Après chaque tuerie de masse aux Etats-Unis, c'est vers Hillary Clinton que tous les regards se tournent. Elle a dévoilé ses propositions pour lutter contre les violences avec les armes à feu, des propositions qu’elle souhaite promouvoir si elle est élue à la Maison blanche.
Hillary Clinton veut durcir la loi. Elle a présenté son programme de lutte contre les violences avec arme à feu. « Combien de gens devront mourir avant que nous agissions vraiment, avant que nous nous unissions en tant que nation ? », a questionné la candidate à l’investiture démocrate en vue de l'élection présidentielle de novembre 2016.
Elle souhaite que ceux qui achètent les armes à feu dans des salons ou sur internet soient soumis aux mêmes vérifications d’antécédents que ceux qui s’équipent dans les commerces traditionnels. Elle propose aussi qu’ils doivent tous payer les mêmes taxes.
Hillary Clinton a aussi dénoncé « le vide juridique de Charleston », en référence à la tuerie en Caroline du Sud (Etats-Unis) qui avait provoqué la mort de neuf personnes. Une disposition existe actuellement : si la vérification de la situation d’un individu n’est pas terminée dans les trois jours, alors la vente est autorisée. Une règle qui avait permis au tueur présumé de Charleston d’acheter son arme. D’après l’ancienne secrétaire d’Etat de Barack Obama, 2 500 personnes ont profité de cette disposition pour acheter une arme en 2014 sans être normalement en mesure de le faire.
Dans son programme figure aussi l’interdiction des « armes d’assaut de type militaire » dans les rues et l’abrogation de la loi de 2005 qui empêche les victimes de poursuivre les vendeurs d’armes et les fabricants. Elle souhaite donc plus de responsabilité pour ces derniers et la fin de l’immunité dont ils bénéficient.
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Suite à la fusillade dans l’Oregon, Barack Obama s’est engagé à continuer de travailler sur ce dossier d’ici la fin de son second mandat. Il s’est prononcé pour un contrôle plus strict des armes à feu.
Affaiblie par des affaires récentes, vivement critiquée par les démocrates, la National Rifle Association a une influence considérable, aussi bien dans les milieux politiques qu'économiques. Voici quatre choses à connaître sur l'institution qui bloque toute réforme significative qui limiterait l'accès des Américains aux armes à feu.
Fondée en 1871 pour promouvoir l'habileté au tir, la NRA est souvent présentée comme la plus ancienne organisation des droits civils aux Etats-Unis. Son véritable tournant politique se produit en 1975 : « reconnaissant le besoin critique d'une défense politique du deuxième amendement, la NRA a créé l'institut pour l'action législative », indique le site de l'organisation. L'association à but non lucratif se transforme alors en machine politique de lobbying pour défendre le deuxième amendement qui permet de détenir des armes à feu aux Etats-Unis. Un droit constitutionnel remontant à 1791 et qui laisse beaucoup de place à l'interprétation : « une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ».
La NRA revendique plus de cinq millions de membres - sans en divulguer la liste - et a de multiples activités. En plus du lobbying, elle propose des cours de formation, regroupe les chasseurs, publie des magazines, recueille des fonds, diffuse ses propres programmes de télévision et a même ouvert un musée dans son quartier général en Virginie.
L'organisation attribue également des notes aux candidats aux différentes élections et aux parlementaires, de A (la meilleure note) jusqu'à F, en fonction de leurs prises de position sur les armes. Elle mène des campagnes virulentes contre ceux qui ne respectent pas ses mots d'ordre et a dépensé environ 250 millions de dollars en 2020. Malgré quelques revers essuyés ces dernières années, elle conserve une influence prédominante auprès des élus, notamment au Congrès américain.
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De 2000 à 2012, la NRA et les fabricants d'armes individuelles ont versé 80 millions de dollars pour peser sur les élections au Sénat, à la Chambre des représentants et à la Maison Blanche. Par exemple, à la présidentielle de 2016, la NRA a dépensé 20 millions de dollars pour une campagne de publicité négative envers la candidate démocrate Hillary Clinton et 10 millions en faveur de son rival républicain , Donald Trump.
L'association joue un rôle crucial auprès des fabricants d'armes à feu. Cette industrie a produit 139 millions d'armes en deux décennies depuis 2000, dont 11,3 millions en la seule année 2020, selon des données officielles qui ne comptabilisent pas les armes en kit et non traçables. Selon le projet Small Arms Survey, 393,3 millions d'armes étaient en circulation parmi les civils américains en 2017, soit 120 armes pour 100 personnes.
Les armes à feu font chaque année des dizaines de milliers de morts aux Etats-Unis. En 2020, le pays a recensé 19.350 homicides par balle, une hausse « historique » de près de 35 % par rapport à 2019, et 24.245 décès par suicide avec une arme à feu. Le Texas, où s'est déroulée la fusillade d'Uvalde, est l'Etat où le plus grand nombre de personnes sont mortes par balle en 2020.
Ces trois dernières années ont été mouvementées pour la NRA, notamment sur le plan judiciaire. L'organisation a été fragilisée par une féroce lutte de pouvoir à sa tête, qui a opposé Wayne LaPierre , aux manettes depuis 1991, à l'ancien officier controversé Oliver North.
Selon la chaîne CBS, le chiffre d'affaires de la NRA a décliné de 23 % de 2016 à 2020. Selon d'autres sources, le nombre d'adhérents est en chute et Wayne LaPierre a même admis un nombre « inférieur à 4,9 millions » dans une déposition judiciaire. Le puissant patron a par ailleurs été visé par un grand déballage embarrassant, accusé d'avoir détourné des millions de dollars à des fins personnelles et pour acheter le silence d'anciens employés.
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Le lobby des armes a surtout été la cible de poursuites pour fraudes financières, à la suite d'une plainte déposée en juin 2020.
Personne n'ignore que les armes sont un problème au sein de la communauté américaine. Voici le chiffre qui choque: depuis la mort du Président Kennedy, en 1963, il y a eu plus d'Américains tués par une arme à feu sur le territoire national dans un monde en paix que morts dans l'ensemble des guerres dans lesquelles les Etats-Unis ont été engagés. Ce constat provient du Centre virginien pour la Sécurité publique (Virginia Center for Public Safety), un groupe qui est résolument en faveur d'une limitation du droit à posséder une arme et qui se faisait l'écho de ce qui était publié dans des tracts distribués à un meeting qui s'était tenu à Richmond, le 18 janvier 2016.
Politifact, un groupe qui vérifie la parole politique, s'est penché sur cette question et son verdict est sans appel: cette affirmation est bien vraie. Environ 63 % de ces morts ont été des suicides et 33% des homicides. Aujourd'hui, les armes à feu sont un symbole fort qui ne laisse personne indifférent aux États-Unis. Les positions se radicalisent et deviennent un enjeu politique. Ces tragédies se produisent aussi dans d'autres pays, mais pas autant qu'aux Etats-Unis. On dénombre 70 tueries de masse depuis 1982. Selon les statistiques les plus récentes, il y a, en moyenne, 92 décès par armes chaque jour.
Depuis l'élection de Barack Obama, en 2008, les Etats-Unis ont connu au moins vingt cas de fusillades, en ne comptant que celles du même type qu'Orlando, perpétrées par des forcenés souhaitant causer un massacre. C'est ce qui l'a poussé à qualifier la fusillade qui a eu lieu en Oregon, le 1er octobre 2015, avec un mot terrible: "C'est devenu une routine", a-t-il dit alors. En juin, déjà, un homme avait tué neuf personnes dans une église de Caroline du Sud; en mars, un campus californien était victime d'un forcené, qui tuait sept personnes.
La facilité à se procurer de l'armement peut expliquer une partie du lourd bilan: depuis 2008, au moins 177 personnes ont été tuées, dont une bonne part d'enfants et de jeunes étudiants. Les noms des plus célèbres tueries ébranlent notre mémoire: lycée Colombine, université Virginia Tech, Ford Hood, Binghamton, Manchester, Aurora, Oak Creek, école Sandy Hook, Charleston, Umpqua community college, San Bernardino... A huit reprises, ce sont des universités qui ont été frappées, et à une occasion -la tuerie de Newton-, une école primaire avait été visée.
Inscrit dans la Constitution depuis plus de 400 ans, les armes à feu sont brandies comme le symbole de la défense de la démocratie américaine. Le droit de porter une arme, qui remonte à 1791, n'a jamais été remis en question. Armes, liberté et citoyenneté restent étroitement associées. Pourtant, le monde a bien changé depuis cette époque: aujourd'hui, avec une arme moderne, une seule personne peut faire les mêmes ravages que toute une armée autrefois. A mesure que la technologie progresse, le nombre de morts par balles augmente -30.000 décès par armes à feu aux États-Unis par an, dont 3000 enfants.
On n'imagine pas à quel point la violence par les armes fait partie du quotidien des Américains: inscrit dans la Constitution, le droit de détenir une arme à feu est considéré comme sacré par la plupart des Américains. Les Américains possèdent des armes depuis le début de l'histoire de leur pays, à l'époque où il fallait être armé pour survivre. Au départ, il s'agissait de défense et de chasse. Aujourd'hui encore, le pays compte 13 millions de chasseurs, souvent des amoureux des grands espaces. Leur nombre augmente chaque année et leur influence ne cesse de croître. On peut constater que la chasse est souvent profondément ancrée dans la culture locale.
Chaque tuerie relance le débat sur le port d'armes dans le pays. Toutefois, ce droit a peu de chance d'être modifié. Même dans l'Etat le plus répressif, celui de New York, il suffit d'avoir un permis de port d'armes pour acheter un pistolet au poing. On ne demande aucune connaissance particulière. Le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis de 1787 dit de manière très explicite que le droit au port d'armes est permis, mais dans le cadre d'une "milice ».
Depuis deux siècles, tout le monde se bat sur le sens à donner à ce texte constitutionnel. Les opposants au port d'arme expliquent depuis toujours qu'il y a une surinterprétation de cet amendement. En revanche, les pro-armes le prennent à la lettre en récupérant l'histoire américaine à leur compte: les colons se sont défendus par les armes contre les Britanniques, permettant la naissance des États-Unis. Ainsi, le port d'arme est-il devenu une démarche de défense dans la tradition américaine.
Durant son mandat, Barack Obama aura prononcé une vingtaine de discours sur le nécessaire contrôle des armes à feu. En vain. Si on ne peut pas effacer ce fléau, on pourrait en revanche en limiter la présence. Les démocrates préconisent ainsi une restriction de certains types d'armes, mais la Constitution, elle, ne prévoit pas de limite.
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