En visite au salon Euronaval, Emmanuel Macron a refusé de répondre aux questions sur un éventuel arrêt des ventes d'armes de la France à l'Arabie saoudite, comme l'a demandé l'Allemagne après l'affaire Khashoggi.
L'Arabie saoudite est le deuxième client de la France en matière d'armement, derrière l'Inde. Plus d'un milliard et demi d'euros d'équipements ont été livrés au royaume wahhabite l'an dernier, explique France Culture. Entre 2013 et 2017, ses importations d'armes ont augmenté de 225% par rapport aux cinq années précédentes, faisant du royaume le deuxième importateur d'armes au monde avec 10% des achats, derrière l'Inde.
Selon le calcul effectué par Le Parisien à partir du rapport parlementaire de 2018, 30% des achats d'armes de l'Arabie saoudite à la France sont des bombes, des torpilles, des roquettes ou encore des missiles. La même part des achats saoudiens concerne du matériel de conduite de tir ou du matériel d'alerte. Les navires de guerre et sous-marins représentent 12% des commandes de Riyad, et les munitions et les dispositifs de réglage de fusées 9%.
L'exportation représente un tiers du chiffre d'affaires de l'industrie de défense française. Une suspension des exportations d'armement à destination de l'Arabie saoudite se ressentirait inévitablement sur les finances étatiques.
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi la France continue de vendre des armes à l'Arabie saoudite :
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Réagissant à la proposition allemande de couper les livraisons à Riyad, un membre du gouvernement français cité par Reuters sous couvert d'anonymat estime qu'"une perte d'influence dans la région nous coûterait beaucoup plus cher que l'absence de vente d'armes". Selon cette source, l'objectif de la France est d'abord "de ne pas perdre Mohamed ben Salmane, même s'il n'est bien sûr pas un enfant de chœur".
La France a fait valoir que sa "politique de contrôle des ventes d'armement est stricte et repose sur une analyse au cas par cas, dans le cadre de la commission interministérielle pour l'exportation de matériels de guerre". Le gouvernement français décide seul des exportations d’armes. Et le Parlement n’exerce aucun contrôle sur son choix. Quand des députés essayent, on les en dissuade.
Un groupe de 20 députés de la majorité (LREM) a déposé une proposition de résolution pour créer une commission d'enquête parlementaire sur les ventes d'armes françaises aux acteurs du conflit au Yémen. « Les informations communiquées ne permettent pas d'exercer notre mission de contrôle », souligne Sébastien Nadot (LREM, Haute Garonne).
Le gouvernement informe chaque année le Parlement sur les exportations d’armes. « Mais ce rapport annuel est trop vague, dénonce le député communiste du Puy-de-Dôme, André Chassaigne. Il ne dit pas ce que vend exactement la France, ni à quel pays. On ignore si les armes vendues vont à la police ou à une armée, si Paris a obtenu des garanties sur leur non utilisation contre des civils. Bref, il ne nous permet pas de savoir, et encore moins de contrôler, si des armes françaises servent à commettre, par exemple, des atrocités au Yémen ».
Plusieurs pays d'Europe ont choisi de restreindre voire de cesser définitivement leurs exportations vers les pays engagés dans le conflit au Yémen. L'Allemagne a annoncé qu'elle n'autoriserait plus de nouvelles exportations d'armes vers l'Arabie saoudite, comme conséquence de l'affaire du journaliste Jamal Khashoggi. Le Canada suspend toute nouvelle demande d’exportation d’armes vers Riyad, et réfléchit à suspendre un contrat de véhicules blindés légers.
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Ailleurs, les parlements disposent d’un plus vaste pouvoir de débattre, d’enquêter, ou de contrôler les exportations d’armes. En Suède, le gouvernement doit consulter le parlement et obtenir son avis avant de décider d’une vente d’armes à risque. Aux États-Unis, le Congrès peut bloquer une exportation d’armes sous un délai de 30 ou 15 jours (selon le pays acheteur). En Grande-Bretagne, les parlementaires reçoivent un rapport du gouvernement et lui opposent un contre-rapport, nourri de questions et recommandations auxquelles le gouvernement doit répondre dans les deux mois. En Allemagne, le gouvernement doit informer le Bundestag de ses exportations et répondre à toute question sur le sujet posée par les députés. Aux Pays-Bas, le gouvernement doit informer le Parlement de toute exportation d’armement d’un montant supérieur à 2 millions d’euros.
Le tableau suivant illustre les différences de volumes de ventes d'armes entre la France et l'Allemagne :
| Pays | Ventes d'armes à l'Arabie Saoudite |
|---|---|
| France | 1,38 milliard d'euros (en 2017) |
| Allemagne | 1,2 milliard d'euros (entre 2013 et 2017) |
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