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Cet article aborde plusieurs sujets, dont une enquête concernant un touriste belge impliqué dans un incident avec un Flash-Ball, ainsi que des éléments liés à l'enquête sur Mohamed Merah et la filière djihadiste de Toulouse.

Un Coup de Flash-Ball et une Fausse Information

Elle s'appelait Coralie, venait de Belgique et était la mère de deux enfants. Vers 20 heures ce samedi soir, sa mort a été annoncée sur les réseaux sociaux : elle aurait été victime d'un tir de Flash-ball en pleine manifestation des Gilets jaunes à Paris.

En réalité, cette mort n'est que numérique puisque cette femme n'existe tout simplement pas. Le ministère des Affaires étrangères belge confirme ce dimanche matin au Parisien qu'aucun de ses ressortissants n'est décédé dans les rues de la capitale française.

« Le centre de crise du Quai d'Orsay vient de nous le confirmer. On a tout vérifié de notre côté également, nous assure Karl Lagatie, porte-parole du ministère, ajoutant que « l'ambassade n'a été contactée par aucune famille recherchant un proche ».

Cette farce macabre aura duré de longues heures avant que les premiers doutes ne s'installent samedi, très tard dans la nuit. Cette fausse information ne repose sur aucun témoin direct, comme pour l'intox tout aussi virale et sordide du « mort de Tolbiac », ayant sévi durant les manifestations étudiantes au printemps 2017.

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Sur les réseaux sociaux, l'annonce du décès de « Coralie » a progressé à une vitesse phénoménale via plusieurs canaux. C'est d'abord une manifestante française qui a publié une vidéo en direct depuis les Champs-Elysées.

Cette militante Gilet jaune assumée, qu'on avait pu apercevoir mi-décembre sur la chaîne insoumise Le Media, ne dit pas avoir été témoin de la scène mais assure avoir eu la confirmation de son décès par des Street Med', ces équipes de secours citoyennes qui aident les manifestants au cœur des cortèges.

Contactée dans la soirée, elle ne nous a jamais confirmé ce décès avant de supprimer la vidéo de son compte. Une heure plus tard, dans une vidéo tout aussi approximative, elle annonçait un second décès.

« Au musée d'Orsay, une dame a été évacuée par le Samu et vient de mourir d'une blessure », avance-t-elle avant d'être reprise par un collègue et de rectifier : « Apparemment, c'est sur Marseille, enfin, on a encore une victime. Elle venait de Bruxelles ».

« Elle n'a rien demandé […] On a attendu des heures pour que les secours arrivent. Il s'agit du témoignage d'un Gilet jaune originaire d'Alsace. Il s'est permis de poser cela, on l'avait mis en garde ».

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« Le mec qui fait semblant de pleurer. J'ai senti que c'était une comédie, que c'était forcé ».

Dimanche midi, lui-aussi a finalement fait son mea-culpa. « Je reconnais mon erreur, et vous pris de faire preuve d'indulgence et de me pardonner car j'ai laissé parler mon cœur », a-t-il partagé sur son mur.

Sollicitée samedi soir, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris et l'Ambassade de Belgique n'avaient aucune information à ce sujet. Quant aux Street Medics contactées, ils démentaient tout décès.

Un seul interlocuteur nous a parlé d'une personne frappée en pleine tête. Samedi soir, très tard, l'un des médias des Gilets jaunes, « Vécu » -plébiscitée notamment par la ligne Ludosky-Drouet-, a également affirmé détenir « assez d'éléments pour démentir ».

A ce jour, une seule personne est décédée en marge d'un «acte » des Gilets jaunes.

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Dans un autre cas, Yasser Skouma, admettant avoir tiré au niveau de la cuisse de son opposant. Ce dernier, présentant une fracture du nez, de la mâchoire et de nombreux hématomes, s’est vu délivrer 10 jours d’ITT, « sous réserve de complications ».

Reconstitution du Puzzle Djihadiste Autour de Mohamed Merah

Un mois après la tuerie, les policiers reconstituent le puzzle djihadiste autour de Mohamed Merah. Un moi saprès sa mort, d'autres semblent avoir pris le relais.

Un homme de 31 ans a été arrêté samedi matin dans un quartier sensible de Montpellier par le groupe d’intervention de la police nationale de Marseille. L’homme était suivi par les enquêteurs de la DCRI qui ont trouvé, lors d’une perquisition, un sac de randonnée et du matériel de survie.

Il s’apprêtait à quitter la France. Pour rejoindre l’Afghanistan, via le Yémen, ou pour l’Indonésie? Ce candidat au djihad a été arrêté au domicile de sa mère, qui, par le passé, avait entretenu des relations avec Zoulikha Aziri, la mère de Mohamed Merah…

Officiellement, il n’existe aucun autre lien entre ce djihadiste et le meurtrier de trois militaires, d’un professeur et de trois enfants juifs à Toulouse où, depuis un mois, les enquêteurs reconstituent le parcours de Mohamed Merah, qui a grandi au son de l’islam radical, au sein d’une famille, d’un clan, hanté par le djihad.

En 2002, Mohamed Merah n’a pas encore 15 ans lorsque son frère Abdelkader, son aîné de six ans, commence à fréquenter la dizaine de membres d’un groupe de terroristes en formation qui deviendra célèbre.

La "filière de Toulouse" enverra au moins trois de ses militants combattre "les armes à la main" en Irak. Depuis le début des années 2000, ces hommes se réunissent dans leurs appartements respectifs, dans la cité sensible des Izards, mais aussi dans des quartiers plus résidentiels de Toulouse.

Ils se sont rencontrés sur les chantiers et dans les mosquées. Ensemble, ils visionnent des vidéos, s’échangent des documents, commentent les attentats du 11-Septembre, parlent de Ben Laden, de l’Irak, de l’Afghanistan et, bien sûr, d’Israël.

Ils organisent des mariages pour les plus jeunes afin qu’ils épousent des femmes "pieuses". "Ils partageaient une haine de l’Occident et surtout des juifs", confie un enquêteur toulousain qui a suivi de près ce groupe au cours des années 2000.

Parmi les plus assidus, des convertis, comme Fabien Clain et Thomas Barnouin, mais aussi Miloud Chahou, Mohamed Mezerbhi, les Essid, père et fils, Mohamed et Sabri… Et Abdelkader Merah. Avec sa soeur, Souad, très religieuse, elle aussi, le fils Merah serait même un des piliers du groupe.

Souad, ne sort que totalement voilée et ne se mêle pas aux réunions des hommes, mais c’est néanmoins une "sœur" respectée et influente.

Fin 2006, l’arrestation de deux jeunes djihadistes toulousains à la frontière irako-syrienne fait exploser le groupe. Le Toulousain Sabri Essid et l’Albigeois Thomas Barnouin sont passés de la théorie à la pratique.

En 2009, la plupart des hommes comparaîtront devant la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs à visées terroristes. Ils écoperont de six mois à six ans de prison ferme.

Sabri Essid effectuera quatre ans de prison à Fleury- Mérogis. Sorti à l’automne 2010, il a repris le cours d’une vie apparemment normale, retrouvant un travail de grutier.

Au cimetière de Cornebarrieu, le 29 mars dernier, il faisait partie de la dizaine d’hommes qui a mis en terre la dépouille de Mohamed Merah .

Le "Beau-Père Religieux" des Enfants Merah

Abdelkader Merah et le père de Sabri Essid apparaissent comme deux rescapés du coup de filet de 2007. La "filière" a été démantelée et les deux hommes continuent à se fréquenter.

Né à Monastir, en Tunisie, il y a 58 ans, le "beau-père religieux" des enfants Merah est arrivé en France au début des années 1980 pour travailler sur les chantiers et s’installe à Toulouse.

Sa vie change radicalement au début des années 2000. Au moment où il obtient la nationalité française, ce grutier expérimenté aurait basculé dans un islam radical.

Dans la vie publique, c’est un homme courtois, qui s’exprime dans un bon français et ne présente aucun des signes extérieurs de l’intégrisme. Pas de pantalon trop court, pas de tunique ni de barbe.

Pourtant son parcours personnel semble troublant. Comme tous les membres de sa "nouvelle famille", il voyage beaucoup et mène un train de vie qui ne paraît pas correspondre aux revenus qu’il déclare.

L’aspect financier constitue d’ailleurs un des axes de la vaste enquête lancée après les tueries de Toulouse et Montauban. Selon nos informations, les spécialistes de l’OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière) ont été mis à contribution pour "éplucher" les comptes d’une trentaine de personnes, membres de la famille Merah ou gravitant autour.

Avec quel argent Mohamed Merah, qui a évoqué des braquages et un pactole ramené du Pakistan lors de ses longues discussions avec les hommes du Raid, a-t-il acheté son arsenal, loué ses voitures, financé ses voyages?

Déjà père d’Essid, arrêté à la frontière syrienne, il a ensuite épousé la mère de Fabien Clain, alias Omar, convertie comme son fils, avant que ce dernier ne soit condamné à six ans de prison pour association de malfaiteurs à visée terroriste.

Enfin, à l’été 2011, il épouse, toujours religieusement, la mère d’Abdelkader et de Mohamed Merah.

Un Coup de Flash-Ball dans la Tête…

Abdelkader et Mohamed Essid sont les deux liens tangibles entre les membres de la filière de Toulouse et le tueur au scooter. Selon nos sources, l’union entre Zoulikha et Mohamed Essid aurait été très brève et le divorce, compliqué. Un sujet de dispute entre les deux frères Merah.

Ce que confirmera, sans que l’on comprenne très bien pourquoi, Abdelkader aux policiers : "C’est moi qui ai organisé la rencontre entre ma mère et son nouveau compagnon. Mais ces derniers, ainsi que mon frère, ont voulu faire cela à leur manière. J’ai été profondément blessé. C’est pour cette raison que je me suis fâché avec ma famille, y compris avec mon frère."

Ce ne serait pas la première brouille entre les deux frangins si l’on en croit le témoignage devant la police d’Aïssa Mesbah, le beau-frère d’Abdelkader : "Il y a environ un an et demi, Mohamed, qui avait manifestement des problèmes avec son frère, est venu à la maison, a tout cassé en constatant qu’Abdelkader n’était pas là. Puis il l’a attendu en bas de l’immeuble et lui a mis deux coups de Flash-Ball, dont un tir dirigé vers la tête. Je ne sais pas précisément la raison de ce problème mais c’était des histoires de famille… "

Le "beau-père" religieux a t il eu une influence spirituelle sur le tueur au scooter? Et quel rôle a joué son grand frère Abdelkader, engagé corps et âme dans le salafisme?

Mohamed Merah était un ado turbulent à l’époque des réunions d’appartement avec les autres djihadistes d’avant 2006. Depuis, il a multiplié les "conneries" qui lui ont valu plusieurs mois de prison à la maison d’arrêt de Seysses.

"Il lisait beaucoup et ses lectures inquiétaient le directeur", raconte un gardien de prison. En sortant, en 2009, il aurait demandé un permis de visite pour aller voir en prison Sabri Essid, le combattant, et ne l’aurait pas obtenu.

En revanche, il a envoyé à celui-ci un mandat de 100 €…

Quel Regard Porte Abdelkader sur Son Petit Frère?

"Mohamed a un caractère vif et assez tranché. Il veut toujours avoir raison, explique- t-il aux policiers. Je qualifierais Mohamed de quelqu’un d’immature. Il est instable, il est incapable de garder un emploi ou un loisir…"

Puis au fil des auditions, le portrait s’affine : "Mohamed est un musulman pratiquant. Je dirais même que c’est un bon pratiquant, quelqu’un qui essaie de se rapprocher de son seigneur. Quelqu’un qui lit beaucoup."

Et l’on sent comme une pointe d’admiration : "Mohamed se faisait passer pour un touriste et c’est comme ça qu’il a trompé son monde. Il a même réussi à tromper votre service. Il a réussi à faire passer une image de musulman pas sérieux, il faisait des petites conneries et a donné le change. Cela était calculé et il a réussi à faire dépasser la fiction par la réalité", assène Abdelkader aux policiers.

"Mohamed se Promène dans le Jardin d’Allah"

Malgré leurs relations fluctuantes, les deux frères n’ont jamais perdu le contact. Même quand Abdelkader s’installe en Égypte, où il fréquente l’institut Al-Fajer : il aurait effectué quatre séjours, deux en 2006, deux en 2009 avant de quitter définitivement Le Caire en février 2011.

Mohamed y débarque durant l’été 2010, à la fin de son premier périple au Moyent- Orient :"Il est resté un mois, indique Abdelkader. Je sais qu’il envisageait d’aller visiter un pays islamique en Afrique, comme la Somalie ou le Soudan. J’ai également vu des photographies prises par Mohamed où l’on voyait le panneau Bagdad…"

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