Les miniatures militaires de France Jouets sont vraiment représentatives d’une époque. Leur intérêt repose en partie sur une forme de nostalgie ; celle des magasins de jouets dont les vitrines faisaient briller les yeux des enfants. Les reproductions sont simplistes et souvent irréalistes mais toujours propices à développer l’imaginaire.
L’entreprise France Jouets Mécaniques nait en 1946 de l’association de deux hommes : Jean-Marie Moheng et Henri Fauvel. L’atelier et les quelques ouvriers de la société sont installés au 26 de la rue A.Dumas, dans le 8ème arrondissement de Marseille. Après des débuts modestes, travaillant avec des matériaux recyclés dans la France de l’après-guerre, l’entreprise va se développer au début des années 50s. Cela se traduit en 1952 par une association avec un autre producteur de jouet, Armand Walther et une diversification du catalogue.
En 1956 l’entreprise est en pleine expansion et déménage dans le 10ème arrondissement, au 278 avenue de la Capelette. C’est sur ce site que sont produits la série de véhicules militaires qui nous intéressent. Début 1960, France Jouets Mécaniques devient S.A. France Jouets et est à l’apogée de sa renommée.
Or, faire effort partout revient souvent à faire effort nulle part et cette diversification excessive est sans doute l’une des raisons des difficultés de la société qui commencent à se faire jour à la fin des années 60s. Après une série de déconvenues financières France Jouets met la clé sous la porte en 1972.
Elle s’articule autour de quatre véhicules : l’incontournable jeep (et pourtant le modèle le moins réussi de mon point de vue !), le non moins incontournable GMC 6x6 dans sa version cabine tôlée et châssis long (CCKW 353), le tout aussi incontournable Dodge dans sa version 6X6 (WC 62, sans treuil) et l’impressionnant camion M 26 (cabine blindée). Notons qu’il existe aussi une version sur affût fixe du canon atomique tracté par le M 26 et que des remorques destinées en priorité au GMC ont également été produites (il s’agit en fait du plateau arrière du GMC sur le quel FJ a intégré deux essieux et ajouté un crochet !).
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Enfin, et destinés en priorité à la jeep, FJ a également produit un groupe électrogène, une remorque 1/4 de t. et un canon antichar (qui affiche une vague ressemblance avec le canon de 25mm Hotchkiss). Pensez qu’avec une même base, qu’il s’agisse de la jeep, du Dodge ou du GMC, FJ nous offre de multiples capacités de manoeuvre : lance-fusées, mitrailleuses, radar, projecteur de DCA, transport de troupes ou de matériel (et s’inspire, pour ne pas dire autre chose des modèles du Danois Tekno). Si on ajoute à cela un missile balistique et un canon atomique, les petits soldats du camp d’en face n’ont plus qu’à bien se tenir !
Certes les modèles manquent un peu de standardisation, et pas seulement en matière d’échelle : on trouve des roues et des pneus de plusieurs types, il peut y avoir des teintes différentes (vert armée mat et sable pour les Dodge - vert armée mat, vert olive satiné et sable pour les GMC) ainsi que des variantes pour certains accessoires, comme les fusées portées par les Dodge ou les GMC.
A ma connaissance, il existe jusqu’à trois types de boîtages différents et si le système de référencement est visible sur un seul type de boîtage, il ne l’est pas sur les véhicules. Quoi qu’il en soit, un des signes qui ne trompe pas quant à l’intérêt porté par les collectionneurs à cette marque, c’est le nombre de pièces qui sont reproduites aujourd’hui par des artisans passionnés. A partir d’une caisse nue, il est presque possible de refaire un modèle complet… comme neuf !
En 1868, le changement profond de la structure politique et sociale, appelé restauration Meiji, contraint le Japon à sortir de son isolement traditionnel et à ouvrir ses portes au monde, en adoptant activement la culture occidentale et en avançant vers la modernisation sous la devise de « Civilisation et illustration ».
Tout au long de la période Edo (1615-1868), de nouveaux jouets populaires sont apparus, tels que les poupées kokeshi cylindriques en bois, qui ont constitué la base d’ateliers d’artisanat florissants. Ces jouets reflétaient les coutumes, les légendes et l’histoire locales avec beaucoup d’ingéniosité et de créativité, et étaient fabriqués uniquement avec des matériaux disponibles au Japon, tels que le carton, la céramique, le bois et le papier.
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Au cours de ces années, d’autres traditions artisanales au savoir-faire exquis ont également émergé, comme celle des métallurgistes qui produisaient des modèles élaborés et luxueux pour les épées et les armures des guerriers samouraïs d’élite. Cependant, le changement dans la structure du pouvoir de l’ère Meiji (1868-1912) a privé les samouraïs de leurs privilèges et les artisans spécialisés sont restés inactifs.
À partir de ce processus de modernisation, le Japon a commencé à importer de nouvelles matières premières telles que le fer blanc et le celluloïd, entre autres. C’est ainsi qu’a commencé la fabrication de jouets imitant les Allemands dans le thème et le design, leaders incontestés dans ce domaine.
Évidemment, pour construire un empire, il fallait appliquer une politique étrangère agressive et expansionniste, comparable à celles des puissances coloniales installées en Asie.
Cet esprit guerrier apparaît bientôt représenté dans des jouets dotés de dispositifs innovants, comme ceux décrits dans l’édition du 31 juillet 1895 du journal de Madrid El Correo Español : « Les Japonais, connus pour leur ingéniosité dans la fabrication de jouets, ont réalisé de véritables merveilles dans ce domaine au cours de leur guerre contre les Chinois. Ils ont réalisé des poupées en terre cuite représentant des soldats, déplacés par des mécanismes d’horlogerie, qui montrent le combat entre Japonais et Chinois, où ces derniers sont, bien entendu, très maltraités. Dès qu’ils se prosternent et demandent grâce, ils sont faits prisonniers et leurs adversaires tirent leurs nattes. Certains jouets sont très compliqués : l’un d’eux est composé de deux navires de guerre, le Japonais monte à bord du Chinois, qui baisse son pavillon et fait naufrage dans les vagues métalliques qui constituent la base sur laquelle reposent les navires.
Dès le début de l’ère Taisho (1912-1926), les jouets japonais ont commencé à gagner de plus en plus de place sur les marchés internationaux. Cette tendance s’est encore accentuée avec le début de la Première Guerre mondiale (1914-1918), lorsque le trafic maritime de produits de luxe fut interrompu par le conflit et que les exportations allemandes de ce produit cessèrent. Allié à la Grande-Bretagne et à la France, le Japon participe à la guerre mondiale et, profitant de sa position géographique, occupe les colonies allemandes d’Asie et de l’océan Pacifique.
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Peu après le début de la période Showa (1926-1945), le Japon entre dans un état de belligérance presque permanent. D’abord avec l’occupation de la Mandchourie (1931-1945), puis avec la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945). En conséquence, les jouets japonais sont devenus un outil fondamental pour promouvoir le patriotisme chez les enfants, saturant les magasins de jouets et les bazars de petits casques, de sabres et de tambours en fer blanc, ainsi que d’avions de combat, de canons, de chars et de navires de guerre de ce matériau.
Le développement de la guerre civile espagnole (1936-1939) et la scène politique allemande, avec son expansionnisme territorial, ont créé un climat de tension en Europe qui, entre autres conséquences, a accru la demande de jouets liés à la guerre.
Peu de temps après, en février 1938, les habitants de Londres furent surpris sur Oxford Street par une mobilisation d’environ 250 personnes, composées de personnalités éminentes, parmi lesquelles des écrivains, des hommes politiques, des artistes et des musiciens. Sur les grandes banderoles incitant au boycott des importations en provenance du Japon, on pouvait lire des expressions telles que : « Demandez avant d’acheter des jouets, ils peuvent être japonais » ; « Refusez les jouets japonais » ; « Des enfants chinois meurent à Canton » ; « N’achetez pas de jouets japonais » ; « Les jouets japonais pour les enfants britanniques signifient les bombes japonaises pour les enfants chinois », entre autres.
D’autre part, en mars 1938, la loi générale de mobilisation de l’État place l’économie de l’Empire du Japon sur le pied de guerre, interdisant l’utilisation des métaux dans l’industrie du jouet.
La même année, le Département du commerce des États-Unis a constaté que le Japon avait diversifié ses importations en visant l’Amérique du Sud, en achetant de la viande en Argentine et du coton au Brésil.
Même si au début du 20e siècle et jusque dans les années 1920, les Japonais copiaient les jouets allemands et français, le design obéissait davantage à la vision fantastique des enfants qu’aux modèles réels. Sans aucun doute, cette esthétique très particulière a nourri bien plus l’imagination des enfants des pays importateurs que l’extrême réalisme et la sobriété dans l’utilisation des couleurs des jouets allemands.
D’autre part, comme stratégie d’exportation de leurs produits, les fabricants incluaient le drapeau ou la cocarde des pays acheteurs dans la conception des lithographies, et pas seulement pour les jouets militaires.
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