Cet article explore en détail ce qu'est la méthode japonaise Marui, en abordant son contexte historique, son influence sur la psychanalyse au Japon et son impact sur la compréhension du sujet dans la langue japonaise.
Pour comprendre la méthode japonaise Marui, il est essentiel de connaître les différentes formes d'écriture utilisées au Japon :
L'apprentissage de l'écriture kanji étant, pendant longtemps, réservé aux hommes, les femmes élaborèrent leur propre écriture : le hiragana, littéralement « les kanas lisses ».
Il semble que l’œuvre de Freud soit arrivée dès le début du XXe siècle. En 1910, la théorie psychanalytique trouva de nombreux échos tant auprès des psychiatres et des psychologues qu’auprès des enseignants et des écrivains. Une revue intitulée « psychanalyse » verra le jour en 1933, fondée par Osuki Kenji, psychanalyste probablement formé par la simple lecture des travaux freudiens, sans expérience personnelle du divan.
Durant l’entre deux guerres encore, un autre psychanalyste marquera l’introduction de la théorie au Japon : Yabe Yaekichi. Il avait bénéficié d’une bourse du gouvernement japonais pour aller se former en Europe. Il entreprit son analyse chez Glover en Grande Bretagne, mais seulement 20 séances réparties sur 3 mois, puis 10 rencontres avec Jones. Eitington, directeur de l’IPA, le titularise comme analyste de l’IPA (International Psychoanalytical Association), avec l’aval de Freud lui-même. Il fonda, avec Osuki, la Japan Psycho-Analytical Society en 1931, immédiatement reconnue par l’IPA.
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Un autre psychanalyste revendiquait alors la paternité de la psychanalyse au Japon : Marui Kiyoyasu, Docteur en médecine. Il se verra autorisé par l’IPA à fonder une autre école : la Sendaï Psycho-Analytical Society en 1934, mais une querelle ne pourra que voir le jour, d’autant que Marui limitait la psychanalyse à la compréhension des mécanismes psychiques, refusant la théorie sexuelle de Freud.
La seconde guerre mondiale induira une mise en veille de ses associations, et au retour de la paix, Yabe décédera laissant son association inopérante et Marui sera lui aussi face à une association moribonde, du fait notamment de sa partialité théorique, en particulier son refus à élaborer la question du transfert, trop liée à la dimension sexuelle. Il mourra en 1953, laissant la place à un de ses élèves : Kosawa Heisaku. C’est avec lui que verra naître une confusion entre la réunion des 2 associations précédentes, devenue la Japan Psychoanalytical Society et une autre association créée par des universitaires japonais : la Japan Psychoanalytical Association ! Si la question de l’analyse didactique n’était guère au centre des préoccupations de la JPS, les analystes de la JPA ne sont que des psychothérapeutes.
Ce sera grâce à Sasaki Takatsugu qui traduisit les Écrits de Lacan, que son enseignement trouva un écho au Japon. Sasaki fera l’honneur de son pays lors du séjour de Lacan en 1971.
Qu’en est-il de la place du sujet, du « je » dans le discours du japonais ?
Le « je » ou le « tu », unique et absolu, comme ce que nous connaissons dans nos langues occidentales n’existent pas dans la langue japonaise, même s’il est possible de trouver ce que nous pourrions appeler des pronoms personnels comme « watashi, boku, ore… », en lieu et place de « je ».
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Si le sujet de l’énoncé peut être absent, qu’en est-il alors du sujet de l’énonciation ? Rappelons que si le sujet de l’énonciation utilise le « je », ce « je » désigne le sujet mais ne le signifie pas.
Revenons alors au sujet japonais. S’il n’a pas besoin d’utiliser un pronom personnel pour se désigner, s’il ne s’identifie pas à ce pronom, il échappe à la division subjective. Que serait alors le but d’une psychanalyse ?
« À mon avis, l’indifférence que la psychanalyse comme praxis rencontre dans notre pays procède de cette position particulière du sujet japonais par rapport à sa langue. Ou plutôt de la jouissance qui le saisit dans cette position atypique. Car il jouit, évidemment. Anonyme dans son statut de sujet parlant, il fait foisonner à l’infini des discours plats dont personne ne sait à qui ils appartiennent et à qui ils sont adressés, discours apparemment ludiques, peu sérieux, et interminables. Autant de soi-disant « communications », aujourd’hui médiatisées de mille façons, dont personne ne semble assumer la responsabilité. Alors ce sujet qui se dissout heureusement dans un anonymat apparemment paisible, inerte même, comment pense-t-il à venir chez un psychanalyste ? Comment pense-t-il à sortir de cet anonymat, à assumer sa subjectivité même si elle est d’emblée mise en cause dans l’analyse, bref à se déstabiliser dans un dispositif qui lui impose de travailler jusqu’au bout son existence de sujet ?
Alors, l’inconscient du japonais est-il inanalysable comme l’affirmait Lacan dans son séminaire « d’un discours qui ne serait pas du semblant » ?
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