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Hugo Brugière est un jeune homme pressé. En une poignée d’années, ce trentenaire s’est frayé une place de choix dans le club discret des repreneurs d’entreprises zombies.

L'Ascension d'Hugo Brugière

Cybergun, le spécialiste français des armes d’entraînement, l’équipementier aéronautique Valantur, un chantier naval de plaisance dans le Var, des start-up dans la santé comme Neovacs ou Pharnext, une autre dans l’énergie, Boostheat : Hugo Brugière pèse aujourd’hui 350 millions d’euros de chiffre d’affaires et fait vivre près de 2 400 salariés dans l’Hexagone.

En 2022, l'ambitieux volait au secours de la famille Verney-Carron et prenait le contrôle de la société du même nom, dernier fabricant d’armes, notamment de fusils de chasse, en France. Mais la restructuration de l’entreprise bicentenaire s’est révélée plus compliquée, et surtout beaucoup plus coûteuse, que prévu : la société a été placée en redressement judiciaire en début d’année. "La société va éviter la faillite, c’est la seule chose qui compte."

Le Rôle d'Alpha Blue Ocean (ABO)

Pour financer cette boulimie d’acquisitions, ce serial repreneur est devenu le plus gros consommateur en France d’un produit financier hautement risqué - les obligations convertibles en actions avec bons de souscription d’actions ou Ocabsa - commercialisé par un fonds d’investissement, Alpha Blue Ocean (ABO) installé à Dubaï et à Nassau, aux Bahamas. En échange d’une somme d’argent versée par ABO, l’entreprise émet des obligations convertibles en actions. Des titres que le fonds convertit ensuite à un cours décoté et vend dans la foulée sur le marché, empochant au passage la différence.

ABO, qui est basé aux Bahamas, s’associe à des sociétés éprouvant des difficultés de financement, par le biais d’un montage controversé (un prêt contre des obligations convertibles en action).

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Les Risques et les Conséquences

Plus il y a d’émissions, plus le capital de l’entreprise est dilué, plus le cours de Bourse chute et plus les actionnaires historiques sont rincés. "Evidemment, c’est très risqué et dangereux. Mais comment voulez-vous faire quand toutes les banques vous ferment leurs portes ? Les Ocabsa, c’est un peu comme le sang des licornes dans Harry Potter, ça permet de survivre mais le prix à payer est terrible", conclut Hugo Brugière, qui a levé au total 200 millions d’euros grâce à ce tour de passe-passe.

L’AMF n’a guère apprécié. Après une plainte déposée par un petit actionnaire qui a perdu gros dans l’affaire, le Parquet national financier a même lancé une enquête pour une sombre affaire de rétrocommissions qu’il aurait touchées dans le cadre de ses contrats signés avec ABO.

Depuis sa création en 2017, Alpha Blue Ocean a proposé ses services et ses millions à plus d’une soixantaine d’entreprises dans l’Union européenne, en Norvège et jusqu’au Canada. Le seul point commun de toutes ces sociétés est d’avoir eu, un jour, un besoin urgent d’argent frais.

Critiques et Défis

"L’establishment parisien de la finance les méprise. Ils sont vus comme des pirates sans scrupule qui ne servent que leurs propres intérêts et n’ont aucune velléité à assurer la pérennité des entreprises auxquelles ils proposent leurs services", tacle un banquier. En décembre dernier, l’AMF les a condamnés à une amende de 4 millions d’euros pour manipulation de cours de la société Auplata, une compagnie minière en Guyane. "Les produits qu’ils proposent sont tout à fait légaux, assure ce dernier. Et si les cours des sociétés auxquelles ils prêtent de l’argent s’effondrent, c’est la faute du marché, pas la leur."

Le terrain de chasse favori d’ABO ? Euronext Growth, une Bourse spécialement dédiée aux start-up et aux PME. Quand le cours de l’action s’effondre, ce qui est le cas la plupart du temps, beaucoup ont le sentiment de voir le travail d’une vie partir en fumée. "Ce qui est problématique avec ABO, c’est qu’ils vendent du rêve en taisant les risques de ce type d’opérations à leur client. Beaucoup de patrons étranglés se sont fait prendre", décrypte un fin connaisseur du marché.

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"Les 12 millions d’euros que j’avais mis au départ dans Cybergun ne valent plus rien aujourd’hui, reconnaît Hugo Brugière, mais c’est le jeu."

Le Cas Pharmasimple

Michael Willems est le fondateur de Pharmasimple, un site de vente en ligne de parapharmacie et de compléments alimentaires créé en 2012. En 2021, Willems tente de revendre sa société à Intermarché, la transaction capote dans la dernière ligne droite. C’est là que le tandem Vannineuse-Pingray apparaît, comme par magie. Au dernier moment, les deux financiers exigent une petite garantie : un prêt de titres, le temps de l’opération. L’encre du contrat est à peine sèche que le cours de Bourse dévisse, avant même que les premières obligations soient converties en actions. La société a fait faillite en 2023 et les relations entre le Belge et ses anciens financeurs ont tourné vinaigre. ABO accuse le patron d’avoir pioché dans la caisse pour près de 30 millions d’euros. Willems, lui, a porté plainte contre le fonds et ses fondateurs en Belgique, à Dubaï et aux Bahamas pour escroquerie et abus de confiance.

Réponse d'Alpha Blue Ocean

Olivia Blanchard, la responsable de la "compliance" du fonds d’investissement, a répondu aux questions par écrit. La baisse des cours observées dans les entreprises financées par ABO ? "Le reflet de difficultés bien antérieures à notre intervention. La responsabilité de l’utilisation de cette méthode et de la gestion des conséquences, telles que la dilution du capital, incombe entièrement au management de l’entreprise." L’origine des fonds ? "Elle est systématiquement vérifiée chaque fois qu’ABO ouvre une ligne dans une banque régulée."

Cybergun : Restructuration Financière et Perspectives d'Avenir

Cybergun a refermé le 30 novembre un long -et douloureux- chapitre, celui de la restructuration financière que vous avez entreprise après avoir repris la société en 2014. Aujourd'hui, il est important de rappeler que le programme d'OCABSA est en effet terminé -pas suspendu, pas interrompu, mais entièrement terminé- et le solde de la dette a été converti. Cette restructuration a été comme vous dites très douloureuse, et en tant que principal actionnaire de Cybergun j'en ai pris ma part, mais le résultat est qu'aujourd'hui la société est sauvée de la faillite.

En 2019, l'équation était simple: Cybergun avait devant elle une échéance de 9 millions d’euros de dette à rembourser l'année suivante et une capitalisation de 2 millions d'euros. ABO nous a ouvert une ligne de plus de 90 millions d'euros et apporté 4 millions d'euros en cash pour sécuriser l'approbation du plan de restructuration par le Tribunal de Commerce. Sans cela Cybergun ne serait pas aujourd'hui une société disposant de 18 millions d'euros de stocks, d'une trésorerie de 7 millions d'euros sans plus aucune dette, en conservant son portefeuille de licences exclusives et mondiales. Alpha Blue Ocean a bien sûr été rémunéré pour son prêt, mais a décidé de continuer à nous accompagner. À ma connaissance c'est un engagement totalement inédit pour ce type de financement: le fonds a fait part de son intention de conserver 15 à 19% du capital à long terme.

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Cybergun peut enfin regarder l'avenir avec une certaine sérénité ! Nous démarrons un nouveau cycle à la tête d’un groupe transformé, beaucoup plus solide, qui cette année sera en croissance et en route vers la rentabilité pour la première fois depuis 2011. Dès l'an prochain, la division militaire contribuera à la majorité du chiffre d'affaires et probablement à plus de 70% de la rentabilité du groupe.

En reprenant la société, j'ai tout de suite cherché à la développer sur le marché militaire, où les marges sont significativement plus élevées, et qui apporte une forte visibilité avec des commandes publiques à long terme. Ce pôle réunit désormais sous le nom d'Arkania les activités de Spartan M&LE, que nous avions lancé dès 2015, et celles de Valantur dont nous avons pris le contrôle en novembre. Avec 250 salariés et sept sites de production en France, Valantur nous donne une capacité de production complète en interne, depuis le débit de la matière première jusqu'au consommateur final.

Désormais, nous allons faire en sorte que Cybergun soit complètement reconnu comme l'un des leaders européens de la simulation et de l'entraînement des forces armées, partenaire des plus grands manufacturiers.

Informations Financières Clés de Cybergun

Résultats (milliers EUR) 2024 2023 2022 2021 2020
Chiffre d'affaires 44 341 42 694 43 328 33 040 40 268
Résultat -24 716 -14 707 282 -7 215 -19 831

Source : Données extraites des rapports financiers de Cybergun.

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