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Depuis quelques années, et avec une augmentation régulière des remontées de dégâts, les gros gibiers sont sources de problèmes en agriculture. La pression dans les parcelles est souvent forte et on peut se demander si les parcelles cultivées en ACS sont plus exposées que les autres.

En effet, la couverture permanente des sols et la richesse en biologie des sols, vers de terre notamment, en feraient des cibles de choix.

Les causes et les conséquences des dégâts

Plusieurs facteurs contribuent à l'augmentation des populations de gibier et, par conséquent, des dégâts qu'ils causent :

  • Augmentation des zones boisées au détriment des surfaces cultivées.
  • Diminution du nombre de chasseurs et de la pression de prédation.
  • Adaptation du gibier aux pratiques agricoles et aux zones non chassées.

Les conséquences de ces dégâts sont multiples :

  • Pertes de récoltes et diminution des rendements.
  • Nécessité de retravailler certaines parcelles et coûts supplémentaires.
  • Casse de matériel agricole et coûts de réparation.
  • Levée de mauvaises herbes et inefficacité des herbicides sur les zones retournées.
  • Risques sanitaires pour les animaux domestiques et les humains.
  • Accidents de la route causés par des collisions avec des animaux sauvages.

Les agriculteurs et les forestiers utilisent des clôtures pour protéger les cultures des intrusions de gibier, mais ces mesures sont coûteuses. De plus, il est très compliqué de garder les clôtures efficaces en bordure de forêt et sur des surfaces importantes (déperdition de courant avec la végétation).

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Indemnisations et responsabilités

En cas de dégâts agricoles, les chasseurs sont responsables de dédommager les agriculteurs, financés par un fonds alimenté par les redevances des permis de chasse et l’État. Les demandes d'indemnisation étant en forte hausse et les chasseurs moins nombreux, ce procédé est fragilisé. Les indemnisations de la FDC ne prennent en compte que les dégâts aux cultures.

Dans tous les cas, évaluer à l’avance la durée que prendra le processus pour ne pas bloquer la récolte. Le maïs est la principale culture concernée par les dégâts de sangliers, quelle que soit la production (grain, fourrage, semence, maïs doux, CIVE ou popcorn).

Les dégâts matériels subis par le véhicule peuvent être indemnisés par les assurances auto, à condition d’avoir souscrit la garantie dégâts matériels ou la garantie tous accidents.

Il y a environ 1 million de chasseurs actifs en France. Ce nombre est en régulière diminution depuis plusieurs années.

Cas concret : la forêt de Loches

Pour mieux comprendre les enjeux cynégétiques impactant l’agriculture, nous illustrerons ces propos par un cas concret : la forêt de Loches, située en Indre-et-Loire (37). Ce massif forestier, d’une superficie de 3 600 ha, est principalement domanial avec environ 90 % gérés par l’Office National des Forêts.

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On y retrouve environ 10% de propriétés privées, gérées par des particuliers ou des collectivités locales à des fins sylvicoles ou de chasse.

Agriculteur en ACS depuis huit ans et chasseur, Christophe cultive un peu plus de 600 ha. Il a allongé ses rotations au fil des années. À ce jour, il cultive plus de 12 cultures.

« Avec mes terres, je suis en première ligne face aux dégâts des sangliers. Je leur offre le gîte avec mes couverts végétaux et le couvert. En arrêtant le travail du sol, j’ai favorisé la vie biologique. Le retour en nombre des vers de terre est un premier constat. Mais les sangliers cherchent à se complémenter en protéines et déterrent ainsi de nombreux vers de terre pour se nourrir.

Parfois, ils creusent superficiellement sur des hectares entiers, d'autres fois ils creusent des trous pouvant atteindre 60 à 80 cm de profondeur. Autant vous dire que la roue du tracteur ne reste pas indifférente à ces dégâts. J’ai une parcelle de 50 ha attaquée chaque année, où nous avons rebouché 360 trous, et une autre où nous en avons rebouché 278. Pourtant, nous n’avons reçu que 18 € d’indemnité pour cette dernière.

Ces dégâts représentent beaucoup de temps, d’inconfort et un risque perpétuel de casser du matériel. Les casses sont rares, mais lorsqu’elles surviennent, elles peuvent coûter très cher, comme la casse d’un arbre de roue de tracteur, par exemple. Je suis entouré de massifs forestiers. Les chasseurs des environs ont tué 156 sangliers en 2022-2023. Nous avons également comptabilisé 120 sangliers un soir sur une parcelle.

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Ce sont des conditions extrêmes que nous ne pouvons plus gérer et compenser en tant qu’agriculteurs. Outre le coût financier, ces dégâts ont des impacts agronomiques non négligeables : nécessité de retravailler certaines parcelles, passage du broyeur, casse de nombreux carreaux de tracteurs, levée de mauvaises herbes et inefficacité des herbicides sur les zones retournées par les sangliers, etc.

Face à ces constats, nous devons faire évoluer notre modèle commun. Autrefois, le loup était un prédateur du sanglier. Aujourd’hui, seul l’Homme peut le réguler. Je pense que les chasseurs sont la clé d’une bonne gestion.

Dans notre cas, le préfet a autorisé un abattage des sangliers par le lieutenant de louveterie, ce qui a permis de relâcher la pression et de recultiver certaines parcelles. Mais tous les lieutenants de louveterie ne veulent pas passer leurs soirées à l'affût, et les battues administratives organisées sont beaucoup moins efficaces.

Je constate une incohérence dans nos plans de gestion : les sangliers se nourrissent dans nos parcelles toute l’année, mais les chasseurs ne pratiquent leurs battues que du 10 octobre à fin février. Le reste de l’année, aucune régulation n’a lieu.

Les chasseurs négligent parfois les massifs abritant de nombreux sangliers au profit de bosquets moins prolifiques. La distribution des bracelets est sous-évaluée et mal répartie. Dans notre chasse, nous n’avons que des bracelets de biches, alors que nous voyons surtout des cerfs, alors que chez la famille Flaman de l’autre côté de la forêt, c’est l’inverse. Aujourd’hui, je n’ai pas beaucoup de solutions… Tous mes blés sont barbus pour réduire la pression.

Je me dis aussi parfois que si nous étions plus d’agriculteurs à régénérer les sols et à faire des couverts, les populations et les dégâts seraient plus dilués entre les fermes, donc moins problématiques pour nous.

Pierre et Olivier sont agriculteurs en ACS. Ils possèdent également une activité d’exploitation forestière. Ils se situent sur la commune de Genillé, au nord de la forêt de Loches. Pour eux, les dégâts sont colossaux, avec une forte présence de cervidés et de sangliers.

La gestion cynégétique est un triptyque entre chasseurs, agriculteurs et sylviculteurs. Olivier Flaman nous parle de la gestion sylvicole :

« Les plans de chasse des années 1970 avaient pour but de protéger et de développer durablement les populations de gibier tout en préservant l’agriculture et la forêt. Cependant, la surpopulation actuelle dans certains secteurs du département met en danger les habitats, les forêts, et engendre des dégâts agricoles, forestiers et sanitaires, ainsi que des accidents routiers.

En tant que forestiers, nous sommes pénalisés par les investissements lourds pour protéger les forêts, et les dommages sur les cultures et les plantations s’accroissent. Les surpopulations d’animaux nuisent à la régénération naturelle des forêts en s’attaquant aux jeunes arbres par l’abroutissement (manger les jeunes pousses) et l’écorçage des troncs.

Les sangliers, en retournant les sols et en consommant des glands et des faines, affectent la biodiversité et la capacité des forêts à se régénérer. Ainsi, les forestiers sont accusés “d’héberger les animaux”. Pourtant, nous finançons en grande partie la contribution territoriale via la “contribution bois”, utilisée pour dédommager les acteurs impactés par les dégâts de gibier, principalement les agriculteurs.

Les forestiers, quant à eux, ne touchent aucune indemnité et n’ont pas d’aides pour installer des clôtures de protection. Leur constat rejoint celui des agriculteurs : il faut repenser le schéma et faire évoluer le plan de chasse vers un plan de régulation.

Par exemple, dans les Vosges, un nouveau SDGC a été proposé et mis en place sur la période 2021-2027. Ce nouveau Schéma vise à régénérer les forêts de manière durable malgré la pression des grands gibiers, partant du constat que la biodiversité et le renouvellement des forêts n’a plus un bon équilibre.

Ce schéma vient cadrer plus fermement l’agrainage en le restreignant aux zones Natura 2000 et zones à enjeux forts. Il a été jugé que l’agrainage favorise la surpopulation. Il est donc recommandé de limiter cette pratique aux périodes sensibles pour les cultures et d'interdire l’agrainage à poste fixe.

Ce nouveau schéma vise également à renforcer la sécurité des chasseurs, des usagers de la forêt et la sécurité sanitaire s’intéressant aux zoonose (maladies de Lyme) et aux pollutions liées au plomb/cuivre. D’autres mesures sont proposées comme la capitalisation de données et l’analyse de l’efficacité des mesures instaurées. Tout cela dans le but d’instaurer une meilleure coordination entre les acteurs du territoire et atteindre le bon état agro-sylvo-cynégétique.

Ainsi, le Syndicat des Forestiers Privés de Touraine, s’appuie sur les travaux réalisés dans les Vosges pour proposer 3 grandes actions en Indre et Loire :

  1. Reconnaître la place réelle de la forêt dans le cadre du Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (SDGC) en prenant en compte les impacts économiques et écologiques du grand gibier.
  2. Améliorer les connaissances sur les populations animales et leurs habitats grâce à des indicateurs fiables (comptages précis, évaluation indépendante des dégâts).
  3. Renforcer la régulation des populations de gibier en simplifiant les plans de chasse, en équilibrant les quotas mâle/femelle, en facilitant la coopération entre territoires et en réduisant les pratiques comme l’agrainage à des cas exceptionnels.

Christophe est polyculteur-éleveur, situé à mi-chemin entre Pierre et Christophe (les deux témoignages précédents). Il exploite 330 ha en ACS, dont 20 % sont en prairies pour les vaches.

« Ce qu’on observe, ce sont des comportements différents entre les cervidés et les sangliers. Les cervidés, plus territoriaux, s’accommodent d’une zone. Malgré leurs déplacements, ils restent proches des bordures. Les dégâts à la parcelle sont donc restreints sur un périmètre allant de 100 à 400 mètres par rapport à la lisière du bois. En revanche, la pression de broutage et de tassement est telle qu’il est impossible de cultiver sur ce périmètre.

Pour les sangliers, c’est différent. Ils se déplacent partout et attaquent toute la parcelle. Ils sont très actifs au printemps, capables de sentir un grain de maïs sous terre. Ils n’ont alors qu’à suivre le rang pour trouver les grains. En une nuit, votre semis de la veille peut disparaître sur plusieurs hectares. Nous installons des clôtures, mais leur effet est limité.

Elles ralentissent les déplacements mais n’empêchent pas les animaux de pénétrer dans la parcelle. Ce sont les chasseurs qui nous aident à les installer. Cependant, certains chasseurs ne veulent pas installer de clôtures sur certaines parcelles pour ne pas gêner la chasse. Nous ne maîtrisons donc pas entièrement leur installation.

Les chasses aux alentours sont très différentes : certaines zones subissent une très forte pression de chasse, quand d’autres ne sont que peu, voire pas du tout chassées durant la saison. Le déplacement des populations s’adapte à ces pressions, créant des concentrations de gibier par endroits.

Nous chassons également sur notre petit territoire. La présence de gibier est considérable, mais nous ne pouvons pas assumer une régulation suffisante du sanglier par nos propres moyens. Le bracelet de sanglier coûte cher (40 €).

Nous avons peu de solutions agronomiques. Sans notre effort de chasse, nous serions envahis, et le métier d’agriculteur ne serait même plus envisageable. Nous faisons des comptages avec des drones pour localiser et quantifier, mais malheureusement, l’administration ne prend pas en compte ce type d’outil pour estimer les dégâts. C’est dommage, car faire expertiser ses parcelles demande du temps...

L’expert vient une première fois pour constater la présence de l’animal, revient ensuite pour certifier que l’animal est toujours présent et cause des dégâts, puis revient une dernière fois pour le comptage. Il distingue les dégâts “semis” et les dégâts “végétation”. Dans le premier cas, c’est le coût du resemis qui est indemnisé, dans le second, c’est une estimation de la perte en rendement.

Mais cette dernière est difficile à estimer. Par exemple, une estimation trois semaines avant moisson peut être biaisée. Une année, les sangliers avaient détruit 20 à 25 % de la parcelle quelques jours avant la moisson, mais l’expert était déjà passé deux semaines plus tôt.

Nous devons entrer dans une phase de régulation. Il y a 30 ans, on voyait un sanglier par saison de chasse, aujourd’hui, on en voit des centaines. Il faut accélérer leur destruction. La baisse de la pression de chasse causée par la crise sanitaire du COVID-19 a provoqué une explosion des populations.

Solutions et mesures de prévention

Face à ces problèmes, plusieurs solutions et mesures de prévention peuvent être envisagées :

  • Régulation des populations de gibier par la chasse et le piégeage.
  • Amélioration de la coopération entre agriculteurs, chasseurs et forestiers.
  • Mise en place de plans de chasse adaptés aux spécificités de chaque territoire.
  • Utilisation de répulsifs et de clôtures pour protéger les cultures.
  • Prise en compte des dégâts de gibier dans les plans d'aménagement du territoire.
  • Formation des agriculteurs au piégeage et à la gestion des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD).

Les médiateurs chimiques et substances naturelles, plutôt répulsifs, doivent être homologués en tant que produits phytopharmaceutiques ou autorisés en tant que substance de base pour pouvoir être utilisés dans le cadre de la protection des cultures.

Le piégeage du sanglier est possible dans beaucoup de départements. Il faut être chasseur, piégeur, avoir suivi le module piégeage du sanglier, avoir un permis de chasse en cours de validité et avoir l’accord de la préfecture (la FDC a un droit de veto sur cet accord).

Gestion du gibier et aspects réglementaires

Il existe principalement trois moyens réglementaires pour agir sur les populations de gros gibier et leurs dégâts :

  • La chasse proprement dite, en battue, à l'affût ou à l'approche, dans les conditions fixées par le schéma départemental de gestion cynégétique et l'arrêté annuel du préfet.
  • A part pour les battues, il s’agit essentiellement de tirs individuels pour lesquels le chasseur doit avoir une autorisation ou un arrêté de plan de chasse en sa possession pour le territoire concerné.
  • Les pratiques de destruction par les lieutenants de louveterie qui sont nommés par les préfets durant 5 ans : ils concourent à la régulation des animaux susceptibles de causer des dégâts et des dommages ainsi qu'à l'atteinte de la sécurité publique.

Risques sanitaires liés aux sangliers

À l’état sauvage, le sanglier peut être atteint par de nombreuses affections d’origine virale, bactérienne ou parasitaire. Une vingtaine a été identifiée comme étant source de morbidité ou de mortalité. Toutes n’ont cependant pas la même importance par rapport à leur transmissibilité et à leur pouvoir pathogène envers l’homme et les animaux domestiques.

Le sanglier peut transmettre diverses affections à l’homme. Ces affections sont véhiculées de différentes façons. Elles ont lieu généralement par contact avec des animaux malades, leurs carcasses, par ingestion de denrées alimentaires provenant de ces animaux ou par des arthropodes vecteurs.

Les principales maladies communes aux sangliers et aux porcs domestiques sont la tuberculose, la brucellose, la maladie d’Aujeszky et la peste porcine classique.

Face à ces différentes affections dont le risque de transmissibilité concerne surtout les porcs domestiques et ce dans les deux sens, les éleveurs porcins tentent de se mobiliser compte tenu des enjeux économiques.

Tableau récapitulatif des coûts et indemnisations liés aux collisions avec le grand gibier (données 2002) :

Type de coût Montant unitaire moyen
Coût unitaire moyen d'un accident 12 000 euros
Indemnisation moyenne par les assurances 6 000 euros
Coût estimé d'une collision avec le grand gibier 1 500 euros
Indemnisation moyenne pour une collision avec le grand gibier 375 euros

L'ampleur de ce phénomène affecte fortement les productions agricoles et bien que des indemnisations existent, les pertes financières sont trop souvent à la charge des agriculteurs. Les fédérations départementales de chasse tirent un revenu de cette abondance de gibier à travers la vente de bracelets.

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