Les relations entre les États-Unis et l’Iran n’ont pas toujours été conflictuelles. L'histoire de leurs relations éclaire les hostilités actuelles. Pourtant, dans la nuit du 21 au 22 juin, les Etats-Unis sont intervenus directement dans la guerre Iran-Israël en frappant trois installations nucléaires iraniennes.
Les relations entre l’Iran et les États-Unis ont réellement commencé au XIX ème siècle. Les relations formelles entre ces deux pays commencent réellement en 1856, lorsqu’ils signent un traité de commerce et d’amitié, dont la portée reste néanmoins très limitée. A cette époque, les États-Unis sont davantage intéressés par l’ouverture du marché asiatique. Une flotte américaine se rend alors au Japon, et Washington montre un intérêt croissant pour le commerce avec la Chine.
Au milieu du XIX ème siècle, les Etats-Unis sont avant tout centrés sur leur propre croissance économique et territoriale. La guerre contre le Mexique (1846-1848), déclarée pour des motifs spécieux, se solde par la victoire des Etats-Unis et le gain de la Californie, du Nouveau-Mexique, du Texas et d’un vaste territoire qui s’étend au nord jusqu’à la frontière canadienne. La Guerre de Sécession est imminente (1861-1865), ce qui ne favorise pas la projection vers l’extérieur. En réalité, durant cette période, et certainement jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la politique étrangère américaine est marquée par un certain neutralisme. Ce débat sur la neutralité américaine ressurgit régulièrement, notamment avec la présidence de Barack Obama (2009-2017), puis de Donald Trump (2017-2021 puis 2025-), car après les mandats de George W.
L’implication des États-Unis en Iran débute en 1946, bien qu’elle soit limitée au départ. À cette époque, l’Union soviétique occupait le nord de l’Iran, principalement pour ses ressources pétrolières. Washington a exercé une pression significative sur Joseph Staline pour qu’il retire ses troupes d’Iran en 1946. Cette démarche était motivée par la crainte de voir l’Union soviétique s’accaparer le pétrole iranien. Un an plus tard, la guerre froide commence, avec la doctrine Truman, lorsque les Etats-Unis entrevoient la possibilité que des forces communistes prennent le pouvoir en Grèce et en Turquie, offrant ainsi le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles à Moscou. 1946 et 1947 sont donc des années cruciales dans le façonnement de ce qui deviendra la guerre froide.
En 1953, un coup d’Etat (appelé opération Ajax), renverse le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, qui avait été porté au pouvoir grâce à une coalition avec les communistes, pour le remplacer par le général Fazlollah Zahedi. Ce sont les Britanniques qui ont fait appel aux Américains pour renverser le pouvoir iranien. C’est bien la CIA qui monte l’opération, mais à l’instigation de Londres et avec le soutien du MI6 (service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni) qui ne disposait pas des moyens suffisants pour mener l’opération. Aujourd’hui, on se souvient davantage du rôle de la CIA et du président américain Dwight D. Eisenhower (1953-1961), mais on oublie de mentionner le rôle central des Britanniques.
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La décennie 1970 fut marquée par des changements majeurs. La guerre du Kippour en 1973 et les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 ont profondément transformé les dynamiques mondiales, sans oublier, bien sûr, les conséquences de la guerre du Vietnam. Au Moyen-Orient, la région fut secouée par d’importants bouleversements, portés par un renouveau religieux et nationaliste. Cette période se situe à un véritable carrefour historiographique : elle voit la poursuite de la lutte contre le communisme, la résurgence des nationalismes, et la place croissante du religieux dans la politique.
Durant cette décennie, deux bouleversements importants ont lieu pour les Etats-Unis au Moyen-Orient : au début des années 1970, Washington gagne un allié précieux, avec l’arrivée d’Anouar el-Sadate comme président (1970-1981) en Egypte (plus important pays arabe). Le Shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi (renversé en 1979 durant la Révolution islamique) était un allié dans lequel les Américains avaient investi, notamment par la vente d’armes. C’est d’ailleurs encore un problème aujourd’hui, car après la révolution, l’Iran s’est retrouvé avec du matériel américain sans possibilité d’acheter des pièces détachées pour entretenir leur matériel militaire.
Dans les années 1970, le président Richard Nixon (1969-1974) avait mis en place la “doctrine Nixon”, en réaction à une surextension impériale des Etats-Unis au Vietnam. Il tente alors de maintenir les Etats-Unis au centre du jeu mondial, tout en se retirant de certains terrains conflictuels. Après le Vietnam, la population américaine a un désir d’en finir avec les guerres interminables au bout du monde. Cette doctrine pousse les Etats-Unis à s’appuyer sur des alliés locaux plutôt que d’intervenir directement.
Depuis 1979, l’Iran et les Etats-Unis ont une relation particulièrement conflictuelle dont les raisons sont multiples. Premièrement, durant la révolution iranienne, une cinquantaine d’Américains ont été pris en otages dans l’ambassade américaine, avec toute la symbolique que cela comporte, car une ambassade est censée être un espace de souveraineté dans un pays étranger. L’Iran a alors tout fait pour humilier les Etats-Unis, la prise d’otage a duré 444 jours, jusqu’à la fin du mandat de Jimmy Carter (président des Etats-Unis, 1977-1981). Les otages ont quitté l’espace aérien iranien quelques minutes après l’investiture de Ronald Reagan (président des Etats-Unis, 1981-1989) le 20 janvier 1981.
Deuxièmement, l’Iran nourrit un discours anti-américain très fort. Troisièmement, Téhéran soutient des acteurs considérés comme terroristes, notamment le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen, ainsi que diverses milices chiites en Irak et en Syrie, toutes ennemies d’Israël et très hostiles à Washington. Évidemment, la question du nucléaire et de n’importe quelle arme de destruction massive renforcent les velléités entre ces deux pays ennemis. Mais ce point ne prend de l’importance que dans les années 2000.
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À la fin du XXe siècle et au début du XXIe, les sanctions économiques sont devenues la réponse courante aux velléités de prolifération. Derrière un universalisme de façade, garanti par le sceau des Nations unies, les sanctions sont historiquement l’œuvre des États-Unis, complétée aujourd’hui par la politique de l’Union européenne. Pourtant, la capacité des États proliférants à poursuivre leurs programmes nucléaires - et balistiques - interroge l’efficacité et la viabilité des mesures de sanctions économiques en la matière.
Dès les années 1970, Washington se dota des moyens juridiques et politiques nécessaires pour faire pression sur les États proliférants : en 1976 l’amendement Symington prévoyait la suspension des aides économiques et militaires aux États qui importeraient des équipements d’enrichissement ou de retraitement. L’unilatéralisme initial des Américains témoigne de l’une des problématiques qui est au cœur du Traité de non-prolifération : celle de la forte imbrication entre les sphères nucléaires civile et militaire du fait de l’existence de technologies duales.
Si la doctrine américaine des sanctions date des années 1970 et qu’elle s’internationalise à partir des années 2000, l’existence ou la menace des embargos n’a empêché ni le Pakistan, ni l’Inde, ni enfin la Corée du Nord, de se doter de l’arme à partir des années 1990. Le TNP a d’abord été pensé et longtemps perçu comme la pierre angulaire de la lutte internationale contre la prolifération.
Adopté en 1968 à l’ONU, le traité ouvre la deuxième phase stratégique de l’histoire nucléaire : alors que les premières décennies après 1945 avaient vu émerger les stratégies de dissuasion, à partir de la fin de la décennie 1960 la menace se déplace vers le risque de la prolifération. Le TNP vient alors clore définitivement le « club » des États nucléaires, encore aujourd’hui le plus fermé au monde, en consacrant la distinction entre les États dotés de l’arme nucléaire (EDAN) et les États non dotés de l’arme nucléaire (ENDAN).
Pour autant, ce traité contenait certaines lacunes : d’abord, la volonté de promouvoir pour les ENDAN un accès pacifique à l’atome, restait éminemment dépendante des États déjà nucléarisés dont l’industrie avait la capacité d’exporter la technologie nucléaire. Ensuite, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’était pas en mesure de pleinement maîtriser le développement de l’industrie nucléaire au cœur même des États. Le fonctionnement du traité reposait sur les « vérifications de conformité » menées par l’AIEA, qui, en tant qu’agence des Nations unies, ne pouvait s’imposer aux États souverains : cette défaillance sera, par exemple, exploitée par la Corée du Nord qui refusera en 1993 d’ouvrir ses installations aux agents de l’AIEA.
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Ainsi, alors même que le TNP avait entrouvert la voie à la diffusion d’un usage pacifique de l’atome, vieux rêve américain, émergent durant la décennie 1970 les premières problématiques liées aux développements non maîtrisés des capacités nucléaires par les États importateurs. Les limites du TNP sont illustrées dès la décennie suivante, par les velléités pakistanaises de se doter de l’arme : le pays, qui sort alors de sa troisième guerre avec l’Inde, décide en 1972 de construire en propre une arme nucléaire.
À cette problématique, deux réponses vont être apportées par les États exportateurs de technologies nucléaires. La première solution est multilatérale et elle voit le jour au début des années 1970 : elle cherche à compléter le traité par des comités internationaux dont le but est d’uniformiser les pratiques de ces États. La deuxième solution, empruntée par les États-Unis, passe par l’action unilatérale.
Face à la relative lenteur du « Club de Londres », alors même que les États-Unis y défendaient une ligne dure en promouvant déjà l’option des sanctions économiques, le gouvernement américain adopte en 1976 l’amendement Symington. Ce texte législatif modifie le Foreign Assistance Act de 1961, qui encadrait jusqu’alors l’aide internationale américaine. Avec cet amendement, il devient possible pour les États-Unis de suspendre certaines aides octroyées aux pays importateurs d’équipements d’enrichissement et de retraitement sans les garanties de l’AIEA.
Le scandale, qui s'est déroulé pendant la présidence de Ronald Reagan, a tourné autour de ventes secrètes d'armes à l'Iran et du détournement illégal des bénéfices pour financer les rebelles de droite des Contras au Nicaragua. Ces événements ont eu pour toile de fond les tensions de la guerre froide et l'instabilité géopolitique du Moyen-Orient.
Le scandale Iran-Contra a donné lieu à deux opérations distinctes mais interconnectées. Tout d'abord, de hauts fonctionnaires américains ont facilité la vente secrète d'armes à l'Iran, apparemment dans un geste de bonne volonté envers les factions modérées du gouvernement iranien et pour obtenir la libération des otages américains. Deuxièmement, les bénéfices de ces ventes d'armes ont été détournés pour financer les Contras au Nicaragua. Le plan a été orchestré par un petit groupe de fonctionnaires du Conseil de sécurité nationale, dont le lieutenant-colonel Oliver North, au su et avec le soutien de personnalités de haut rang telles que le conseiller à la sécurité nationale John Poindexter.
L'affaire Iran-Contra a éclaté au grand jour à la fin de l'année 1986, lorsque la publication libanaise Ash-Shiraa a révélé les détails des contrats d'armement conclus avec l'Iran. Le 3 novembre 1986, elle a publié un compte rendu d'une visite secrète de McFarlane à Téhéran en mai 1986. Des enquêtes ultérieures menées par des journalistes et des commissions du Congrès ont mis au jour le plan global, qui a soulevé de graves questions sur les excès de pouvoir de l'exécutif, la subversion de l'autorité du Congrès et la conduite éthique des fonctionnaires du gouvernement.
Au début des années 2000, le cercle paraissait se refermer autour de l’Iran. Interventions américaines en Irak et en Afghanistan, indignations provoquées par les déclarations du président Ahmadinejad et par la répression de la « révolution verte » de 2009, inquiétudes face au développement des recherches nucléaires : tout semble alors isoler Téhéran, et même la menacer. Les sanctions internationales sont durcies. Dès 1979, les États-Unis avaient gelé les comptes iraniens sur leur sol mais, à partir de décembre 2006, l’ONU adopte ces sanctions financières et les généralise, impose au pays un embargo étroit, portant sur le commerce et les ventes d’armes.
Washington avait pourtant réussi à créer un véritable cordon sanitaire autour de Téhéran, sur le plan économique grâce aux sanctions, sur le plan militaire grâce à ses bases en Irak, en Afghanistan ou dans le Golfe, sur le plan diplomatique grâce à la convergence de vue entre Israël, les puissances sunnites comme l’Arabie saoudite et une grande partie de la classe politique et de l’opinion américaine, en particulier chez les Républicains.
Débutée en mars 2003, l’intervention des États-Unis atteint Bagdad en trois semaines. En même temps, al-Maliki s’allie à l’Iran dont le président Ahmadinejad effectue en mars 2008 une visite historique à Bagdad, signant la réconciliation entre les deux pays. Le soutien américain au gouvernement de Bagdad puis l’élection de Barack Obama en 2009 poussent (déjà) les États-Unis à songer à réintégrer l’Iran dans leurs échanges diplomatiques.
La région du golfe Arabo-Persique est aujourd’hui le premier marché mondial d’armements. Longtemps dominé par les États-Unis, il est en pleine mutation sous l’effet conjugué de la montée de l’anti-américanisme dans la région, de la transformation des menaces et de l’arrivée de nouvelles élites locales aux postes de responsabilité. Les monarchies pétrolières du Conseil de coopération pour les États arabes du Golfe représentent près de 40 % du marché mondial des armements tout au long des années 1990.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la sécurité des monarchies pétrolières a été garantie par les puissances extérieures, en particulier par les États-Unis, dans le cadre d’un pacte « pétrole contre sécurité ». Toutefois, au fil du temps, l’influence des menaces internes sur les politiques de défense et d’armement est devenue de plus en plus importante. En 1971, quatre des six pays du Golfe accèdent à l’indépendance. Ils doivent alors créer des armées nationales et se doter d’infrastructures. La guerre israélo-arabe de 1973 et le choc pétrolier qui l’a suivie ont ensuite hissé les États de la région au premier rang mondial des importations d’armements.
Dans cette course aux exportations vers les pays du CCG, les ventes de matériel inadapté aux pays désertiques dans le but de prolonger les chaînes de production, de réduire les coûts et de créer des emplois sont monnaie courante. Les États-Unis arrivent en tête des ventes. Entre 1997 et 2004, l’Arabie saoudite s’est vu livrer des armes américaines pour plus de 35 milliards de dollars.
Contrairement aux États-Unis qui privilégient les relations d’État à État, la France a longtemps choisi de laisser son industrie de défense gérer les exportations d’armements de manière autonome. Il existe aussi une multitude de fournisseurs secondaires actifs en matière d’exportation de défense mais qui jouent - pour l’instant - de modestes rôles auprès des pays du Golfe. Reste la Russie pour laquelle le commerce des armes est d’autant plus important qu’il est devenu un moyen de retrouver une influence politique dans le Golfe.
| Fournisseur | Type de Relation | Stratégie |
|---|---|---|
| États-Unis | État à État | Coopération stratégique, vente de matériel en excédent, offres de matériel performant |
| France | Industrie autonome (historique) | Couverture politique croissante, vente de matériel identique à l'armée française |
| Russie | Variable | Recherche d'influence politique, vente de systèmes compétitifs |
Les achats se font suivant une logique rationnelle, géopolitique, fondée sur la perception de la menace. Dans la région du Golfe, l’Iran est considéré comme la menace principale contre laquelle les six pays du CCG ont, à des échelles différentes, cherché à acquérir des systèmes d’armes pour se défendre. La menace islamiste dicte également la politique d’achat de matériels.
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