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Vendredi ou la Vie sauvage de Michel Tournier, publié en 1971, est une œuvre marquante de la littérature française du XXe siècle. Inspiré du roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé, Tournier propose une réinterprétation moderne et philosophique de l'histoire du naufragé et de son compagnon d'île. Ce roman, qui s'inscrit dans le genre de la robinsonnade, explore les thèmes de la solitude, de la survie, de la civilisation et du rapport de l'homme avec la nature. L'œuvre met en lumière l'importance de la résilience humaine et de la métamorphose à travers l'évolution psychologique et physique du personnage principal.

L'Île de Speranza : Un Lieu de Transformation

Le roman s’ouvre sur une conversation entre le capitaine Pieter Van Deyssel et Robinson Crusoë. (2) Celui-là prédit, en se fondant sur le jeu de tarot de Marseille, à celui-ci son avenir - et le récit à venir. Chaque carte tirée et commentée trouve, en effet, sa vérification dans la suite du roman. Ainsi Michel Tournier, dès l’entame de son livre, crée et trace le destin de son personnage, Robinson. Le romancier, tel un démiurge, soumet donc bien sa créature à ce qui lui tiendra lieu de destin.

Initialement, Robinson rejette instinctivement cette île qu'il nomme "Île de la Désolation", synonyme de vacuité présente et future. Pourtant, suite à une hallucination où il voit sa sœur Lucy morte sur un vaisseau approchant l’île, il décide de tourner le dos à la mer et s’enfonce vers le centre de l’île et de la solitude. Ce geste marque une acceptation de son sort et d'un lieu qu’il baptise justement Speranza (p.42).

Dès lors, la perception de Speranza - figure métaphorique de la condition humaine - par Robinson évolue au cours de quatre périodes :

  1. En phase de régression, il en fait une mère et il s’acharne à explorer l’orifice-vagin de la grotte, s’enduit de lait et s’abandonne dans une alvéole en un retour à la matrice originelle et au fœtus qu’il redevient comme s’il s’agissait d’une préparation à une renaissance.
  2. Puis il considère l'île de Speranza comme un champ d’expérimentation à ses volontés de créateur : il l’ensemence, en récolte les fruits et l’administre en élaborant une Charte bientôt suivi d’un Code Pénal.
  3. Il multiplie les projets : arpenter l’île ; la cadastrer ; recenser les espèces végétales et animales, parachever son projet de transformer les marécages en rizière, créer un Conservatoire des Poids et Mesures ; construire une vraie maison, etc.
  4. L’île devient même une épouse qu’il féconde dans une combe, dont la prairie vallonnée devient, pour lui, l’image même des lombes de Speranza ; de ces copulations répétées naît un fruit sous la forme d’une mandragore.

Robinson renoue ainsi le contact avec la nature mais il ne peut s’empêcher d’éprouver un violent sentiment d’absurdité : pour qui tous ces efforts ? Les trois Speranza - l’île mère, l’île transformée et administrée, l’île femme - ne suffisent pas à lui donner une raison de vivre satisfaisante. Sa métamorphose n’est pas achevée. L’arrivée de Vendredi devient l’élément déterminant qui va le conduire vers son nouvel être.

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L'Arrivée de Vendredi : Un Catalyseur de Changement

Une métamorphose rendue nécessaire par la solitude de Robinson longtemps privé de toute présence humaine, Vendredi n’intervenant qu’au chapitre VII (sur XI). Dès lors, comment remplir le vide de l’existence sans autrui se demande, avec son personnage, Michel Tournier. Le sens donné à leur quotidien est pour la plupart des hommes, largement tributaire de leurs semblables.

C’est, en effet, grâce à Vendredi que Robinson passe des valeurs rationnelles du travail, de la productivité et de l’épargne, de la conquête et de la domestication de la nature - qui sont celles de sa civilisation - à celles qu’incarne son compagnon. Porteur d'une vie innocente, frémissante et rapide, Vendredi accepte la nature telle qu’elle est, mène une vie instinctive, expérimente les joies du corps et privilégie la fantaisie - ce qu’admire en lui Robinson. Au contact de son compagnon qui finit par représenter tous « les Autres » possibles (fils, père, frère, voisin, etc.) Robinson fait ainsi l’apprentissage du respect d’autrui et de sa différence.

Cette ultime phase est celle de la métamorphose solaire : vouant un culte au soleil, il ne se préoccupe plus que de l’instant présent et en arrive même à avoir l’impression de revivre indéfiniment la même journée, connaissant ainsi une sorte de sentiment d’éternité. Se transcrit alors en filigrane dans le quotidien de Robinson, jour après jour, une conception du bonheur de vivre faite de l’acceptation et du plaisir d’autrui et de l’absence d’inquiétude métaphysique.

La fin du roman révèle pourtant que les différences entre Robinson et Vendredi ne se sont pas comblées. Vendredi, tout à sa fantaisie et à sa capacité d’adaptation, choisit spontanément la nouveauté du bateau salvateur et l’attrait d’une autre vie ; Robinson, à l’inverse, décide de rester cet homme solaire que l’île a engendré au cours de ces vingt-huit années.

Tableau récapitulatif des étapes clés de Robinson sur l'île

Période Caractéristiques
Régression L’île est perçue comme une mère, exploration de la grotte, retour à l'état fœtal.
Expérimentation L’île devient un champ d’expérimentation, mise en place d'une charte et d'un code pénal.
Transformation L'île acquiert les attributs d'une femme, Robinson la féconde.
Métamorphose Solaire Robinson voue un culte au soleil, vit dans l'instant présent et ressent l'éternité.

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