Envie de participer ?
Bandeau

Qui a dit que le manga devait rester l’apanage du Japon ? Si Tokyo reste la capitale incontestée du shōnen et du seinen, la France, elle aussi, s’est fait une place sur le terrain.

Depuis plus de vingt ans, une scène locale a émergé, portée par des auteurs passionnés qui ont su digérer l’héritage nippon pour en proposer une version bien à eux. Le manfra, contraction de “manga français”, n’est ni une copie, ni une simple adaptation.

C’est un genre à part entière, où se croisent récits futuristes, quêtes initiatiques, humour noir, héros torturés et émotions brutes, le tout porté par un dessin souvent bluffant.

Entre clins d’œil à la BD franco-belge et narration rythmée à la japonaise, le manfra impose sa propre identité. Certains titres s’exportent, d’autres cartonnent en librairie, et plusieurs auteurs français sont aujourd’hui invités dans les plus grands salons internationaux.

Alors, prêt à lâcher les classiques japonais le temps d’un détour tricolore ? Entre enfants sorciers, lycéens possédés et intelligences artificielles en crise, voici un aperçu de ce que le manga made in France a de plus explosif à offrir.

Lire aussi: Le parcours impressionnant de Yusuf Dikeç

Quelques Œuvres Marquantes du Manfra

Kazandou (1996)

Longtemps resté dans l’ombre, Kazandou est un OVNI graphique aussi étrange que fascinant, signé par une véritable dream team du manfra : Hub, Guess, les Color Twins et Pierre Schelle.

Direction la planète n°412 (Kazandou pour les intimes), une terre irradiée où les mutants s’étripent joyeusement au cœur d’une zone de quarantaine qui sent bon la rouille, les radiations et le désespoir.

Dans ce décor chaotique, Argan, jeune mutant au courage (ou à l’inconscience) tenace, décide de braver les barrières électroniques censées les maintenir prisonniers, pour retrouver Joya, une fille enlevée par un gouverneur mafieux noyé dans un trafic d’armes intergalactique.

Et comme si ça ne suffisait pas, une reine du nom d’Anma débarque sur Terre par téléportation, bien décidée à mettre un joyeux bazar. Résultat : un univers en chute libre, un scénario aux multiples ramifications et une esthétique post-apocalyptique très 90’s, entre batailles radioactives, manipulations politiques et accents mystiques.

Seulement deux tomes, mais une ambiance visuelle et narrative dense, explosive, et totalement singulière dans le paysage du manfra. Un bijou à redécouvrir, et surtout à ne pas sous-estimer.

Lire aussi: Manga : Armes et Histoire

Sentaï School (2003)

Imaginez une école censée former l’élite des super-héros… mais dont les élèves sont plus proches du club de la loose que des Avengers. Bienvenue à Sentaï School, un manfra culte qui dynamite joyeusement les codes des séries de super-héros japonaises comme les Power Rangers, tout en balançant des vannes à chaque case.

Le pitch ? Ken, un robot qui tente de cacher sa véritable nature, intègre cette académie foireuse où il croise une bande de camarades aussi maladroits que survoltés, tous plus incapables les uns que les autres de sauver quiconque, à commencer par eux-mêmes.

Signé Philippe Cardona et Florence Torta, le duo infernal de l’humour référencé, Sentaï School aligne les gags, l'absurde et les hommages à la pop culture, de Dragon Ball Z à X-Men, en passant par Star Wars. C’est débile, c’est brillant, et c’est bourré d’autodérision.

Avec son style old-school assumé et son rythme frénétique, la série s’est vite taillée une place de choix dans le cœur des fans. Longtemps laissée en suspens, l’aventure a été ressuscitée grâce à un financement participatif, preuve ultime que certains délires ne meurent jamais vraiment.

L'immeuble d'en face (2004)

Un changement total de registre, signé Vanyda. Oubliez les mutants, les explosions ou les robots en crise existentielle : ici, pas de super-pouvoirs, juste la vie, dans ce qu’elle a de plus ordinaire et de plus touchant.

Lire aussi: Analyse de Manga Fille Arbalète

Trois étages, trois appartements, trois univers qui se croisent dans un immeuble de quartier : Béatrice, maman célibataire débordée ; Fabienne et Jacky, couple quadragénaire sans enfants qui traverse le temps à sa manière ; Claire et Louis, étudiants amoureux et encore un peu naïfs.

Sans grands drames ni effets de manche, Vanyda compose un microcosme humain d’une justesse bouleversante. Influencée par le manga dans son découpage et sa sensibilité graphique, mais profondément ancrée dans la tradition européenne du roman graphique, l’autrice capte les silences, les regards, les petits riens qui font tout.

Elle raconte le quotidien, les liens qui se nouent ou se délient, les blessures qu’on cache et les élans de tendresse qu’on ne dit pas toujours. En trois tomes, L’Immeuble d’en face s’impose comme une œuvre douce-amère, pudique et lumineuse, qu’on lit d’une traite, comme on écouterait une conversation volée entre voisins.

Dofus (2005)

Qui a dit qu’adapter un jeu vidéo en BD ne fonctionnait jamais ? Dofus, c’est la preuve éclatante du contraire. Véritable phénomène né dans les studios d’Ankama, le jeu en ligne culte se transforme ici en saga fantasy déjantée, portée par un duo créatif explosif : Tot au scénario et Ancestral Z au dessin.

Le héros ? Arty, jeune berger Féca un peu paumé, propulsé dans une quête épique au cœur du monde des Douze, entre bastons magiques, créatures improbables et vannes absurdes qui tombent toujours au bon moment.

Avec son ton irrévérencieux, son rythme effréné et son esthétique ultra-colorée, Dofus s’impose comme une série unique en son genre. Et le succès ne s’est pas démenti : plus de 30 tomes au compteur, sans jamais perdre en énergie ni en créativité.

Mieux encore, la BD s’inscrit dans un univers étendu, le Krosmoz, qui donnera naissance à d’autres œuvres cultes comme Wakfu, Ogrest ou encore Aux Trésors de Kerubim. Résultat : un must read pour tous les amateurs de fantasy qui ne se prennent pas trop au sérieux, mais aussi un bel exemple de transmedia à la française.

Dreamland (2006)

Vous rêvez de contrôler vos rêves ? Terrence Meyer, lui, le fait toutes les nuits. Enfin… depuis qu’il a vaincu sa peur du feu. Bienvenue dans Dreamland, le manfra culte signé Reno Lemaire, qui propulse ses lecteurs dans un monde parallèle où, chaque nuit, les humains dorment dans un univers onirique aux lois bien différentes.

Seuls certains deviennent des voyageurs, capables d’interagir consciemment avec cet autre monde. Leur particularité ? Leurs pouvoirs sont liés à leurs phobies surmontées. Résultat : chaque combat est aussi psychologique que spectaculaire.

Terrence, lycéen montpelliérain en STMG (oui, c’est précisé), devient le héros malgré lui de cette épopée nocturne, entouré d’une bande de potes aussi fauchés que paumés. Ensemble, ils croisent la route de créatures bizarres, de maîtres du rêve, de guildes rivales et de mondes complètement barrés.

Derrière l’humour et les bastons survitaminées, Dreamland aborde aussi des thèmes plus profonds : le deuil, la peur, le passage à l’âge adulte, et cette fameuse quête d’identité qui colle à la peau. Avec plus de vingt tomes au compteur, un style reconnaissable entre mille et une fanbase ultra fidèle, Dreamland s’impose comme une référence du manfra.

Un véritable One Piece des nuits blanches, entre trip métaphysique et shōnen survitaminé, né à Montpellier mais rêvé par des milliers de lecteurs.

City Hall (2012)

Et si l’écriture pouvait littéralement donner vie à ce qu’on imagine ? Dans l’univers steampunk de City Hall, ce pouvoir n’est pas une métaphore : écrire, c’est créer, et donc potentiellement détruire.

Depuis qu’une guerre mondiale a été déclenchée par des écrivains capables d’invoquer des créatures de papier, les redoutables papercuts, l’usage de l’écriture est devenu une arme interdite. Mais lorsqu’un mystérieux criminel relance les hostilités en faisant surgir de nouveaux monstres littéraires, Scotland Yard n’a d’autre choix que de faire appel à deux figures mythiques : Jules Verne et Arthur Conan Doyle.

Le duo d’écrivains emblématiques devient ici un tandem d’enquêteurs de choc, lancés dans une course contre la montre au cœur d’une Londres rétro-futuriste, aussi élégante que dangereuse. Entre dirigeables, gadgets à vapeur et conspirations littéraires, City Hall revisite le polar victorien à la sauce manga, avec un concept aussi génialement barré qu’original.

Portée par le duo Rémi Guérin (scénario) et Guillaume Lapeyre (dessin), la série compte sept tomes, tous menés tambour battant, entre action, énigmes et clins d’œil érudits à l’histoire de la littérature. Un incontournable pour les fans de steampunk, de récits à suspense et de mondes où les mots, au sens propre, peuvent tuer.

Radiant (2013)

Radiant est LE manfra qui a réussi le pari fou de s’exporter au pays du Soleil-Levant. En 2018, le manga de Tony Valente a même eu droit à son adaptation animée au Japon, une première historique pour une création française.

L’histoire se déroule dans un monde où d’étranges monstres, les Némésis, tombent du ciel et sèment la terreur. Seuls les sorciers « infectés » peuvent les combattre, et parmi eux, Seth, un adolescent impulsif et déterminé, rêve de retrouver le Radiant, cette mystérieuse source des Némésis, pour en finir une bonne fois pour toutes.

Mais la route est semée d’embûches, notamment à cause de l’Inquisition, un groupe aussi rigide et bureaucratique qu’un conseil municipal, bien décidé à empêcher Seth de mener sa quête. Radiant séduit par son message d’acceptation, la richesse de son univers et la force de ses personnages, tous plus charismatiques les uns que les autres.

Avec plusieurs tomes déjà parus et une ribambelle de spin-offs qui viennent enrichir son univers, Radiant prouve que le manfra peut rivaliser sans complexe avec les mastodontes nippons, tout en apportant sa touche unique. Une aventure à suivre de très près.

Ki & Hi (2016)

Deux frères, un village paumé, et zéro filtre : bienvenue dans l’univers complètement déjanté de Ki & Hi. Créé par Kevin Tran, mieux connu sous le nom du Rire Jaune sur YouTube, ce manfra transpose avec brio son univers humoristique et son regard acéré sur la vie quotidienne dans une petite communauté hors du temps.

Ki, c’est le grand costaud un peu beauf, toujours prêt à foncer sans réfléchir, tandis que Hi, son frère cadet, est le petit malin sournois, rongé par l’envie de prendre sa revanche. Leurs aventures, souvent absurdes et décalées, n’en oublient jamais une touche de tendresse, qui rend les personnages aussi humains que touchants.

Les récits se succèdent en histoires courtes, mêlant punchlines et situations rocambolesques. Au début, porté par la notoriété de Kevin Tran sur YouTube, le projet a essuyé un scepticisme certain, mais il a rapidement su convaincre grâce à sa sincérité, son humour franc et son sens du gag affûté.

Petit bonus qui fait sourire : le royaume où évoluent Ki et Hi est en forme… de panda.

Instinct (2024)

Dernier né des manfras, Instinct est une vraie surprise venue de YouTube, encore une fois. Porté par Inoxtag, accompagné de Basile Monnot et Charles Compain, ce manga suit l’histoire de Haki, un adolescent doté d’un pouvoir aussi fascinant que lourd à porter : il peut lire les intentions des gens.

Ce don, loin d’être un cadeau, devient une véritable malédiction quand il découvre à quel point l’humanité peut être sombre et dangereuse. La tension monte encore d’un cran lorsque Haki apprend qu’un virus incurable le condamne à brève échéance. C’est dans ce contexte désespéré qu’il rencontre Luna, une fille mystérieuse qui pourrait bien bouleverser son destin.

À mi-chemin entre Death Note et Tokyo Ghoul, Instinct mêle habilement drame, quête identitaire et scènes de combat stylées, avec une esthétique shōnen clairement assumée. Plus qu’un simple manga français, c’est un hommage sincère à la culture japonaise, porté par une narration rythmée et des personnages complexes.

tags: #manga #ecole #de #fille #arme #a

Post popolari: