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Un jour à peine s'est écoulé depuis qu'une grue blindée des marines a arraché de son socle, sous les clameurs, la statue de Saddam Hussein, l'affalant telle une grand-voile.

L'image du tyran qui vacille puis bascule comme un pantin grotesque, face contre terre, hante encore les écrans, mais l'allégresse féroce des badauds de la place Ferdousi n'a plus cours.

La terreur du système Saddam cède le pas à la peur du chaos et aux angoisses qu'aiguise un avenir indéchiffrable.

La Peur et le Chaos Après la Chute

Dans maints quartiers, riverains et commerçants ont dressé des barrages et instauré des patrouilles confiées à des milices d'autodéfense armées.

Le 11 avril, ils ont ainsi abattu à la mitrailleuse un boutiquier qui défendait vaillamment, kalachnikov à la main, son échoppe de la rue Rachid: les charagoua leur avaient juré qu'un fedayin de Saddam Hussein, porte-flingue forcené du régime vaincu, s'y était retranché.

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«Chaque jour, je reçois des blessés par balle, précise l'inlassable s?ur Marianne, directrice de la clinique Saint-Raphaël, l'un des rares hôpitaux épargnés par les maraudeurs.

Parfois, il s'agit de voyous qui se disputent le butin.»

Croisé lors du grand soir au pied de la statue déboulonnée, Adnan avait vu juste.

Hermétique à l'euphorie ambiante, cet ancien pilote d'Iraqi Airways, condamné à l'oisiveté depuis 1990, redoutait déjà la confusion et le tumulte.

«Les révolutions importées, ça marche mal, soupirait-il.

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Nostalgie et Ordre Ancien

Voilà que sourd, chez les plus craintifs, le refrain malsain de la nostalgie, comme c'était le cas en Roumanie au lendemain de la chute de Nicolae Ceausescu, ou dans l'Albanie d'après Enver Hoxha.

«Saddam était féroce.

Mais au moins, avec lui, l'ordre régnait», avance un ingénieur.

«En 1991, renchérit une religieuse, le raïs a su les mater, ces voyous.

Mais, cette fois, il n'y a personne pour les tenir.»

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Vision angélique, là encore: en janvier dernier, au nom d'une généreuse amnistie, le régime a ouvert les prisons, lâchant dans la nature des centaines de criminels de droit commun.

Retour à l'Ordre et Ironie

Le contingent de l'US Army a fini par prendre la mesure de l'effet désastreux d'une telle chienlit.

Bien sûr, l'amorce d'un retour à l'ordre soulage les Bagdadis.

Le 14 avril, ses chefs avaient enregistré les candidatures de 2 000 policiers prêts à reprendre du service.

Tandis que des patrouilles irako-américaines commençaient à sillonner Bagdad, sommant les pillards de restituer le fruit de leurs razzias.

«Et dire que tous ces flics étaient des serviteurs zélés du parti Baas...», ironise un ancien officier.

Les Erreurs Psychologiques et la Révolte Future

Imad, le physicien, recense les «erreurs psychologiques» des Américains.

«Ils nous jettent des friandises et des rations du haut de leurs tanks.

Merci, mais on n'a besoin de rien.

Et la présentatrice de leur station de radio parle l'arabe comme une juive.

Je détestais Saddam Hussein, mais j'aime ma patrie.

Et je n'accepte pas qu'on la traite comme ça.

La révolte prendra du temps, mais elle éclatera un jour.»

«Le peuple irakien mérite un autre destin que celui du colonisé, râle en écho Nada.

On a tout démoli.

Nos musées et nos universités.

Donc notre mémoire.

On a vendu le pays, son histoire, sa civilisation, ses richesses, sa dignité.»

L'Avenir Incertain

Pétrifiés par les convulsions de ce printemps, les Bagdadis se refusent à décrypter l'avenir.

Beaucoup savent bien que Washington a désigné un certain Jay Garner, général à la retraite, au poste de gouverneur.

«On le maudit déjà, tranche Nacera, la linguiste.

D'ailleurs, il est juif.

Ou au moins sioniste.»

«Il lui faudra bien du courage», s'amuse Imad.

Expert réputé des procédés de cuisson de la céramique, ce chiite de 44 ans préconise la tenue d'une «grande conférence» rassemblant leaders de l'opposition et chefs traditionnels, prélude à la formation d'un cabinet de transition, mais n'attend rien de la réunion des leaders politiques et religieux convoquée le 15 avril à Nasiriyya, forum orchestré par les Américains et qu'a boycotté le courant le plus influent de l'opposition chiite.

«Des élections? Il faudra bien deux ans avant de les tenir, soutient Imad.

Tant les citoyens sont mal informés, et pervertis par des décennies de dictature.»

De fait, il faudra réhabiliter le concept même de scrutin, dans une nation où un tyran honni et redouté a raflé, à l'automne dernier, 100% des suffrages à la faveur d'un plébiscite-mascarade.

«Voter, mais on n'y pense même pas!» s'exclame Nacera.

Qu'importe: Imad veut croire que l'opposition, déchirée en exil, saura surmonter ses querelles au pays.

«Kurdes, sunnites et chiites devront bien s'entendre.

Ici, au pied du mur, ils n'ont pas le droit d'échouer, sous peine de payer le prix du désastre.»

Qui Sera le Prochain Raïs?

Est-il mort? Qui sera le prochain raïs de l'ancienne Mésopotamie?

La question, à l'évidence incongrue, plonge les Bagdadis dans la perplexité.

Favori du Pentagone, le chiite Ahmed Chalabi, patron du Congrès national irakien, fait certes l'unanimité, mais contre lui.

«Jamais! tonne un étudiant.

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