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Langelot est un héros de la littérature pour la jeunesse qui, quoique méconnu, ne s’en laisserait point conter par tous les Nancy Drew et autres Harry Potter contemporains. Brillant sous-lieutenant d’un des services secrets français les plus modernes, il incarne parfaitement les nobles valeurs auxquelles l’auteur rattache le monde du Renseignement, et, malgré sa jeunesse, n’a rien à envier à son alter ego adulte créé par Ian Fleming.

Langelot, parangon de l’agent secret, est, au sens propre du terme, un [jeune] homme d’élite, non pas en ce qu’il détiendrait des facultés exceptionnelles, mais en ce qu’il a développé au mieux l’ensemble des possibilités physiques et morales de l’être humain, ce qui lui permet de redonner vigueur à l’idéalisme et à l’optimisme.

Ses capacités physiques et intellectuelles peu communes, doublées d’une morale solide, lui permettent ainsi de se confronter à la marche de l’Histoire, tout en l’influant. Deux thèmes sont omniprésents dans la série des Langelot, ceux-là même que met en lumière la citation du colonel Moriol, à savoir l’héroïsme et l’aristocratie, dans l’acception antique de ces termes.

Le monde de la série des Langelot, celui des relations internationales durant la guerre froide, est un monde instable, violent, décrit avec force réalisme, dans toute sa subtilité ; il dévoile les rouages secrets qui meuvent l’Histoire, à la faveur de l’action des Héros de l’ombre, et montre que l’héroïsme individuel, désintéressé, la poursuite d’un idéal restent possibles dans le monde moderne.

Le sérieux, voire le tragique, le disputent au plaisant : il s’agit d’amuser, certes, mais aussi d’éduquer, d’éveiller le jeune lecteur à la réalité. L’espionnage est un monde que l’auteur, Vladimir Volkoff, connaît d’expérience, tout comme ses modèles anglo-saxons, Graham Greene et John le Carré : cela lui permet d’exploiter pleinement le ressort du mystère, particulièrement attrayant pour les plus jeunes.

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Comme il l’affirme lui-même dans une interview en ligne, Vladimir Volkoff a écrit la série des Langelot pour défendre ce en quoi il croyait, à savoir « la patrie, le courage physique, la fidélité, la joie du danger, le charme féminin ».

L'Auteur et la Genèse de la Série

La série des Langelot a été initialement publiée entre 1965 et 1986 dans la Bibliothèque verte, mythique collection des éditions Hachette destinée aux enfants et préadolescents. Louis Hachette avait créé la Bibliothèque rose en 1856 après une rencontre avec le Comte de Ségur, qui lui avait parlé des histoires que sa femme inventait pour ses propres enfants : ainsi la Comtesse de Ségur sera-t-elle la première auteure à publier des ouvrages dans cette collection.

La Bibliothèque verte, quant à elle, fut créée en 1924 : sa vocation première était de rééditer les grands classiques de la littérature pour la jeunesse, en particulier les auteurs du fonds Hetzel (Jules Verne, etc.).

[Un ami ayant] publié avec succès des livres chez Hachette jeunesse, il m’introduisit dans cette maison pour laquelle je fis office de lecteur et traduisis Pickwick, Mary Poppins, Hitchcock et bien d’autres. Surtout j’y créai, sous le pseudonyme de Lieutenant X, la série ‘Langelot’ à laquelle je travaillai pendant quelque vingt ans avec autant de conscience et de plaisir qu’à mes autres livres.

Le succès de cette série fut tel - les ventes dépassèrent rapidement le million d’exemplaires - qu’il permit à Vladimir Volkoff d’obtenir une autonomie financière qui lui fut précieuse. Pourquoi publia-t-il cette série sous le pseudonyme sibyllin de Lieutenant X ? Est-ce pour préserver son identité, comme le ferait un agent de renseignement ? Est-ce par coquetterie, pour entourer ces romans d’un halo de mystère, délicieusement suggestif dans le cadre des aventures d’un agent secret ?

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Même si ces présomptions sont séduisantes, elles sont assez éloignées de la réalité, plus prosaïque. Il est difficile en France d’être pris au sérieux comme écrivain pour adultes si on a du succès comme écrivain pour la jeunesse. J’ai donc décidé de suivre les deux carrières parallèlement, dont une sous pseudonyme.

Il va sans dire que c’est avant tout la grande qualité de cette série qui est à l’origine de son succès ; cependant, il n’est pas invraisemblable que l’atmosphère de secret qui a nimbé cette série durant des années ait pu, en aiguisant sa curiosité, partiellement contribuer à fidéliser le lectorat des Langelot.

Les Thèmes Principaux

Le thème de l’espionnage est commun à Vladimir Volkoff et à son modèle, Graham Greene. L’espionnage m’intéresse beaucoup, à plusieurs titres. Le monde de l’espionnage est pour moi ce que la Corse a été pour Mérimée, ce que l’Italie a été pour Stendhal : c’est le monde où l’action est encore possible. Le monde de l’espionnage constitue donc, en quelque sorte, la geste contemporaine.

L’action est en effet une composante majeure de la série des Langelot, depuis son recrutement dans le premier épisode par le capitaine Montferrand, qui est son supérieur direct et également son mentor, voire son père adoptif : enlèvements, assassinats, attentats terroristes, conflits armés internationaux, actes de piratage et de subversion, coups d’état et révolutions constituent le quotidien à la fois énigmatique et atroce du héros éponyme.

Atroce, car les principales victimes de ces crises internationales sont souvent les plus démunis, qu’il s’agisse d’individus particuliers (le scientifique Elie Barrière dans Langelot et les Exterminateurs, la paraplégique Andrée Clair dans Langelot et l’Avion détourné) ou de peuples entiers (la courageuse population de la Côte-d’Ebène, ou encore celle de « 4584 »). Enigmatique, car la réalité est souvent bien plus complexe qu’elle n’y paraît : les séquestrés sont volontaires (Langelot lui-même dans Langelot agent secret ou Langelot kidnappé, Noémi Gracieux, la secrétaire de Cordovan dans Langelot et le plan rubis), les transfuges sont délégués par leurs services respectifs (Daniel Sluni dans Langelot fait le malin, le colonel Chibani dans Langelot kidnappé, Langelot dans Langelot passe à l’ennemi), les coupables semblent au-dessus de tout soupçon alors que les principaux suspects sont innocents ou même victimes (le colonel Moriol dans Langelot agent secret, Bertha Mann dans Langelot contre Monsieur T., M. «

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Je suis né Janus, je suis né avec le sens du double[12] », déclare Vladimir Volkoff. Ce thème du double est omniprésent dans la série, et entretient inextricablement les doutes et les équivoques : les déclarations mensongères de Georgette - sosie de Graziella -, priment sur les sincères démonstrations de fidélité du Président Andronymos, la boîte aux lettres du réseau de Monsieur T. se révèle être non pas les poches du véritable amiral Sir Horace Tristram, mais celles de son effigie en cire au musée Tussaud (Langelot pickpocket), Langelot se fait involontairement le complice des saboteurs en confondant le véritable climatiseur Foster avec sa copie défectueuse (Langelot et les cosmonautes), le colonel Chibani capture non pas le fameux Propergol, mais son innocent sosie, le bien-nommé M. Saupiquet (Langelot et l’Avion détourné), et les innombrables fans de Julio forment un cortège funèbre autour de sa statue (Langelot garde du corps) - sans parler des sosies de Monsieur T.

Langelot côtoie intimement le monde souterrain de l’ombre, et accède à la réalité dont le grand public ne discerne que les apparences, soigneusement falsifiées par les Etats, qui, ce faisant, ne prétendent pas tant se protéger eux-mêmes que protéger leurs populations.

Avec une ironie mordante, Vladimir Volkoff rappelle à ses lecteurs que le lot des hommes clairvoyants, dans le monde illusoire qui est le nôtre, est la raillerie. Personne n’est assez ingénu pour croire que tous les secrets d’Etat nous sont dévoilés en temps réel, que nos journaux sont assez informés - ou courageux - pour nous enseigner les véritables causes des guerres, des crises, etc., pas plus qu’il ne se trouve d’individu assez paranoïaque pour s’imaginer que tout ce que nous lisons et entendons n’est que mensonges.

Mais il y a une position intermédiaire, qui est de croire que nous ne connaissons pas toute la vérité, et qu’il est souvent dans l’intérêt des puissants de nous tromper - voire que c’est dans notre propre intérêt.

Langelot : Un Héros Discret

Avec ses dix-huit ans, son visage innocent, la mèche blonde qui lui barrait le front en diagonale, son blue-jean et son chandail vert à col roulé, il avait plutôt l’air d’un adolescent yéyé que d’un officier de l’armée française. L’apparence innocente de Langelot ne lui est pas naturelle, c’est une affectation, une pose : même si ses traits s’y portent particulièrement bien, il prend délibérément l’air naïf afin de passer inaperçu, d’avoir l’air inoffensif, son métier consistant avant tout à faire semblant, à ne pas avoir l’air.

Le monde du renseignement, nous l’avons vu, est un monde trompeur, fait de masques et de mensonges, et où les indices ne sont révélateurs qu’à rebours.

Dès le premier ouvrage de la série, les stagiaires, dont Langelot et Corinne ici en scène, sont initiés à la solitude, qui sera leur lot, le plus haut service de l’Etat requérant une discrétion absolue, et n’étant guère compatible avec une vie sociale « normale ».

C’est dans son métier que Langelot se réalise pleinement, et c’est là qu’il y trouve sa seule famille : on ne lui connaît guè...

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