La question se pose alors que l'Europe et la France, notamment, annoncent se réarmer dans un contexte géopolitique incertain, entre désengagement international de l'administration Trump, guerre en Ukraine et politique impérialiste de la Russie. La France reste le troisième exportateur mondial de matériel de défense.
Elle "dispose d’une industrie capable d’assurer la quasi-totalité des équipements nécessaires à son armée" souligne Benoit Rademacher, directeur du domaine Armement et Économie de défense de l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire. Selon leur importance et leur place dans la chaîne de sous-traitance et leur spécialisation, on peut dénombrer entre 2 000 et 4 000 entreprises en lien avec la défense, ce qui totalise un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros, pour plus de 210 000 emplois.
On parle de base industrielle et technologique de défense ou BITD. Elle regroupe l'ensemble des entreprises de défense qui contribuent à concevoir et à produire les équipements pour les armées. "La Direction générale de l'armement (DGA) en est le pivot" rappelle le ministère de la Défense.
Cette BITD a tendance à se transformer, ou à être complétée par une BITC, qui intègre les entreprises en lien avec la cyberdéfense et les nouvelles attaques ou déstabilisations passant par la cybercriminalité. Cette BITD est portée par neuf grands groupes industriels, comme Safran, Dassault, Naval Group, etc...
Mais "le secteur est amené à repenser son modèle de développement" écrivait déjà en 2022 Benoît Rademacher. Avec les annonces d'Emmanuel Macron et la volonté du président de la République de "réarmer la France", ces entreprises vont devoir se mettre en ordre de bataille pour rentrer dans la dynamique de "l'économie de guerre" voulue par le président de la République et théorisée notamment lors de la dernière allocution télévisée d'Emmanuel Macron.
Lire aussi: Décryptage de "Les Mots Sont Des Pistolets Chargés"
Face au conflit lancé par la Russie en Ukraine, l’industrie de défense française était déjà entrée dans une dynamique nouvelle, avec un objectif fort. L'actualité de ces dernières semaines montre que la France doit "être capable d’assurer un effort dans la durée en cas de nécessité pour nos armées ou au profit d’un partenaire" rappelle le ministère de la Défense.
Un certain nombre d'unités de la Marine nationale sont fabriquées aux Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. "Patrouilleurs, frégates, porte-hélicoptères amphibies, une vingtaine de bâtiments de surface ont ainsi été livrés depuis les années 1980 à diverses marines mondiales" rappelle cette dernière. Dans le cadre du programme de réalisation du futur porte-avions de nouvelle génération, Chantiers de l’Atlantique "sera chargé de la conception et de la construction du bâtiment en coopération avec Naval Group et Technicatome" rappelle l'entreprise. L'entreprise qui fête ses 160 ans emploie plus de 3 500 salariés.
La France appartient au cercle restreint des nations conceptrices de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Elle peut notamment s'appuyer sur Naval Group, qui dispose de 10 sites de production en France, dont celui de Cherbourg.
Le port du Cotentin conçoit des sous-marins depuis 1899. C'est à Cherbourg que la construction dusous-marin nucléaire lanceur d'engins de nouvelle génération a débuté, selon le ministère des Armées. L'industriel naval de défense assure la maîtrise d’œuvre d’ensemble de la fabrication des sous-marins, en cotraitance avec TechnicAtome pour la réalisation des chaufferies nucléaires, dont la fabrication de la première cuve a déjà débuté.
Quelque 634 millions d'euros sont prévus pour le programme pour la seule année 2024. Celui-ci mobilise plus de 400 entreprises représentant 3 000 emplois directs, selon Naval Group.
Lire aussi: Comprendre les tirs en l'air
Le Rafale appartient aux fleurons de l'industrie de la défense française. Après un décollage poussif, sa commercialisation à l'étranger s'est accélérée. "Depuis 1993, 234 Rafale ont été commandés par la DGA au groupement d’intérêt économique Rafale qui est constitué des sociétés Dassault Aviation, Safran et Thales, dont 166 livrés à ce jour" rappelle le ministère de la Défense.
L'assemblage final du Rafale est réalisé sur le site de Dassault Aviation à Mérignac, en Gironde. "Le programme Rafale contribue à plus de 7 000 emplois directs et indirects en France" rappelle la DGA, avec plus de 400 entreprises impliquées.
Le puzzle du Rafale est réalisé à partir de nombreux sites industriels en France : Argenteuil, Argonay, Biarritz, Bourges, Brest, Brive, Cholet, Corbeil-Essonnes, Élancourt, Étrelles, Gennevilliers, Laval, Martignas-sur-Jalle, Mérignac, Poitiers, Seclin, Vendôme et Villaroche...
Le char Leclerc est le char d’assaut français. Fort de ses il était fabriqué par Nexter, anciennement Giat Industries, à Roanne dans la Loire jusqu'en 2008. Le char Leclerc est un engin de combat de troisième génération de la classe des 60 tonnes.
"En 2015, les sociétés Nexter et Krauss Maffei Wegmann respectivement systémier intégrateur du Leclerc et du Leopard, se sont regroupées au sein de KNDS afin de devenir le leader européen de la défense terrestre" rappelle le groupe sur son site internet. KDS est présente sur une dizaine de sites en France.
Lire aussi: Liste des commerces acceptant Tir Groupé
Aujourd'hui Nexter, via le Groupe KDS, fabrique les blindés légers de nouvelle génération, le Jaguar et le Griffon et participe à la rénovation des chars Leclerc et leur intégration dans le programme Scorpion. Cette activité lui permet de continuer à investir, notamment 60 millions d'euros en 2019 sur son site de Roanne.
Principal site de production de blindés de France et premier employeur de la ville de Roanne, l’établissement de l'entreprise Nexter a doublé son effectif depuis 2017. Il emploie 1 700 personnes, dont près de 20% de femmes : 1 437 salariés, plus 65 alternants et 200 intérimaires.
Les missiles Aster, qui ont fait parler d'eux dernièrement en mer Rouge dans la lutte contre les Houtis, sont fabriqués pat MBDA. Cette entreprise est détenue par Airbus (37,5%), BAE Systems (37,5%) et Leonardo (25%).
Elle compte plus de 15.000 collaborateurs et se présente comme le seul groupe européen capable de concevoir et de fabriquer des armes complexes. En France MBDA dispose d'usines en Région Centre, du côté de Bourges.
Le canon Caesar a fait beaucoup parlé de lui dans le cadre de l'aide militaire fournie à l'Ukraine par la France. Une partie de ce canon, le chassie du véhicule, est fabriqué par l’usine d’Arquus, à Limoges dans la Haute-Vienne. La fabrication du Canon Caesar passe aussi par Roanne et le site de Nexter.
La guerre en Ukraine a relancé l'activité d'une entreprise fragilisée. Menacées de liquidation en 2021 les Forges de Tarbes produisent notamment des obus de 155 mm. "La production est passée de l’arrêt quasi total à 60 000 corps d’obus en 2024, avec un objectif de 15 000 par mois d’ici la fin de l’année" souligne le site Opex News.
Cette entreprise appartient au patrimoine de l'industrie française de la défense et de l'aérospatiale."Mais cette montée en puissance se heurte à un manque de main-d’œuvre qualifiée et à des tensions sur la chaîne d’approvisionnement, ralentissant l’extension des capacités" ajoute Opex News.
Une partie de la poudre de l'Armée française est confectionnée à Bergerac, en Dordogne. L'usine Eurenco est l’héritier de la Société nationale des poudres et explosifs (SNPE). Elle investit 60 millions d’euros, dont 50 seront autofinancés, sur son site de Bergerac pour produire de la poudre à munitions française afin de répondre aux besoins de l'Armée française et fournir aussi l'Ukraine.
Le fameux fusil d'assaut FAMAS, qui a équipé les armées françaises pendant des années et reste encore en dotation, était fabriquée à Saint-Etienne. La cité stéphanoise était un haut-lieux de la fabrication d'armes de chasse et d'armes de guerre en France.
C'est le cas pour l'entreprise Vernay-Caron, qui n'a pas été retenue pour la fabrication du nouveau fusil d'assaut des armées françaises. Pour remplacer le Famas, c'est un Belge qui a été retenu. Mais Vernay-Caron s'est tout de même distinguée en livrant à l'Ukraine 10 000 fusils VCD-15, mais aussi des fusils de précision et des lances grenades.
Cette entreprise, fleuron français de la fabrication d'armes est en difficultés. Vernay-Caron pourrait être liquidée dans les prochains jours... En effet, l'Etat ne lui a pas accordé le prêt de 4,5 millions d'euros prévu et l'offre de reprise du Belge FN Browing ne serait pas suffisante.
Vernay-Caron, un soldat en première ligne de la BITC, est touchée et risque de tomber à terre...
Tous les équipements militaires de l'Armée française ne sont pas du Made-in-France. La France achète du matériel de défense à l'Allemagne, le HK416 F son nouveau fusil d’assaut qui a remplacé le Famas.
Savoir-faire de la ville de Saint-Étienne, certains ligériens sont (déjà) nostalgiques. Cette fois c'est le début de la fin pour le Famas. Mardi dernier, l'armée française a officiellement présenté le nouvel HK-416, successeur allemand du célèbre fusil d'assaut de la manufacture d'arme de Saint-Étienne.
400 000 fusils étaient entrés en service dans l'armée en 1973, d'autres versions ont suivies mais aujourd'hui il est bien voué à disparaître. Son coût d'entretien exorbitant a finalement eu raison de lui, le Famas commence officiellement à être remplacé.
En 2014, c'est l'allemand Heckler und Koch qui est sorti vainqueur des 5 candidats européens à l'appel d'offre. Un choix qui laisse sceptiques certains Stéphanois.
"Ce qui est incompréhensible c'est que nous avons un Président de la République qui commémore Oradour-sur-Glane et qui achète des fusils allemands pour l'armée française""Par chauvinisme on aurait aimé que l'armée française conserve des armes française et des armes produites à Saint-Étienne"
L'armurier stéphanois Verney-Carron rêvait de succéder au Famas mais sa candidature n'a même pas été retenue. C'est bien une page de l'histoire de Saint-Étienne qui se tourne comme l'explique Jean Vincent Brisset, expert sur les questions de défense.
"On a parlé à un moment d'une entreprise française qui aurait pu fabriquer une arme remplaçante mais elle n'avait pas la capacité industrielle nécessaire pour le faire" explique ce spécialiste. 100 000 nouveaux fusils sont attendus d'ici à 2028.
Quid désormais des FAMAS, difficilement revendables. Certains seront probablement détruits, d'autres pourraient rejoindre la vaste collection du Musée de l'Art et de l'Industrie.
"Les détruire est la situation la plus simple. Cela se fait beaucoup aujourd'hui. Mais la France peut très bien revendre ce fusil d'assaut à d'autres pays. Cependant, la revente de cette arme qui n'utilise pas les munitions classiques de l'OTAN, ne trouvera sans doute pas beaucoup de clients. La fabrication des munitions va s'arrêter très rapidement. De plus, il y a un système extrêmement intelligent qui permet de faire du tir automatique. Il a des qualités." explique Jean-Vincent Brisset, expert en défense et directeur de recherche à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques).
tags: #où #sont #fabriquées #les #munitions #du