Les dégâts causés par le grand gibier, notamment les sangliers, représentent un défi majeur pour les agriculteurs. Face à cette problématique, diverses mesures de prévention et de régulation ont été mises en place, impliquant l'État, les agriculteurs et les chasseurs.
Même si l’État a réduit l’enveloppe promise pour réduire les dégâts du grand gibier, il a contribué à sauver la viabilité du dispositif d’indemnisation par son soutien financier sur 3 ans décidé en 2023. Ces fonds avaient été octroyés sous la condition que certaines mesures de prévention et de régulation soient prises pour réduire les dégâts.
Une « boîte à outils » en concertation avec les agriculteurs et les chasseurs avait été construite en parallèle, pour renforcer la pression de chasse sur le sanglier. De nouvelles mesures ont ainsi pu être prises dans les départements.
Selon le bilan dressé par la Fédération nationale des chasseurs (FNC), depuis 2024-2025 :
La panoplie de mesures de la boîte à outils n’est pas encore complète. Si la possibilité de tir en cours de récolte a finalement été annulée par le Conseil d’État à la suite d’un recours de l’Association de protection des animaux sauvages (Aspas), trois mesures doivent encore trouver leur traduction législative et réglementaire : la généralisation de l’appâtage qui consiste à créer un point de concentration de nourriture afin d’attirer et de regrouper les animaux pour faciliter leur prélèvement, le tir de nuit par le détenteur du droit de chasse et la réforme de la composition de la CNI (Commission nationale d’indemnisation).
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Malgré ces quelques manques, les résultats sont là. En attendant le bilan définitif début 2026, les objectifs intermédiaires de réduction des dégâts qui avaient été fixés dans l’accord de 2023 ont été atteints en 2024 et devraient l’être cette année selon la FNC.
Mais ce n’est qu’une accalmie, selon Willy Schraen. « Si la situation s’améliore, depuis deux ans, nous savons aussi que ce ne sera malheureusement que de courte durée, car nous constatons, depuis le Covid une diminution annuelle des effectifs des chasseurs », prévenait-il à Avignon en mars dernier.
« Si rien ne change dans le financement des dégâts agricoles par les chasseurs et si demain, il devait y avoir une forte hausse des cours des céréales par exemple, il n’y a pas 20 % des fédérations qui résisteront. Pour les autres, ce sera le dépôt de bilan », craint-il dans une interview donnée à la France Agricole.
« Il n’est pas faux que les chasseurs sont de moins en moins. Ce qui est un problème de société avec une chasse dont l’image n’est pas très bonne », admet Eric Baubet, chargé de recherche à l’OFB (Office français de la biodiversité) et qui travaille sur le sanglier.
Des marges de progression existent sur la régulation du suidé. Si les mesures sont prises au niveau national et au niveau départemental pour augmenter le nombre de prélèvements de sangliers en étendant les périodes de chasse par exemple, leurs succès dépendent de leur appropriation au niveau local par les chasseurs et les propriétaires.
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La FNC insiste sur le fait que 30 % du territoire n’est pas ou peu chassé. Cela peut s’expliquer par l’interdiction appliquée à des espaces naturels protégés ou pour des raisons de sécurité pour des zones proches d’habitation. Ou parce que simplement le propriétaire du terrain, titulaire du droit de chasser, l’a décidé.
La régulation peut être plus ou moins forte selon les territoires en raison de plusieurs facteurs observe Eric Baubet. « Cela dépend de la quantité de chasseurs, de la pression de chasse, du contexte d’habitat plus ou moins accidenté, boisé ou impénétrable. Sortir les animaux de ces endroits est compliqué. Et il y a aussi, il ne faut pas se le cacher, la volonté de chasseurs de ne pas prélever suffisamment ou de garder un certain capital d’animaux. Les chasseurs n’ont pas la même notion de régulation partout ».
Raphaël Mathevet, écologue, géographe et coauteur de « Sangliers, géographies d’un animal politique » aux éditions Actes sud l’a observé : réguler n’est pas chasser. « Chasser implique de laisser une chance au gibier et de faire le choix de tuer selon des critères qui peuvent être moraux ou esthétiques. Réguler implique un ordre de détruire. Le chasseur devient un « agent de destruction » qui ne sélectionne plus l’animal, peu importe son âge, son sexe, sa taille. Cette obligation de réguler mène à un « épuisement moral » et physique chez de nombreux chasseurs ».
« Pour infléchir vraiment l’augmentation des effectifs, il faut prélever fort dans les grosses femelles, comme les laies meneuses, qui sont la dynamique du développement démographique des populations », estime Eric Baubet, chargé de recherche à l'OFB. Si le tir sélectif du sanglier est interdit au niveau national, en pratique, sur le terrain, appuyer sur la détente au moment où une laie suitée (accompagnée de ses marcassins) traverse devant soi n’est pas envisageable pour tous
« Tirer sur des marcassins ou une laie suitée est le point ultime de friction avec l’essence même de la chasse, ajoute le chercheur. Ayant été formés pendant 15 à 20 ans pour être de « bons gestionnaires », exploitant durablement leur « espèce fétiche », il est difficile pour des chasseurs d’accepter l’injonction soudaine d’anéantir l’animal qui justifie leur passion ».
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Tirer les laies est pourtant primordial pour réguler les populations. « Sur la base de quelques modélisations, si l’effort de prélèvements cible certaines catégories d’individus qui sont au cœur du fonctionnement dynamique des populations, il est possible d’infléchir les choses en stabilisant voire diminuer les effectifs », explique Eric Baubet.
« Pour infléchir vraiment l’augmentation des effectifs, il faut prélever fort dans les grosses femelles, comme les laies meneuses, qui sont la dynamique du développement démographique des populations, poursuit-il. Elles ont des tailles de portée plus conséquentes et ayant plus d’expérience, elles sont meilleures mères que les jeunes qui débutent dans la reproduction. »
Un élément que les chasseurs ont compris par le passé ajoute le chargé de recherche. « Longtemps en arrière, les consignes étaient de préserver les femelles pour développer les populations. Faire machine arrière aujourd’hui est compliqué. C’est le problème de la poule aux œufs d’or, si on tue la poule, on n’a plus d’œufs. » Un point que nuance Laurent Gandillot, président de la FDC de l’Indre. Tuer la laie meneuse qui dirige la harde « n’est pas forcément intelligent » selon lui. Cela peut déstructurer le groupe observe-t-il, rendant le comportement de la harde plus erratique et pouvant potentiellement entraîner son éclatement.
Prélever les femelles est d’autant plus primordial si de l’agrainage dissuasif est mis en place. « L’agrainage peut fonctionner théoriquement pour un niveau de population constant. Si vous ne prélevez pas assez de femelles sur le terrain qui ont une bonne reproduction et que vous remettez la même quantité de maïs l’année d’après, les sangliers eux sont plus nombreux et finiront par aller manger dans les cultures. C’est un cercle vicieux. L’agrainage ne doit pas être la solution unique », indique Eric Baubet.
Et quid de la stérilisation pour diminuer les populations ? En pratique, elle semble irréalisable. « C’est compliqué. Attraper des animaux pour les stériliser et les relâcher pourrait être mal compris. Pourquoi ne pas les tuer directement une fois capturés ? », interrogé le chargé de recherche à l’OFB. Selon des travaux scientifiques, « il faudrait stériliser 70 à 80 % de la population pour des résultats efficaces », ajoute-t-il.
Dans l’hypothèse de nourrir les sangliers avec des contraceptifs, il faudrait que ces produits soient spécifiques à l’espèce pour éviter qu’ils impactent d’autres espèces de mammifères. Ces produits n’existent pas aujourd’hui selon Eric Baubet, qui ajoute qu’il serait nécessaire de vérifier également que la viande de sanglier puisse être mangée sans risque par d’autres animaux ou l’être humain.
Par ailleurs, l’hypothèse d’une prédation naturelle du sanglier, en dehors de toute considération de l’impact que le loup et l’ours peuvent avoir sur l’élevage français, est illusoire. « Même dans les territoires européens où se trouvent loups et ours, le sanglier reste un ongulé un peu dangereux que ces grands prédateurs n’attaquent pas sans risque, privilégiant souvent d’autres proies ou les sangliers seulement s’ils sont petits, blessées ou en mauvaise condition », observe Eric Baubet.
Quant à la prévention des dégâts de gibier, si elle reste un levier important, elle est un sujet complexe à mettre en œuvre. Le budget des fédérations des chasseurs en la matière est de 6,5 millions d’euros en moyenne par an sur les quatre dernières années, quand les indemnités représentent à elles seules 55,5 millions d’euros.
« Faute de soutiens autres que celui des chasseurs, ou de contraintes réglementaires trop fortes, peu d’agriculteurs investissent dans la prévention, qui est payée par les chasseurs, estime la FNC. Bien que des dispositifs de prévention existent (clôtures, effarouchement, cultures répulsives), leur mise en œuvre reste en proportion marginale ».
L'installation et l'entretien des clôtures électriques pour protéger les cultures des sangliers, peuvent s'avérer chronophages. En Haute-Saône, des produits dissuasifs sont testés sur des parcelles de maïs fraîchement semées. « Nous avons des partenariats avec des entreprises qui développent ce genre de produits, ils ne sont pas tous convaincants, mais on tente, on investit de l’argent dans ces travaux de recherche », concède Paul Langlois, directeur de la FDC.
Dans le même département, des canons d’effarouchement ont été installés par les chasseurs sur les parcelles de Bruno Coutherout, éleveur laitier. Mais après la plainte de voisins se plaignant du bruit, ils n’y sont restés que quelques jours. Les canons « sont un des moyens de dissuasion mais qui n’est vraiment pas le meilleur. Son efficacité est extrêmement limitée car les animaux finissent par s’habituer au bruit des détonations. Mais cela peut tout de même avoir un effet déterminant pendant quelques jours », constate Paul Langlois.
Si la clôture électrique reste le moyen de prévention le plus efficace, elles ont leurs limites et peuvent créer des frictions entre chasseurs et agriculteurs au moment de leur installation, de leur surveillance et de leur entretien qui sont chronophages. Notre reportage dans l’Ain l’illustre.
La pression des gros gibiers se fait de plus en plus forte sur la grande majorité des vignobles français. Elle se fait notamment ressentir au moment du débourrement, ainsi qu’entre la véraison et la récolte. Au débourrement, ce sont les jeunes pousses qui sont appréciées, notamment par les cervidés.
La vigne réussit malgré tout à repousser dans la plupart des cas. En revanche, les dégâts ont plus de conséquences, lorsqu’il s’agit des grappes, principalement prélevées par les sangliers.
« Dans notre département, les dégâts de sangliers entre la véraison et la récolte pèsent pour les trois quarts des demandes d’indemnisation », donne pour exemple Nicolas Puech, technicien à la fédération départementale de la chasse de l’Hérault, en charge de la prévention contre les dégâts de gros gibier. Aussi, il n’est pas rare de voir un quart à un tiers de la récolte détruite dans les parcelles les plus reculées, si rien n’est fait.
C’est pourquoi, de plus en plus de viticulteurs s’équipent pour tenir à distance le gros gibier des vignes. Plusieurs techniques existent et se côtoient pour y parvenir.
« Dans les faits, on observe bien souvent une accoutumance, malgré tout, rapporte Nicolas Puech. L’effaroucheur n’est efficace que pour des durées d’utilisation relativement courtes."
Autres solutions employées par les viticulteurs, les répulsifs odorants. Ceux-ci sont placés tout autour de la zone à protéger. Propres à chaque espèce, ils se présentent sous la forme de liquides ou de granulés qui diffusent une odeur rédhibitoire pour les gibiers concernés.
Veillez à appliquer le produit régulièrement autour de la parcelle, à défaut de quoi les sangliers se glisseront dans le petit passage sans odeur. Ces produits se montrent assez coûteux (autour de 200 euros pour 1 000 m²) et d’une durée d’action limitée dans le temps.
« Comme tout produit qui se diffuse, les répulsifs odorants se diluent, explique Nicolas Puech. Il faut revenir régulièrement (trois semaines à un mois) pour refaire le plein. Ce qui finit par être coûteux. » Le technicien insiste également sur la nécessité que le produit appliqué soit homologué et sur les délais à respecter avant la récolte.
Pour une protection à plus long terme, les solutions du grillage et/ou de la clôture électrique se montrent plus durables. La solution du grillage constitue en effet une barrière physique que les animaux ne franchissent pas.
Nicolas Puech préconise d’y ajouter un fil électrique à 10 cm du grillage et à 20 cm de hauteur, pour dissuader encore davantage les gros gibiers. Ce grillage ne peut être posé en périphérie des parcelles que si les bouts de rangs laissent suffisamment de place pour réaliser les manœuvres avec le tracteur et les outils. Il nécessite bien souvent un entretien régulier, à savoir un désherbage mécanique ou chimique.
L’autre méthode qui a fait ses preuves avec les sangliers consiste à mettre en place une clôture électrique. « Les sangliers sont assez sensibles au courant électrique », note Nicolas Puech. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir une puissance très élevée. La puissance du courant électrique sera surtout fonction du kilométrage de fil à alimenter. Pour une efficacité maximale, il convient de poser trois hauteurs de fil, à 20 cm pour les jeunes, à 40 et 60 cm pour les adultes.
Pour fournir ce courant électrique, on connaît trois types d’électrificateur : ceux alimentés par une pile 9 volts, ceux à batterie 12 volts et ceux sur le secteur. D’une puissance de 0,15 à 0,6 joule, les piles 9 volts sont à utiliser pour les petits parcellaires, jusqu’à 50 à 60 ares. Elles offrent une bonne autonomie, variant de 5 à 12 mois selon l’ampérage demandé (50 à 170 Ah selon les modèles). Pour une même puissance, plus l’ampérage sera élevé, plus l’autonomie sera bonne. En revanche, les piles sont à usage unique, contrairement aux modèles à batterie 12 volts.
Contenant de l’acide, ces batteries offrent selon les modèles, des puissances pouvant atteindre jusqu’à 5 joules. Elles conviennent donc aux grands parcellaires, pour une autonomie comprise entre 3 à 6 semaines. Comme pour les piles, l’autonomie sera supérieure si l’électrificateur est doté d’un variateur. La puissance peut ainsi être réglée plus puissante la première semaine, le temps que le gibier s’habitue, puis baissée par la suite.
En option, un panneau solaire peut recharger la batterie et augmenter l’autonomie qui durera une saison si les conditions lumineuses et la maîtrise de l’enherbement le permettent. Les appareils les plus performants adaptent la puissance aux conditions. L’électrificateur Secur 500 de Lacmé propose ainsi la technologie I-Pulse, qui envoie en permanence de petites impulsions peu consommatrices en énergie et analyse la charge sur le fil. Lorsqu’un animal touche le fil, la charge est différente : le boîtier de contrôle envoie alors une grosse charge électrique de 5 joules pour éloigner l’animal de la clôture. Ce boîtier est également capable de différencier des herbes d’un animal (dont la résistance est plus importante). Cette technologie permet d’augmenter considérablement l’autonomie.
Certains appareils proposent également la coupure à distance, tandis que d’autres, connectés, informent du niveau de la batterie et l’état de l’enherbement sous la clôture. Ce dernier est en effet un élément important dans l’autonomie de la batterie et nécessite un entretien régulier.
« Les passages canadiens remplacent les barrières et portails. » Le château Sainte Marguerite, à La Londe-les-Maures dans le Var, s’est équipé de clôtures grillagées de type autoroutier depuis quelques années. « Nous avions des attaques de sangliers, ce qui impactait les rendements et les grappes abîmées étaient sujettes aux attaques fongiques, se souvient Olivier Fayard, qui cogère le domaine avec sa famille.
Depuis que nous avons clôturé, nous nous sommes rendu compte du réel impact du gibier. Selon les parcelles, les cochons prélevaient entre 20 et 30 %. Un sanglier consomme quotidiennement 30 à 40 kg. » Cela représente entre 1 200 et 1 800 bouteilles par hectare. Avec une commercialisation autour de 20 euros l’unité, le retour sur investissement est rapide.
« Cette année encore, nous installons 5 kilomètres de clôture. Elle sera rentabilisée dans la saison », estime-t-il. Le domaine est également équipé de passages canadiens depuis 2014. Composées d’une fosse surmontée de tubes de gros diamètre capables de supporter le passage d’un camion, ces structures se positionnent sur les lieux de passage entre les clôtures. La vue du vide dissuade les gibiers, petits comme gros, tandis que les piétons et véhicules circulent librement.
« C’est une solution de tri durable, plus robuste qu’un portail électrique et plus pratique qu’une barrière à ouverture manuelle », apprécie Olivier Fayard.
La Fédération des chasseurs de l'Oise propose de travailler main dans la main avec les agriculteurs pour faire intervenir des chasseurs volontaires sur des parcelles où les exploitants ont repéré des sangliers.
« Le constat est qu'il y a trop de dégâts de sangliers, au désespoir des agriculteurs et de la Fédération des chasseurs. Malgré la présence de techniciens de la FDC sur le terrain, toutes les populations de sangliers ne sont pas localisées précisément, d'où la nécessité pour les agriculteurs de prévenir la FDC.
L'objectif est de diminuer la population de sangliers tout au long de l'année, donc les dégâts (et leur indemnisation) et surtout de pousser les populations à retourner dans les bois, leur lieu de vie habituel.
«Les tirer aura un impact sur leurs habitudes, les obligeant à se réfugier en forêt et donc soulageant la pression sur l'agriculture. Si vous notez la présence de sangliers dans vos parcelles, prévenez votre technicien de secteur de la FDC ou le siège.
La profession agricole se félicite de cette initiative de la FDC60 dont l'objectif reste la régulation de la population de sangliers donc des dégâts. Avoir recours à cette brigade ne fait que renforcer notre volonté d'efficacité et de réactivité. Les sangliers ont quitté les colzas et sont en grande majorité dans les maïs.
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