Les oies sont le mythe de tout chasseur de gibier d’eau. Le graal, la récompense ultime de toutes ces longues heures de veille à scruter l’horizon. Des chants caractéristiques capables de faire trembler le corps de n’importe quel passionné. Un oiseau intelligent et très méfiant qui demande une certaine habileté de la part du huttier pour déjouer sa méfiance et amener ces majestueux oiseaux à portée de fusil. Cendrées, rieuses, moissons et leurs différentes sous-espèces font chavirer la tête de nombreux acharnés grâce à leur chant et leur beauté.
Parlons élevage et constitution d’un jeu d’oies qui chasse ! Chassant dans les Flandres, un lieu mythique pour la chasse des oies et ayant la chance de croiser leur chemin chaque année, j’ai réussi au fil du temps à peaufiner un attelage constitué d’une vingtaine d’oiseaux ayant toutes et tous une place indispensable au sein de mon attelage.
Tout d’abord, il est important de savoir que pour avoir un bon jeu d’oies, il faut constituer une « équipe » sous-entendu un groupe d’oiseaux. Les anséridés sont très grégaires et même si les couples restent très fidèles et territoriaux notamment en période de reproduction, tout le reste de l’année le groupe d’oies doit être comme une grande famille. J’ai régulièrement constaté des fusions entre certains couples. Au plus la cohésion sera grande, au plus le jeu aura tendance à entretenir la mare. Je compare d’ailleurs souvent mon attelage à une équipe de foot ayant un match à jouer.
D’autres recours peuvent exister pour augmenter la cohésion et obtenir un jeu qui entretient encore davantage : la création de « familles ». Chaque année, au cours de la saison de reproduction, certains huttiers optent pour garder 1 ou 2 jeunes oiseaux de leurs meilleurs couples afin de les emmener au cours de la saison. La création de ces familles va augmenter considérablement l’entretien du fait que les parents et les jeunes se répondent régulièrement au cours de la nuit.
Dans d’autres cas, pour les huttiers ne chassant que très peu l’oie, dans des secteurs moins prisés ou moins appréciés des grands oiseaux gris, leur utilisation peut être très sommaire voir exceptionnelle. Dans ce cas, la sélection est toute aussi rude, il faut être capable de trouver le juste milieu en sélectionnant des oiseaux avec des voix relativement douces. Pas trop criards pour les jars de cendrés, ni trop aigus pour les jars de rieuse afin de ne pas gêner les canards mais qui se doivent aussi d’être accrocheurs au cas où une volée d’oies s’aventurerait aux alentours de la mare.
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Il est possible aussi de disposer les couples sur des plateaux relativement proches afin de les faire chanter uniquement au gibier. Utilisées à bon escient, les oies surtout les femelles avec des voix douce et mélodieuses peuvent être de véritables aimants à canards !
Voici ce qui me passionne le plus, comme avec les canards, la sélection est indispensable. Là encore, les avis sont partagés ! Sélection des oiseaux pour la beauté ou pour le chant ? Et pourquoi pas les deux ? Personnellement, j’ai toujours opté pour la voix comme premier critère avant la beauté même s’il faut l’avouer avoir des oiseaux ultra barrés avec un joli front blanc pour les rieuses ou très pointés avec des pattes rose fluo et des longs becs pour les cendrées est très plaisant.
Des sujets typiquement d’élevage bien ronds sont tout aussi efficaces que des oiseaux issus de souches sauvages certes plus jolies visuellement mais pas forcément plus efficaces à l’attelage.
La reproduction n’est pas des plus compliquée : de l’eau propre, un parc enherbé avec de l’espace et de la végétation herbacée et quelques petits arbustes feront le bonheur des femelles au printemps. Les anséridés sont des oiseaux très territoriaux en période de reproduction, c’est pourquoi, pour éviter les nombreuses bagarres entre jars au printemps il est important d’avoir un espace suffisant pour que chaque couple puisse avoir son « espace vital » et son territoire de nidification. Quand cela est possible, l’isolement de certains couples est une bonne alternative pour assurer et optimiser une bonne réussite.
C’est d’ailleurs l’âge à laquelle les jeunes oiseaux attrapent leur voix définitive. Les femelles sont généralement plus rapides que les jars qui eux sont encore instables jusqu’à leur troisième printemps. Ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas utiliser les oiseaux à l’attelage, au contraire, de l’entrainement ne leur fera pas de mal et leurs congénères sauvages peuvent tout de même succomber à leur charme.
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Concernant le type de nichoirs, j’utilise personnellement des nichoirs en forme de tipi avec une vision sur le devant mais aussi sur l’arrière afin de voir venir un éventuel prédateur. Chez moi, l’élevage se fait 100% au naturel. Ainsi, le rôle des parents est totalement valorisé. De l’aliment démarrage est disposé à volonté durant les 8 premiers jours avec une petite coupelle d’eau pour la baignade et un abreuvoir. Un cercle de grillage est placé autour du nid durant ces 8 premiers jours et le jar n’a pas accès au parc, pour éviter les piétinements. L’alimentation des jeunes oisons est constituée à 90% d’herbe. La prédation est très rare. Les oies et surtout le jar, sont d’excellents parents très protecteurs.
Il est aussi possible et facile d’imprégner des oisons. Pour cela, il est nécessaire de retirer les œufs à J-3 afin de les faire éclore en éclosoir pour que les oisons n’aient pas de lien maternel. C’est à l’éleveur de faire naître les oisons. Cela demande beaucoup de temps, mais l’expérience est très sympathique notamment pour les enfants. De surcroit, une oie imprégnée aura un rôle et une place cruciale dans le futur jeu ! Un lien entre l’éleveur et ses oiseaux est très facilement obtenable et très utile lorsque le besoin de relancer le jeu se fait ressentir.
Petit conseil : pour créer ce lien important, dès l’entrée dans votre parc, essayez de reproduire toujours le même sifflement ou la même parole assimilée à une poignée d’herbe ou de floating. Avec le temps, les oies qui sont des oiseaux extrêmement intelligents assimileront l’action et vous répondront facilement.
La sélection peut être plus compliquée que ce qu’on ne le croit. Pour trouver des oiseaux qui chassent, cela peut prendre plusieurs années. Les oies ont besoin d’être accrochées dès leur premier passage au-dessus de l’attelage notamment dans les secteurs où il y a de la concurrence. C’est souvent à ce même endroit où elles sont accrochées qu’elles reviendront se poser.
Des bons appelants d’oies doivent se « transformer » lors de la présence de leurs congénères ! Les voix doivent s’allonger, et les jars comme les femelles doivent « cloquer » pour scotcher les migratrices sur le plan d’eau. En règle générale, on dispose les jars à l’attaque et les femelles à la pose. Le but étant de former un entonnoir dans lequel la volée d’oies va rentrer pour venir se poser à la sortie. Le plus de chant sur l’arrivage et progressivement, à l’approche de la zone de pose, il est important de veiller à positionner les oiseaux dits « de pose » avec les voix les plus douces afin de finaliser l’action. Ce sont eux les premiers qui doivent « attraper » les sauvages pour les guider sur la mare ; un peu à l’image des chanteuses quand on chasse le canard.
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D’ailleurs, il est important de savoir aussi que les oies ne sont pas adeptes du chant des canes colvert, notamment des chanteuses qui vont forcer à l’approche d’un paquet d’oies et qui peuvent facilement refuser la pose à cause de ce dérangement. Chasser l’oie et le canard en même temps est possible à condition de bien placer ses oiseaux sur la mare. Il est judicieux de placer l’ensemble des oies sur un côté du plan d’eau dédié à la chasse des oies et garder l’autre partie plus calme pour la pose des canards. Cependant chaque installation est différente et chaque huttier qui connaît bien son installation à ses petits secrets et ses techniques pour déjouer la méfiance de ces fabuleux migrateurs.
Deux sous-espèces d’oie des moissons sont les plus courantes dans nos attelages : Fabalis « la grande » et Rossicus « la petite ». Elles seront toutes les deux des atouts certains pour compléter un jeu d’oies et peuvent apporter leur pierre à l’édifice si une volée de moissons venait à survoler l’attelage. Cependant, il est tout à fait possible de faire poser des moissons sans moissons à l’eau ! La fabalis aura un tempérament dominant, plus bavarde avec des voix accrocheuses et portantes. Pour moi, ces dernières sont plus polyvalentes et moins dérangeantes pour chasser le canard. Cependant, le côté familier et dominateur de la fabalis est très intéressant dans un jeu, car l’imprégnation est assez simple avec cette sous-espèce. Dans chaque jeu d’oies il y a souvent un meneur. Chez moi, c’est justement le jar de Fabalis qui fait la loi. Il prend systématiquement place sur le toit de la hutte !
Je pense que les techniques de chasse ne sont pas les mêmes pour les cendrées et les rieuses, car ces deux espèces sont différentes à bien des égards. Les rieuses ont la particularité de « tomber dans le chant » et de poser « n’importe où ». Des grosses masses de blettes et de nombreuses rieuses à l’eau peuvent en effet faire la différence sur une volée de rieuses qui va plus facilement se laisser tomber une fois mise en confiance. On partira sur une vision d’un attelage ou « le monde attire le monde ».
L’oie cendrée est, je pense, encore plus méfiante et compliquée à leurrer. Il faut être encore plus fin et laisser un espace de pose plus conséquent avec des paquets de formes naturels. Deux ou trois bons couples de cendrées avec des jars accrocheurs et des femelles disposées dans la zone de pose feront largement l’affaire pour déjouer la méfiance de ces belles grises. Étrange phénomène depuis quelques années, ou l’on a de plus en plus de mal à faire descendre les cendrées sur nos mares de hutte. Axe migratoire qui change ? Prennent-elles plutôt les terres ou passent-elles en mer ? Tant de questions auxquelles nous n’avons pas forcément de réponses à l’heure actuelle. A contrario, les rieuses se font de plus en plus présentes, et ont fait le bonheur de plus d’un sauvaginier ces dernières années. Il en est de même pour les moissons qui ont de plus en plus tendance à accompagner les rieuses lors des « gros » coups.
Le gibier d’eau est représenté par plusieurs groupes d’espèces. Ils sont ainsi appelés parce qu’ils fréquentent pour se nourrir les eaux peu profondes. Ils portent sur chaque aile un “miroir“ formé de plumes de couleur vive. Leur envol est direct, sans course préalable sur l’eau. Le colvert est le plus commun et le plus connu des canards de surface. Les canards plongeurs sont ainsi nommés parce qu’ils plongent sous l’eau pour se nourrir. Bien adaptés à leur mode de vie, ils ont les pattes très en arrière du corps, ce qui leur donne une aisance en plongée. Les oiseaux désignés par le terme de limicoles sont de petits échassiers.
Les canards de surface barbotent dans l’eau à la recherche de la nourriture : pour eux, des flaques d’eau de faible profondeur suffisent amplement puisqu’ils ne doivent pas nager en plongée pour s’alimenter. Ils cherchent également leur nourriture dans les prairies et les cultures. On les distingue des canards plongeurs : à l’envol, ils ne courent pas à la surface de l’eau mais décollent directement d’un seul élan sur l’eau, leur silhouette est relevée vers l’arrière.
Les canards plongeurs ont besoin de pièces d’eau d’une certaine profondeur qui leur permette de plonger à la recherche de la nourriture. On les distingue des canards de surface : à l’envol, ils courent sur l’eau avant de décoller, sur l’eau, leur silhouette est plongeante vers l’arrière.
Les canards plongeurs sont de grands voyageurs qui répondent aux même exigences migratrices que leurs cousins dit “de surface”. Néanmoins, ils n’hivernent généralement pas sur les mêmes zones. Comme de nombreux canards de surface, les plongeurs du paléarctique occidental nichent au Nord de l’Europe (Russie, Scandinavie, Europe centrale) mais se distinguent des “barboteurs” par leur reproduction plus tardive. Ainsi leur migration se trouve décalée et le pic d’arrivée sur les sites d’hivernages se situe en janvier alors qu’il a lieu en décembre pour les canards de surface. Ces zones d’hivernage sont peu méridionales, ainsi le bassin méditerrannéen n’est guère fréquenté. Généralement grégaire, les canards plongeurs aiment hiverner sur des sites dégagés assurant sécurité et ressources alimentaires abondantes.
Les plongeurs ne portent pas de miroirs colorés aux ailes mais des taches blanches diversement disposées. Celles-ci jouent aussi un rôle de signaux optiques très utiles en vol nocturne. Le dimorphisme sexuel est prononcé comme chez les barboteurs et le déroulement des mues, comparables. Plus volontiers grégaires que les barboteurs, ils recherchent les grandes étendues d’eau claire et libre dont la profondeur n’excède pas leur capacité de plongée (1,5 à 7 - 8 mètres) et où ils se rassemblent en grande troupe en hiver. La végétation palustre n’est recherchée qu’en période de nidification.
Les plongeurs pondent moins d’oeufs (7 à 10 en moyenne) que les barboteurs et se reproduisent l’année qui suit leur naissance. L’eider à duvet, le garrot et les macreuses fréquentent presque exclusivement les régions côtières et les estuaires tandis que les fuligules milouins et morillons affectionnent particulièrement les étendues d’eau douce que sont les lacs, les réservoirs et les grands fleuves. Les plongeurs aiment ces grands espaces aquatiques sur lesquels ils se déplacent parfois en bandes compactes. Davantage carnivores, les canards plongeurs ont développé des particularités anatomiques (voir tableau des différence morphologiques). Ils sont capables d’aller chercher profondément leur nourriture (jusqu’à 10 mètres pour les morillons et les milouins). Leurs pattes, disposées très en arrière du corps, sont munies de grandes palmes qui leur donnent une grande habileté sous-marine. Ils possèdent également un bec robuste pour déguster moules et mollusques.
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