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Les conflits armés ont profondément marqué l’histoire du 20e siècle et continuent d’impacter nos sociétés contemporaines.

À travers les témoignages poignants des soldats, nous plongeons dans la réalité crue de la guerre, loin des discours officiels et des analyses stratégiques. Ces récits, empreints d’humanité, nous révèlent la complexité des expériences vécues sur le front, de la boue des tranchées aux sables brûlants d’Afghanistan. Ils mettent en lumière le courage, la peur, la camaraderie, mais aussi les traumatismes durables qui façonnent le destin de ces hommes et femmes en uniforme.

La Grande Guerre : mémoire et témoignages des Poilus

La Grande Guerre a laissé une empreinte indélébile dans la mémoire collective. Les correspondances des poilus constituent un héritage précieux, offrant un aperçu intime de leur quotidien dans les tranchées. Ces lettres, souvent censurées, témoignent de l’horreur des combats mais aussi de l’espoir tenace qui animait ces soldats.

Maurice Genevoix, écrivain et soldat, a livré un témoignage saisissant de son expérience à Verdun. Dans ses lettres, il décrit avec une précision chirurgicale l’enfer de la boue omniprésente, qui engloutissait hommes et matériel. « La boue, toujours la boue. Elle s’infiltre partout, dans nos vêtements, nos armes, notre nourriture. Elle devient notre seconde peau », écrit-il à sa famille. Cette description viscérale nous plonge dans les conditions de vie extrêmes endurées par les soldats.

Le roman « Le Feu » d’Henri Barbusse, basé sur son expérience personnelle, offre une chronique crue de la vie dans les tranchées. À travers les yeux de ses personnages, Barbusse dresse un portrait sans concession de la déshumanisation engendrée par le conflit. Il évoque la camaraderie forgée dans l’adversité, mais aussi la lassitude et le désespoir qui s’emparent progressivement des hommes. « Nous ne sommes pas des soldats, nous sommes des hommes », fait-il dire à l’un de ses personnages, soulignant ainsi la tension permanente entre devoir militaire et humanité.

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Le poète Blaise Cendrars, engagé dans la Légion étrangère, a livré un témoignage unique sur son expérience du front. Amputé du bras droit en 1915, il transforme cette épreuve en une réflexion poétique sur la guerre et la condition humaine. Son œuvre « La Main coupée » explore les thèmes de la mutilation, physique et psychologique, infligée par le conflit.

La Seconde Guerre mondiale : diversité des expériences

La Seconde Guerre mondiale a généré une multitude de témoignages, reflétant la diversité des expériences vécues pendant ce conflit global. Des résistants aux déportés, en passant par les soldats des forces alliées, ces récits constituent une mosaïque de la guerre dans toute sa complexité.

Jean Moulin, figure emblématique de la Résistance française, a laissé des écrits précieux sur l’organisation du mouvement clandestin. Son journal, rédigé dans la clandestinité, révèle les défis quotidiens auxquels faisaient face les résistants : la peur de la délation, les difficultés de communication, et la nécessité de maintenir le moral malgré les revers. Moulin décrit avec précision le réseau complexe de contacts et de planques qui permettait à la Résistance de fonctionner. « Chaque jour est un défi à la mort », écrit-il, soulignant le danger permanent qui pesait sur les résistants.

Le récit de Simone Veil sur sa déportation à Auschwitz-Birkenau est un témoignage bouleversant de la Shoah. Elle y décrit l’horreur quotidienne des camps, mais aussi la solidarité qui pouvait naître entre les déportés. Veil évoque la déshumanisation systématique mise en place par les nazis, tout en soulignant les actes de résistance, même infimes, qui permettaient de conserver une parcelle d’humanité. « Dans cet enfer, chaque geste de compassion, aussi minime soit-il, était un acte de résistance », témoigne-t-elle, illustrant la force de l’esprit humain face à l’adversité.

Les mémoires du Général de Gaulle offrent une perspective unique sur la France Libre et la résistance extérieure. Son récit de l’appel du 18 juin 1940 et des premiers mois d’exil à Londres révèle les défis diplomatiques et stratégiques auxquels il a dû faire face. De Gaulle décrit avec franchise les tensions avec les Alliés et les difficultés à rallier les Français à sa cause.

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La Guerre d'Algérie : une mémoire complexe et douloureuse

La guerre d’Algérie, longtemps qualifiée d' »événements » en France, a laissé des cicatrices profondes dans les sociétés française et algérienne. Les témoignages des appelés du contingent et des harkis offrent un éclairage crucial sur ce conflit complexe et douloureux.

L’historien Benjamin Stora, lui-même né en Algérie, a recueilli de nombreux témoignages d’appelés du contingent. Ces récits mettent en lumière la réalité quotidienne de ces jeunes hommes projetés dans un conflit qu’ils peinaient souvent à comprendre. Les carnets révèlent l’ennui, la peur des embuscades, mais aussi les questionnements moraux face aux exactions commises. Un appelé témoigne : « On nous envoyait pacifier, mais on ne savait même pas ce que cela signifiait concrètement.

Les témoignages des harkis, ces Algériens ayant servi dans l’armée française, sont empreints d’amertume et de sentiment de trahison. Après l’indépendance de l’Algérie, beaucoup ont été abandonnés sur place, victimes de représailles. Ceux qui ont pu rejoindre la France ont souvent connu des conditions d’accueil déplorables. Un ancien harki raconte : « Nous avons tout perdu deux fois.

De nombreux soldats du contingent ont exprimé le dilemme moral auquel ils étaient confrontés. Envoyés pour « pacifier » l’Algérie, ils se sont retrouvés impliqués dans des actions qu’ils jugeaient parfois contraires à leurs valeurs. Ces témoignages révèlent la complexité du conflit.

Diên Biên Phu : regards croisés sur une bataille décisive

En 1953, le nouveau commandant en chef en Indochine, le général Navarre, propose un plan d’action destiné à « fixer » le corps de bataille vietminh en le forçant à accepter une bataille décisive.

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Le lieu choisi pour cette bataille est une vallée au nord du Vietnam, au Tonkin, non loin de la frontière du Laos dans laquelle, parmi de nombreux villages de l’ethnie Thaïe, se trouve celui de Diên Biên Phu.

Le corps expéditionnaire français investit cette plaine à partir du 21 novembre 1953 et y installe progressivement un camp retranché derrière des points d’appui positionnés sur des collines étendues le long d’une rivière et d’une ancienne piste d’aviation japonaise, relique de la Seconde Guerre mondiale.

Cette vaste plaine, rapidement dénommée « cuvette » par la presse, est entourée de montagnes à la végétation dense que les Français surveillent mais sur lesquelles ils ne s’installent pas : une erreur tactique qui permet aux armées vietminh d’encercler le camp français.

La bataille proprement dite est déclenchée le 13 mars 1954 par une attaque vietminh et se conclut par la prise du camp français les 7 et 8 mai 1954.

Les mémoires de Diên Biên Phu sont entretenues en France par le témoignage d’anciens combattants marqués par la défaite française et les souffrances endurées par les prisonniers de guerre.

En revanche, les mémoires vietnamiennes de cet évènement restent peu connues en France car les témoignages des anciens combattants vietminh sont rarement traduits.

Édité en 2011, la traduction française des Carnet de guerre d’un jeune Viêt-minh à Diên Biên Phu constitue, de ce point de vue, une heureuse exception.

Le journal de campagne de Pham Thanh Tâm, daté du 21 février au 28 août 1954, rend compte de l’idéologie et de la propagande diffusées par « l’oncle Hô » (Hô Chi Minh 1890-1969) aux jeunes vietnamiens depuis la fin des années 1940. Pham Thanh Tâm témoigne de la foi des combattants vietminh, à l’instar de ces jeunes volontaires décrits dans l’extrait du 26 février 1954 : « La plupart ont entre 18 et 25 ans mais beaucoup n’ont que 16 ou 17 ans. Ceux-là ont sûrement dû faire une fausse déclaration pour se faire engager.

Les commissaires politiques et formateurs militaires en Chine instruisent alors les soldats sur les enjeux politiques et internationaux de la guerre. Pham Thanh Tâm lui-même, deux ans avant d’arriver à Diên Biên Phu, a été envoyé dans un centre d’entraînement du Yunan afin de recevoir une instruction politique, idéologique et militaire.

Ses carnets révèlent son intérêt pour le contexte international, un intérêt qu’il doit également à son éducation urbaine, laquelle le distingue de la plupart des combattants. Le 27 mai 1954, il cite ainsi l’intervention du ministre des Affaires étrangères de l’Union Soviétique (V.

Au moment de la victoire à Diên Biên Phu (extrait du 7 mai), Pham Thanh Tâm éprouve une immense joie et une profonde fierté. Il en oublie presque les divisions et rancœurs, aggravées par le conflit, entre les combattants « de l’armée fantoche », vietnamiens ou issus d’autres ethnies ayant combattu côté français (parfois contre leur gré il est vrai) et ceux qui avaient choisi (pas toujours volontairement non plus) le combat aux côtés du Vietminh (« Je ressens du mépris pour lui mais aussi de la pitié pour lui et pour notre peuple.

Ce dernier extrait permet de nuancer l’idée d’une guerre uniquement vécue par les combattants vietminh sous l’angle d’un affrontement entre Hanoi et Paris puis Washington. Car durant 30 ans (1945-1975), la guerre d’Indochine et du Vietnam fut également une guerre opposant les Vietnamiens entre eux et qui mérite, à ce titre, d’être replacée à l’échelle de l’histoire du Vietnam comme s’efforce de le faire aujourd’hui la recherche historique.

Il existe au Vietnam différents courants politiques (nationaliste monarchiste, républicain, ethnique) qui n’ont pas forcément adhéré à la vision communiste du nationalisme d’Hô Chi Minh. Ces dissensions internes ont eu des conséquences sur l’engagement des Vietnamiens dans une guerre d’indépendance que les historiens vietnamiens nomment « la Résistance contre les Français ».

Les Français ont intégré à leurs troupes régulières des Vietnamiens (non communistes ou du moins non affiliés) mais aussi des supplétifs issus souvent d’ethnies opprimées par les Vietnamiens. Ce sont ces soldats ayant combattu aux côtés des Français qui inspirent le « mépris » mais aussi la « pitié » à Pham Thanh Tâm à la fin de la bataille.

Les Tirailleurs Sénégalais : Héros oubliés de la Première Guerre Mondiale

Co-produit par Omar Sy, le film Tirailleurs revient sur un épisode marquant de la Première Guerre mondiale : la participation des tirailleurs sénégalais aux grandes batailles.

Ceux que l’on a appelé les tirailleurs sénégalais n’étaient pas nécessairement Sénégalais. Ils furent recrutés dans toute l'Afrique occidentale et centrale conquise par les Français. Cette appellation leur a été donnée parce que le premier régiment de tirailleurs avait été créé au Sénégal en 1857 sous Napoléon III.

Durant la Première Guerre mondiale, ils furent environ 135 000 tirailleurs à se battre sous le drapeau français en Europe. 15 % d'entre eux, soit 30 000 soldats, ne rentrèrent jamais chez eux et ils furent nombreux à revenir blessés ou à rester invalides.

Nous avons retrouvé des témoignages de ces anciens combattants, souvent oubliés de la Nation, qui donnèrent pourtant leur vie à la France.

Cet ancien combattant avait été affecté au premier régiment d’infanterie coloniale, avait combattu au Vardar (Salonique), puis avait été désigné pour aller au front en avril 1918. Il était monté en Champagne, près de Reims, pour remplacer des régiments français laminés par les Allemands et « qui avaient subi d’énormes pertes ».

L'ancien combattant évoquait la désolation sur place. « Nous avons trouvé des tranchées qui étaient pleines de cadavres », se souvenait-il. Il évoquait, précisait le général François Ingold (1894-1980), mobilisé en août 1914, de l’offensive du Chemin des dames.

Le soldat rappelait que son bataillon avait immédiatement contre-attaqué, alors que les Allemands, moins méfiants, pensaient avoir remporté une victoire. Blessé à la tête, ne pouvant plus porter de masque à gaz, le tirailleur avait poursuivi le combat alors que l’ennemi bombardait les tranchées avec des « obus à gaz ».

La contre-attaque allait être « glorieuse pour la France ». Grâce à leur courage, les tirailleurs sénégalais parvinrent à contenir les Allemands. Un tournant de la guerre.

« Notre marche en avant est partie de là. Et c’est à partir de ce moment que notre grande offensive a été déclenchée. », précisait-il.

Dans cette même émission, le caporal Tarawala, originaire de Haute-Volta, évoquait sa participation aux combats de Verdun, où il fut blessé le 10 novembre 1918. Dans l'archive ci-dessous, il relatait les actes de bravoure qu’il réalisa, expliquant qu’ils pouvaient être bombardés avec ses camarades « 24 heures d’affilée », mais que lorsqu’ils « montaient à l’assaut », les tirailleurs sénégalais étaient toujours « en première ligne ».

Dans ses souvenirs, Verdun n’était qu’une vaste bataille. Comme caporal, il avait également participé à la chute des Dardanelles, (une opération franco-britannique menée entre février 1915 et février 1916 dans le détroit des Dardanelles pour forcer la Turquie à la paix.

Dans cette archive, nous retrouvons à nouveau Monsieur Nime. Il évoquait cette fois sa participation en 1916 à la bataille de Vardar (Salonique) dans le premier régiment d’infanterie coloniale. Il se rappelait que les ordres étaient « d’aller à l’attaque », qu'ils n'avaient pas le choix et qu’une grande partie des hommes avaient été « décimés ».

Le général François Ingold confirmait que cette bataille avait été l’un des épisodes « les plus difficiles de la campagne d’Orient », « avec des attaques pénibles et sans grand résultat ».

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