Comme chaque année, le défilé du 14 Juillet est un événement majeur, où l'innovation et la technologie militaire française sont mises en avant. Parmi les équipements présentés, le char Leclerc occupe une place de choix, étant le premier char de combat de 3e génération selon le gouvernement. Il constitue l'épine dorsale de l'armée de terre française.
Cependant, face à l'évolution constante de l'arsenal militaire, notamment avec l'utilisation croissante des drones, il est crucial de s'adapter et de développer des contre-mesures efficaces.
Les drones, autrefois considérés comme des outils principalement utilisés à des fins récréatives, sont devenus une menace de plus en plus préoccupante pour la sécurité nationale. Ces dernières semaines, plusieurs drones inconnus ont survolé des sites sensibles en France, tels que le camp militaire de Mourmelon, un convoi transportant des chars Leclerc, l’usine de poudre d’Eurenco à Bergerac, la base navale de l’Île-Longue, et le Pôle Interarmées de Creil-Senlis.
Dans certains cas, les tentatives pour les abattre, avec des fusils brouilleurs, voire des armes de calibre 12, ont été vaines. Et, pour le moment, ces incursions gardent leurs mystères, les enquêtes qui ont été lancées à leur suite étant toujours en cours. En tout cas, aucun nouvel incident n’a été constaté depuis le 8 décembre.
Comme d’ailleurs en Belgique, aux Pays-Bas ou encore au Danemark, où des drones inconnus auraient aussi survolé des bases militaires sensibles ainsi que des infrastructures critiques.
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En outre, lors d’une récente audition parlementaire, le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE], le général Jérôme Bellanger, s’est inquiété de la vulnérabilité des bases aériennes contre d’éventuelles attaques saturantes de drones, à l’issue d’un exercice reposant sur un tel scénario. « J’ai envie de vous dire que le résultat est… perfectible », a-t-il confié au député, en octobre dernier.
Pourtant, l’AAE ne manque pas de moyens dédiés à la lutte antidrone, avec les systèmes MILAD [Moyens mobiles de Lutte Anti-Drones], BASSALT et PARADE [Programme de protection déployAble modulaiRe Anti-DronEs], lesquels sont en mesure de détecter et de suivre des drones. Les autres armées ne sont pas en reste.
Par exemple, l’armée de Terre a développé le système PROTEUS, qui repose sur un canon antiaérien de 20 mm monté sur affût tracté 53T2, associé à une caméra thermique SANDRA [Système d’arme Alternant les visions Nocturne et Diurne pour la Recherche d’Aéronefs], à un ordinateur et à des algorithmes d’intelligence artificielle. L’armée de Terre dispose également de Véhicules de l’avant blindé ARLAD [adaptation réactive pour la lutte antidrone] et s’intéresse aux dispositifs SPART et HADDES. Proposés par M2 Technologies, il s’agit respectivement d’un brouilleur « intelligent » portatif et d’un « système passif de détection radiofréquence doté d’IA embarquée, permettant d’identifier les drones sans émission active ».
Quoi qu’il en soit, le 29 décembre, la Direction de la maintenance aéronautique [DMAé], qui relève de l’État-major des armées [EMA], a fait savoir qu’elle venait de notifier deux contrats de soutien à l’entreprise française TRUSTCOMS pour « l’acquisition de balises Infodrone et de systèmes DroneBlocker ».
Les systèmes Infodrone et DroneBlocker permettent de détecter, de caractériser et, le cas échéant, de neutraliser les drones malveillants.
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Basée près de Lille, l’entreprise de sécurité MC2 Technologies conçoit et fabrique des systèmes de défense utilisés notamment par les forces de l’ordre, notamment des armes permettant de neutraliser des drones. L'essentiel est que, largement démocratisés, les drones du commerce peuvent constituer une menace. Ils sont parfois utilisés pour faire du renseignement ou pour porter une charge explosive.
Une société nordiste développe des systèmes de brouillage des drones commerciaux utilisés par l’armée et les forces de police. Alors que cela fait plus d’un mois que la Russie a lancé son offensive en Ukraine, les activités de MC2 Technologies n’ont jamais été autant d’actualité.
C’est en 2015 que MC2 a commencé à concevoir des solutions prêtes à l’emploi, toujours dans ses domaines de prédilection, comme des scanners corporels et des brouilleurs de drones. « L’idée est vraiment de se concentrer sur les drones commerciaux qui peuvent constituer des menaces diverses et dont le coût reste assez bas au contraire des drones militaires », explique Paul Philippart, directeur commercial chez MC2.
Des drones utilisés par les Russes en Ukraine pour du repérage. On a vu que de tels engins, souvent sous la barre des 1.000 euros, pouvaient en effet être utilisés pour mener des attaques. Deux soldats français avaient été blessés en 2016, en Irak, par un drone envoyé par l’Etat islamique.
Beaucoup plus récemment, le gouvernement ukrainien a accusé l’armée russe d’utiliser des drones du fabricant chinois DJI pour faire du repérage de zones avant des tirs de missiles. De son côté, le ministère de la Défense ukrainien a incité les pilotes amateurs de drones de la région de Kiev à se mettre à disposition de l'armée pour repérer les soldats russes. « Ce sont des menaces prises très au sérieux, à tel point que tous les corps d’armée français et des forces opérationnelles telles que le Raid sont équipées de nos systèmes anti drones », poursuit-il. Que ce soit en opérations extérieures, lors d’événement comme le défilé du 14 juillet ou pour la sécurisation de sites sensibles de type centrales nucléaires.
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Le dernier produit de MC2, le Nerod RF, ressemble à un fusil futuriste. « Il permet de brouiller le système de communication entre le drone et sa radiocommande sur 7 fréquences. Privé de communication, l’appareil s’immobilise et finit par atterrir ou par retourner à sa base selon la configuration », détaille Paul Philippart. Dans ce dernier cas, le Nerod RF assure aussi un brouillage du GPS qui peut empêcher cette éventualité.
MC2 développe aussi un radar millimétrique, capable de repérer les plus petits drones, et un système d’écoute des radiofréquences pour remonter jusqu’à la radiocommande et trouver le responsable de la menace.
A ce jour, comme le GPS en son temps, la vente de ces dispositifs considérés comme des matériels de guerre est réservée aux seuls Etats.
En début d’après-midi, au sommet de l’Arc de Triomphe où est installé le poste de commandement (PC) "Étoile" de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), le général Thierry Gouaichault, en charge de l’organisation et de la conduite du défilé aérien du 14 Juillet, s’est prononcé à l’occasion de la tenue de cette dernière répétition, qui consiste à préparer les leaders des différents aéronefs au défilé du 14 Juillet.
Également présents sur le toit de l’arc de triomphe de l’Étoile : des météorologues, du personnel dédié à la lutte anti-drone muni d’un fusil brouilleur Nérod ou encore des contrôleurs aériens indispensables à la réussite de ce défilé.
« Notre rôle est multiple. Nous sommes chargés de veiller au remplissage des circuits aériens d’attente et de donner l’heure de passage aux différents aéronefs, tout en assurant la bonne transmission de l’ensemble des paramètres météo aux pilotes pour favoriser la coordination du défilé. », assure un capitaine en charge du contrôle aérien du 14 Juillet. Le sergent-chef Thibault de la base aérienne 709, météorologue, précise sa mission, qui, de concours avec le contrôle aérien, consiste à surveiller le plafond nuageux et la visibilité tout au long du défilé aérien.
À l’issue de ces quelques explications, celle que l’on surnomme la Grande Dame, ambassadrice de l’AAE, s’est élancée en formation « Big Nine » dans le ciel parisien depuis l’arche de la Défense jusqu’à la place de la Concorde, où siège la tribune présidentielle. Elle a ainsi ouvert le bal au large éventail d’aéronefs prenant part au défilé qui durera une trentaine de minutes.
Les innovations technologiques ont donné le coup d'envoi du défilé du 14 juillet. Un homme volant censé préfigurer le soldat du futur. Des robots qui défilent sur le pavé parisien. Des drones et de nouvelles armes anti-drones ou encore un chien connecté. C'est par cette parade haute technologie que débute le défilé du 14 juillet. L'innovation est une priorité pour les armées.
Pour se défendre contre cette menace nouvelle, l'armée utilise un brouilleur ou carrément un fusil à pompe pour les abattre. L'aéroscope permet de localiser le drone. Une fois le risque localisé et identifié précisément, le brouillage se fait avec un gros fusil de fabrication française, le Nérod FS qu'on pointe en direction du drone : " Ce fusil un peu particulier va brouiller la communication entre le drone et la commande du pilote " détaille le lieutenant David, chef de section sol air moyenne portée.
L'escadron Sol/Air de défense aérienne de la base d'Avord dispose de tout un arsenal pour éviter l'intrusion de drones. Les militaires disposent aussi d'un fusil à pompe calibre 12 pour tirer sur le drone si la menace est plus forte. Encore faut-il localiser très précisément le drone et le voir : " Les brouilleurs sont efficaces puisqu'ils permettent d'agir à plusieurs centaines de mètres " précise le colonel Nicolas Pen, commandant de l'escadre sol air de défense aérienne d'Avord. " Lorsqu'on décide d'abattre le drone avec le fusil Benelli Nova (un fusil à pompe que l'on trouve dans le commerce, mais que l'armée a modifié en adaptant une rallonge de munitions) lorsqu'il s'avère plus menaçant, il est nécessaire de pouvoir le viser et de le voir. C'est plus compliqué. Plus c'est petit et plus c'est compliqué à détecter.
Mais les techniciens, ingénieurs et tacticiens doivent redoubler d'inventivité pour contrer le développement d'une des armes de demain : le drone. "Le char Leclerc est là pour percer le dispositif ennemi, frapper fort, frapper loin, de manière à pouvoir ouvrir les itinéraires", rappelle, dans le reportage du JT de TF1 visible en tête de cet article, le lieutenant-colonel Mathieu, commandant en second dans le 5e régiment de dragons (régiment interarmes). Mais "dans les conflits actuels, on n'intervient plus juste en char, ou juste en infanterie, ou juste avec les canons", ajoute-t-il.
Dans cette optique, l'armée met en place une bulle de protection avec ses blindés, qui partent avant, tirent en rafale, pour faire rempart. "Là, on a des éléments de reconnaissance qui vont acquérir le renseignement sur l'avancée de l'ennemi, vont la décrire. On met (tout) en œuvre de manière coordonnée, et on est les seuls en France à avoir cette structure-là", détaille l'officier face à notre caméra. Le char Leclerc "va pouvoir faire des changements de direction rapides, ce qui fait que, pour l'adversaire, ça va être beaucoup plus difficile de le cibler", abonde le lieutenant-colonel Nicolas, officier de programme Leclerc, section technique de l'armée de terre (STAT).
Autre point clé pour optimiser les capacités du bolide de plus de 50 tonnes : les fumigènes. Ces derniers permettent tout à la fois de dissimuler les mouvements du véhicule, tout en empêchant la visée ennemie. En parallèle, de nouveaux équipements voient le jour, en s'appuyant sur les données récoltées lors de la guerre en Ukraine, avec l'utilisation massive de drones suicides. Alors des systèmes sont installés sur les chars français.
« Sur ce char Leclerc rénové, on peut mettre une cage de protection contre les drones. Ça permettra que la charge qu'il transporte, si c'est un drone kamikaze, ne vienne pas détonner sur le sommet de la tourelle », explique le lieutenant-colonel Nicolas.
Piloté par la STAT, le programme Proteus recycle des canons de 20 mm des années 1970 pour offrir une solution immédiatement opérationnelle, en attendant les blindés Serval attendus en 2028. Pressée de se doter de capacités anti-drones de courte portée, sans attendre l’arrivée des premiers blindés Serval dédiés à cette mission - attendus à l’horizon 2028 -, l’armée de terre a opté pour une solution transitoire, pragmatique et rapide à déployer.
Pilotée par La Section technique de l’armée de terre (STAT), bras armé de l’innovation au sein des forces terrestres, cette démarche repose sur la remise en service de matériels éprouvés, disponibles et maîtrisés. En l’occurrence, d’anciens canons antiaériens de 20 mm développés à la fin des années 1970 par GIAT - devenu depuis Nexter, puis KNDS France - et promis au déclassement.
Capables de délivrer jusqu’à 750 coups par minute à une distance de 1 500 mètres, ces équipements ont été remontés sur une plateforme existante : le camion tactique TRM 2000, produit par Renault dans les années 1980 et 1990. L’ensemble a été complété par l’intégration du viseur thermique Sandra, issu du missile Mistral, ainsi que par un logiciel de conduite de tir.
| Système | Description | Fabricant |
|---|---|---|
| MILAD | Moyens mobiles de Lutte Anti-Drones | Armée de l'Air & de l'Espace |
| BASSALT | Système de lutte anti-drone | Armée de l'Air & de l'Espace |
| PARADE | Programme de protection déployAble modulaiRe Anti-DronEs | Armée de l'Air & de l'Espace |
| PROTEUS | Canon antiaérien de 20 mm avec caméra thermique SANDRA | Armée de Terre |
| ARLAD | Véhicules de l’avant blindé adaptation réactive pour la lutte antidrone | Armée de Terre |
| SPART | Brouilleur « intelligent » portatif | M2 Technologies |
| HADDES | Système passif de détection radiofréquence doté d’IA embarquée | M2 Technologies |
| Infodrone | Détection et localisation des drones via balise DRI | TRUSTCOMS |
| DroneBlocker | Neutralisation des drones via brouillage électronique | TRUSTCOMS |
| Nerod RF | Fusil anti-drone brouillant les communications du drone | MC2 Technologies |
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