Karl Rose, un jeune homme de 23 ans, a comparu devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, accusé de trois assassinats et d'une tentative. Devant la cour, il se déclare « coupable de tout ». Le 25 avril 2013, il semait la mort dans les rues de Istres, tuant sans raison à la kalachnikov trois hommes qu’il ne connaissait pas.
Polo blanc rayé de bleu, lunettes à l'épaisse monture noire et cheveux en bataille, Karl Rose, 23 ans, comparaît devant les assises des Bouches-du-Rhône depuis jeudi. «Je suis coupable, j'avais la haine. "J'étais en train de développer une pathologie mentale"«"Je me vengerai des adultes", ça a tourné en boucle dans ma tête pendant quatre ans», a-t-il poursuivi dans un long monologue rapide et saccadé.
Ce jeune homme désocialisé qui passait l'essentiel de son temps dans sa chambre sur internet, n'avait quasiment que des contacts virtuels. «J'ai jamais eu d'amis de ma vie, la seule personne avec qui j'ai parlé depuis mes 14 ans, c'est Nicolas Mallet», un Parisien de 5 ans son aîné. «Nos seules obsessions, c'étaient les crimes, la mort, tuer: deux retardés mentaux derrière leurs ordinateurs», explique-t-il.
Son rêve de gosse, c’était de posséder une roquette M80 antichar et même une bombe sale confectionnée avec des morceaux de polonium qu’il serait allé ramasser en Ukraine. « Il y a des jeunes qui veulent une voiture, moi je voulais ça », déclarait Karl Rose en décembre 2013 à un juge. Son obsession : « La mort, les armes, tuer des gens. Des fois, j’en rêve la nuit. »
Ce fondu d'armes à feu, qui surfait parfois sur des sites d'extrême droite, avait trouvé sur le net le moyen d'assouvir sa passion, se procurant du matériel et acquérant des connaissances pointues. Après avoir acheté, remis en état et revendu sur le net plusieurs armes de poing neutralisées, il avait ensuite tenté de faire de même avec une kalachnikov. Son premier achat lui avait valu des poursuites. Le deuxième fusil d'assaut, Karl Rose l'avait cassé en tentant de le remettre en service. La troisième fois fut la bonne: après avoir changé la culasse et le canon, il avait enterré l'arme et des munitions dans un bois.
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Le 23 avril 2013, armé d’une kalachnikov achetée sur Internet qu’il avait remilitarisée lui-même, il avait abattu trois passants à Istres. Trois anonymes choisis au hasard, qui, selon lui, ont d’abord rigolé en le voyant les mettre en joue, puis l’ont imploré - « Mais on n’a rien fait » - une fois la première cartouche tirée. A plusieurs reprises au premier jour d'audience, Karl Rose s'est lancé dans des discours assez longs et parfois décousus, évoquant tour à tour son isolement, ses compétences de tireur -«J'ai fait des années de stand de tir», «j'étais le meilleur du département»- ou le dossier d'instruction. «J'étais une bombe à retardement», a résumé l'accusé.Dans une rare parole pour ses victimes, il dit : «Ces gens-là, ils ne m'avaient pas fait de mal. Tous les adultes ne sont pas des tortionnaires d'enfants.»
Auparavant, le président de la cour Pascal Guichard avait rappelé comment, le 25 avril 2013 en début d'après-midi après une dispute avec son père au sujet de la vaisselle, il avait quitté la maison familiale puis tué trois personnes qu'il ne connaissait pas avec une kalachnikov. Lors de sa brève équipée, il a abattu Serge Shorjian, 45 ans, et Patrice Martinez, 36 ans, qui bricolaient devant leurs maisons. Seule Louisa Olivieri, dont il a stoppé le véhicule par des tirs, aura la vie sauve. «J'ai vu comme tombé du ciel un individu droit devant moi avec un fusil. Il m'a tiré dessus (...) je saignais de la bouche (..) il est monté dans la voiture et m'a dit "roule, on va à Paris"», a raconté à la barre cette employée de collectivité locale, qui a travaillé «vingt ans dans le social».
Lorsqu'elle refuse d'obtempérer, il lui répond: «Arrête de m'embrouiller le cerveau, je suis en pleine crise de schizophrénie.» «Ces mots-là, ça sonnait faux pour moi. Les vrais schizophrènes, c'est pas pareil, (...) ils ne peuvent pas s'analyser en pleine crise», a expliqué la victime, qui dit avoir perçu «une crise, pas de démence, de rage» chez l'accusé. «Elle rajoute toujours des phrases qui n'existaient pas», lui répond Karl Rose pour qui la scène, d'«une dizaine de minutes» selon l'évaluation de Louisa, a été beaucoup plus brève.
Karl Rose, qui avait fini par concrétiser ses rêves macabres, a été condamné jeudi 12 janvier à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de vingt-deux ans. Il était jugé par la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour avoir tué à la kalachnikov trois personnes et blessé une quatrième à Istres en 2013.
Conformément aux réquisitions de l’avocat général, la cour a retenu l’altération du discernement de l’accusé, âgé de 19 ans à l’époque des faits, mais a décidé d’appliquer malgré tout la peine maximale prévue par la loi. Karl Rose dispose de dix jours pour faire appel de sa condamnation, délai au-delà duquel sa peine deviendra définitive.
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L’avocat général a demandé la réclusion criminelle à perpétuité contre Karl Rose, auteur d’une fusillade à Istres dans laquelle trois personnes ont trouvé la mort. « Une roulette russe »« Pour acquise qu’elle serait, cette altération, j’ai du mal à lui accorder l’importance qu’on voudra lui donner », a-t-il justifié. « On ne parle pas d’abolition du discernement », avait-il assuré. « Il y a une atteinte de la perception […]. Pour autant, il n’y a pas d’atteinte intellectuelle. « Une planification »« Le mot préméditation est faible. Ce n’est pas une préméditation, c’est une planification sur le plan technique, sur le plan financier, sur le plan opérationnel », a-t-il rappelé, après avoir détaillé la minutie avec laquelle l’accusé avait acheté l’arme neutralisée et les pièces détachées, et l’avait remise en état, un processus qui a duré deux ans.
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