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La Grande Guerre s'est déroulée il y a un siècle, et tous ses acteurs ont désormais disparu. Sa mémoire reste cependant d'une étonnante vivacité. Dépassant par son horreur tout ce qui avait pu être imaginé, la Grande Guerre affecte profondément la société française.

Au début des années 1970, l’industrie de l’armement était encore considérée par les historiens comme un secteur industriel « maudit », celui pour lequel toute évaluation d’ordre économique ou entrepreneurial était subordonnée à des considérations essentiellement morales ou politiques.

Le danger de l’holocauste nucléaire d’abord, puis la guerre du Vietnam et enfin le mouvement pacifiste de masse qui se développa dans les pays occidentaux durant les années 1960 avaient rendu leur actualité à des études entamées avant la Grande Guerre, surtout dans l’Angleterre édouardienne et, dans une moindre mesure, dans l’Allemagne de l’empereur Guillaume, puis pendant l’entre-deux-guerres et à nouveau durant les années 1950.

Il s’agissait d’analyses, souvent sous forme de pamphlets, rédigées par des savants, des intellectuels et des hommes politiques. Ces travaux, réalisés non sans difficultés de toutes sortes étant donné le caractère sensible du sujet, dans l’hostilité du pouvoir politique, sinon de l’opinion publique imprégnée de valeurs nationalistes, voire militaristes, n’étaient pas toujours très précis en matière d’information (même si certaines affirmations n’étaient pas trop éloignées de la vérité).

C’est le dernier des travaux de cette série, celui de George Hallgarten, qui ouvrit de nouvelles perspectives à la recherche. Il partait d’une tentative de repérage des racines historiques du « complexe militaro-industriel », concept présenté par le président Eisenhower lors d’un de ses derniers discours de président.

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Il y critiquait fermement cet enchevêtrement entre les intérêts politiques, militaires et ceux des producteurs d’armes : bien avant, donc, que cette expression ne devienne courante dans la langue des économistes radicaux américains qui, durant les années 1960, se penchaient sur l’analyse de la réalité industrielle américaine et du rôle tenu par le Pentagone.

Cette affirmation surprenante - surtout si l’on considère qu’elle est prononcée par l’ambassadeur français à Rome, Camille Barrère, en 1908 - constitue sans doute l’une des meilleures clés de la lecture des événements complexes qui caractérisaient le monde de l’industrie de l’armement, au niveau international, pendant les quinze ou vingt années précédant le premier conflit mondial.

Dans un certain sens, en effet, elle renforce une approche - ou plutôt elle l’impose - visant à situer le phénomène des « marchands d’armes » dans un champ plus précisément économique. Cette approche permet d’analyser les stratégies productives et commerciales, de faire ressortir les techniques spécifiques de pénétration des marchés, nationaux et étrangers, et d’étudier d’une manière originale le rôle des intermédiaires et des fonctionnaires de l’administration publique (notamment dans les ministères concernés par les choix militaires : ceux de la Défense, de la Marine et des Affaires étrangères).

En partant de ce dernier point de vue, l’affirmation de Barrère doit être complétée par une autre, due à Stephen Hymer, un économiste au-dessus de tous soupçons.

Au début du xxe siècle, l’industrie de l’armement présentait une structure similaire dans presque tous les pays européens. Autour des usines et des arsenaux d’État, principalement axés sur la fourniture de matériel logistique et qui menaient des essais techniques, surtout pour l’artillerie et les blindages, un réseau d’entreprises privées, presque toutes créées au xixe siècle, travaillait essentiellement, mais pas toujours exclusivement, pour répondre aux besoins de la défense.

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Ces entreprises avaient presque partout atteint des dimensions technico-productives et financières qui les plaçaient au premier rang dans leur pays respectif. Les processus d’intégration verticale qui se développèrent à partir des années 1870-1880 touchèrent aussi ce secteur, notamment les sociétés qui s’occupaient de constructions navales pour la Marine.

Les Grandes Entreprises d'Armement Européennes

Les plus grandes entreprises au niveau international étaient les entreprises anglaises, parmi lesquelles dominait la Sir W.G. Armstrong, Whitworth & Co., créée à Newcastle dans les années 1880, après un long processus de plus d’une vingtaine d’années, avec comme protagoniste William George Armstrong (1810-1900), un avocat passionné d’ingénierie, en particulier hydraulique.

Armstrong créa en 1846, avec quelques associés, la Newcastle Cranage Co., pour la construction de grues hydrauliques. La décision de diversifier les activités vers la production de matériel de guerre fut prise après la guerre de Crimée.

En 1882, l’entreprise d’Armstrong fusionna avec la Charles Mitchell & Co., une société de constructions navales implantée à Elswick, et prit le nom de Sir W.G. Armstrong, Mitchell & Co. En 1884 fut décidée l’ouverture d’un chantier en Italie, à Pouzzoles, près de Naples, confirmant le choix opéré une vingtaine d’années auparavant : celui de viser les marchés internationaux.

Enfin, en 1897, alors que l’entreprise dominait depuis un certain temps le secteur des constructions navales anglaises, elle absorba la société Whitworth de Manchester, spécialisée dans la fabrication de blindages. Cette décision entraîna le changement de la raison sociale en Sir W.G. Armstrong, Whitworth & Co.

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La deuxième entreprise anglaise par la taille et l’importance était la société Vickers. Créée à Sheffield en 1867 sous le nom de Vickers, Sons & Co. de Sheffield, suite au désintérêt de la famille Vickers envers l’industrie meunière, qui constituait l’activité familiale au début du xixe siècle.

Malgré la présence de plusieurs membres de la famille, la société Vickers échappa dès le début au piège du prétendu « syndrome de Buddenbrook », qui toucha bon nombre d’entreprises familiales britanniques durant la deuxième moitié du xixe siècle. De grandes compétences techniques, associées à une tendance inhabituelle au managing du groupe dirigeant, firent de l’équipe qui dirigeait la société Vickers un véritable « cabinet of talents », comme l’écrit Trebilcock.

En 1897, la maison Vickers prit le contrôle de la société Maxim-Nordenfeld. Cette entreprise avait été créée par un ingénieur d’origine française, Hiram Maxim, et par un ingénieur suédois, Thorsten Nordenfeld.

Les deux entrepreneurs avaient fusionné leurs entreprises respectives en 1888. Au cours des années 1890, elle avait non seulement pris le contrôle du gros chantier naval de la Barrow Shipbuilding Co., mais s’était également imposée dans deux nouveaux domaines : la fabrication d’armes automatiques (les mitrailleuses, dont le premier brevet fut déposé par Maxim dans la première moitié des années 1880) et de sous-marins, conçus par Nordenfeld.

La prise de contrôle de la société par Vickers menait à son terme un processus entamé depuis 1884, lorsque Maxim fonda la Maxim Gun Co. Son premier président fut Albert Vickers, représentant le groupe d’actionnaires détenant le contrôle, parmi lesquels sa famille n’était toutefois pas majoritaire.

Toujours en 1897, la société Vickers - rebaptisée officiellement Vickers Sons & Maxim - prit le contrôle des sociétés Electric & Ordnance Accessories et Naval Construction Co. de Barrow. À l’étranger, la même année, naissaient la société Placencia de las Armas en Espagne et la Stockholm Vapenfabrik en Suède, cette dernière ayant été jusqu’alors aux mains de Nordenfeld.

À côté de ces deux géants existait également un groupe d’entreprises sidérurgiques qui fournissaient régulièrement le secteur de l’armement, tout en continuant à travailler pour le secteur civil. Les noms les plus célèbres étaient ceux des sociétés John Brown & Co., Charles Cammell and Co. et Thomas Firth and Sons.

On dispose de renseignements assez précis concernent les deux premières entreprises, tandis que, pour la troisième, de rares éléments indiquent que dès 1852 la Firth commença à produire des canons de fusils, des revêtements et des cerclages pour les canons.

La société John Brown (créée sous forme de société par actions en 1864, à la suite de la transformation de la société Atlas Steel Works) fut l’une des toutes premières entreprises anglaises spécialisées dans la production des blindages en fer pour les navires de guerre ; elle étendit ensuite ses activités à la fabrication de pièces pour l’artillerie et, au début du siècle (quelques années après la mort de son fondateur), elle prit le contrôle des chantiers navals de Clydebank Co. pour assurer des débouchés à ses produits.

La Charles Cammell and Co. de Sheffield, devenue société anonyme en 1864 après la transformation de la société Cyclops Works, suivit à peu près le même parcours. À partir des années 1870, l’entreprise, qui possédait l’une des plus importantes installations sidérurgiques de la ville, fut capable de produire des plaques pour blindage de dix pieds, au lieu des six pieds produits par la concurrence durant la décennie précédente.

Dans les années 1870, le conseil d’administration comptait parmi ses membres des personnages importants dans les secteurs de la sidérurgie et de l’armement, comme James Harvey (qui devint célèbre avec un nouveau brevet pour le blindage des navires) et Thomas Vickers ; un autre membre de cette dernière famille, Charles, devint ensuite actionnaire de la société Cammell.

Le développement des affaires de cette entreprise sidérurgique se poursuivit longtemps après la mort de son fondateur en 1879, même si son contrôle échappa progressivement à la famille. En 1903, elle absorba la branche mécanique de la société Mulliner Wigley et les chantiers Laird de Birkenhead, et fut rebaptisée Cammell Laird and Co.

Ainsi, au début du siècle, il existait en Angleterre au moins quatre entreprises qui, bien qu’à une échelle différente, étaient compétitives (mais nous venons jusqu’à quel point) sur le plan national et international, dans le domaine de l’armement et de la construction des navires de guerre.

On trouvait ensuite sept ou huit entreprises de taille moyenne à grande, dont certaines étaient reliées aux quatre premières par le jeu de participations croisées. Bien qu’on ne puisse les considérer comme des entreprises d’armement, elles contribuaient d’une manière souvent décisive à la fabrication de navires de guerre, d’explosifs, de canons et d’armes légères.

En Allemagne également, la structure de l’industrie de l’armement était de type mixte, mais le poids des entreprises publiques était plus fort que dans d’autres pays européens. Il suffit de souligner qu’en 1911, les établissements de l’armée allemande comptaient environ 29 000 ouvriers et que, jusqu’en 1906, les fonderies qui dépendaient du ministère de la Guerre produisaient elles-mêmes de l’acier, au lieu de l’acheter auprès des entreprises privées.

Au xixe siècle, une industrie privée de l’armement s’était développée à côté des entreprises d’État. Les plus importantes entreprises étaient Krupp et Bochumer Verein.

La plus importante de toutes était, de loin, la société Krupp. Créée en 1811, elle en était à sa troisième génération d’entrepreneurs lorsque disparut, en 1902, Friedrich Alfred Krupp, fils d’Alfred et petit-fils du fondateur Friedrich.

Le contrôle de l’entreprise, transformée pour l’occasion en société par actions (conformément au testament), revenait à la fille de Friedrich Alfred, Bertha Krupp, alors âgée de seize ans. Quatre ans plus tard, elle épousa Gustav von Bohlen und Halbach, jeune aristocrate de Baden qui commençait sa carrière diplomatique.

La société Krupp et les autres entreprises d’armement allemandes ont toujours consacré une partie significative de leurs activités au domaine civil (pour Krupp, la part du chiffre d’affaires correspondant à la production d’armement tournait autour de 40 % dans les années 1880), même si leur réputation - surtout celle de la grande maison d’Essen - était largement due à la production de matériel de guerre.

L'Industrie de l'Armement en France

En France aussi (ou en France surtout, étant donné la tradition des manufactures royales), l’industrie de l’armement était traditionnellement entre les mains de l’État. Ce n’est qu’avec la guerre franco-prussienne et l’invasion d’une partie du territoire national que le gouvernement sollicita plus fortement les industries privées pour la fourniture d’armes.

Auparavant, elles n’avaient représenté qu’un recours pour des périodes exceptionnelles, comme le début de la monarchie de Juillet ou la guerre de Crimée. La guerre franco-prussienne avait aussi mis en évidence l’extraordinaire supériorité des canons en acier Krupp par rapport aux canons français en bronze, très lourds et encore chargés par la bouche.

Par conséquent, à partir des années 1870, l’évolution technologique de plus en plus soutenue accéléra et rendit pérenne le recours aux entreprises privées. Les fonderies d’État, notamment, n’étaient pas suffisamment équipées pour relever le défi technologique des aciers spéciaux.

Parmi les entreprises qui diversifièrent en partie leur production, celle qui devint l’un des premiers acteurs du secteur sur le plan international fut la société Schneider, dont les installations situées au Creusot, dans le Massif central, étaient très éloignées du front franco-allemand.

Pour Schneider, il s’agissait d’une sorte de retour aux sources : la Fonderie royale du Creusot avait fourni des canons en fonte et en bronze à l’armée pendant la Révolution et les guerres de l’Empire. La reconversion vers des productions civiles fut un processus très long et difficile. Ce n’est qu’à partir de 1837 que les usines d’Eugène Schneider, un ingénieur d’origine alsacienne, se consacrèrent exclusivement à ce type de produits.

Après 1871, l’établissement du Creusot garda une solide position de leader en France, exploitant notamment l’avantage de posséder une aciérie moderne et de pouvoir compter sur quelques-uns des meilleurs techniciens en métallurgie et en mécanique d’Europe. La loi de 1885 autorisant les entreprises privées à exporter du matériel de guerre permit à la société Schneider et aux autres entreprises de donner à ces activités une plus grande régularité.

La plus petite des grandes entreprises de l’armement au niveau continental était la société Skoda. Entreprise mécanique fondée en 1860 par le comte A. Waldstein, elle s’appelait alors Graf Waldsteinsche Maschinenfabrik in Pilsen.

L’expansion de l’entreprise s’accéléra sensiblement lorsqu’en 1866, la direction générale fut confiée à un jeune ingénieur qui avait fait ses premières expériences professionnelles en Allemagne, Emil Skoda (1839-1900). Trois ans plus tard, Skoda racheta l’entreprise du comte Waldstein.

Dans le cadre de la redéfinition de la politique militaire de la Double Monarchie, qui passait par la modernisation de la flotte et la construction de lignes fortifiées le long des frontières avec l’Italie, la Russie et le Monténégro, les installations de Pilsen, qui se trouvaient dans l’une des régions du pays où le développement industriel était le plus intense, furent choisies par le gouvernement, au début des années 1890, pour l’artillerie navale et côtière.

Les dangers des munitions non explosées

15% des munitions tirées, mouillées ou larguées pendant la Deuxième Guerre mondiale n’ont pas explosé. Elles sont qualifiées dans le jargon pyrotechnique d’UXO (Unexploded Ordnance) ou de “duds” (ratés). Leur découverte et leur neutralisation s’étireront sur plusieurs siècles.

Ces innombrables ratés ont heureusement évité la perte de vies humaines et des ruines supplémentaires pendant les guerres. Mais aujourd’hui, 80 ans après le Débarquement des troupes alliées en Normandie, ils continuent à mettre en danger les populations civiles et les démineurs et à polluer les sols, les eaux superficielles, souterraines et marines. L’opération Overlord se transforme en opération Overdose.

Dans l’attente, elles constituent un risque majeur pour l’environnement et pour la sécurité publique. En Allemagne, les experts en déminage sont réalistes et considèrent que “jamais ne viendra le temps de la dernière bombe”.

Les masses explosives et incendiaires utilisées par les belligérants de la dernière Guerre mondiale étaient la penthrite, la thermite, le magnésium, le phosphore, le pétrole, le TNT, le naphtalène, les huiles inflammables, le RDX (Royal Demolition eXplosive) connu sous le nom évocateur de cyclonite.

Les inondations, les coulées de boue, l’érosion des falaises, les vagues de submersion vont remettre en mouvement l’armée des obus oubliés. Les cours d’eau en mal d’eau vont de plus en plus remettre au jour les déchets de guerre lessivés.

Mise à jour du 5 sept. 2024 :De l’utilité des sangliers : ils ont mis au jour à Burcy à une cinquantaine de kilomètres au sud de Caen, dans l’allée menant au château du Coisel, un stock de 500 obus fumigènes éclairants, toxiques et explosifs abandonné par les troupes alliées après la reconquête de la Normandie en 1944.

La mise en sécurité a été accomplie le 20 août par les démineurs venus de la région de Caen. A terre, les dynamiteries, les usines d’armement et les usines Seveso mettant en œuvre des matières susceptibles de destruction massive sont hyperprotégées par tous les moyens disponibles y compris la rétention abusive d’information pour s’opposer aux risques de malveillance et de terrorisme. La porte est fermée.

Les épaves et les munitions immergées

En mer, la porte est souvent ouverte et les épaves ne font pas toutes l’objet d’un arrêté interdisant la plongée sous-marine et l’exploration. Lorsqu’ils existent, les distances de sécurité entre les plongeurs sous-marins et l’épave sont très variables voire inexistantes.

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