Envie de participer ?
Bandeau

La question des dégâts causés par le gibier, notamment les sangliers, est une source croissante de tensions entre les différents acteurs du monde rural en France. Les agriculteurs, les chasseurs et les forestiers se retrouvent souvent en désaccord sur les causes de ces dégâts et les solutions à mettre en œuvre. Cet article examine les différentes facettes de cette polémique et propose une analyse des enjeux et des pistes de résolution.

Les Causes des Dégâts de Gibier

Plusieurs facteurs contribuent à l'augmentation des dégâts causés par le gibier :

  • La prolifération des populations de sangliers : Le nombre de sangliers a considérablement augmenté ces dernières années en raison d'hivers plus doux, de l'absence de prédateurs naturels et de pratiques de chasse qui ont favorisé leur développement.
  • L'évolution des paysages : L'augmentation des zones boisées au détriment des surfaces cultivées offre un habitat favorable au gibier.
  • La diminution du nombre de chasseurs : Entre 1981 et 2005, le nombre de permis de chasse a diminué de 35 %, ce qui a entraîné une baisse de la pression de prédation sur les populations de gibier.
  • Le déséquilibre sylvo-cynégétique : Dans de nombreuses zones, les fortes densités de cervidés compromettent la régénération des peuplements forestiers.

Il est vrai que sur le terrain la gestion des populations de sangliers semble échapper aux nemrods. Sur la dernière saison, les chasseurs Lotois en ont abattu près de 10 000, un chiffre record mais qui ne suffit pas à juguler les dégâts.

Chaque année, la gestion de la surabondance des grands animaux en forêt engendre des coûts supplémentaires pour l'ONF, principalement en raison de la mise en place et de l'entretien des protections des semis et des jeunes arbres.

Le cerf occupait plus de 49% des surfaces boisées en 2019 contre 25% en 1985, selon l’Office français de la biodiversité (OFB).

Lire aussi: "Le Vieux Fusil": Un film sur la guerre et ses conséquences

Les Conséquences des Dégâts

Les dégâts causés par le gibier ont des conséquences économiques, environnementales et sociales :

  • Pertes financières pour les agriculteurs : Les dégâts sur les cultures, les prairies et les vergers entraînent des pertes de récoltes et des coûts de remise en état.
  • Dommages à la filière forêt-bois : Les dégâts sur les jeunes arbres et les semis compromettent la régénération des forêts et la production de bois.
  • Risques sanitaires : La surpopulation de gibier favorise la propagation de maladies telles que la tuberculose bovine et la peste porcine africaine.
  • Accidents de la circulation : Les collisions entre véhicules et animaux sauvages sont de plus en plus fréquentes et peuvent entraîner des blessures graves voire mortelles.

En 2008, on estime à environ 42500 le nombre de collisions, dont 16800 avec des sangliers.

Selon l’état du déséquilibre sylvo-cynégétique, les coupes d’arbres prévues et nécessaires pour renouveler les peuplements ne sont pas effectuées, ou alors plus tardivement. 90 millions de tonnes de CO2 sont stockées grâce à l’utilisation des produits bois en France. Dans le bois construction, la capacité de stockage de carbone s’étend sur une durée de 50 à 100 ans.

Les Solutions Envisagées

Pour faire face à cette problématique, plusieurs solutions sont envisagées :

  • Régulation des populations de gibier : Augmenter les prélèvements de sangliers et autres espèces causant des dégâts, notamment par le biais de battues administratives et du piégeage.
  • Prévention des dégâts : Mettre en place des clôtures, utiliser des répulsifs et adapter les pratiques agricoles pour limiter l'attractivité des cultures pour le gibier.
  • Amélioration du système d'indemnisation : Réformer le système d'indemnisation des dégâts agricoles pour assurer une meilleure prise en charge des pertes subies par les agriculteurs.
  • Gestion durable des forêts : Mettre en œuvre des pratiques sylvicoles favorisant l'équilibre entre la faune sauvage et la régénération des forêts.
  • Partenariat entre les acteurs : Renforcer le dialogue et la coopération entre les agriculteurs, les chasseurs, les forestiers et les pouvoirs publics pour trouver des solutions concertées.

Le rôle de l'ONF

L’Office national des forêts, qui loue aux chasseurs près de 3 000 baux de chasse, a renforcé en 2016 les objectifs à atteindre en matière d’équilibre forêt-ongulés. Tous les trois ans, l’ONF évalue désormais ces résultats et attribue en fonction un bonus (remise sur le loyer…), un malus (pénalité financière…) ou des sanctions plus graves (résiliation du contrat de location…)

Lire aussi: LBD : Analyse des enjeux polémiques

Proposition de Loi

Un système d’indemnisation des dégâts agricoles du grand gibier totalement réformé, c’est le souhait que vient d’émettre Laurent Burgoa, sénateur Les Républicains (LR) du Gard et par ailleurs chasseur lui-même, par le dépôt d’une proposition de loi.

Pour Laurent Burgoa, en tous cas, cette prise en charge par l’État devrait permettre d’assurer la pérennité financière des fédérations départementales des chasseurs.

Les positions des syndicats agricoles

Pour les syndicats, la priorité est de réguler davantage le gros gibier est leur maître mot pour réduire la facture mais aussi les risques sanitaires associés, comme la peste porcine africaine, la maladie d’Aujeszky ou la tuberculose.

Comme le résume Grégory Nivelle, administrateur à la FNSEA, « la seule solution pour baisser durablement les dégâts, c’est d’augmenter les prélèvements d’animaux ».

La Confédération paysanne insiste de son côté sur l’importance de la responsabilité territoriale des détenteurs de droits de chasse pour limiter les dégâts.

Lire aussi: Dégâts causés par le gibier : comment se faire indemniser ?

La Coordination rurale n’est pas non plus tendre avec certaines fédérations départementales des chasseurs. « Les FDC appliquent une grille d’abattement de manière unilatérale, cherchant systématiquement à réduire les indemnisations pour minimiser leurs factures. Cependant, aucune sanction n’est appliquée en cas de défaillance de leur part, comme le refus de poser ou d’entretenir des clôtures dans les zones à forte pression de sangliers (points noirs). »

Tableau récapitulatif des solutions proposées

Solution Description Acteurs concernés
Régulation des populations Augmentation des prélèvements par la chasse et le piégeage Chasseurs, pouvoirs publics
Prévention des dégâts Clôtures, répulsifs, adaptation des pratiques agricoles Agriculteurs
Amélioration de l'indemnisation Réforme du système pour une meilleure prise en charge Pouvoirs publics, fédérations de chasse
Gestion durable des forêts Pratiques sylvicoles favorisant l'équilibre sylvo-cynégétique Forestiers, ONF
Partenariat Dialogue et coopération entre tous les acteurs Tous les acteurs

En conclusion, la polémique sur les dégâts de gibier est un problème complexe qui nécessite une approche globale et concertée. En agissant sur les causes, en mettant en œuvre des solutions adaptées et en favorisant le dialogue entre les différents acteurs, il est possible de trouver un équilibre durable entre les activités agricoles, la gestion des forêts et la préservation de la faune sauvage.

tags: #polémique #sur #les #dégâts #de #gibier

Post popolari: