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Alors que s’est ouvert, à Washington, le sommet annuel de l’OTAN, l’une des grandes questions à laquelle sont confrontés les alliés pour organiser dans la durée leur soutien militaire à l’Ukraine est la capacité de l’armée russe à se régénérer.

Dans quelle mesure parvient-elle à réapprovisionner ses stocks de munitions ? De quelles ressources dispose-t-elle pour accroître sa puissance de feu ?

Après plus de deux ans de guerre, le nombre de chars, de drones ou de missiles mobilisables par l’armée russe demeure, de l’avis de nombreux experts, le secret le mieux gardé côté russe comme occidental - avec le nombre de morts. C’est aussi l’une des clés du conflit.

Capacité de production de la Russie

Nous pouvons affirmer avec certitude que Moscou a fortement augmenté sa production de munitions depuis qu'elle a lancé son invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022, devançant ses homologues occidentaux.

Le service de renseignement extérieur estonien estime que la Russie a produit ou remis à neuf 400 000 obus d'artillerie en 2022, multipliant sa production par plus de onze pour produire 4,5 millions d'obus en 2024.

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Une analyse réalisée par le cabinet de conseil Bain & Company pour Sky News en mai 2024 est parvenue à la même conclusion, estimant à 4,5 millions d'obus le nombre total d'obus produits ou remis à neuf en 2024.

Selon le ministre de la Défense américain, Lloyd Austin, avec son économie entièrement tournée vers l'effort de guerre, la Russie produit environ 250 000 obus d'artillerie chaque mois.

Ramenée sur l'année, cette production est presque trois fois plus importante que celle de tous les pays occidentaux engagés dans le processus d'aide militaire à l'Ukraine.

Comparaison avec l'OTAN

En 2024, l'Europe et les États-Unis produiront environ 1,2 million d'obus par an, selon l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité, basé à Berlin, contre 4,5 millions pour la Russie.

Ces estimations correspondent à peu près à l'affirmation de Mark Rutte selon laquelle la Russie produit quatre fois plus de munitions par an que ses homologues de l'OTAN.

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Pourtant, l'Alliance atlantique cherche à réduire considérablement l'écart d'ici 2025.

La Commission européenne s'est fixé pour objectif de porter la production de munitions à 2 millions de cartouches par an en 2025, tandis que les États-Unis cherchent à atteindre un nouvel objectif de 100 000 cartouches par mois d'ici au mois d'octobre.

D'autres alliés, dont la Norvège, le Royaume-Uni et le Canada, cherchent également à stimuler les chaînes d'approvisionnement.

Importations et Alliés

Les stocks de munitions dont dispose Moscou seraient également supérieurs à sa propre capacité de production en raison des stocks qu'elle importe de ses alliés, notamment la Corée du Nord.

Selon des rapports médiatiques citant des renseignements sud-coréens divulgués cette semaine, la Corée du Nord a fourni à la Russie 12 millions d'obus de 152 mm destinés à être utilisés en Ukraine.

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Si ce chiffre ne peut être vérifié de manière indépendante, des images satellite analysées par le Wall Street Journal en décembre dernier ont montré des signes d'une intensification significative des installations de production en Corée du Nord, ainsi qu'une augmentation des livraisons à la Russie.

Défis et Faiblesses de l'Industrie Russe

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en évidence les limites du complexe militaro-industriel russe : baisse des exportations, forte dépendance à ses alliés pour la production nationale, difficultés à innover, etc.

Malgré une certaine résilience, son industrie de défense affiche aujourd’hui des faiblesses structurelles, qui compromettent sa capacité à soutenir un effort de guerre prolongé en Ukraine.

Le complexe militaro-industriel russe repose en grande partie sur les acquis de l’ère soviétique. À cette époque, l’industrie militaire était conçue pour satisfaire des besoins colossaux, avec une production en masse des équipements.

Si ces réserves sont encore nombreuses, la production de matériaux modernes est faible. Ainsi, 80 à 90 % des véhicules récemment mis en service étaient des modèles anciens remis en état.

Ce problème se manifeste également dans le domaine de l’artillerie, où la Russie peine à remplacer les pièces perdues au combat.

Les armements modernes, lorsqu’ils sont produits, sont souvent limités à des secteurs spécifiques tels que l’aviation, les systèmes de défense antiaérienne, les drones et les systèmes de guerre électronique.

En conséquence, l’infanterie et l’artillerie russes continuent de dépendre d’équipements vieillissants, souvent inadaptés aux exigences de la guerre moderne.

Parallèlement, la Russie perd chaque mois entre 150 et 200 pièces d’artillerie, dont une part croissante concerne des calibres inférieurs à 120 mm, ce qui témoigne d’une utilisation réduite de systèmes plus puissants.

Quant à l’augmentation de la fréquence de tirs d’artillerie par le pays, elle est majoritairement soutenue par les approvisionnements en munitions en provenance de la Corée du Nord.

Sur le plan interne, la Russie rencontre d’importantes difficultés à augmenter sa production domestique. Le manque de main-d’œuvre qualifiée constitue un obstacle majeur.

Analyse des données logistiques

Une analyse des données logistiques réalisée par l’Institut de l’École d’économie de Kiev (KSE) indique que le flux de marchandises des installations de stockage militaires russes vers la ligne de front est désormais revenu aux niveaux d’avant 2022.

"Les livraisons à partir de bases de stockage ont chuté de plus de 25 % en 2024, avec un épuisement irréversible de l’équipement", assurent les auteurs du rapport.

L’analyse des données logistiques réalisée par le KSE montre par ailleurs que la Russie est devenue de plus en plus dépendante de ses alliés asiatiques, en particulier la Corée du Nord.

Les expéditions en provenance des régions du sud est de la Russie, frontalières avec la Chine, vers les principaux sites de production militaire et de défense ont presque doublé pour atteindre plus de 3 millions de tonnes depuis 2021.

Comparaison des forces aériennes

On estime, du côté russe, à 1559 le nombre d’avions de combat dont les forces aériennes disposeront pour l’année 2026. On compte dedans un grand nombre de Mig-29, Su-27 et Su-24 dont le développement remonte aux années 70. Les systèmes les plus récents comme le Su-57 sont plus rares (une trentaine d’appareil seulement), et leur production est partiellement réservée à l’exportation.

En comparaison, les 3 pays européens sélectionnés pour cette analyse ne disposent en 2025 « que » de 630 appareils.

Tableau récapitulatif des capacités de production de munitions

Entité Production annuelle de munitions
Russie (2024) 4,5 millions d'obus
Europe et États-Unis (2024) 1,2 million d'obus
Objectif de l'UE (2025) 2 millions de cartouches
Objectif des États-Unis (Octobre) 100 000 cartouches par mois

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