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Depuis la fin du mois de février et le début de la guerre qu'elle a déclarée à l'Ukraine, la Russie a multiplié les aveux de faiblesse. Un coup d'œil dans le rétroviseur rend les choses d'autant plus cruelles: si la Russie avait mené à bien tous les projets de développement technologique annoncés au cours des sept ou huit dernières années, elle serait aujourd'hui en position de force face à l'Ukraine.

Les Projets Abandonnés et les Désillusions Technologiques

Tous les dispositifs révélés n'avaient certes pas le même degré de crédibilité. S'il fallait ne retenir qu'une arlésienne, ce serait sans doute Igorek, le mecha digne des plus grands univers de science-fiction. Depuis, plus rien. Quelque 2.000 T-14 auraient dû être bâtis aux alentours de 2020. Finalement, en août 2021, c'est un objectif plus raisonnable d'une vingtaine de tanks qui a été annoncé pour la fin de l'année.

Depuis, ce nombre est apparemment passé à zéro, certains composants étant à la fois très chers et difficiles à obtenir. La liste des revers de la Russie dans le domaine des hautes technologies est longue. Elle inclut également le Sukhoi Su-57, avion de combat qui aurait dû rivaliser avec le F-22 Raptor américain.

Le problème, c'est que le Kremlin avait commencé par tabler sur des centaines de Su-57, et que le manque de moyens a fini par le pousser à réduire ses ambitions. Résultat: aucun avion de ce type n'a été observé dans l'espace aérien ukrainien depuis le début de la guerre, ou alors à distance, de peur de perdre appareil si rare et dont les secrets intéresseraient beaucoup le renseignement occidental.

L'Uran-9 : Un Fer de Lance Décevant

Même infortune du côté des véhicules de combat robotisés promis dès le milieu des années 2010. L'Uran-9, présenté en 2016, était présenté comme le futur fer de lance de l'armée russe, qui allait lui permettre de tout écraser sur son passage. Hélas pour la Russie, les premiers essais non simulés constituèrent une catastrophe.

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C'était en 2018, lors d'une mission en Syrie: incapable de maintenir la connexion sans fil le reliant aux hommes chargés de le contrôler à distance, Uran-9 a vite sorti le drapeau blanc. S'il avait suffi de procéder à quelques ajustements pour améliorer ses performances et sa réactivité, alors il aurait sans doute refait son apparition depuis le début de la guerre avec l'Ukraine.

Dans le cadre de leurs opérations en Syrie, et d’après le général Vladimir Chamanov, devenu député à la Douma, les forces armées russes ont évalué et testé « plus de 200 nouveaux types d’armes », dont le robot de combat terrestre [UGV pour Unmanned ground vehicle] Uran-9, encore appelé 766 UPDK. Depuis, ce robot terrestre de combat chenillé pesant 12 tonnes aurait été testé lors des manoeuvres géantes Vostok 2018, organisées dans l’extrême-orient russe en septembre dernier.

Caractéristiques Techniques de l'Uran-9

Selon les informations disponibles à son sujet, l’Uran-9 a été conçu pour des opérations de reconnaissance, d’appui-feu et de destruction. Pour cela, il est doté de missiles antichars « Ataka », du « lance-flamme à roquette » Shmel-M, d’un canon de 30 mm et d’une mitrailleuse de 7,62 mm. Propulsé par un moteur de 400 chevaux, il en est mesure de rouler à la vitesse de 35 km/h environ [en terrain plat].

Défis Rencontrés Lors des Essais

Cela étant, il est apparu que les essais de l’Uran-9 en Syrie n’ont pas été totalement satisfaisants. Ainsi, ce robot de combat terrestre aurait perdu le contact avec sa station de contrôle à 19 reprises [dont 17 pendant un minute et au moins une fois jusqu’à un heure et demie]. Le système de commande de tir à distance aurait aussi connu des ratés, le canon de 30mm ayant tiré soit en retard, soit pas du tout, à au moins 6 reprises.

Un autre problème est qu’il est difficile de stabiliser l’armement, l’optique et les capteurs du robot au moment du tir. Aussi, ne pouvant pas tirer en mouvement, il est nécessaire de le faire arrêter avant d’engager une cible, ce qui augmente sa vulnérabilité.

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Pour autant, a indiqué M. Dmitriev, « nous achevons la première livraison de robots construits en série » et les « Uran sont un bon départ du point de vue scientifique et technique pour le développement de nouveaux produits ».

La Course Mondiale à l’IA et l'Armement

Une course mondiale à l’IArmement est bien lancée. Les enjeux de souveraineté technologique, militaire, économique et géostratégique sont au moins du même ordre que ceux qui ont contribué à la dissuasion nucléaire dans les années 1950-1960. L’armée russe poursuit avec succès ses phases de tests d’unités de robots armés semi-autonomes et autonomes.

NEREHTA et Platform-M ont été engagés lors des exercices ZAPAD 2017 en Biélorussie en septembre dernier et ont donné entière satisfaction. Il a déclaré en particulier que ces robots autonomes vont déferler sur les champs de bataille beaucoup plus vite que ce que nous prévoyons aujourd’hui. Du côté chinois, les développements de l’IA militaire s’accélèrent.

Les enjeux de souveraineté technologique, militaire, économique et géostratégique sont au moins du même ordre que ceux qui ont contribué à la dissuasion nucléaire dans les années 1950-1960. La France dispose de l’écosystème, des infrastructures et des neurones biologiques pour participer à cette course qui engage sa souveraineté.

Pour compléter les vidéos de NEREHTA, on pourra consulter le récent rapport du SIPRI sur les systèmes armés autonomes (SALA). Ce document de 150 pages - « Report Mapping the development of autonomy in weapon systems » dresse un état des lieux sur l’autonomie dans les systèmes armés en 2017.

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Diversification de Kalachnikov : Au-Delà des Armes

Tout cela prête à sourire, mais on ne se permettrait pas d'esquisser le moindre mouvement, en écoutant une idée du patron de Kalachnikov. Vladimir Dmitriev, l'actuel patron du fabricant russe de fusils d'assaut AK47, a expliqué lors d'un forum militaire près de Moscou que son groupe allait commercialiser une moto électrique de 150 kilomètres d'autonomie dès l'an prochain. « Et croyez-moi ce n'est pas le seul produit que nous allons lancer ! ».

De fait, l'homme a présenté un robot géant tout droit sorti de Star Wars, un fusil anti-drone et même un prototype rétro de voiture électrique. Le CV 1, c'est son nom, rappelle furieusement un modèle soviétique de l'époque Brejnev (le combi IZH 2125 pour être précis). Cette nouvelle version lithium-ion serait capable de rouler 150 kilomètres avec une charge, avec une vitesse de pointe de 80 kilomètres/heure.

Le prix et la date de sortie n'ont pas été précisés, mais Kalachnikov entend bien « rivaliser avec les constructeurs mondiaux de voitures électriques, comme Tesla ». Après tout, le fabricant d'aspirateurs Dyson nourrit la même ambition… Depuis quelques années, Kalachnikov, qui vend des fusils, mais aussi des bateaux ou des drones militaires, tente de se tourner vers les marchés civils.

Une stratégie liée à l'embargo américain sur les ventes d'armes russes, qui l'a conduit à développer des lignes de vêtements, et donc désormais à se tourner vers les motos et les voitures grand public. L'entreprise bicentenaire a été privatisée l'an dernier, après un passage dans le giron public entre 2013 et 2017.

Le Drone Kamikaze KUB : Une Nouvelle Menace ?

Moins cher qu'un missile, lançable de partout, le drone kamikaze que lance le russe Kalashnikov vise les armées au budget serré, mais pose la question des robots tueurs, et de l'arsenal des terroristes. A première vue, la machine donne dans le déjà-vu : on dirait une aile volante autonome, un drone comme il en existe dans le grand public, le genre qu'utilisent agriculteurs pour surveiller leurs récoltes et sites industriels pour garder un œil d'aigle sur la sécurité de leurs installations.

Pourtant, KUB est bien différent. KUB, c'est le nom de ce drone inventé par la fabricant russe Kalashnikov et dévoilé au récent salon de la Défense d'Abu Dhabi, l'un des tous premiers drones kamikaze. Sous des dehors de drone civil, la machine est en fait un missile, simplifié à l'extrême, où tout serait léger, même le prix. Après avoir révolutionné la guerre avec l'AK-47 qui a fait de sa marque un nom commun, Kalachnikov veut mettre un pied dans le futur du combat à distance.

Caractéristiques du Drone KUB

  • Portée: 70 kilomètres
  • Charge explosive: Trois kilos

Avec ses 120 centimètres de large et un petit moteur électrique, le drone peut embarquer une charge explosive de trois kilos environ, qu'il pourra acheminer jusqu'à sa cible, en trente minutes, jusqu'à 70 kilomètres de distance. Kub vole assez haut pour rester discret, puis fond en piqué sur son objectif. Comme un missile, certes moins rapide, mais beaucoup plus simple à mettre en oeuvre, beaucoup plus discret aussi.

L'attrait du système tient à sa légèreté, pas seulement celle du drone, mais aussi celle du lanceur qui l'accompagne, une petite remorque que l'on peut attacher à un 4x4. Si personne chez Kalashnikov ne donne de précisions sur le prix précis de KUB, la promesse, c'est celle du low-cost, une arme accessible à des armées de petits pays, qui n'ont pas les moyens de se payer des systèmes d'armes sophistiqués.

Une façon aussi de passer au travers des restrictions d'exportation d'armements plus traditionnels, mais de quoi poser question, alors que des drones civils sont déjà régulièrement modifiés pour devenir des armes. La bonne nouvelle, c'est que nombre d'entreprises du secteur de l'armement vendent déjà des systèmes de détection et d'interception de drones.

Le Soldat du Futur : Mythes et Réalités

Le soldat du futur sera-t-il fidèle à la très hollywoodienne image de Robocop ou Terminator ? Pas vraiment. Pour Jean Baptiste Colas, conseiller militaire à la Direction Générale de l’Armement (DGA), le futur rime avec impressions 3D, nano-satellites et missiles hypersoniques.

Les mots d’ordre de l’innovation militaire sont à peu près le même que dans n’importe quelle entreprise du CAC40 : agilité, mobilité, ouverture sur le monde. Au menu : big data, réalité virtuelle, intelligence artificielle. Mais au-delà des technologies, le soldat du futur doit être ce personnage léger, informé et protégé qu’on enverra ne pas mourir à la guerre.

En effet, la guerre du futur, c’est celle qui fait zéro mort. Et c’est bien ce mouvement culturel et historique qu’accompagnent les myriades de technologies qu’arboreront (peut-être) nos fantassins pour éloigner le risque au maximum. En outre, le soldat du futur sera suivi en permanence, probablement équipé de bio-senseurs et élégamment camouflés sous des « capes d’invisibilité ».

Pour l’historien Michel Goya, la réalité est un peu plus nuancée. En rembobinant nos rêves de quelques décennies seulement, on réalise à quel point les visions du futur sont toujours le produit d’un contexte : en 1956, on s’imaginait un militaire se nourrissant de pilules dans une ambiance de guerre nucléaire (cela étant dit, les projections prévoyait tout de même un poche spéciale pour les cigarettes : autre temps, autres moeurs).

Sur son blog La voie de l’épée, Michel Goya fait une description de ce soldat du futur antérieur, imaginé par le lieutenant colonel Rigg. Le lieutenant-colonel Rigg, revenons à lui, décrit dans son article un homme bardé d’une armure et d’un casque fait d’un mélange d’acier et de plastique. Ce soldat dispose d’un masque à gaz, il est protégé des flashs des explosions atomiques par des lunettes noires qui se mettent en place avec un bouton sur son casque intégral et ne craint pas les pluies radioactives grâce un imperméable en plastique transparent.

Il peut creuser des trous pour se protéger avec un « petit bazooka ». Il est capable de communiquer avec ses voisins avec une radio intégrée à son casque et peut voir la nuit grâce à des lunettes à infrarouge. Le futur récèlerait d’un certain nombre de fantasmes, notamment alimentés par la science-fiction, d’autres par des industriels prêts à tout pour remporter ce juteux marché.

Ainsi, si la technologie fait dans le sensationnel, il faut bien dire qu’on s’entiche parfois pour des choses peu utiles. Outre les problèmes de poids des équipements et d’alimentation en énergie des différents appareils du soldat, c’est surtout la réalité du combat qui conditionne l’usage ou non de technologies avancées.

Si la réalité virtuelle par exemple, peut préparer un soldat avant l’épreuve du feu grâce à l’immersion, et si la réalité augmentée peut l’informer par superposition d’informations sur une carte ou un paysage, tout surplus d’information ne saura être traité en période de stress (assez fréquent chez un soldat…). Pour Emmanuel Chiva, du Groupement des industries Françaises de Défense et de Sécurité Terrestres et Aéroterrestres (GICAT), « on surestime le rôle de la technologie ».

Le soldat n’aura rien de Robocop, quand on voit que les lunettes de soleil sont considérées comme irrespectueuses les populations de certains pays arabes, on imagine mal voir se balader des G.I en exosquelettes et bardés d’électroniques. Qui plus est, les grandes innovations donnent parfois lieu à des flops encore plus monumentaux. Enfin, si la technologie a le mérite de rassurer le soldat, elle ne fait pas le moral des troupes, ni ne fait disparaître l’ennemi, surtout quand il voue un culte à la mort, alors même que nos gadgets sont là pour… nous empêcher de mourir.

Comparaison des Véhicules de Combat Robotisés
Caractéristique Uran-9 KUB
Type Robot terrestre Drone kamikaze
Armement Missiles antichars, lance-flammes, canon 30 mm, mitrailleuse Charge explosive de 3 kg
Vitesse 35 km/h Variable
Portée N/A 70 km
Objectif Reconnaissance, appui-feu, destruction Attaque ciblée

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