Qu'est-ce qu'on entend par « flashball » ? Basiquement, ce sont des lanceurs de balles de défense en caoutchouc. On en distingue actuellement deux types :
Petit historique :
Les lanceurs de balles de caoutchouc sont à l’origine de nombreuses blessures graves irréversibles, voire de décès, recensés en Irlande du Nord dans les années 70, par les forces israéliennes au début des années 2000, et plus récemment aux États-Unis, en Suisse ou en Espagne. La France n’est pas en reste. L’ACAT dénombre, depuis 2005, au moins un mort et trente-neuf blessés graves (dont 21 éborgnés ou ayant perdu l'usage d'un œil), avec des victimes souvent très jeunes : un tiers étaient mineures lorsqu’elles ont été mutilées, une sur deux n’avait pas 25 ans.
En juin 2015, le tribunal administratif de Nice a reconnu la dangerosité des flashballs, qu'il décrit comme une arme « comportant des risques exceptionnels ».
Basiquement, les règles sont censées limiter l'utilisation à des cas extrêmes, toujours en respectant un principe de proportionnalité. Le 2 septembre 2014, uniformisation (vers le bas) des règles d'utilisation de ces armes :
Lire aussi: Flashball : danger selon un neurochirurgien
Au Québec, la zone du torse et du triangle génital est considérée comme « niveau de traumatisme élevé, degré de force mortel » par un rapport de l'école nationale de police.
Dans les règles d'utilisation, les flashballs peuvent être utilisés dans le cadre d'opérations de maintien de l'ordre, mais uniquement lorsque « les circonstances le rendent absolument nécessaire ». Dans les faits, ils sont majoritairement utilisés dans de telles circonstances, bien que n'étant apparemment pas adaptés à de telles situations, puisque la visée est rendue difficile par les mouvements et la distance, avec des risques élevés de toucher une zone dangereuse, comme la tête, ou de faire une victime collatérale. Un tir plus réfléchi et un temps d’observation et d’ajustement dans le viseur, éléments peu compatibles avec une foule en mouvement.
Un formateur policier témoigne à Médiapart :
« Au stand de tir, avec ce système de visée, n’importe qui peut très vite le maîtriser. Mais dans la rue, on n’est pas face à des silhouettes en papier. Il y a du stress, des nuages de fumée et des cibles en mouvement (...). Le temps que le projectile atteigne son but, à quelques dizaines de mètres plus loin, un impact visé au sternum peut se transformer en tir en pleine tête. »
Les règles conseillent également d'éviter de tirer sur des personnes manifestement vulnérables (personnes blessées, femmes enceintes, personnes handicapées, enfants, personnes âgées, etc.). Après emploi, les policiers et les gendarmes sont de plus tenus de s’assurer que la personne atteinte ne présente pas de lésion, et de la présenter à un médecin. Autant de précautions difficilement applicables en situation de manifestation.
Lire aussi: La lutte de Plogoff contre le nucléaire
De plus, le symbole est fort : cela implique de viser et faire feu sur une personne, ce qui n'était jusque là pas le cas avec les techniques de maintien de l'ordre (tir de grenades lacrymogènes à 45° par exemple).
Les gaz lacrymogènes, les charges de CRS, les canons à eau repoussent, visent les manifestants de manière collective. Au contraire, les flashballs ne repoussent pas, mais frappent : leur intérêt réel pourrait ainsi être de faire peur. « En frapper un pour terroriser tous les autres », selon les mots d'une victime.
Le modèle Flash-Ball SuperPro a été reconnu imprécis. La direction générale de la Police nationale avait annoncé sa disparition « courant 2014 ». L'IGPN le préconisait à son tour en mai 2015. Pourtant, cette arme est toujours équipée : il semblerait que la recherche d'un remplaçant (une munition de courte portée compatible avec le LBD 40x46) n'ait pas encore abouti.
Les forces de l'ordre n'envisagent pas l'abandon de l'usage des flashballs (au sens général de lanceurs de balles de défense), notamment pour faire face à des rassemblements hostiles ou guet-apens. L'utilisation de ces armes intermédiaires permettrait de diminuer le recours aux armes à feu, affirmation que les chiffres ne confirment pas.
Lire aussi: Tentative d'assassinat de Donald Trump : analyse et conséquences
tags: #pétition #flashball #danger