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Avec le canon Hispano-Suiza 404, l’Armée de l’Air disposait de l’arme d’aviation la plus puissante de l’époque, dont l’efficacité se trouvait toutefois hypothéquée par des difficultés de fonctionnement et un système défectueux d’alimentation.

Dès le 3 février 1940, le général Têtu pourra ainsi constater que « le canon ne parait pas avoir donné les résultats attendus ».

Au-delà de ce constat, on peut s’interroger sur la possibilité de caractériser plus précisément la puissance et l’efficacité de l’armement des chasseurs français, par rapport à celui de leurs adversaires ou alliés.

Munis des outils de mesure proposés dans la littérature, nous pourrons évoquer le débat sur les possibilités, non exploitées, de compléter nos armements aériens par des mitrailleuses lourdes, dont l’expérience américaine allait montrer l’efficacité.

Puissance comparée de l’armement : quelle place pour les chasseurs français ?

Diverses mesures ont été proposées pour mesurer la puissance de l’armement d’un avion. Par définition, ces mesures ne peuvent constituer que des approximations, privilégiant telle ou telle caractéristique des projectiles envoyés en direction d’une cible.

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Cette définition de la puissance présente deux défauts comme mesure de l’effet destructeur d’un armement. D’une part, elle surestime l’impact de la vitesse d’impact sur les dégâts causés à la plupart des structures d’avion ; d’autre part, elle méconnait la contribution spécifique de projectiles incendiaires ou explosifs.

Tenir compte de ces facteurs relève de la gageure, c’est pourtant ce qu’ont proposé A. Williams et E.

Ainsi, un projectile contenant 5% de substance explosive ou incendiaire verra son efficacité augmentée de (10*5%), soit 50% par rapport à un projectile inerte, à effet seulement perforant.

Ce facteur peut atteindre des valeurs élevées, comme dans le cas de l’obus allemand de 20 mm Minengeschoss dont la teneur en explosif de 22% triple l’effet destructeur tel que défini par Williams et Gustin.

En revanche, la faible teneur (2%) de la balle explosive standard de la mitrailleuse américaine de 12,7 limite à 20% son gain d’efficacité par rapport à la balle ordinaire.

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Combinant des effets d’ordre très différents, les mesures proposées par Williams & Gustin et Pilawskii sont à considérer comme des approximations fragiles, qui ne peuvent donner que des ordres de grandeur.

Les auteurs relèvent toutefois que leurs résultats sont proches de ceux obtenus par les quelques expériences en vraie grandeur auxquelles ont pu procéder certains belligérants.

Les armes référencées sont la mitrailleuse MAC 34/39 de 7.5, la Browning anglaise de 7.7, la 7.92 allemande, la MAC de 11 mm, la MG131 de 13 mm, la Browning M2 de 12.7, la Browning-FN Herstall de 13.2, le MG-FF de 20 mm, ainsi que deux munitions pour HS404 de 20 mm.

La puissance de chaque arme, en kilowatts, est calculée comme indiquée ci-dessus, ainsi que les mesures d’efficacité, la première dite de base, pour des projectiles inertes, la seconde, dite corrigée, en tirant des projectiles explosifs ou incendiaires.

La puissance de chaque munition, pour un coup unique, est reprise dans la dernière colonne.

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Le tableau 2 mobilise ces résultats pour calculer des indicateurs de la puissance et de l’efficacité de l’armement de différents chasseurs de 1939.

Deux appareils uchroniques sont introduits pour illustrer l’impact potentiel de l’adoption d’une mitrailleuse lourde dans la chasse française.

La puissance résulte de la simple sommation des mesures par arme du tableau1.

L’efficacité dite de base correspond à l’utilisation de projectiles inertes, l’efficacité dite corrigée à l’utilisation de projectiles explosifs ou incendiaires.

La mesure calculée par Pilawskii montre une bonne convergence avec le résultat de nos calculs.

Comme il s’agit d’une mesure moyenne, supposant l’usage d’un mix de munitions, il est normal que cet indicateur se situe entre nos valeurs respectivement dites de base, et corrigées.

Encore une fois, au-delà du résultat précis d’un calcul, il convient de rappeler le caractère purement indicatif de ces mesures.

Les résultats relatifs aux appareils français paraissent impressionnants : Le Morane 406 lui-même bénéficie d’un avantage de 32 à 57% sur les Hurricane ou Spitfire et de 22 à 44% sur un Me 109E ne disposant pas d’obus à fort contenu d’explosif et la marge d’avantage du Bloch 152 sur les chasseurs anglais dépasse 100%.

Ces résultats traduisent le gain de puissance que le canon Hispano conférait aux chasseurs français, dans la mesure du moins où les conditions de fonctionnement et d’utilisation de cette arme permettaient d’exploiter cet atout potentiel.

L’expérience des combats devait inverser ce classement. Les espoirs placés dans le canon Hispano ont été rapidement déçus, comme l’écrivait, dès le 3 février 1940, le général Tétu, commandant de la ZOAE de l’est : « le canon ne parait pas avoir donné les résultats attendus, tout au moins en chasse d’armée. Il peut être conservé s’il est monté dans l’axe du moteur ».

L’avantage conféré aux projectiles explosifs peut se trouver annulé si ces projectiles n’explosent pas, ou explosent trop tôt, à l’extérieur de la structure touchée à l’impact, qui se trouve criblée d’éclats sans pouvoir de pénétration.

Contre les Sturmovik soviétiques, largement blindés, les obus de 20 mm à fort contenu d’explosif étaient impuissants, il fallait utiliser les obus perforants prévus pour une utilisation antichar.

On considère aussi qu’une cadence élevée assurant plus de probabilité d’atteintes qu’une arme puissante à cadence faible, convenait mieux à des pilotes d’aptitude moyenne.

Comme nous l’avons vu précédemment, ces mesures théoriques doivent être confrontées à d’autres facteurs, à commencer par la fiabilité et la régularité de son fonctionnement, par l’abondance et la régularité de son alimentation en munitions, par la qualité des organes de visée et de pointage et enfin, last but not least, par le niveau d’entrainement des pilotes non seulement au pilotage en général, mais plus particulièrement au tir aérien, une dimension souvent sacrifiée de leur formation.

Ce n’est pas par hasard que le GC I/5 a obtenu le meilleur score de tous les groupes français en 1939-1940.

Les mitrailleuses lourdes, un atout absent de l’arsenal de l’Armée de l’Air ?

Cette dernière prescription traduit bien l’expérience de la guerre, qu’il convient d’évoquer pour comprendre la genèse des mitrailleuses de gros calibre.

En premier lieu, constatant l’inefficacité du tir des mitrailleuses standard, dont les balles traversaient l’enveloppe des Drachens et autres Zeppelins, on eut l’idée d’utiliser des balles du calibre 11 mm, qui avait précédé le 8 mm Lebel, pour organiser des projectiles incendiaires.

Les balles Desvignes reprenaient ainsi les caractéristiques balistiques des balles Gras, la perte de tension de la trajectoire ne présentant pas un inconvénient majeur puisqu’il s’agissait d’atteindre un objectif de grande surface et peu mobile.

La seconde raison d’envisager des mitrailleuses de gros calibres devait déboucher sur un véritable défi technique. Alors que les Allemands mettaient en ligne de premiers avions blindés, des bombardiers Gotha, le général Pershing, commandant des forces américaines en Europe, exige que la mitrailleuse lourde en développement par Browning possède une munition aussi puissante: c’est à son insistance que la célèbre mitrailleuse de 12.7 mm -ou 0.5 inch- devra sa redoutable efficacité.

Conduits sans énergie, les travaux français vont également s’effectuer en ordre dispersé. Les manufactures nationales de Châtellerault et Saint-Etienne retiennent d’abord un calibre de 13.5 mm, avec des résultats qui, en 1929, laissent encore à désirer.

En 1929, l’ingénieur général Reibel présente à la Commission de Versailles à la fois une version améliorée de la 13.5 de MAC et une nouvelle arme de 11 mm tirant une munition puissante.

Aucun de ces modèles n’est en mesure d’être adopté en l’état. A défaut d’une solution acceptable du côté des manufactures nationales, c’est à la société Hotchkiss, forte des loyaux services rendus par sa mitrailleuse d’infanterie pendant la Grande Guerre que l’on se tourne pour doter la cavalerie et la DAT ( Défense aérienne du Territoire) d’une mitrailleuse lourde en calibre 13.2.

De ce fait, le développement des 13.5 est abandonné, mais la MAC poursuit la mise au point de sa mitrailleuse de 11 mm.

On note toutefois que cette arme ne reçoit qu’un rôle annexe, ou conditionnel : « dans la mesure où l’efficacité de projectiles légers aura été reconnue insuffisante (balles incendiaires, perforation de blindages par exemple) ».

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que ce ne soit qu’au printemps 1939 que la MAC mle 38 de 11 mm soit soumise à des essais approfondis.

Si son fonctionnement appelle encore quelques améliorations, la cartouche doit être sérieusement renforcée : « la poussée donnée à l’arme en vue d’obtenir une cadence de 1000 c/mn environ est trop grande pour la résistance offerte par les bourrelets des étuis ».

Faute de temps, et d’une priorité perçue pour ce type d’arme, la mise au point nécessaire ne sera jamais effectuée.

Rétrospectivement, on ne saurait dire que le choix de calibre effectué en 1936 ait constitué un mauvais compromis. Si le manque d’énergie et de continuité affectait alors de nombreux programmes, il traduisait en l’espèce la faible priorité attachée aux mitrailleuses lourdes, dont l’adoption demeurait bien hypothétique : « L’Armée de l’Air disposant d’une mitrailleuse légère parfaitement au point et d’un canon léger de 20 mm, la nécessité de la mise en service d’une arme de calibre intermédiaire ne s’est jamais imposée, avant la guerre, d’une façon évidente : les études d’armement étaient cependant poursuivies, particulièrement dans le calibre 13.2, mais aucune étude d’installation sur avion n’avait encore été commencée.

Au surplus, l’arme adoptée n’était pas encore définie : 11mm, Hotchkiss 13.2 mm, ou même Browning 13.2 fabriquée par Herstall ».

La mitrailleuse Hotchkiss en calibre 13.2 mm, adoptée par la DAT, la cavalerie et la Marine Nationale avait fait l’objet d’une adaptation à cadence accélérée proposée à l’Armée de l’Air.

« A la déclaration de guerre, un prototype avait effectué des tirs très satisfaisants, mais il restait à réaliser une bande souple permettant son installation sur avion ».

Il ne semble pas que les essais de cette mitrailleuse, devenue MLS, pour Manufacture de Levallois, après la nationalisation de ce département d’Hotchkiss, aient été poussés très loin.

A défaut d’avoir pu remplacer le Mèle 1914 de8 mm comme arme réglementaire de l’infanterie, il n’apparaissait pas possible de consacrer la capacité des ateliers de Levallois à un autre programme de fabrication.

En l’absence donc d’une solution nationale, la mitrailleuse Browning qui devait équiper massivement l’US Air Corps était proposée à l’Armée de l’Air par la Fabrique Nationale d’Herstall, filiale de Colt dans la banlieue de Liège.

Produisant déjà la Browning en calibre 12.7 (et de 12.65 pour la Belgique), cette société l’avait aussi adaptée à la munition française de 13.2.

Un rapport d’Octobre 1937 annonce qu’un exemplaire doit en être présenté pour essai au début de 1938.

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