L’expression "son corps s'est tendu comme une arbalète" est une image frappante qui évoque une tension extrême, une préparation à l'action ou une réaction intense. Pour comprendre pleinement cette image, il est essentiel d'examiner son contexte littéraire et ses implications symboliques.
La famille des signes en arbalètes et arbalétiformes pose deux problèmes que leur caractère exemplaire pour une grande partie du corpus des gravures linéaires rend particulièrement intéressants.
Le premier est d’ordre chronologique. Après avoir longtemps considéré les signes en arbalète comme des marqueurs de l’Âge du Bronze puis de la fin de l’Âge du Fer, on admet aujourd’hui, dans le sillage de Lucien Gratté puis de Pierre Bellin, la possibilité de représentations médiévales et même modernes de véritables arbalètes.
Voilà dès lors le second problème posé : que représentent les motifs en arbalète et, par extension, que signifient-ils ? Alors qu’il y a trente ans à peine, on refusait de reconnaître l’arbalète, même lorsqu’elle était dessinée de façon très réaliste et dans la main d’un personnage, on aurait tendance aujourd’hui à tirer un trait sur les interprétations trop symboliques de l’Abbé Glory, qui ne voyait dans les signes en arbalète que des représentations d’archer - et pour cause, puisqu’il les datait de l’Âge du Bronze.
Les mauvais services rendus à l’étude du sens des gravures par des propositions de datation souvent précipitées et pour lesquelles nous ne disposons encore que de trop peu d’éléments, nous ont incité à ne considérer que l’aspect formel et sémantique de la question.
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Car la question du sens des signes en arbalète - et par extension de la totalité des gravures - pose à l’archéologue un problème épineux. Lui, que sa vocation porte vers l’étude des indices matériels, la trouve ou trop évidente pour être traitée, s’il ne s’agit que de l’arme, ou impossible à résoudre, si le symbolisme entre en jeu.
Puisque l’approche de ces motifs s’annonce aussi décevante par le biais du code trop lâche de la symbolique universelle que celui de la chronologie, nous proposons une étude « de l’intérieur » qui visera, après une étape consacrée au problème de l’ambiguïté des termes, à disséquer les motifs pour essayer de comprendre leur construction.
Pierre Bellin, dans un article intitulé « La question des fossiles directeurs dans l’art schématique protohistorique » (Bellin 1986), pose de la manière suivante la question des signes en arbalète : d’un point de vue chronologique, il apparaît aujourd’hui que l’hypothèse selon laquelle cette famille de signes a pu être considérée comme un fossile directeur de l’art schématique du Néolithique à l’Âge des métaux est révolue.
En matière de signification, la fusaïole d’Arnoux, mais aussi la fréquence des signes en arbalètes tenues en main par des anthropomorphes doivent inciter à revenir sur l’interprétation quasi unanime du signe en arbalète comme anthropomorphe.
« Le signe en arbalète, lu souvent comme un anthropomorphe en arbalète [...] est dans bien des cas une arbalète vraie, dit-il. En fait, des anthropomorphes ont parfois été appelés signes en arbalètes qui n’auraient dû l’être. Des figurations humaines schématiques et des figurations d’arbalètes vraies ont été confondues sous le même vocable qui ne convient pas ni aux unes, ni aux autres »1.
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Laissons de côté les questions chronologiques posées par Pierre Bellin, et intéressons-nous de plus près à ces dernières lignes, qui mettent en évidence les contradictions engendrées par l’imprécision du vocabulaire.
Définir un motif comme « signe en arbalète » ou « arbalétiforme », relève de la description : il est en forme d’arbalète. « Lire » un signe en arbalète comme un « anthropomorphe » ou une « arbalète vraie » constitue une autre opération effectuée à un autre niveau, celui de l’interprétation du sens du motif.
La confusion vient du fait que les mêmes termes sont employés lors des deux phases de l’analyse : arbalétiforme sensu stricto en forme d’arbalète finit par signifier aussi « à sens d’arbalète ». La situation se complique encore lorsqu’on oppose deux termes aussi équivoques que « arbalétiforme » et « anthropomorphe ».
L’étude du cas des arboriformes, plus familier, permet d’élargir le débat. Jean Abélanet y voit, à la suite de l’Abbé Breuil, « une schématisation poussée de la silhouette humaine : tête, bras, jambe, ornements corporels devenus autant de branches de l’arboriforme ».
La même imprécision des termes, en empêchant de distinguer clairement forme et sens, aboutit paradoxalement chez Pierre Bellin et chez Jean Abélanet, à deux résultats opposés.
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La reconnaissance de l’ambivalence de chacun de ces termes permet de dépasser cette contradiction. Si sur le plan formel, les trois ensembles des arbalétiformes, des arboriformes et des anthropomorphes s’excluent, comme sur le plan du sens, la projection d’un plan sur l’autre fait apparaître des « intersections » et permet de comprendre comment un arbalétiforme et un arboriforme peuvent être anthropomorphes, au sens d’anthroposémiques.
Cette distinction de deux plans de perception du dessin, l’un formel, l’autre sémantique, doit imposer, dans l’étude des signes gravés, le respect d’un principe : ne pas mélanger les niveaux d’analyse. C’est alors à la morphologie qu’il faut accorder la priorité, puisque la forme, donnée concrète, matérielle, se prête à un examen objectif. La recherche du sens, le plus souvent caché, ne peut venir qu’en second lieu.
Une telle démarche requiert une redéfinition des termes arbalétiforme, arbalète, arciforme, arc, etc., outils de travail dont les attributions doivent désormais se limiter à décrire la forme des motifs, sans préjuger de leur signification (la tournure « à sens de » ou le suffixe -sémique seront utilisés pour indiquer l’analyse du sens du motif).
Origine
L’origine de l’arbalète est revendiquée par deux pays : la Chine et la Grèce. Pour ce dernier, les témoignages ne portent que sur des catapultes, techniquement très proches de l’arbalète, qui apparaissent vers 400 avant J.-C. En Chine, des mécanismes de détente en bronze ont été découverts lors de fouilles archéologiques : ils dateraient du début du IIe siècle avant J.-C. (Foley, Palmer et Soedel 1985).
Bien que beaucoup plus récente que l’arc, l’arbalète aura marqué le paysage guerrier du « monde civilisé » dès l’Antiquité et jusqu’à l’apparition des armes à feu. Elle connaît son apogée militaire au Moyen Âge, alors qu’elle est restée très discrète aux précédentes périodes.
Fiche technique
Malgré son évolution au cours du temps, l’arbalète se caractérise par des critères techniques très précis et se compose, en règle générale, de six éléments principaux :
Au Moyen Âge, deux sortes de systèmes mécaniques permettaient de tendre des arcs de grande puissance. Le premier se composait d’un petit treuil à manivelles fixé à l’arrière du fût. Le deuxième, conçu à partir d’un engrenage appelé craquelin, apparut au début du XVe siècle. C’est alors que l’arbalète, pourtant à l’apogée de sa technique, perd du terrain devant la concurrence des armes à feu.
L’origine de l’arc n’est pas connue avec certitude ; il est probablement né presque simultanément en plusieurs points du globe. Certains le considèrent comme le descendant direct du propulseur du Paléolithique et en situent l’invention à la fin de cette période.
Dans l’art rupestre, les plus anciennes représentations de l’arc sont connues en Espagne vers 6000 ans avant J.-C., sur les sites du Levant espagnol (Bertran 1984). D’un point de vue chronologique, surtout sur les roches gravées, l’arc reste un très médiocre indicateur en raison de sa longue perduration dans le temps.
Établir la fiche technique de l’arc se résume à énumérer deux éléments : l’arc lui-même « tige souple » et la corde attachée à ses deux extrémités.
En nous référant aux caractéristiques de nos modèles - les armes véritables - nous définirons de la manière suivante les motifs de la famille des signes en arbalète.
Il faut bien comprendre que ces deux définitions s’entendent au niveau formel, graphique. Elles sont en effet, établies par référence au degré de ressemblance entre « l’objet-arbalète » et le « dessin-arbalète » (ou arbalétiforme), sans préjuger de son sens.
Reste maintenant à traiter du terme « arciforme », selon nous peu justifié. Jean Abélanet l’utilise pour nommer un arbalétiforme sans jambe latérale. Or, la différence technique fondamentale entre l’arc et l’arbalète ne réside pas dans cet accessoire qu’est le mécanisme de détente mais...
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