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Traqué et chassé massivement toute l'année, le renard fait partie de ces mammifères mal-aimés et classé sur la liste des espèces nuisibles en France. Mais comment cet animal est-il venu à provoquer une telle hostilité ? Qu'en est-il du réel impact sur l'environnement de sa destruction programmée ?

Le Renard Roux : Un Animal Malin et Adaptable

Le renard est un animal malin, c'est bien connu ! Le renard roux est présent un peu partout dans le monde et dans tous les milieux. Ses facultés d’adaptation paraissent illimitées et son esprit remarquablement aiguisé. Cette aire de distribution, le renard roux la doit à ses extraordinaires facultés d'adaptation qui lui ont permis de conquérir une grande diversité d’habitats depuis les différents écosystèmes qui composent les paysages d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie non tropicale jusqu’aux milieux extrêmes que sont la toundra arctique et les régions désertiques d’Afrique du Nord.

Le renard a longtemps été considéré comme un animal plutôt nocturne ou tout du moins crépusculaire. Sa tactique de chasse est aussi beaucoup plus proche de celle du chat que de celle des chiens ou des loups. En plus d’avoir une ouïe très fine, le renard roux serait capable de détecter le champ magnétique terrestre (comme certains oiseaux et poissons lors de leurs migrations). Il utiliserait cette capacité pour repérer sa proie sous la neige. Après l’avoir localisée, il s’accroupit puis bondit à la verticale dans les airs avant de se laisser retomber, tête la première dans la neige, comme un nageur du haut d’un plongeoir. Il communique également par des cris puissants et très variés. On en dénombre près de 40.

Le Régime Alimentaire du Renard Roux

Opportuniste, il l’est dans ses choix alimentaires puisqu’il se nourrit de micromammifères, de lagomorphes, de fruits et de baies, d'oiseaux, parfois d'insectes ou de vers de terre, ainsi que d’animaux morts. Son régime alimentaire est composé pour une grande part de campagnols dont il régule les populations (environ 5000/an/renard), protégeant ainsi les activités agricoles de la voracité du petit rongeur. Il débarrasse aussi le sol des larves d'insectes nuisibles pour les cultures et croque volontiers quelques petits animaux faibles ou malades et des oiseaux.

Cependant, son régime alimentaire varie en fonction des ressources disponibles dans les milieux qu’il occupe. En automne, il ne dédaigne pas les champignons ou les fruits des bois (framboises, mûres et myrtilles). Le renard roux complète son régime alimentaire notamment par des fruits et des baies quand ces ressources sont abondantes. Il est facile d’ailleurs de le constater en observant des crottes de renard à certaines périodes de l’année.

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À partir de données scientifiques liées à leurs contenus stomacaux, le docteur Blackbourn a déterminé que 80 % de l’alimentation des renards était constituée de petits rongeurs. 145 kg, soit 3.000 têtes, parfois le double ou le triple selon les circonstances écologiques, c’est la consommation moyenne d’un renard sur les 180 kg de nourriture qu’il ingurgite tous les ans.

Le renard roux exerce à l’évidence une pression élevée sur les campagnols, notamment sur le campagnol des champs. Ces chiffres doivent être considérés comme des valeurs minimales en termes de prédation, puisqu’ils ne considèrent pas la nourriture apportée aux renardeaux ni les campagnols tués mais non consommés. Par ailleurs, chaque campagnol tué est un campagnol qui est soustrait à la reproduction, ce qui est loin d’être négligeable quand on sait qu’une femelle peut avoir jusqu’à 6 portées de 2 à 11 petits (5 en moyenne) par an et que les femelles sont matures à 21 jours (Source INPN) !

Figure 1 : Régime alimentaire du renard roux en Lorraine (d’après Artois et Stahl, 1991)

Répartition du renard roux en France

Des résultats similaires à ceux observés en Lorraine sont également rapportés dans une région voisine, à savoir la Franche-Comté (Raoul et al., 2010). Remarquons que parmi les espèces de rongeurs consommés par le renard roux, le campagnol des champs (Microtus arvalis) et le campagnol terrestre (Arvicola terrestris) sont deux espèces pouvant causer des dégâts importants aux activités agricoles (cultures, vergers, prairies) alors que le campagnol agreste (Microtus agrestis) est plutôt impliqué dans des dégâts aux activités sylvicoles, particulièrement dans le nord-est de la France (Benoit et al., 2007 ; Caroulle et Baubet, 2006, Truchetet et al., 2014).

Son excellente ouïe, aidée par des oreilles adaptées, lui permet de localiser très précisément ses proies. Son corps est adapté au bond et sa queue lui sert à maintenir l’équilibre. Il n’existe pas à notre connaissance d’articles scientifiques donnant précisément le nombre de micromammifères consommés chaque année, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de la diversité du régime alimentaire en fonction des régions, des saisons et des ressources disponibles.

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Les travaux de Sargeant (1978) et Lloyd (1980) ont montré que des renards roux adultes (faisant en moyenne 4,7kg) consomment de 381 à 421 g par jour pour les femelles et 442 à 489g par jour pour les mâles. Par ailleurs, d’après l’étude réalisée par Sargeant (1978) en Angleterre et au Pays de Galle, durant les 11 jours qui précèdent la mise bas, les femelles augmentent leur consommation qui passe à 575g/jour.

Dans leur article, Artois et Stahl (1991) donnent également les pourcentages de régime alimentaire en termes de biomasses corporelles consommées. Ainsi, Microtus représentait 60%, Arvicola, 12,1%, C.

  • Pour un renard qui consommerait 381g/j (valeur basse), la consommation varierait de 3800 micromammifères si l’on ne considère que M. agrestis en ce qui concerne la consommation de Microtus, ce qui est peu probable, à 4900 micromammifères si la consommation de Microtus ne concerne que M.
  • Pour un renard qui consommerait 489g/j (valeur haute), la consommation varierait de 4900 micromammifères si l’on ne considère que M. agrestis en ce qui concerne la consommation de Microtus à 6300 micromammifères si la consommation de Microtus ne concerne que M.

En participant à la limitation des populations de rongeurs, le renard roux ainsi que de nombreux autres prédateurs rendent aux agriculteurs un précieux service écologique. Ainsi, des scientifiques préconisent de maintenir et favoriser les prédateurs de micromammifères eut égard à leur fonction de prédation (cf par ex : Benoit et al., 2007 ; Caroulle, 2006 ; Delattre et al., 1999 ; Pascal, 1993).

Renard : partenaire de la transition écologique ou animal nuisible ?

Le renard, pourtant déclaré nuisible par la loi, est considéré par d'autres comme un partenaire de la transition écolologique. Mais voilà, notre renard roux a beau appartenir à une communauté d’auxiliaires sur laquelle l’agriculteur peut s’appuyer pour produire une alimentation plus saine et écologique, les parlementaires en ont décidé autrement, confiant aux chasseurs le soin de s’en débarrasser. Une loi les encourage même à rendre ce service public sans consulter le propriétaire des lieux : “Le renard (Vulpes vulpes) peut toute l'année être : piégé en tout lieu…” ( Arrêté du 3 juillet 2019 pris pour l'application de l'article R.

Le ministère de la Transition écologique et solidaire fixe par arrêté la fameuse liste des animaux classés nuisibles sur le territoire. Le premier point était vrai au siècle dernier, lorsque le renard était vecteur de la rage, mais les campagnes de vaccinations menées depuis 1988 sont venues à bout de la maladie depuis bientôt 20 ans en Europe. L'echinococcose est un autre prétexte pour accuser le renard, mais cette maladie grave chez l'Homme est provoquée par plusieurs espèces de vers plats (différentes au Nord et au Sud) et bien souvent transmise par les chiens ou les chats domestiques bien plus en contact avec les humains que le renard qui ne peut les contaminer que si un aliment cueilli dans la nature et non lavé est souillé par ses déjections.

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Sur le second point, le renard n'a pas d'impact particulier, il ne détruit ni ne concurrence la flore et prélève juste ce dont il a besoin pour vivre au niveau de la faune. En lisière d'habitation, il est certes très intéressé par la nourriture facile, si elle est accessible dans les poulaillers, mais il suffit de construire son poulailler sur des fondations enterrées et de le garder clos pour qu'il s'en détourne.

Lorsqu'un animal est inscrit sur la fameuse liste noire des espèces nuisibles, il a du souci à se faire même si piéger le-dit animal nécessite le suivi d'une formation obligatoire et d'un agrément par le préfet. Récemment, une gratification avait même été promise par la fédération de chasse de Charente-Maritime pour chaque chasseur rapportant au moins 35 queues de renards. Le permis de chasse et l'assurance auraient alors été remboursés contre les trophées. Le meilleur des chasseur aurait aussi eu accès à un bon d'achat de 500 €. Heureusement que cette mesure n'a pas été mise en place car le renard à sa place dans l'équilibre écologique en tant que prédateur mais aussi en tant qu'être vivant à part entière.

Partisan du moindre effort, il fait des ravages lors des lâchers de gibiers d'élevage par les chasseurs. Notons que malgré ce qui a été dit plus haut, l’article R. 424-8 du Code l’Environnement modifié autorise seulement le tir à l’affût ou à l'approche sur le renard pendant la période réglementée du 1er juin au 14 août (tirs d'été). L’utilisation de la 22 Long Rifle n’est pas autorisée pour cette pratique estivale. Dans le cas d'un manquement à ce règlement, l’article R. 428-7 du Code de l’Environnement prévoit une contravention de 5ème classe pouvant atteindre jusqu'à 1500 euros.

Voyez-vous l’incohérence : moins de renards = plus de pesticides. Par une gestion responsable des populations. Et pour ses services rendus à la Nation, une indemnisation des rares dégâts qu’il peut commettre chez les éleveurs de poules en plein air. Quant aux dégâts sur le gibier, dont les chasseurs l’accusent, il y a encore peu, quand l’environnement était propice, il y avait beaucoup plus de renards qu’aujourd’hui, et la campagne était giboyeuse.

Le Renard, un Protecteur des Cultures

Avec ses déserts verts où rien ne pousse en dehors des variétés cultivées, l’agriculture moderne favorise ces communautés végétariennes au détriment des communautés qui s’en nourrissent. Par l’absence de diversités végétales, de haies, de bois ou de forêts, la monoculture donne ainsi un avantage considérable aux rongeurs. La radicalité du climat concentre également tous les problèmes, comme cette année, où la prédation sur les cultures a été amplifiée avec la sécheresse. En effet, tous les animaux aiment et recherchent le sucre dans la nature (même les vers de terre), et les cultures sont des milieux très riches en douceurs.

Alors, en l’absence d’une communauté de prédateurs suffisante, quelles sont les solutions à disposition de l’agriculteur pour ne pas mettre en péril ses récoltes ?

À petite échelle, dans un jardin, on peut facilement les piéger avec des tapettes à souris contrairement à une exploitation agricole où les solutions sont moins tempérées. Mécanique, avec la charrue qui va bouleverser leur habitat et donc réduire leur développement. Chimique avec l’épandage d’appâts ou de grains empoisonnés, qui, une fois ingurgités par les campagnols, contribueront à empoisonner leurs prédateurs… Une chaîne sans fin. En bio, on utilise du tourteau de ricin pour les empoisonner.

Et outre l’économie de temps et d’argent, le service agronomique rendu par un renard à l’agriculteur peut être estimé à 2 400 euros. 2 400 euros de dégâts économisés. Du beau travail.

Le renard, toujours classé sur la liste « Des animaux susceptibles d’occasionner des dégâts », doit encore faire face à une période de chasse étendue ainsi qu’à de multiples demandes de battues administratives, dont certaines apparaissent comme excessives. Lorsque sont évoqués les dommages causés aux poulaillers… A l’heure où l’homme s’apprête à poser les pieds sur Mars, est-il bien sérieux de prétendre qu’il n’est pas capable de protéger son poulailler ?

Sont régulièrement évoqués les dégâts que le renard pourrait causer à la petite faune sauvage. S’il est vrai que le renard peut consommer des espèces dites « gibier », aucune étude ne démontre que la diminution de ces populations serait essentiellement due à la prédation du renard. Au contraire, Mayot et al (2009) démontrent que la mortalité de cette petite faune sauvage est directement liée à l’agriculture intensive qui fait disparaitre les haies, les friches et laboure les prairies, pour aboutir à une uniformisation des paysages qui de surcroit subissent l’usage intensif des pesticides.

Tableau récapitulatif du régime alimentaire et de l'impact du renard

Aspect Détails
Régime alimentaire principal Petits rongeurs (80% selon le Dr. Blackbourn)
Consommation annuelle moyenne Environ 3000 rongeurs (145 kg)
Impact économique positif Jusqu'à 2400€ d'économies en dégâts agricoles
Statut légal Classé comme "nuisible" en France, mais considéré comme un allié par certains
Menaces principales Chasse, piégeage, utilisation de pesticides

tags: #renard #alimentation #champs #gibier

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