Envie de participer ?
Bandeau

L’histoire de l’armement est intimement liée à l’évolution des projectiles, et les munitions sphériques ont joué un rôle crucial dans les conflits à travers les siècles. Des premières balles de mousquet aux obus à balles plus sophistiqués, ces munitions ont influencé les tactiques militaires et le cours des guerres.

Les premières balles de mousquet

Les premières armes à feu, apparues à la fin du XIVe siècle, utilisaient des balles sphériques en pierre, en céramique ou en plomb. Le plomb s’est rapidement imposé comme le matériau exclusif pour cette production en raison de sa densité élevée et de sa température de fusion basse, permettant une transformation aisée sur le terrain. Les soldats ou les artisans locaux coulaient souvent eux-mêmes leurs munitions, adaptant la production aux ressources disponibles immédiatement.

Un exemple probant de ces premiers projectiles se trouve sur le site archéologique des Basques-de-l’Anse-à-la-Cave. Des fouilles ont révélé des balles de très grand calibre, datant de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle. Ces objets massifs présentent un diamètre oscillant entre 20 et 21 millimètres pour une masse impressionnante de 50,7 grammes. Une telle lourdeur correspond aux armes de l’époque : des mousquets longs et pesants qui nécessitaient l’usage d’une fourquine, un support planté au sol, pour permettre au tireur de viser sans s’effondrer sous le poids de l’arme.

La fabrication de ces premières munitions relevait d’un processus artisanal moulé. Les traces de cette méthode restent visibles sur les artefacts retrouvés : la marque du moule en deux pièces divise souvent la sphère, et une petite protubérance signale l’endroit où le métal en fusion a été versé puis coupé. Cette production manuelle explique les irrégularités de surface et les variations de poids.

Caractéristiques techniques des balles de mousquet

Les forces françaises de la période révolutionnaire utilisaient une munition relativement standardisée. Les exemplaires retrouvés affichent un calibre compris entre 15,5 mm et 16 mm. Leur masse oscille entre 22 et 24 grammes. Cette régularité relative témoigne des efforts de l’administration militaire pour uniformiser l’approvisionnement des troupes, malgré le chaos politique de l’époque. Une munition plus légère permettait au fantassin d’emporter davantage de coups et générait un recul moindre, favorisant la cadence de tir.

Lire aussi: Tout savoir sur les munitions pour fusils de chasse

À l’opposé, les troupes autrichiennes privilégiaient des projectiles plus lourds. Leurs balles présentent un diamètre supérieur, allant de 16 mm à 17,5 mm, pour un poids significatif de 25 à 27 grammes. Cette différence de quelques grammes, minime en apparence, change la balistique terminale et le comportement de l’arme. Un projectile plus lourd conserve mieux son énergie cinétique sur la distance, offrant théoriquement une force de frappe supérieure lors de l’impact, au prix d’une trajectoire plus courbe.

Le tableau suivant synthétise les données comparatives relevées sur le champ de bataille de 1793 :

Nation / TypeCalibre (mm)Poids (g)Usage principal
France15,5 - 1622 - 24Infanterie de ligne
Autriche16 - 17,525 - 27Infanterie de ligne
Autriche (Mitraille)~ 23~ 55Artillerie (Boîtes à mitraille)
Basques (XVIe s.)20 - 2150,7Mousquet long de rempart/marine

Techniques de fabrication et de déformation

Les projectiles portent fréquemment les stigmates de leur utilisation. On nomme “balle débourrée” une munition qui a été introduite dans le canon mais qui n’a pas été tirée. Cela se produisait lors d’un enrayage, d’un encrassement trop important de la poudre noire ou d’une erreur de chargement.

La violence des combats se lit sur les “balles écrasées”. Lorsqu’un projectile de plomb percute un obstacle dur (mur, pierre, équipement métallique) ou traverse des tissus osseux à haute vélocité, sa malléabilité entraîne une déformation spectaculaire. Les spécimens retrouvés à Wattignies, totalement aplatis ou déchiquetés, témoignent de l’intensité du feu et de la proximité des combattants.

Évolution technologique des projectiles

Le milieu du XIXe siècle marque une rupture technologique majeure avec l’abandon progressif de la sphère parfaite au profit de formes profilées. L’innovation vient de la nécessité d’améliorer la portée et la précision des armes d’infanterie. Le mousquet à âme lisse, imprécis au-delà de 100 mètres, ne répondait plus aux exigences des conflits modernes. L’introduction du rayage dans les canons a forcé les ingénieurs à repenser la forme du projectile pour qu’il épouse ces rayures et acquière un mouvement gyroscopique stabilisateur.

Lire aussi: Munitions disponibles à l'Armurerie de la Bourse

La balle Minié

L’invention du capitaine Claude-Étienne Minié en 1846 révolutionne la balistique. La balle Minié se caractérise par une forme cylindro-conique et une base creuse. Lors du tir, la pression des gaz de combustion dilate la “jupe” (la base creuse) du projectile. Le plomb mou s’écrase et vient forcer contre les parois du canon, épousant parfaitement les rayures. Ce système ingénieux permet de charger l’arme par la bouche aussi facilement qu’un vieux mousquet (la balle étant sous-calibrée au départ) tout en bénéficiant de la précision d’une carabine au moment du tir.

Les statistiques de l’époque démontrent la supériorité écrasante de ces nouvelles munitions. Là où un mousquet lisse touchait sa cible dans moins de 20% des cas à moyenne distance, le fusil rayé tirant des balles Minié dépassait les 50% de réussite à 270 mètres. La précision augmentait de près de 300%. Cette efficacité accrue a bouleversé les tactiques militaires, rendant les charges en rangs serrés suicidaires, comme l’a tragiquement démontré la guerre de Sécession américaine quelques années plus tard.

La cartouche à mitraille sphérique et l'obus à shrapnels

La cartouche à mitraille sphérique, dont le nom ‘obus à shrapnels’ ne sera adopté que bien plus tard, était née. Ce nouveau type d’obus creux contient un mélange de billes métalliques et d’un peu poudre dont l’explosion dépend d’un simple détonateur intégré. Ainsi, un obus à la détonation bien amorcée explosera à proximité de l’ennemi, déversant sur lui ses balles mortelles dont la vitesse de projection est directement liée à la vitesse de l’obus en lui-même. La portée d’un tel obus dépasse le kilomètre de capacité effective.

L’obus à balles fut employé à grande échelle par tous les belligérants pour frapper les troupes avançant en masse et à découvert. Avec la mise au point d’explosifs à fort pouvoir brisant suffisamment stables pour être chargés dans les obus, on constata qu’une enveloppe d’obus convenablement conçue se fragmentait si efficacement que l’ajout de mitraille n’était pas nécessaire.

L'artillerie de Gribeauval et l'uniformisation des munitions

Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval est né à Amiens en 1715 au sein d’une famille de la petite noblesse et rejoint l’armée royale dès ses 17 ans. Officier à 20 ans grâce à ses talents d’ingénieur lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763), il devint peu après inspecteur de l’artillerie et lieutenant général des armées du roi chargé d’une mission cruciale : moderniser l’artillerie française. En effet, les canons et obusiers ont vieilli depuis les réformes de Vallière en 1732. Celles-ci poursuivirent l’uniformisation des calibres entamée dès le XVIème siècle pour les ramener au nombre de cinq seulement.

Lire aussi: Charger une arme à feu en toute sécurité

Gribeauval lui-même participe à améliorer la qualité des boulets de son artillerie. Le but étant de réduire au minimum le « vent dans l’âme », ou l’espace entre le boulet et la paroi du canon. L’ingénieur fait donc en sorte d’uniformiser les boulets de 4, 8 et 12 livres au centimètre près pour qu’ils correspondent tous au fût de leur canon respectif. La portée est donc certes limitée mais ce genre de munition est redoutable lorsqu’une ligne d’infanterie ou une charge de cavalerie s’avance suffisamment près de la batterie d’artillerie (effet mortel jusqu’à 300 mètres). En outre, n’oublions pas l’effet de sidération qu’inflige une telle arme sur le moral des adversaires.

Les munitions de la guerre de Sécession

La guerre de Sécession se déroule à un moment où l’évolution technique des armes à feu, longtemps demeurée lente, s’est considérablement accélérée. Sur le plan technique, c’est une arme moderne, typique des fusils apparus dans les années 1850. De surcroît, la platine à percussion permet d’augmenter la cadence de tir de façon significative.

Le Springfield modèle 1855 se caractérise par un canon rayé : l’intérieur de l’arme est creusé de fines rayures suivant un trajet hélicoïdal. Cette caractéristique va de pair avec l’emploi d’une nouvelle munition, la balle Minié, du nom du Français qui en a, le premier, déposé le brevet. Cette balle n’est plus sphérique comme l’étaient ses devancières, mais cylindro-conique.

Bien que plus petite que la balle sphérique du fusil à canon lisse - 0,58 pouce (14,7 mm) contre 0,69 (17,5 mm), sa vitesse accrue et son mouvement tournoyant la rendent bien plus létale.

Les balles de 1870-1871

Lors de la guerre de 1870, l'armée et les mobiles utilisaient surtout du Chassepot et du Tabatière, puis plus tard des armes d'importation. Mais toujours des armes rayées. Les balles rondes ont leur circonférence aplatie, mais sans marque de rayures ... donc balles tirées sur canons lisses. Pareil pour les projectiles en ogive ou à téton : pas de marques de rayures.

Les allemands ont utilisé diverses armes selon leur région: Dreyse principalement par la Prusse et la Saxe, Werder et Podewil pour la Bavière etc... Les francs tireurs ont en effet utilisé parfois des armes lisses de chasse et les anciens fusils lisses du genre 1853, 1842, 1822T ou même 1822 étaient encore présents par endroits en petite quantité. Je pense notamment aux gardes nationaux ou sédentaires des petites communes.

tags: #munitions #sphériques #de #la #guerre #histoire

Post popolari: