Envie de participer ?
Bandeau

Pour les agriculteurs, le gibier peut causer des dégâts considérables dans leurs récoltes. "Ils retournent, ils grattent. Ils cherchent des vers, de la nourriture, des glands, des châtaignes. Il laboure parfois mieux qu’une charrue", fait remarquer Xavier Niaux, agriculteur bio à Poil, dans la Nièvre.

Les sangliers causent des dommages en bordure des bois, mais aussi au milieu des prés. L’automne et le printemps sont particulièrement critiques, car le gibier fréquente les pâtures au sol humide, ce qui a des conséquences importantes pour les récoltes des agriculteurs.

"Il y a une perte d’exploitations qui est évidente. Quand on ressème de l’herbe, même au mois d’avril, on n’a pas du foin au mois de juin", note Xavier Niaux. Côté indemnisations, il est déçu, ayant perdu une parcelle complète de céréales en 2015.

Le Coût des Dégâts et les Indemnisations

En 2018, un changement dans le système d’indemnisation n’a pas été bien accueilli par Dominique d'Eté, du groupement des agrobiologistes de la Nièvre. "Ils partaient du prix de la céréale conventionnelle, auquel était ajouté 30% pour le bio en 2017. En 2018, les sangliers ont été particulièrement actifs, en cause : un hiver pluvieux."

Vendredi 20 décembre, la rencontre organisée par la FDSEA de la Nièvre avec la préfète du département, Sylvie Houspic, sur la thématique des dégâts de gibier, s’est tenue sous un ciel larmoyant. De fait, en donnant rendez-vous à la représentante de l’État au Gaec de Julien et Noël Rolin, à Crux-la-Ville, près de Châtillon-en-Bazois, les représentants du syndicat agricole avaient conscience qu’ils ne lui faisaient pas découvrir un problème.

Lire aussi: Chasse au Gibier d'Eau : Guide Nièvre

La préfète avait déjà répondu présente sur un rendez-vous similaire, il y a un an. Malheureusement, depuis, la situation ne s’est pas améliorée, et il s’en faut de beaucoup.

L'augmentation des dégâts

D’une année sur l’autre, comme le rappelait Michel Loison, vice-président de la FDSEA 58 «les déclarations de dégâts de gibier dans le département sont passées de 250 000 à 650 000 euros». Clairement, pour la profession, il n’est plus temps aujourd’hui de faire simplement constater un problème déjà ancien, mais de pousser les acteurs concernés à imaginer de nouvelles solutions.

«Depuis fin 2017, poursuit Michel Loison, nous alertons la fédération de la chasse. Même si des sangliers sont tirés, le fait est qu’il y en a toujours autant et les discussions avec les chasseurs tournent la plupart du temps au dialogue de sourds. Aujourd’hui, l’État doit prendre ses responsabilités : il faut détruire du sanglier !»

Aujourd’hui, précise Olivier Laporte, en charge du dossier chasse à la FDSEA 58, beaucoup d’exploitants rencontrent des difficultés croissantes dans leurs semis de maïs ou de pois, régulièrement saccagées. Les agriculteurs n’ont pas la main sur la prolifération des sangliers, mais ils dépensent énormément de temps et d’énergie à réparer leurs dégâts.

Quand, l’hiver, nous retirons nos vaches, c’est pour ne pas esquinter nos prairies, mais nous les retrouvons parfois dans des états lamentables à cause des sangliers. Au bout d’un moment, ce que nous disons c’est : peu importe les moyens, nous voulons des résultats…» Et s’il n’y avait que les sangliers ! Sur son smartphone, Olivier Laporte montre les images, tournées une semaine auparavant, d’un impressionnant troupeau d’une centaine de cervidés galopant dans une pature…

Lire aussi: Tout savoir sur la saison de chasse dans la Nièvre

Solutions et Perspectives

Attentive aux récriminations et témoignages des exploitants présents, la préfète Sylvie Houspic a prévenu qu’elle n’avait pas de baguette magique mais a encouragé les agriculteurs à signaler aux gendarmes, à chaque fois que cela est nécessaire, les comportements de chasseurs qui, par exemple, procéderaient à des agrainages excessifs.

«Cette affaire, poursuivait-elle, on ne pourra la traiter qu’en testant de nouvelles solutions, et tous ensemble. On doit aussi réfléchir à la problématique de l’agrainage». Ces nouvelles solutions, elles restent à définir, en bonne entente malgré tout avec les chasseurs, mais les agriculteurs veulent aussi faire bouger les lignes, en remettant en question, par exemple, la règle des 20 hectares.

Certains voudraient également revoir la définition du «point noir» définit dans les schémas cynégétiques et dont l’évolution est perçue comme trop favorable aux chasseurs. D’autres, encore, réclament une réadaptation de la grille d’indemnisation appliquée aux agriculteurs bio. La question des chasses commerciales est aussi très prégnante et, le 20 décembre, la présence d’un représentant d’une chasse de ce type permettait de comprendre le fossé existant avec des agriculteurs exaspérés.

Techniques de protection des cultures

De plus en plus de viticulteurs s’équipent pour tenir à distance le gros gibier des vignes. Plusieurs techniques existent et se côtoient pour y parvenir. Solution relativement peu coûteuse, les effaroucheurs sonores émettent un signal sonore qui fait fuir le gibier, lorsque celui-ci est détecté.

Plusieurs types de capteurs sont proposés : infrarouge, caméra avec reconnaissance de forme, reconnaissance de cri. Couvrant une zone de 2500 à 10 000 m², ces effaroucheurs émettent des signaux sonores ou ultrasonores rappelant les cris d’alerte des animaux concernés.

Lire aussi: Améliorer votre 9mm avec une Crosse Repliable

Autres solutions employées par les viticulteurs, les répulsifs odorants qui se présentent sous la forme de liquides ou de granulés qui diffusent une odeur rédhibitoire pour les gibiers concernés.

Pour une protection à plus long terme, les solutions du grillage et/ou de la clôture électrique se montrent plus durables. Ce grillage ne peut être posé en périphérie des parcelles que si les bouts de rangs laissent suffisamment de place pour réaliser les manœuvres avec le tracteur et les outils.

L’autre méthode qui a fait ses preuves avec les sangliers consiste à mettre en place une clôture électrique. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir une puissance très élevée. La puissance du courant électrique sera surtout fonction du kilométrage de fil à alimenter. Pour fournir ce courant électrique, on connaît trois types d’électrificateur : ceux alimentés par une pile 9 volts, ceux à batterie 12 volts et ceux sur le secteur.

L'exemple du Château Sainte Marguerite

Le château Sainte Marguerite, à La Londe-les-Maures dans le Var, s’est équipé de clôtures grillagées de type autoroutier depuis quelques années. Selon les parcelles, les cochons prélevaient entre 20 et 30 %. Un sanglier consomme quotidiennement 30 à 40 kg. » Cela représente entre 1 200 et 1 800 bouteilles par hectare. Avec une commercialisation autour de 20 euros l’unité, le retour sur investissement est rapide.

Le domaine est également équipé de passages canadiens depuis 2014. Composées d’une fosse surmontée de tubes de gros diamètre capables de supporter le passage d’un camion, ces structures se positionnent sur les lieux de passage entre les clôtures. La vue du vide dissuade les gibiers, petits comme gros, tandis que les piétons et véhicules circulent librement.

La Chasse dans la Nièvre

La Nièvre compte 9 549 chasseurs (4,4% de la population nivernaise), offrant des paysages contrastés et une variété de gibier, du gros (cerf, chevreuil, sanglier) au petit (oiseaux, lapins, renards…). Très réglementée, la chasse dans la Nièvre a ses atouts et ses désagréments, des défenseurs acharnés et des détracteurs non moins virulents.

Le grand gibier (cerfs, chevreuils, sangliers) est soumis à des plans de chasses déterminés par le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique qui détermine avant chaque saison le nombre et type d’animaux autorisés à être tirés : ce sont les « bracelets » posés sur l’animal à l’endroit où il est abattu.

Depuis trois ans la Nièvre a mis en place un programme de Permis à 0 € qui a boosté le nombre de détenteurs. « Cela a permis d’attirer de nouveaux profils : des urbains, des familles… qu’on n’aurait jamais vu avant puisque le chasseur est plutôt un rural, avec une tradition familiale ».

Dans le même temps, il est important de noter que les chasseurs paient, et cher, le droit d’occuper le terrain et que sans chasseurs, les dégâts à l’agriculture seraient encore plus considérables.

En France, en 2024-2025, les prélèvements sangliers ont atteint un record : 881 372 sangliers abattus soit une hausse de 2,1% selon les chiffres de l'Office Français de la Biodiversité (OFB) et les fédérations départementales des chasseurs. Les données dévoilent également que le nombre de prélèvements de sangliers, espèce responsable des dégâts agricoles, a doublé en France en 20 ans.

Il est clair que la question des dégâts de gibier reste complexe et nécessite une approche concertée entre agriculteurs, chasseurs et autorités publiques pour trouver des solutions durables et équitables.

tags: #nièvre #agriculteurs #bios #dégâts #gibier #indemnisations

Post popolari: