Envie de participer ?
Bandeau

La chasse en France a connu une évolution complexe, marquée par des traditions ancestrales, des changements sociétaux et des enjeux environnementaux contemporains. Cet article se propose d'explorer cette évolution, en mettant en lumière les aspects historiques, les débats actuels et le rôle spécifique de la chasse pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les Origines et l'Évolution du Droit de Chasse

Commençons par le commencement. Si la chasse a évolué au fil des siècles, elle est riche de codes qui, souvent, disent le degré de civilisation des âges concernés. En France, on observe à la fin du Moyen-Âge une tentative d'en limiter la pratique et de la réserver au pouvoir royal et à la noblesse. La conception forte du droit de propriété constituait le fondement de la pratique de la chasse, afin de réserver l’appropriation du gibier à la Royauté puis à la Noblesse.

L’essentiel de la France vit sous le régime d’une chasse qui, à partir de l’ordonnance de 1396 est l’apanage de la noblesse. On parle alors de « noble déduit ». Il s'agit d'une autorisation exclusive accordée aux propriétaires terriens détenteurs de fiefs afin d'éviter les prélèvements excessifs qu'un droit ouvert de chasse n'aurait pas manqué de provoquer.

Il faudra attendre la Révolution française pour que le législateur intervienne en faveur de la chasse pour tous, tout en encadrant toujours plus sa pratique. Le privilège de chasse a été parmi les tout premiers privilèges féodaux abolis par la Révolution française. Les réserves de chasse royales et le système de Capitainerie (organisme chargé de surveiller les réserves de chasse) sont abolis. L’exercice de la chasse change de mains : il passe des nobles aux riches bourgeois. On passe du noble-déduit à une pratique de la chasse toujours liée au droit de propriété, mais où le principe de la liberté de chasser se substitue au droit exclusif : tout propriétaire a le droit de chasser sur ses terres.

La loi du 3 mai 1844 constitue encore aujourd'hui le fondement de l’organisation de la chasse populaire française. Elle instaure le permis de chasse payant, délivré par le Préfet ainsi que les périodes légales de chasse. Le droit de chasse continue à être considéré comme un attribut du droit de propriété et chaque citoyen peut chasser sur un territoire dès lors qu’il obtient l’accord du propriétaire.

Lire aussi: Recommandations concernant les fusils turcs

Dans la deuxième moitié du XIXè siècle, on assiste à un essor sans précédent de la chasse française. Sous Napoléon III et la révolution industrielle, toute la société française découvre les plaisirs de la chasse. Facilitée par les innovations technologiques en matière d’armement, et l’avènement du chemin de fer qui met la campagne à la portée de tous, la chasse conquiert de nouveaux territoires et de nouveaux gibiers. A la Belle Époque, le socle populaire de la chasse ne cesse de s’étendre et les gens des villes se mêlent, dans la pratique de ce loisir, à ceux des campagnes.

Suite à leur rattachement à l'Empire Allemand en 1870, les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle sont soumis au régime particulier de droit local, issu du régime germanique. Le droit de chasse appartient au propriétaire foncier mais il est géré pour leur compte par les communes par adjudication. Ce régime cynégétique privilégie une approche gestionnaire des territoires, responsable envers les activités agricoles, le gibier est considéré comme un patrimoine à gérer.

Après la Seconde Guerre Mondiale, la France compte environ 2 millions de chasseurs, soit plus de porteurs de permis de chasser que partout ailleurs en Europe.

La Chasse et la Seconde Guerre Mondiale

Le 8 mai 1945 signe l’armistice et donc, la fin de la seconde guerre mondiale. Mais durant la guerre, la chasse s’arrêta-t-elle ? Et le gibier proliféra-t-il comme on l’a souvent entendu dire ?!

Après, la « drôle de guerre », la défaite de juin 40, l’Armistice, on se demanda s’il fallait « ouvrir » la chasse en septembre 40, au moins en zone libre car bien sûr en zone occupée, dès octobre-novembre, non seulement la chasse était interdite, mais il fallait remettre armes et munitions. Une ordonnance (datant du 20 juin) étendait même cette saisie aux pièces détachées. Fin 41, 700 000 fusils de chasse furent remis dont 100 000… les plus beaux partant directement vers l’Allemagne. Ceux qui, comme la plupart des chasseurs encore de nos jours avaient un râtelier bien garni cédèrent les plus vieux et usés.

Lire aussi: Carabine à Plomb et Rats : Tout Savoir

Malgré tout, en zone libre, l’ouverture fut décalée au 28 octobre pour un cours laps de temps qui permit plus tard en janvier, avec un froid terrible (moins 15, avec des rivières de glace) de faire au moins du gibier d’eau, incité à être tiré en masse… pour éviter de rendre service, côté ravitaillement, aux Etats ennemis de la France ! On pensait bien sûr aux Allemands, mais aussi aux Italiens qui avaient rejoint les forces de l’Axe. Néanmoins, si l’on en croit le Chasseur français de février 1940, on s’inquiétait déjà de la prolifération probable du gibier, avec le souvenir encore bien présent des années 1917-18, où les lièvres pullulaient dans les jardins potagers.

L’occupation complète du territoire en novembre 42 régla, on l’a vu, radicalement le problème des armes à feu, mais le régime de Vichy n’avait pas oublié d’inscrire la Chasse dans sa doctrine politique de Révolution nationale. La grande loi du 28 juin 1941 subordonna l’individu au groupement et « ce sport exercé dans le cadre d’un individualisme périmé » à une société départementale correspondant à l’idéal corporatiste cher à Pétain.

La chasse, dans toute cette période de 1942 à la Libération ne s’exerça plus qu’avec les moyens anciennement prohibés, tels que les collets, les pantes, les bourses, les furets, la collaboration des chiens étant des plus précieuses, notamment ceux de petite taille permettant de se transporter facilement à vélo, mode de locomotion généralisé de l’époque.

En 1946, beaucoup de nos devanciers se mirent à la recherche de ce qu’étaient devenues les armes réquisitionnées ou plutôt « volées par les Boches » ! Malgré la loi du 26 mars 1946 proclamant le droit intégral à réparation, le Ministère de la reconstruction qui avait d’autres « lièvres à fouetter », botta en touche ne jugeant pas concernés « les biens dont le caractère principal est moins l’utilité que l’agrément ».

La Chasse et la Gestion de la Faune Sauvage

Cette loi est le fruit d’une une campagne de réflexion menée par l’Association Nationale des Chasseurs de Grand Gibier (ANCGE) qui fait la promotion d’une chasse-"gestion" de la grande faune sauvage qui doit permettre de créer un nécessaire équilibre agro-sylvo-cynégétique. Le plan de chasse reste facultatif, sur proposition du Préfet.

Lire aussi: Prestige des fusils de chasse anglais

Jusqu’en 1968, les agriculteurs pouvaient chasser librement le grand gibier pénétrant dans leurs parcelles et ainsi limiter les dégâts aux cultures. Les mouvements de protection de la nature qui prônent depuis les années 1970 la nécessité de sauvegarde de l'environnement se renforcent.

Le plan de Chasse, auparavant facultatif pour la chasse du cerf, du chevreuil, du daim et du mouflon est rendu obligatoire par la Loi du 29 décembre 1978. (Il sera par la suite étendu au Chamois et à l’Isard en 1989).

La loi du 7 mars 2012 s’inscrit dans le prolongement de la loi du 23 février 2005 relative au développement des territoires ruraux en ce qu’elle reconnaît le rôle de la chasse comme instrument efficace de gestion de la biodiversité.

Elle modernise les institutions de la chasse en créant l’Office Français de la Biodiversité (OFB). Sa création résulte de la fusion entre l’Agence Française pour la Biodiversité et l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. Elle crée un « Fonds biodiversité » destiné à soutenir financièrement les actions menées par les Fédérations des Chasseurs en faveur de la protection et de la reconquête de la biodiversité.

Les Enjeux Contemporains et les Débats Autour de la Chasse

La chasse, activité traditionnelle et populaire n’ayant que peu été remise en question jusqu’alors, a commencé à faire l'objet d'attaques parfois particulièrement virulentes notamment au motif « de concilier les usages de la nature ». La multifonctionnalité de l'espace naturel et l'engouement croissant pour les sports de nature sont devenus des réalités dont il faut désormais tenir compte.

Cette loi instaure un jour de non-chasse (le mercredi) et mentionne que « la chasse s'exerce dans des conditions compatibles avec les usages non appropriatifs de la nature, dans le respect du droit de propriété ».

Dans une société qui s’urbanise, la chasse suscite souvent l’incompréhension, voire l’indifférence. La culture de la population a changé, son rapport à la nature a évolué, elle n’est plus perçue comme une évidence, elle se trouve remise en cause par une société qui en a une vision au mieux réductrice, sinon combattive.

Elle doit affronter aujourd’hui une certaine remise en cause de sa légitimité aussi bien par des « sceptiques » qui ont du mal à accepter la notion de « mise à mort d’un animal » que par les partisans du bien-être animal et fait l’objet d’attaques - parfois physiques - dans le cadre de nouvelles formes d’actions par certains militants de la cause animale.

Les animalistes sont sur les dents. Après Brigitte Bardot, Rémi Gaillard, c’est Laurence Parisot qui signait il y a peu une tribune dans Le Monde pour demander au Ministre de l’écologie d’abolir la chasse à courre. Nicolas Hulot lui a répondu ce jeudi dans l’Obs en considérant que cette dernière le « heurtait profondément » et ne correspondait pas « à l’idée qu’il se faisait de la civilisation ». Une proposition de loi visant à l’interdire a également été présentée au Sénat.

La vènerie est à la fois la chasse la plus ancienne et la plus naturelle qui soit : un prédateur carnivore (une meute chiens) poursuit une proie (cerf, chevreuil, sanglier, renard, lièvre ou lapin). Il n’y a qu’à se rendre à une seule chasse pour constater que la meute y va gaiement sans qu’on la force le moins du monde. Le chien de chasse n’est ni gentil ni méchant, il suit son instinct de prédateur et son nez. Le cerf n’est de même ni défaitiste ni mélancolique.

Les arguments alimentaires sont plus faibles et les redingotes XIXème passent mal ! D’ailleurs, quand bien-même les plateaux TV seraient ouverts aux veneurs, on imagine la curée cathodique. Si les dirigeants de la Société de vènerie s’y rendent: ils auront beau expliquer leur amour des chiens, des chevaux et de la forêt, avec leurs noms à particule et leurs vestes en tweed, on y verra une survivance de l’Ancien Régime. Et si ce sont, à l’inverse, des paysans-chasseurs qui s’y rendent, on leur dira que ce sont des alcooliques arriérés qui n’ont rien compris à la nature (la vraie, celle définie dans les bureaux parisiens !).

Les animalistes avancent que l’abolition de la chasse à courre ne ferait que parachever son déclin. La réalité est inverse : jamais, de toute l’histoire de France, il n’y a eu autant d’équipages de vénerie qu’aujourd’hui. Les urbains y trouvent ce qui leur manque : la nature sauvage, l’élégance, le respect, la mixité. Les ruraux en font un mode de vie.

Certes défendre la vènerie peut sembler bien désuet quand, au même moment, le Président de la République souhaite bâtir une startup nation. Mais la France a aussi une histoire et des traditions. Pourquoi opposer modernité et héritage ? Paris attire l’art contemporain sans renier les tableaux de Boucher. Lors des JO de 2024, les épreuves d’équitation se dérouleront devant le château de Versailles et celles de tir à l’arc sur l’esplanade des Invalides. Aucun pays au monde n’a porté la vènerie à un tel degré de perfection cynégétique et esthétique que la France. Elle fait partie de son patrimoine culturel. Sauf qu’à la différence des châteaux, des armures et des tapisseries, ce patrimoine est vivant.

Les Sangliers : Un Cas Particulier

En tête des cultures touchées : les champs de maïs, suivis par les autres céréales et les prairies. Un autre méfait imputé aux sangliers est celui des collisions routières, dont le nombre est estimé à environ 5 000 par an. Mais qui sont réellement les fautifs : les sangliers ? Ceux qui les font détaler lors des battues ? Un fonds d’indemnisation est géré au niveau départemental par les Fédérations des Chasseurs (avec quelques particularités en Alsace-Moselle). Par exemple dans l’Oise, deux techniciens posent des clôtures toute l’année chez les agriculteurs du département.

Tout cet arsenal permet aux chasseurs de pouvoir chasser à peu près partout. En dehors de la période d’ouverture générale de la chasse (de septembre à février), les sangliers peuvent être abattus à partir du mois de juin dans beaucoup de départements, parfois dès le mois d’avril et même la nuit, voire dès le mois de mars.

Certains agriculteurs réclament le droit d’abattre eux-mêmes les sangliers par affût, en dehors du contexte de la chasse. Rares sont les recherches sur des méthodes alternatives, par exemple la stérilisation. Elle serait pourtant envisageable, avec toutes les études préalables et les précautions écologiques qui s’imposent.

Tableau Récapitulatif des Évolutions Clés de la Chasse en France

Période Événement Marquant Conséquences
Moyen-Âge Chasse réservée à la noblesse Limitation de la pratique aux élites
Révolution Française Abolition des privilèges de chasse Démocratisation de l'accès à la chasse
Seconde Guerre Mondiale Interdiction de la chasse en zone occupée Réquisition des armes, chasse clandestine
XXe Siècle Création des Fédérations Départementales des Chasseurs Structuration administrative de la chasse
Années 1970 Renforcement des mouvements de protection de la nature Remise en question de la légitimité de la chasse
Aujourd'hui Débats sur le bien-être animal et les conflits d'usage Tensions entre chasseurs, écologistes et autres usagers de la nature

tags: #chasse #aux #gibier #France #Seconde #Guerre

Post popolari: