : Erich Häussermann (avec double s) était le directeur commercial des Greiff-Werke à partir de 1934 et avait réussi à faire de son commerce la plus grande entreprise textile de l’Allemagne nazie, grâce à la production en masse d’uniformes pour la Hitler-Jugend et le Bund Deutscher Mädel, ainsi que des vêtements militaires, tenues de camouflage, parachutes, etcetera.

Si l’on peut considérer les curiosités ci-dessus comme des intrusions conscientes et envahissantes de l’auteur dans le monde de son personnage, dans d’autres cas il semble bel et bien s’agir de négligences. Dans le chapitre central, Heinrich Düring s’immerge de mai à août 1939 dans les archives municipales et ecclésiastiques ; il a reçu la mission de repérer et de rassembler des documents historiques dans toute la circonscription en raison de sa connaissance du français, de l’anglais et du latin. Düring a beau s’excuser de son « étrange français livresque et scolaire », je n’y vois aucune raison pour Arno Schmidt de parler de la « paix de Lüneville » (1801) et non pas de « Lunéville ».

Au sein de la confrérie des lecteurs d’Arno Schmidt, c’est une hérésie de faire la moindre allusion à une éventuelle défaillance du maître. « Pour le lecteur les ‘erreurs’ signifient toujours : ‘Achtung ! Hier geschieht etwas !’ » (Irmtraud & Dietmar Noering). Et pourtant, dans une longue digression sur Christoph Martin Wieland (1733-1813), Menander und Glycerion ainsi que Krates und Hipparchia sont présentés comme des exercices préparatoires au gigantesque Aristipp und einige seiner Zeitgenossen, alors que ces deux romans épistolaires ont été écrits et publiés après Aristipp ; ce sont donc plutôt des ressassements que des exercices préparatoires. Je ne vois pas ce que cela peut signifier, sinon qu’Arno Schmidt s’est complètement planté. Hémery et Taubes gardent « bêche de mer », sans traits d’union.

Un exemple frappant est la cartouche française d’une ancienne carte géographique, dénichée par Düring lors de ses recherches dans les archives. Dans la première édition, Arno Schmidt cite cette cartouche sans un seul accent : « Le Secretaire general de la Prefecture de Halem, et le Ingenieur ordinaire des Ponts et des Chaussees Lasius. » Dans l’édition de poche de 1973, (partiellement) corrigée, tous les accents sont remis en place - mais on lit toujours « le Ingénieur » à la place de « l’Ingénieur ». Or, Dieter Kuhn, un éminent connaisseur d’Arno Schmidt, a retrouvé cette carte bien réelle de 1812 avec mot pour mot, et dans un français impeccable, la cartouche en question. Chez Hémery, la question est devenue « quès aco ? ».

Un cas similaire est le mot orthographié « beche de mer » dans l’édition de 1953, qui reçoit un accent circonflexe dans l’édition de 1973 (« bêche de mer »), mais toujours pas de traits d’union comme il se doit (« bêche-de-mer »). Arno Schmidt n’a probablement jamais compris ces tirets en français, car non seulement le protagoniste des Scènes de la vie d’un faune se pose la question « Qu’est ce que c’est que ça ? », mais encore la même graphie revient dans des textes ultérieurs.

La Décision du Traducteur

Ici, je reviens à la question « quoi faire en tant que traducteur » : corriger tacitement ou reprendre sciemment les erreurs ? Dans ma traduction en néerlandais, j’ai fait le choix de les laisser ; lorsque l’auteur ne les a pas corrigées, ni sa femme qui retapait le manuscrit au net, ni les rédacteurs des éditions Rowohlt et plus tard Fischer, ni les lecteurs méticuleux de la « Bargfelder Ausgabe » (qui donne aussi des variantes), ma foi, qui suis-je pour le faire en tant que traducteur ?

J’aurais pu escamoter ce dernier anachronisme avec une seule touche de mon clavier, mais à d’autres endroits, je n’aurais pas pu intervenir. Ainsi, Bergen-Belsen n’existait pas encore en tant que camp de concentration en 1939 ; le DDT et les bas de nylon ont été introduits en Allemagne seulement après 1945 ; les tubes que Düring entend à la radio étaient populaires au début des années cinquante (mais est-ce qu’on les fredonnait déjà avant la guerre ?)… Arno Schmidt fait foncer un express interurbain sur les chemins de fer allemands en 1939 ; et Düring rêve déjà en 1944 d’un reportage dans Der Spiegel, rien de moins ! Par ailleurs, le tableau expressionniste « Jeunes filles nues dans un paysage » d’Otto Mueller (et non pas « Müller ») a été retiré du musée de Hambourg en 1937 en tant que « entartete Kunst » ; Düring ne pouvait donc pas l’y voir, comme le raconte le roman. Et pourquoi faut-il à Düring en 1944 une suite « jusqu’en 1950 » à l’Histoire des cours allemandes, de la noblesse allemande et de la diplomatie allemande depuis la Réforme ?

C’est précisément à cause de cette revendication qu’un certain nombre de chercheurs partent de l’idée qu’Arno Schmidt a intégré sciemment ces anachronismes dans son texte. Dans son éditorial du 13 mai 1959, Der Spiegel avait chapitré le romancier sur le fait que le D-mark n’a été introduit qu’en 1948 et que les nylons n’appartenaient pas au potentiel de charmes de la femme allemande avant 1945. Malgré cela, Arno Schmidt n’a pas « corrigé » ces détails, alors qu’il aurait pu le faire sans peine. Donc, on peut supposer qu’il avait une bonne raison de les laisser (« Achtung ! Hier geschieht etwas ! »). En outre, l’auteur avait déjà incorporé des anachronismes éloquents, voire choquants, dans « Enthymesis », « Gadir » et « Alexander », trois récits qui sont situés dans l’antiquité gréco-romaine. Prenons « Enthymesis », qui se déroule autour de 200 av. J.-C. : le nom du géologue et philosophe allemand Edgar Dacqué (1872‑1945) y apparaît comme s’il était un penseur hellénique ; on peut admirer une toile de Gaspar David Friedrich, un peintre du romantisme allemand, dans le musée d’Alexandrie ; quand les gamins de 10 ans paradent dans les rues de Rome, ils chantent des marches de la Jeunesse Hitlérienne.

De manière analogue - soutiennent les ultras d’Arno Schmidt - dans Scènes de la vie d’un faune, l’auteur aurait voulu aligner l’époque d’après-guerre d’Adenauer, un politicien de la droite autoritaire, sur le IIIe Reich de Hitler ; une leçon à tirer du livre serait que, moins de dix ans après la débâcle, 95 % des Allemands sont tout aussi bêtes qu’avant. En supposant que certains lecteurs aient perçu les anachronismes en tant que tels à la parution en 1953 (mais d’après le commentaire dans Der Spiegel, ils étaient plutôt reprochés à l’auteur en tant que négligences), un demi-siècle plus tard, cette argumentation ne tient plus debout. Combien de lecteurs n’ayant pas connu la période se rendront compte que le DDT et les nylons n’ont été introduits qu’après la guerre ?

En ce qui me concerne, je pense qu’Arno Schmidt a raté son coup : ou bien il s’agit de bourdes référentielles (c’est-à-dire des choses réelles qui ne sont pas à leur place), ou bien il s’agit d’une erreur de calcul structurelle (c’est-à-dire des anachronismes qui ne fonctionnent pas).

Tableau Récapitulatif des Éléments Clés

Événement/Personne Description
Irish Rifle Team A lancé un défi aux tireurs américains en 1873 pour un championnat du monde.
Major Arthur B. Leach Capitaine de l'Irish Rifle Team.
Creedmoor Lieu du premier match international de tir à l'arme longue aux États-Unis.
Arno Schmidt Auteur allemand connu pour son style unique et ses anachronismes.
Traducteur Doit décider s'il faut corriger ou conserver les erreurs dans l'œuvre originale.

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