Pour faciliter l’approvisionnement des navires de commerce se rendant sur les côtes africaines, le ministre de la Guerre a fait installer en 1855, à la manufacture impériale d’armes de Châtellerault, un atelier de transformation des fusils à silex hors de service en armes de troque. Devant l’importance des demandes qui ne cessent d’augmenter au fil des années et à cause de l’éloignement géographique de la MAC vis-à-vis du port de Marseille, il est décidé, le 13 juin 1857, d’installer un atelier semblable à la manufacture impériale d’armes de Saint-Etienne.
Le capitaine Philibert est désigné pour suivre une formation à Châtellerault sur ce travail pour superviser le montage de l’atelier à Saint-Etienne. Le contrôleur d’armes Close l’accompagnera pour apprendre les réparations faites aux armes blanches mais aussi le travail relatif aux armes de troque puisqu’il devra surveiller ces opérations à son retour à Saint-Etienne.(réparations de pièces cassées ou manquantes, entures au bois de monture, mise en couleur, laitonnage des garnitures, etc.).
Une première commande en juin 1857. La direction de l’artillerie de Besançon envoie 137 mousquetons de gendarmerie modèle 1825 et An 9 à silex afin de les faire transformer et réparer à l’aide de pièces de rebut. S’il manque des baïonnettes, il faut ajuster soit des exemplaires rebutés, soit des modèles 1816. Les archives semblent lacunaires concernant cette activité.
En avril 1859, 650 carabines pour le Vice roi d’Égypte ayant les caractéristiques suivantes :
Aussitôt que vous aurez pris d’une manière exacte les dimensions du canon et que vous aurez fabriqué une hausse type, vous enverrez ces 2 pièces à Mutzig.
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Avril 59 : Je vous préviens que vous recevrez dans quelques jours une carabine faite à Tulle, qui vous servira de type pour la fabrication des 650 armes destinées au Vice Roi d’Egypte.
Vous suspendrez la fabrication des garnitures, des sous gardes et des baguettes jusqu’à l’arrivée de cette carabine, mais rien ne s’oppose à ce que vous fassiez faire les canons et les platines.
Vous avez du remarquer que le taraudage de la boite du canon égyptien, que Tulle vous a envoyé, diffère de celui de la culasse des fusils modèle 1842 et 1857, le directeur de Tulle ayant oublié de prendre les dimensions de ce taraudage, je vous prie de lui envoyer, le plus tôt possible, une culasse ayant son bouton taraudé sur la boite du canon égyptien.
12 juin 1859, Inspecteur à MAS : Mr Manceaux ayant prévenu l’entreprise de Mutzig qu’il est propriétaire d’un brevet pour la hausse appliqué à la carabine égyptienne (ce qui est vrai), j’ai l’honneur de vous prier de remplacer cette hausse par celle de notre carabine modèle 1853.
La valeur de toutes les hausses (Mle Manceaux) fabriquées jusqu’à ce jour sera comprise dans le prix des carabines.
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17 juin 1859, Inspecteur à MAS : Je vous informe que la hausse de la carabine modèle 1853, qui remplace la modèle Manceaux, sera placée sur le canon égyptien à la même distance du tonnerre que la hausse de notre carabine, c’est-à-dire à 87,5 mm, et comme le canon égyptien a 52 mm de plus que le nôtre, il en résulte que cette hausse doit recevoir une autre graduation pour tirer aux mêmes distances.
8 octobre 1859, Inspecteur à MAS : Vous avez dû recevoir de la MAC les 651 sabres baïonnettes destinés à être ajustés sur les carabines égyptiennes que vous fabriquez. Je pense que l’entreprise de St Etienne a payé pour le compte de Mr Sélin, cependant comme il se pourrait que, par erreur, on ait fait supporter cette dépense à l’État, je vous prie d’examiner cela et de me rendre compte.
Le commerce d’armes en tout genre prend un tel essor que l’État va rapidement rédiger une loi règlementant la fabrication et le commerce des armes de guerre, c’est la loi du 14 juillet 1860. Tous les canons d’armes à feu doivent recevoir une marque indiquant s’ils sont destinés à l’exportation et donc prohibés pour un usage en France.
Cette marque doit être appliquée par un bureau du poinçonnage dirigé par un inspecteur, lui-même entouré de contrôleurs chargés de poinçonner les armes. Le poinçon d’exportation n’est appliqué sur l’arme que lorsque celle-ci a reçu le poinçon de l’épreuve et doit être apparent en son entier une fois l’arme montée.
Saint-Etienne, en février 1861, ne possède pas encore un tel bureau et le directeur de la MAS doit se concerter avec le Préfet de la Loire afin de trouver un lieu approprié à cette activité.
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Il faut faire ici la distinction en armes de commerce et armes de troque. Les armes du commerce peuvent provenir soit de fabricants privés qui reçoivent directement des commandes de gouvernements étrangers, soit de l’entrepreneur de la manufacture d’armes qui, par le biais du ministre, l’autorisation de fabriquer ou de transformer des quantités d’armes définies par des marchés signés entre les états concernés.
10 mai 61 : un décret du 30 mars dernier a fixé à 3000 frcs l'allocation que recevront les inspecteurs du poinçonnage des armes de guerre de commerce. Troussel, capitaine d'artillerie en retraite a été nommé inspecteur en date du 15 avril dernier.
10 juin 61 : recevrez du DC 3 poinçons d'exportations et 3 poinçons D à remettre à l'inspecteur du poinçonnage.
25 juillet 61 : la loi du 14 juillet 60 et le règlement du 6 mars 61 prescrivent l'épreuve de toutes les armes de guerre fabriquées pour le commerce. Ces épreuves doivent être faite au banc de la ville.
En conséquence, les armes fabriquées par l'entrepreneur pour le commerce doivent être éprouvées au banc de la ville te non à celui de la MAS. Néanmoins, cette mesure ne sera pas appliquée aux marchés en cours d'exécution.
Quant aux armes fabriquées pour les gouvernements étrangers, toutes les fois qu'elles devront, par mon ordre, être soumises aux visites et épreuves exigées en France pour les armes de l'état, vous les ferez éprouver au banc de la MAS.
24 aout 61 : le 25 juillet dernier je vous ai indiqué la nature des armes fabriquées par l'entrepreneur qui doivent être éprouvées au banc de la ville, j'ajouterai aujourd'hui des explications détaillées sur l'application de la loi du 14 juillet 60 aux entrepreneurs des MA : les entrepreneurs des MA auront la faculté de fabriquer des armes de guerre de commerce pour l'exportation en se servant des ateliers des établissements toutes les fois qu'il n'en résultera aucun inconvénient pour les commandes de l'état.
J'ai pris des dispositions : les armes de guerre fabriquées pour l'étranger par les entrepreneurs des MA sont de 2 sortes : les unes fabriquées pour le compte des gouvernements étrangers qui ont obtenu de l'Empereur l'autorisation de faire fabriquer des armes conformes aux modèles français et soumises à toutes les visites et épreuves en usage pour les armes d'état.
Les autres sont des armes du commerce qui peuvent être aussi fabriquées sur commandes directes des gouvernements étrangers mais qui ne sont pas soumises aux conditions de garantie.
Les premières portent toutes les marques des armes de l'état et n'ont pas la marque de fabrique de l'entrepreneur, elles doivent donc rester tout à fait en dehors de l'application de la loi du 14 juillet 60. Pour les secondes, elles portent la marque de fabrique de l'entrepreneur et rentrent entièrement sous le coup de la loi de 1860 et du décret du 6 mars 61. Dans les villes où il existe un bureau de poinçonnage, comme St-Etienne, l'entrepreneur de la MAS y présentera ses armes de commerce comme tout autre fabricant.
Les entrepreneurs sont donc autorisés d'une manière permanente à fabriquer des armes de guerre pour l'exportation.
18 décembre 61 : l'exécution de la loi du 14 juillet 60 a soulevé plusieurs questions délicates : des ouvriers travaillant à la MAS ont fabriqué des armes en dehors de la MAS et tenté de les vendre dans le commerce. Interdit; trafic de pièces détachées de rebut.
25 janvier 1862, Ministre à MAS : Mr Escoffier me fait connaître que depuis la mise en exécution du décret du 6 mars 1861, il présente au banc d’épreuve de la ville, tous les canons destinés par lui au commerce extérieur mais qu’il possède de diverses provenances antérieurement au décret :
et que l’inspecteur du poinçonnage à St Etienne refuse d’appliquer sur ces canons la marque d’exportation parce qu’ils ne portent pas la marque de l’épreuve de la ville de St Etienne.
J’autorise exceptionnellement Mr l’inspecteur du poinçonnage à marquer ces canons mais à la condition que l’envoi à son bureau sera accompagné d’une déclaration de vous attestant que les canons qui ont été rebutés pour défaut de dimensions peuvent être mis en service, sans subir une nouvelle épreuve.
31 janvier 1862, Ministre à MAS : Le DC reçoit aujourd’hui l’ordre d’expédier un poinçon P destiné au service du bureau de poinçonnage des armes de guerre de commerce à St Etienne. Vous voudrez bien le remettre à Mr Troussel.
6 mars 1862 : Le DC reçoit aujourd’hui l’ordre de vous envoyer 3 poinçons, un à la lettre P et deux à la lettre D destinés au service du bureau du poinçonnage des armes de guerre de commerce de St Etienne. Vous voudrez bien les remettre à l’inspecteur du poinçonnage.
12 février 63 : Je vous préviens qu’il existe une lacune dans les services du sieur Jean Joseph Orval, ex reviseur provisoire à la MAS et actuellement contrôleur de poinçonnage.
On lit sur la matricule tenue au ministère : Nommé reviseur provisoire à St Etienne le 10 mai 1831, a cessé ses fonctions par suite de suppression d’emploi le 31 décembre 1834. Nommé réviseur d’armes à la MAC le 6 juillet 1838.
Vous voudrez bien me faire connaître en quelle qualité le sieur Orval a figuré sur les contrôles de la MAS entre le 31 décembre 1834 et le 6 juillet 1838.
10 septembre : le DC reçoit l’ordre de vous expédier 4 poinçons , 1 à la lettre P et 3 à la lettre D destinés au bureau du poinçonnage des armes de guerre de commerce de St Etienne. Vous les remettrez à l’inspecteur de ce bureau.
N’ayant pu consulter toutes les archives relatives aux différentes commandes passées à la MAS, je m’en tiendrai à rendre compte de ce que j’ai pu relever :
1861, Sardaigne : 3 000 mousquetons de gendarmerie modèle 1857 (commande exécutée par des ouvriers du commerce pour ne pas entraver la production de la MAS). Les armes seront faites comme des numéros 1 et ne seront soumises à aucune visite des contrôleurs sauf de constater la présence de l’épreuve.
4 000 fusils modèle 1857 (d’autres commandes ont été passées dès le 10 octobre 1860 mais je n’ai pas les chiffres). Escoffier fait fabriquer à la manufacture de Maubeuge des sous-garde pour fusil d’infanterie, destinées aux armes sardes.
Pour compléter les commandes d’armes à silex pour la Sardaigne, la MAS reçoit et utilise, de janvier à avril 1861, plusieurs modèles de fusils à silex provenant soit de la manufacture de Mutzig (420 fusils de voltigeurs à silex modèle 1822), de la manufacture de Châtellerault (4831 fusils de voltigeurs modèle 1816 et 1822 et 7447 fusils d’infanterie à silex modèle 1816), du Havre (21 fusils d’infanterie à silex modèle 1822, 3307 modèle 1816, 784 fusils de voltigeurs à silex 1816 et 1822) et 20 100 de différentes places d’artillerie (2864 fusils d’infanterie à silex modèle 1822, 14 263 fusils d’infanterie à silex modèle 1816 et 2973 fusils de voltigeurs à silex modèle 1816 et 1822).
La Sardaigne demande le 25 avril 1861 des pièces de rechange pour les fusils modèle 1840 fabriqués par la MAS.
Troque : Les fusils de troque N°1 ont des canons, selon les commandes, de 28 à 30 pouces (1m029 à 1m083), la majorité mesurant 42 pouces, soit 1134 mm. Il était fréquent de trouver nombre de canons aux dimensions variables. Les garnitures étaient principalement en fer mais pouvaient être en laiton.
Les fusils de troque N°2 ont des canons de 38 pouces, soit ? Elle expédiera 3000 fusils de troque N°1 avec des canons de 38 ou de 42 pouces mais avec garnitures fer, 3400 fusils de troque N°1 avec canons de 1134 mm et garnitures fer et 1000 fusils de troque N°1 avec des canons de dimensions diverses et garnitures en fer.
En 1866, la MAS reçoit 677 fusils à silex N°1, 1811 de voltigeurs N°1, 21 d’infanterie 1816, 66 d’infanterie 1822, 2752 d’infanterie 1777, 160 de voltigeurs 1777 et 109 de voltigeurs 1816 et 1822.
| Type de fusil | Quantité |
|---|---|
| Fusils à silex N°1 | 677 |
| Voltigeurs N°1 | 1811 |
| Infanterie 1816 | 21 |
| Infanterie 1822 | 66 |
| Infanterie 1777 | 2752 |
| Voltigeurs 1777 | 160 |
| Voltigeurs 1816 et 1822 | 109 |
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