Le langage de la chasse est très ancien, les linguistes le font remonter au VIIe siècle, c’est-à-dire à l’époque ou le vieux-haut allemand se développe. Il va ensuite se spécialiser, surtout à partir du XIIe siècle avec l’essor de la culture féodale.
Dans Silvatica, on retrouve les trois types de langages. Le XVIIe et le XVIIIe siècle pour voir le langage de la chasse s’étendre au petit gibier. Par exemple, à côté du terme Schwanz et de son synonyme Schweif qui désigne la queue d’un animal, on trouve plusieurs termes tels que Blume (fleur), Lunte (mèche), Fahne (drapeau, bannière), Bürzel (croupion), etc.
Nombre de ces termes sont liés avec des croyances magiques et des superstitions. Une autre caractéristique est sa polysémie. Dans l’usage courant, le verbe abschlagen a plusieurs sens.
Mais il existe aussi des cas où les lexiques ne correspondent pas tout à fait. On trouve par exemple dans Silvatica un terme emprunté au français qui a subi cependant un léger glissement de sens. Il s’agit de Hautgout.
Le chasseur doit connaitre les indices laissés sur le sol et qui ont une importance capitale pour le chasseur. Ils permettent de débusquer le poids, la direction prise, etc. Hüberlein ou encore Krümme sont huit termes qui désignent autant d’indices.
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Knall évoque le bruit de la détonation, Fall signifie la chute. On entend Strecke, le tableau de chasse, la disposition ordonnée du gibier abattu sur le sol.
Une zone ou un passage au moyen de draps tendus sur des cordes. « Lappstatt » désigne un lieu, une enceinte (Statt) qui a été ainsi délimitée et tendue de draps.
L'expression dont le verbe avant le XVIe siècle donne lieu à de multiples variantes : sich ins Bockshorn zwingen, treiben, jagen lassen (se laisser forcer, pousser, chasser). Elle sert à décrire le processus d’intimidation.
Dans cette série Unterstand, Einstand et Anstand sont des termes de chasse, Aufstand est un mot général qui désigne la révolte, la rébellion. Teller et Schüssel, les oreilles des sangliers, et pour Schale les sabots des ongulés : « …mit Tellern Schüsseln und Schalen / haben die Tiere gedeckt… », « …assiettes plats et coupes / les animaux ont dressé le couvert20… ».
Si notre auteur eut le titre de « chasseur », c’est en un tout autre sens, comme employé au Comptoir d’escompte de Manosque quand il commença à travailler en 1911. De la chasse au sanglier de Colline à la chasse au loup d'Un roi sans divertissement, il s’agit moins pour Giono de représenter une pratique naturellement répandue que de s’interroger, précisément, sur la fonction charnière de la chasse entre violence et vie sociale, entre nature et culture.
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Le romancier met en scène des personnages de chasseurs : il imagine des situations de chasse qui présentent de grandes différences, depuis une pratique de la chasse très proche de l’ordre naturel jusqu’à des modalités éminemment socialisées, en rupture avec l’ordre naturel. Panturle, dans Regain, est ce chasseur d’un premier type. La chasse est chez lui symptomatique de la régression à l’état de nature.
Panturle pose des collets et des pièges, guette en silence, se fond dans la nature : « Il est allé guetter le renard. Le chasseur fait siennes l’économie et la discrétion des gestes d’animaux, mime d’instinct les bêtes qu’il poursuit, conformément à des usages largement attestés par les ethnologues, et que l’on retrouve dans d’autres romans de Giono.
Dans Que ma joie demeure, les chasseurs de biches marchent « l’un derrière l’autre comme des ours » (II, 584). Dans Un roi sans divertissement, Frédéric II devient « renard » dans la fameuse poursuite de M.V., ou se déplace « comme un oiseau » : « Il allait de taillis en taillis sans laisser de traces. » (III, 494). Il lui arrive d’avancer à quatre pattes, ou de s’immobiliser pour « ressembler à un tronc d’arbre » (III, 494-495). Quant aux chasseurs de la battue au loup, ils marchent « à pas de serpent » (III, 532)...
Accéder à la civilisation, pour Panturle, ce sera précisément convertir en énergie de laboureur cet « instinct de tueur de bêtes » (I, 399), substituer la charrue au couteau, passer de la chasse à l’agriculture. Si Regain raconte comment renoncer à la chasse, on pourrait croire que Colline racontait, à l’inverse, comment réussir à la chasse.
Le roman s’ouvre et s’achève sur un coup de feu. Entre ces deux coups de feu qui encadrent le roman, il est même une troisième rencontre de Jaume et du sanglier où le chasseur reste paralysé de peur : « Le sanglier a vu l’homme. Quand Jaume l’atteint enfin, c’est presque par hasard, sans le mérite d’une recherche, d’une poursuite ou d’un combat.
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Peut-on opposer à ces formes de chasse coupables et dégradantes une chasse rédemptrice, moins douloureuse dans ses effets sur l’homme et sur le monde ? Il faut alors envisager une subversion ou une inversion des schémas habituels.
Les manières féminines de chasser suggèrent des pratiques moins violentes, qui reposent sur l’attirance et la ruse. Dans Regain : « La Mamèche aussi fait sa chasse, pour elle, à sa façon. Dans Promenade de la mort, la Bioque attrape des alouettes en engluant des bâtonnets qu’elle expose au soleil, méthode très proche, comme celle de la Mamèche, d’une recette de cuisine : la prise de l’animal est directement liée à sa préparation culinaire (III, 363).
Est-il possible par ailleurs de chasser pour ne pas tuer, et même pour favoriser l’amour et la fécondité animale ? C’est la tentative de Bobi dans Que ma joie demeure.
Même si cette chasse d’un nouveau genre déconcerte par sa finalité, ou par son absence de finalité, elle réveille la mémoire de gestes acquis : « [Honoré] revoyait tout le familier de la forêt de son enfance : les chemins, les pistes, les tranchées, les bauges, les taillis. Cela ne va pas sans ambiguïté : même Bobi savoure l’idée de la prise, quand il imagine « les biches venant buter contre le filet et restant là, prisonnières - pas pour longtemps - mais à nous (ce qu’on est obligé de penser tout de même !) » (II, 582).
Mais une troisième forme d’inversion, dans la représentation gionienne de la chasse, garantit contre le risque d’un retour au point de vue du chasseur dominateur : après le passage au point de vue féminin, et le paradoxe d’une chasse féconde, c’est l’adoption du point de vue du gibier. On le voit dans les mêmes pages de Que ma joie demeure : le récit en vient à se décentrer en se focalisant sur les sensations des animaux troublés par les sonneries de trompe.
Et c’est précisément à ce moment que la chasse va être interdite : le récit s’ouvre sur cette annonce (III, 290). Comme l’a montré André-Alain Morello, la guerre « exclut [...] la chasse, parce qu’elle "renverse" la chasse »3, rabaissant l’homme à l’animalité.
Langlois lui-même, après avoir mené de main de maître la chasse au loup, dévoilera au bout du compte sa ressemblance avec la bête traquée du fond de Chalamont, dans le monologue que lui prête Saucisse à Saint-Baudille et qui le montre, comme le loup, maître de son destin et non victime passive : « [...] c’est moi qui tire du fond de vos joueurs de cor de chasse le souffle qui traverse l’instrument et beugle vos ordres au-dessus des forêts. » (III, 580). Angelo dans Le Hussard sur le toit, Tringlot dans L’Iris de Suse, seront plus nettement encore des êtres traqués et pourchassés.
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